‹ Étude expérimentale sur la phonationChapitre 52 sur 62 · Garcia. Guz. méd. de Paris, IX, p · texte numérisé non relu

Garcia. Guz. méd. de Paris, IX, p

gageait à tenir aussi longtemps que possible une note alternativement en voix de poitrine et en voix de tête. Dans le premier cas, le métronome avait le temps de faire vingt-six oscillations et dix-huit seulement dans le second.

J'ai varié cette expérience et suis arrivé à un résultat semblable. En me servant du spiromètre de Bellangé, j'ai vu que la note LA; tenue cinq secondes nécessite une dépense de 110 centimètres cubes d’air en voix de fausset et n’use que 30 centimètres cubes en voix de poitrine.

3° Au point de vue laryngoscopique, il est aisé de vérifier l’exactitude de cette théorie.

L'examen laryngoscopique pratiqué à l’aide de l'éclairage externe sous-glottique a montré à Lennox- Brown, à Stoerk, que dans la voix de poitrine les cordes vocales paraissent opaques, tandis qu’en voix de tête elles sont unies et semblent réduites à une fine membrane.

Quant aux deux aspects de l'ouverture glottique varlant suivant les registres, ils ont été constatés de tout temps. « Au registre de poitrine appartient la forme rectiligne de l’ouverture glottique, dit Battaille ; au registre de fausset la forme ellipsoïde; » au reste il n'y a qu’à ouvrir n'importe quel livre qui traite de la physiologie de la voix pour se convaincre que mêmé les auteurs qui caractérisent le passage en voix de fausset par une diminution de la longueur des cordes vocales, admettent néanmoins que la glotte prend à ce moment une forme ellipsoïde et s’élargit. — Je tiens, en outre, à signaler ce fait curieux, qu’il y a analogie presque absolue entre l'aspect d’une glotte pendant l'émission

du son de fausset et l'apparence d’une même glotte maintenue elliptique et béante par suite d’une paralysie double des muscles thyro-aryténoïdiens : il est toutnaturel quelexpressionsymptomatique de cesdeux causes soit la même, puisque ces deux étatsrelèvent ensomme d’une même origine première,lerelâchement voulu ou la parésie morbide du thyro-aryténoïdien.

4 Au point de vue pathologique, il ne manque pas de faits que je pourrais invoquer à l’appui de la théorie. Mais il ne sied point à la nature de ce travail de faire intervenir une preuve pathologique dans une démonstration de physiologie pure, puisque dans les autres parties de cet ouvrage je compte m’appuyer sur ces démonstrations physiologiques pour expliquer les diverses modalités vocales des glottes malades.

5° Au point de vue musical enfin, je trouve une concordance parfaite entre les faits et l’explication que j'en apporte.

Musicalement, les deux registres se distinguent par :

Une différence de timbre ;

Une différence de hauteur.

Or ces distinctions sont parfaitement justifiées puisque les sons de chaque registre sont produits par des anches différentes de nature et de volume.

Le timbre des sons de poitrine est plein, dur, mordant, anché, riche en harmoniques ; le timbre des sons de fausset est doux, flûté et possède beaucoup moins d'harmoniques. Ces différences peuvent à mon sens s'expliquer avec la théorie actuelle et résultent de plusieurs causes :

À.— La différence de nature des lames vibrantes entraine nécessairement une différence de timbre. D’une

part la muqueuse mince produit un son faible et doux; d'autre part, la corde ligamenteuse donne naissance à des sons plus intenses, plus durs. Qui sait même si à ce moment la muqueuse et la fibreuse vibrant simultanément ne donnent pas lieu à des ondes différentes dont la combinaison produit ce son mordant et presque dysharmonique qui caractérise la voix de poitrine, gr ce à la superposition des harmoniques spéciales à chacun de ces tissus?

B. —On peut comparer laglotte du registre de poitrine à une anche battante; la glotte du registre de fausset à une anche libre. Il y a ici, il est vrai, ressemblance et non point analogie complète : mais telle qu’elle est cette comparaison est encore très bonne. On sait que dans l’anche libre la lame oscillante rase sans les toucher les bords de l’orifice qu’elle doit fermer tandis que dans lPanche battante cette lame, plus grande que l’orifice, vient frapper à chaque instant contre ses bords. Ge choc intermittent qui caractérise le jeu de l’anche battante se produit dans la voix de poitrine où à chaque oscillation les cordes vocales setouchent ; de là le timbre mordant des sons de ce registre dont on ne trouve ni la cause ni Peffet dans la voix de fausset. — Au reste, ce qui prouve que, outre les différences de nature du tissu vibrant, il faut tenir compte encore de la différence de mode d’oscillation des anches vocales dans les deux registres c’est que, avec des anches membraneuses artificielles, dont on change la position sans modifier en rien la texture, on imprime au son obienu des modifications analogues aux précédentes”.

4. C’est également dans la disposition variable de l’anche vocale beaucoup plus que dans l’accommodation des cavités de résonnance sus-laryngiennes

(. — Enfin les sons de fausset sont moinsriches en harmoniques que les sons de poitrine. Pour déve-

qu'on doit rechercher la cause du timbre différent de la voix chantée et de la voix parlée. L'homme a trois sortes de voix, a dit J.-J. Rousseau : la voix parlante ou articulée, la voix chantante ou mélodieuse, la voix pathétique ou accentuée, qui sert de langage aux passions el qui anime le chant et la parole. Malgré tout ce que cette division a d’arbitraire et d’inexact, il n’en est pas moins vrai qu'à hauteur égale, la voix parlée est plus mordante, plus dure que la voix chantée. Rien de plus fréquent que de voir des acteurs dont la voix rauque et désagréable dans la conversation prend une pureté parfaite quand elle éclate en scène. Lasègue a dit qu’il y avait là un fait analogue à celui d’un muscle rhumatisé que détend l’exercice. Farges (Maladies chroniques de la gorge et de la voix. Paris, F. Alcan 1884) croit que quand la voix éclate, le nombre et la majesté des harmoniques voilent le bruit particulier du passage de l'air à travers la glotte. Helmoltz a surtout étudié les variétés de timbre des voix. Il croit que le timbre particulier des voix mordantes est dû à ce que les bords des cordès vocales ne sont pas assez unis pour former une fente étroite régulière sans se heurter lun à l’autre; les voix voilées proviennent peut-être de ce que l’orifice glottique ne se ferme jamais exactement pendant les vibrations des cordes vocales. Helmholtz à fait remarquer que quand on passe du chant à la parole, en même temps que la voix devient dure et mordante, on éprouve une sensation toute spéciale de contraction du larynx, et il croit que pendant l'émission de la voix parlée les cordes vocales s’entrechoquent comme les anches battantes. Analogue est

Fig. 14. Fig. 15.

l’opinion de Donders. « I] fait remarquer que la voix de poitrine parlée s'accompagne d’harmoniques éclatantes semblables aux harmoniques des sons des anches battantes, tandis que dans le chant les harmoniques sont faibles et correspondent aux harmoniques des sons des anches libres (Gavarret) Techmer (Zur vergleichenden Physiologie des Stimme und Sprache. Leipzig Engelmann, 1880), dans sa dissertation inaugurale, émet une même opinion et donne deux schémas ci-dessus : l’un (fig. 14) où les cordes vocales

lopper cette idée, il faudrait faire l’histoire des variations de forme des résonnateurs sus-glottiques, pharyngiens, buccaux, etc.; mais sans entamer cette importante étude, il y a lieu de se demander si le relàchement du thyro-aryténoidien interne pendant la voix de fausset n’entraine pas aussi celui du thyroaryténoïdien externe, et si de cette façon les ventricules devenus flasques ne cessent pas de fonctionner comme cavités résonnantes, attendu qu'ils ne possèdent plusla rigidité musculaire capable de les accorder aux harmoniques de sons de la glotte.

La différence de hauteur des deux registres est également explicable :

1° Par ce que l’anche muqueuse de la voix de fausset doit émettre des sons plus aigus que l’anche fibreuse de la voix de poitrine ;

2° Et parce que le crico-thyroïdien n’étant plus gèné dans son action par la résistance que lui opposait auparavant le muscle thyro-aryténoïdien contracté, peut agir plus aisément et dans une mesure plus grande (Voir plus loin : F. de la concordance des registres).

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