E. — DU MÉCANISME DE LA GAMME
Quand on jette un coup d’œil d'ensemble sur l’action des muscles du larynx telle qu’elle vient d’être décrite, on voit que le crico-thyroïdien n’a qu’un seul
viennent er simple contact correspond à la voæ cantus; l’autre (fig. 15) où les cordes vocales s’entrechoquent, appartient à la vox impellens loquelc. On voit donc que dans la voix parlée les cordes vocales s’imbriquent et s’entrechoquent. Dans la voix chantée (registre de poitrine) elles viennent en contact à chaque oscillation ; dans la voix de fausset elles laissent constamment entre elles un espace glottique béant.
office à remplir qui est de tendre la corde vocale, tandis que le thyro-aryténoïdien se contracte pour amener deux effets différents : relâchement des cordes vocales et en même temps accommodation de la glotte en voix de poitrine. Or, il semble que, à certains moments, ces deux fonctions du même muscle soient incompatibles : ainsi, dans les sons élevés du registre de poitrine il doit être contracté pour empêcher la voix de passer en faussel, et en même temps relâché pour ne pas s'opposer à la tension de cordes vocales nêces-
saires à l'émission des notes hautes ; et aussi on peut:
se demander comment son inertie complète peut . s’accorder avec la production de sons graves de fausset, puisque toute note grave exige un relâchement des cordes vocales : et si pour produire ce relâchement le thyro-aryténoïdien se contractait, la voix reviendrait immédiatement en registre de poitrine. Ces incompatibilités ne sont pas seulement apparentes : à certains moments elle s’accentuent : et c’est principalement leur exagération poussée à sa dernière limite qui détermine le passage instinctif et nécessaire d’un registre dans l’autre.
+ Pour saisir ce mécanisme il faut suivre les modifications qui se produisent dans le larynx tandis que le chanteur monte puis redescend une gamme étendue.
Je suppose un baryton qui commence sa gamme au SOL,. Cette note est donnée en voix de poitrine, car pour amener le relächement de la corde vocale qui lui
correspond il faut que le thyro-aryténoïdien se con-
tracte fortement; du fait de sa contraction résulte
donc l'établissement du registre de poitrine. À ce moment le courant d'air expiré sort avec douceur pour
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empêcher que l’excès de tension aérienne ne vienne neutraliser l’effet du relèchement actif de cordes vocales. Le crico-aryténoïdien est relâché : le thyroaryténoidien prédomine absolument.
Mais à chaque note plus haute le crico-thyroïdien se contracte de mieux en mieux, et diminue le relàchement des cordes : et il arrive un moment, vers le FA où la contraction du tenseur fait équilibre à la contraction du relächeur : la position d’intonation normale est alors atteinte.
Jusqu'ici, au dessous de l’intonation normale, les notes de poitrine étaient sorties avec la plus grande facilité, car une seule et même cause, la contraction du thyro-aryténoïdien concourait à produire simultanément les deux effets vocaux demandés : son grave et son de poitrine : la contraction du tenseur, encore trop faible, ne pouvait lui faire échec. Mais au-dessus de lintonation normale, la contraction du tenseur devient prédominante. Si, à inverse de ce qui se passe dans l’octave basse, chaque haussement de note amenait une contraction plus forte du tenseur et une détente plus marquée du relâcheur, rien ne serait plus simple à expliquer; mais il n’en est point ainsi. Si peu à peu le thyro-aryténoïdien cessait de se contracter, 1] arriverait un moment où la voix passerait en fausset : or cela doit être évité à tout prix. Il faut donc que pour assurer la montée de la gamme en voix de poitrine, tandis que le tenseur agit de plus en plus, le relächeur reste contracté, à un degré peut-être un peu moindre que pour les notes graves, mais cependant encore très marqué. A l'effort du muscle crico-thyroïdien, le thyro-aryténoïdien oppose done
sa force de contraction; si ces muscles étaient également puissants, la lutte vocale demeurerait stérile, puisqu'il n’y aurait aucun effet produit : et il se passerait quelque chose d’analogue à ce que Barthez a appelé la force de situation fixe. En réalité les puissances tensives l’emportent, et cela permet au son de poitrine de monter encore. Dans cette lutte, l'équilibre se rompt en faveur de la tension pour trois rai- SONS :
1° Parce qu’au lieu qu’il y ait un état de contraction moyenne des deux muscles comme en position d’intonation normale, le tenseur se contracte avec une énergie puissante, tandis que le relâcheur se détend dans un degré de laxité compatible avec le maintien du registre de poitrine ; 2 parce que si l’on considère les mouvements de bascule de la masse crico-aryténoïdienne, on verra qu’il est aisé de la comparer à un levier du premier genre, dont le point d'appui serait en arrière, à peu près au niveau du bord inférieur du cricoide : le musele crico-thyroïdien agit sur le grand bras de levier ce qui augmente sa force, tandis que le thyro-aryténoïdien inséré à l'extrémité du petit bras oppose moins de résistance, mais par contre se laisse étendre d’une longueur moindre; 3° enfin, parce que dans les notes élevées du registre de poitrine, où la lutte vocale entre les deux muscles devient de plus en plus chaude et pénible pour le chanteur, la tension de l’air augmentant à la fois, par suite de locclusion glottique et par l’exagération volontaire de l'effort des muscles expiratoires, vient à la rescousse du muscle tenseur en produisant une forte tension passive des cordes vocales. Et c’est pour cela que
les nôtes élevées de poitrine doivent être chantécs fortissimo et à pleine voix.
Mais enfin, vers le SOL,, un moment arrive où la limite supérieure du registre de poitrine est atteinte ; même aidé de la pression aérienne, le tenseur ne peut plus lutter davantage contre la résistance du thyro-aryténoïdien, qui à chaque note s'accroît d’un degré. Le chanteur, pour monter plus haut encore wa plus qu'une ressource : c’est de passer de la voix de poitrine en voix de fausset; immédiatement le thyro-aryténoïdien se relâche et le crico-thyroïdien, néprouvant plus de résistance, peut en loute liberté augmenter sa contraction, tendre davantage les cordes vocales qui ne lui opposent plus que leur élasticité; et ainsi la voix peut escalader le RÉ, et même le M1.
Maintenant il s’agit de descendre la gamme et de revenir au point de départ. La descente commence en fausset, elle est d’abord très facile, le crico-thyroïdien se contracte de moins en moins, et l’élasticité de la corde vocale suffit à produire l’abaissement de ton, d'autant plus qu’elle y est aidée par la tension de Pair qui décroit; on atteint ainsi aisément le SOL, . Mais pour pouvoir descendre davantage il faudrait qu’une puissance active intervint pour relâcher les cordes vocales, car le crico-thyroïdien à beau se relâcher, l’élasticité des cordes est épuisée et ne peut plus produire la détente plus forte nécessaire à une intonation plus basse. On peut alors en diminuant considérablement la tension aérienne abaisser la note jusqu'au MI: , mais ce son de fausset n’est plus qu’un murmure à peine perceptible. Pour que la descente continue, il faut absolument que le thyro-aryténoïdien entre en
jeu. Il se contracte donc, mais comme ii ne peut séparer ses deux fonctions, du moment où il se contracte pour raccourcir la corde, vocale il ramène du même coup le registre de poitrine.
La lutte vocale est alors rétablie ; elle diminue progressivement jusqu’au retour en position d’intonation normale; puis, à ce moment, le thyro-aryténoïdien l’emporte définitivement, et sa suprématie ne fait que s’accroître jusque vers les notes les plus basses de poitrine, lesquelles, en général, chantées faibles et douces, ne sont obtenues que grâce à un artifice qui consiste à abaisser à son minimum la pression de l’air sous-glottique.
Segond à cherché, par une interprétation des plus compliquées, à expliquer comment il se fait que le passage du registre de fausset au registre de poitrine soit beaucoup plus aisé sur une note du médium que sur une note haute. Avec le schéma de la gamme tel que je viens de létablir, l'explication en est bien simple. Dans les sons aigus, la transition est difficile car il faut que la glotte passe de la position relativement calme de la voix de fausset à un état de lutte musculaire vocale extrème ; tandis que dans le médium, la contraction du thyro-aryténoïdien devient tellement nécessaire à la descente ultérieure de la gamme qu'à ce moment la transition en voix de poitrie, au lieu d’être difficile, est non seulement aisée, ms naturelle, fatale même : elle s'impose.
On remarquera aussi qu’en voix de poitrine il y a constamment lutte entre deux muscles antagonistes ; et que tout haussement ou abaissement de ton dépend de la prédominance d'action de l’un ou de l’autre.
Rien de semblable en voix de fausset ; il ne reste plus qu'un seul muscle agissant, le tenseur : c’est lui qui assure la montée de la gamme tandis que la descente n'a pour cause immédiate que la mise en Jeu de l’élasticité des cordes vocales. El en résulte que toute note de fausset est dans un état d'équilibre instable, etu’a pas la sûreté pure et fixe d’une note de poitrine. Il est vrai que ce défaut se corrige chez les chanteurs : grâce à l'éducation et à lentraînement méthodique, la voix peut subir des modifications telles que les lois physiques soient éludées au mieux des intérêts de la musique.