F. — DE LA CONCORDANCE DES DEUX REGISTRES
À tension musculaire égale, une note de fausset est plus élevée qu’une note de poitrine par la cause simple que l’anche vibrante, à tension et longueur égales, est beaucoup plus mince dans le premier cas que dans le second ; ici, muqueuse et ligament vibrent ensemble : là, la muqueuse seule oscilie.
Par quel intervalle de ton peut-on chiffrer cette différence? Chez le vivant j'ai vu que, toutes conditions autres égales du reste, le son de fausset est supérieur d'environ we quarte au son de poitrine physiologiquement correspondant.
Sur le cadavre, du reste, cet écart na pas d’intérêt :ilest fort curieux, au contraire, de noter l’espace musical qui à létat de vie sépare la hauteur moyenne des deux registres. Or cette hauteur moyenne est impossible à calculer, par la raison qu’il
n'ya point en voix de fausset d’intonation normale possible: mais il est aisé de mesurer l’écartement qui existe entre la plus haute note du registre de poitine etle son le plus aigu du registre de fausset. J'ai fait cette comparaison chez un certain nombre de chanteurs hommes; j'en ai enregistré les résultats dans le tableau suivant :
Note supé- Note supé- Interrieure de rieure de valle.
poitrine. fausset.
IE basse FA#;, UT: quarte.
RUB eme baryton SOL; MI: sixte.
Lens 2 — FA; RE; quinte.
DéNPS re — LA; ML quinte.
ant t. — LA; Uf: tierce.
SOU eRe — DE ML quarte, Mouse ténor SI MI, quarte.
Detreerete — UT; MI, tierce.
Here — UT: ML tierce.
L'écart qui existe entre la limite supérieure des deux registres est donc variable suivant les indii ‘us; ceperdant en moyenne il oscille entre une quinie et une licrce, restreint surtout chez les ténors où la lulte vocale en poitrine se produit plus souvent et plus visoureusement que chez les barytons et les basses. En somme, l’expérimentation sur les larynx de chanteur et les larynx de cadavre donne des résultats presque analogues : une quarte en moyenne sépare les diapasons des deux registres. — Il est convenu que je n’entends parler ici que de voix d'hommes, n’ayant point encore d'opinion arrêtée sur l’étendue de la voix de fausset chez la femme.
Cette différence d’une quarte est très faible. Au premier abord elle semblerait devoir être beaucoup plus considérable : 1° parce que la masse vibrante
de la muqueuse est infiniment moindre que celle de la muqueuse et de la fibreuse réunies ; 2 parce que le crico-thyroïdien n’ayant plus d’antagoniste qui lui résiste peut amener‘ sa contraction à un degré bien plus fort. Cependant il n’en est rien. Je crois que la principale cause qui empêche l'écart musical des deux registres d’être aussi marqué que le feraient supposer les considérations anatomiques précédentes réside dans la différence des pressions aériennes. Dans la voix de fausset, grâce à l'ouverture elliptique de la glotte, la pression aérienne est infiniment moindre que dans le registre de poitrine: et cette atténuation considérable de Peffet de la tension passive des cordes vocales par Pair doit dans une certaine mesure compenser et l'influence résultant de la diminution de la masse vibrante et l’effet produit par la facilité plus grande de tension musculaire. De sorte que si on veut bien de part et d'autre mettre en balance ces raisons opposées, on verra qu'il est théoriquement fort admissible que lintervalle entre les deux registres soit d'une quarte ou d’une quinte, comme le démon. trent et l’observalion cadavérique et l’observation des chanteurs.
Quant à la question de savoir pourquoi l'étendue de la voix de fausset, si restreinte chez l’homme, se développe chezila femme dans une telle ampleur, je la crois actuellement insoluble. Peut-être les puissances musculaires élant beaucoup moindres chez la femme, la lutte vocale pour le maintien de la voix de poitrine se fait chez elle avec une énergie beaucoup moins grande que chez l’homme, le thyro-aryténoïdien cède plus tôt, et la voix de fausset s'établit prématu-
rément. Mais pourquoi les sons de ce registre, qui chez l’homme sont faibles et mal posés, composent-ils la partie la plus sonore, la plus brillante du clavier vocal féminin? là est le mystère. Car je ne crois pas que Merkel * ait jeté un grand jour sur ce point en déclarant que la petitesse des cordes vocales féminines et la hauteur du diapason vocal des soprani et contralti expliquent la ressemblance et de confusion qui s'établissent à chaque instant chez la femme entre les sons de poitrine et les sons de fausset. Anatomiquement, pour expliquer ces différences, il faudrait démontrer que la muqueuse vocale est relativement plus forte et plus épaisse chez la femme que chez l’homme, que chez elle le crico-thyroïdien l'emporte de beaucoup en énergie sur le thyro-aryténoïdien. Cela n’a pas encore été fait que je sache”.