‹ Étude expérimentale sur la phonationChapitre 9 sur 62 · Merkel. Anthropophonik. Leipzig · texte numérisé non relu

Merkel. Anthropophonik. Leipzig

ne se rend compte de son mécanisme d’horlogerie. Les enfants démontent leurs jouets pour en étudier le fonctionnement : le larynx aussi demandé à être démonté, à être expérimentalement dissocié pour livrer ses secrets. -

Quant à la méthode adoptée par Bataille, Vacher, etc., qui consiste à fonder une théorie de la voix sur l’observation laryngoscopique des vibrations delaglotte, on sait qu’elle est éminemment défectueuse, à moins que cette observation ne s'aide du procédé laryngostroboscopique d'Œrtel'. Le professeur Gavarret*? a fort bien démontré que « de ce que le mouvement des parties extrêmes des cordes vocales n’est pas perçu dans l’image laryngoscopique, on n’est pas autorisé à conclure que ces parties ne vibrent pas; même dans une corde librement tendue et d’une aussi faible longueur, il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, à l’œil nu et avec des amplitudes très limitées, de constater nettement des vibrations ailleurs que dans la partie centrale... » À cela 1l faut ajouter que l’image laryngoscopique est réfléchie par un miroir qui en altère fatalement la netteté, et qu’elle se trouve à une distance obligée de l'œil de observateur telle qu’elle ne lui permet pas l’étude de mouvements aussi délicats.

Cet inconvénient pourrait, il est vrai, être atténué par le procédé laryngoscopique d’Hirschberg * (redres-

1. Oertel. Laryngostroboskopische Beobachtungen über die Bildung der Register bei der menschlischen Slimme (Centralblatt für die medic. Wissenschaflen, 1878, p. 81-99).

2. Gavarret. Phénomènes physiques de la phonation et de l'audition. Paris, 1877, note C., p. 575.

3. Hirschberg. Ueber laryngoskopische Untersuchungs Methoden (Arch. [ür die gesamin. Physiologie des Menschen, etc., 18178).

sement el agrandissement de l’image laryngienne) : mais je n'ai point vu qu'il ait été jamais employé chez nous,

2° Certes l'observation de la glotte malade rend plus de services ; c’est là un procédé qui semble avoir tté négligé en France, mais dont les Allemands et les Américains ont tiré grand avantage. — Il est de toute évidence que si la destruction de telle partie du larynx coincide avec le maintien de l'intégrité vocale, c’est qu'il n’y a pas en ce point, d’élément constituant

essentiel de la phonation. Cependant ce procédé d’in-

vestigation par la physiologie pathologique est, comme le critique dont parle Boileau, « plus enclin à blâmer que savant à bien faire », en ce sens qu’il suffit souvent d’une simple observation de dysphonie pour ruiner une théorie née dans un laboratoire de physiologie pure, tandis qu’au contraire tous les matériaux accumulés par la clinique ne suffiraient point à bâtir de toutes pièces un système de phonalion qui soit vrai. Cest ainsi que Michael‘, prenant comme point de départ de ses recherches létude des malades atteints de parésies partielles des muscles du larynx, est arrivé à déduire de faits vrais, et par un raisonnement serré et juste, des hypothèses au moins improbables. Inversement Jelenffy? ayant imaginé une ingénieuse décomposition des forces musculaires du crico-thyroïdien, en trouva la parfaite confirmation chez un malade à qui Krishaber avait fait la laryngotomie externe.

1. Michael. Zur Physiologie und Pathologie des Gesanges (Berliner klinische Wochenschrift, 1876, no 36, p. 520, ne 37, p. 534).

2. Jelenffy. Der museulus crico-thyreoideus in Pflüger’s Archiv für die

gesammte Physiologie des Menschen und der Thiere. Bonn, 1873, Bd. VII Heft 1, p. 77-90,

En somme l’examen laryngoscopique de l’homme sain et surtout de l’homme aphone est un mdispensable complément de toute expérimentation physiologique : c’est une épreuve ultime à laquelle doit se soumettre toute théorie édifiée déjà, pour en recevoir un brevet de vérité définitive : mais là se borne son rôle.

8° Un troisième point, sur lequel on a peu insisté, demande à être mis en évidence : la question est simplement posée ici en quête d’une réponse. M. Vacher, — je prends un exemple connu — possède une voix extraordinaire de quatre octaves pleines : du so/, 1l monte au 7'é, en voix de poitrine et au so/, en voix de tête : par cela même il est en opposition flagrante avec les faits ordinaires de voix à deux octaves. Naturellement M. Vacher a été tenté de faire de l’auto-laryngoscopie : or a-t-il vraiment raison de puiser dans la simple observation de son larynx anormal ‘une théorie qu'il applique et généralise par analogie à tous les larynx normaux? Je sais que M. Vacher a largement vérifié sur d’autres sujets les résultats fournis par l'inspection de son propre larynx : mais l’écueil qu'il a su éviter pourra faire échouer d’autres aussi bien doués et moins prudents : de telle sorte qu’en fin de compte on est en droit de se demander si un travail fait dans de telles conditions d'exception peut faire autorité dans la science.

L'homme sain qui parle peut encore être un profitable sujet d’études pour le physiologiste. Il existe un - procédé de manuélisation laryngée, qui aidant ou entravant par des manœuvres externes le jeu des muscles du larynx, donne d’intéressants résultats, et souvent

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même fournit une démonstration parfaite de tel ou Lel mouvement resté jusque-là à l’état d’hypothèse. Le défaut de cette méthode, grandement prônée par Michael et Jelenffy, c’est de n'être guère applicable qu’au muscle crico-thyroïdien ; mais, toule restreinte qu’elle soit, elle donne des résultats d’une netteté telle, qu’on explique parfaitement l'engouement dont elle a êté l’objet de la part des physiologistes allemands dans ces dernières années. Seulement je répéterai ici ce que j'ai dit plus haut de lexploration laryngoscopique : que c’est là une méthode de vérification sûre, mais incapable de former les bases premières d’une théorie.

2° L'animal

C’est l'application aularynx de la méthode classique de vivisection ; c’est le procédé le plus anciennement mis en pratique et surtout illustré par les recherches de Galien”, Vésale*, Riolan ”, Bidloo*, Drelincourt ;, Haller®, Sedillot', Magendie*, Longet”, Segond‘", etc. Presque tous ces travaux ont eu pour but de déterminer l’influence des nerfs sur les muscles du larvax, ils ont

4. Galien. De Hippocratis et Platonis decretis, Lib. IL, cap. 6. De locis GRECE lib. I, cap. 6. Venetiis, 1576.

2. Vésale. De humani corporis fabrica. Basileæ, 1555, p. 823. . Riolan. Encheiridium anatomiæ. Parisiis, 1562, p. 825 Bidloo. Exercitationes anatom. chirurg. Lugd. Batav., 1708, p-2. . Drelincourt. Experim. anat. Lugd Batav., 1681, p. 11 . Hlaller. Elem. Phys., t. LIL, p. 409.

. Sedillet. Thèse inaugurale, n° 274, 1829.

. Magendie. Éléments de physiologie, t. 1%, p. 294. . Longet. Recherches expérimentales sur les fonctions des nerfs, des muscles du larynx, et sur l'influence du nerf accessoire de Willis dans La phonation, in Gazelle méd. de Paris, 21 juillet 1841.

10. Segond. Recherches expérimentales sur la phonation in Arch. gén. de médecine. 1849, 4° série. t. XX, p. 195 et 311.

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