INJECTIONS DANS LA TRACHÉE
Technique opératoire — On pratique une incision (le 3 centim. partant (le la poignée du sternum.
Le bistouri employé seulement pour inciser la peau est remplacé ensuite par la sonde cannelée au moyen de laquelle on écarte et dissocie les muscles.
On passe ensuite la sonde cannelée transversalement sous la trachée, ce qui l’immobilise et évite les lésions causées par les pinces à griffes ou le crochet.
On injecte alors, le plus bas possible, au moyen d’une très fine canule, la toxine dans la trachée. On cautérise ensuite au fer rouge. La canule est bouillie après chaque injection.
Nous n’avons jamais noté le moindre trouble consécutif à l’injection, et les muscles du cou n’ont jamais présenté trace de contracture.
Dans une lro série d’expériences, nous avons ainsi injecté dans la trachée 1/100 dec.c. de toxine. Un animal a étéconservè comme témoin, 3 autres ont été traités par injection sous-cutanée de sérum : six, douze et vingt-quatre heures après.
Un témoin injecté dans la patte est mort dans les délais ordinaires, même plus rapidement (cinquante-quatre heures).
Le témoin intra-trachéal qui n’avait présenté aucun symptôme appréciable jusqu’au soir du 6e jour après l’inoculation, est mort dans la nuit du 6e au 7e jour.
A la nécropsie nous constatons les lésions ordinaires et de plus les deux poumons hépatisés en totalité.
Les animaux traités six et douze heures après l’inoculation n’ont manifesté aucun symptôme. L’animal traité au bout de vingtquatre heures, est resté bien portant pendant une semaine, puis il a présenté brusquement des signes d’asphyxie en même temps que de gros râles trachéaux qui s’entendent à distance ; il végète ainsi pendant deux jours, très amaigri, puis meurt après avoir" présenté des symptômes assez nets de tétanos viscéral.
Dans les doux cas le suc pulmonaire renfermait nombre de microbes. 11 y avait donc eu une infection des poumons qui ne s’est pas manifestée chez les animaux traités à temps. Cette infection, analogue à celle que l’on observe après la section des pneumogastriques, s’explique, peut-être, par l’action delà toxine sur les terminaisons de ces nerfs.
Dans une autre série d’expériences, nous avons injecté dans la trachée de 3 animaux des doses plus fortes, soit 1/10, 2/10 et 5/10 de c.c. de toxine pure.
De même nous n’observons aucun phénomène consécutif immédiat.
Nous assistons alors au tableau le plus typique du tétanos viscéral, la dyspnée est extrême, l’inspiration bien plus longue que l’expiration, mais quoique bien plus accentués, les symptômes respiratoires sont les mêmes que dans la forme péritonéale. Cette
dyspnée est tellement intense que souvent l’animal se met à courir sur l’extrémité des pattes raidies, la bouche ouverte, le nez au vent, semblant rechercher l’air qui lui manque, puis s’arrête brusquement cyanosé, pris d’un bâillement convulsif, et en proie à l’asphyxie la plus intense.
Nous voyons donc que, tandis que les épithéliums digestif et vésical semblent former une barrière à peu près infranchissable à la toxine, il n’en est pas de même pour l’épithélium de revêtement des voies respiratoires.
A l’autopsie, la muqueuse de l’arbre trachéo-bronchique est assez rouge. Dans le poumon, disséminés irrégulièrement, onrencontre des noyaux de congestion pulmonaire, formant le plus souvent manchon à une bronche, ou semblant appendus à son extrémité macroscopique comme une poire à la queue qui la supporte.
Nous avons dans chaque cas examiné le suc pulmonaire (évitant en le recueillant, de racler les bronches apparentes) et n avons trouvé aucun microbe.
Le raclage de ces poumons, ensemencé sur gélose, est resté
stérile.