‹ Étude expérimentale sur le virus de la septicémie puerpéraleChapitre 8 sur 16 · S III · texte numérisé non relu

S III

Des espèces animales qui permettent l'étude expérimentale du micrococeus seplicus puerpéralis.

Dans les pages précédentes, on a pu voir qu'à part quelques rares exceptions, le lapin s'était montré un terrain favorable et pour ainsi dire une pierre de touche pour létude expérimentale du virus de la septicémie puerpérale. Nous pouvons même ajouter que, jusqu'ici, nous n'avons trouvé aucun autre animal ayant un degré de réceptivité, je ne dirai pas analogue, mais comparable à celui du lapin.

Le cobaye, que M. Chauveau avait toujours vu résister aux inoculations de virus ordinaire, a succombé plusieurs fois entre nos mains à des moculations de cultures très actives; ce qui démontre comme l'avaient pressentis Frænkel et M.Chauveau lui-même, que cetanimaln’est pas doué d’une immunité naturelle complète.

Désirant nous rendre compte de la valeur des expériences tentées avant nous, 1l nous était Impossible de nous en tenir à ces deux espèces animales.

Déjà M. Chauveau avait mjecté des produits septiques dans la jugulaire d'un âne, qui ne présenta comme phénomènes morbides, qu'un peu d'élévation de température accompagnée de frissons et d’une grande dépression des forces ; mais ces symptômes ne furent que passagers et bientôt lPanimal rentra dans son état normal.

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La souris blanche nous servit ensuite à de nombreuses expériences, et bien que Frænkel ait dit qu’elle succombe aux inoculations sous-cutanées, lorsque la quantité de culture moculée est considérable nous n'avons jamais pu obtenir que de légers abcès locaux (1). Des injections intra-péritonéales de l'équivalence d'une demi serimgue Pravaz, sont restées sans résultat. Le chat que Despine et Quimquaud avaient inoculé avec succès s'est montré rebelle à toutes nos inoculations, quelque répétées qu'elles fussent, et quelles que soient la quantité et l’activité des cultures mjectées.

C'est ce qui légitime le doute que nous émettions sur la nature des matières septiques employées par ces deux expérimentateurs.

Des injections intra-péritonéales faites sur le chien avec des cultures très virulentes n'ont jamais produit chez lui qu'un peu de malaise passager, caractérisé par de l'abattement, de la diarrhée, des coliques, de la perte de l'appétit.

Le canard et le poulet se sont aussi montrés doués d'une immunité naturelle.

C'est à ces différentes espèces animales que s'est borné notre champ expérimental, vu la ‘difficulté de nous procurer des animaux d’une valeur plus élevée.

Déjà nous avons signalé l'influence de l’âge, du sexe et de l’état de gravidité des sujets, sur les résultats obtenus ; aussi n'y reviendrons-nous pas 101.

Un point important à élucider maintenant, c’est de

(14) M: Frænkel a peut-être expérimenté sur la petite souris des maisons,

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savoir ce que deviennent les animaux qui ont résisté soit à des injections de virus pur, soit à des injections de cultures, ou de virus et cultures atténués. C'est surtout du lapin que nous voulons parler.

Certains sujets, mais très rares, ne paraissent pas incommodés par une injection intra-péritonéale ; il n'est plus ensuite possible de les rendre malades ou de les faire mourir par de nouvelles inoculations ; ils ont une immunité naturelle.

Quant à ceux qui ont été plus ou moins malades après l’imoculation de virus ou cultures actives, ou bien des mêmes produits plus ou moins atténués, ils jouissent désormais d’une immunité complète. Il est impossible de provoquer chez eux la septicémie expérimentale ; toutes les inoculations resteront sans résultat. Ils sont vaccinés, s'il est permis de se servir de ce terme assez impropre.

Dans ces conditions, M. Chauveau vit cependant succomber un lapin antérieurement moculé; mais cet animal n’a pas succombé à la seconde imoculation, il mourut par suite des lésions qu'avait provoquées la première moculation. On trouva à lautopsie de vieilles suppurations de la plèvre du péritome et du péricarde. [n’est done pas douteux qu'une première inoculation, si elle ne tue pas l'animal, lui confère J'immunité contre les attemtes ultérieures du mierobe de la septicémie puerpérale (1).

(4) Les mêmes faits se sont reproduits deux ou trois fois sous nos yeux, et ce qui prouvait bien que le mal venait de la première inoculation, c'est que les foyers purulents débutaient à son niveau.

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DE LA CULTURE ARTIFICIELLE DU MICROCOCCUS SEPTICUS PUERPERALIS

Du choix des milieux de culture

Est-il possible de cultiver le microbe de la septicémie puerpérale, et de lui conserver longtemps son activité pathogène ?

Jusqu'ici, les expériences n'avaient pas donné des résultats satisfaisants.

Doléris dit avoir cultivé dans l'urine neutre, dans des boulons acidulés et neutres, sans préciser avec quoi avaient été faits ces bouillons.

Une fois, cependant, 1l cite un bouillon de cerveau de chien.

Enfin, il aurait cultivé dans un vide relatif.

Les cultures ont toujours présenté des éléments

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divers, n'ont pas été poussées bien loin et ne se sont jamais montrées très virulentes.

M. Pasteur a cultivé dans le bouillon de poulet, mais il a vu très vite s’épuiser l’activité du virus.

Masini a employé l'urine et le bouillon neutre sans succès, M. Chauveau a cultivé dans le bouillon de mouton. [l n’a pas été plus heureux que M. Pasteur, la forme a été conservée jusqu’à la 10° génération; mais la virulence était épuisée dès la troisième.

Devant ces insuccès, M. le professeur Arlomg persuadé, comme l'avait déjà dit M. Miquel, que les bouillons légèrement salés conviennent généralement très bien à la végétation des microorganismes, eut l’idée de substituer aux bouillons, qui jusque-là avaient été essayés, un bouillon de bœuf salé dont voici la formule.

Viande de bœuf dégraissée .. 1 kilog.

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Le bouillon est neutralisé et stérilisé deux fois en vase clos à la température de 110°-115°. Ce milieu de culture a donné des résultats excellents.

Nous glisserons rapidement sur des cultures de pus péritonéal et de lochies qui ont été poussées jusqu'à la troisième et quatrième générations.

On a constaté dans ces cultures la coïncidence de la virulence et des microcoques que nous avons décrits plus haut ; mais, dans la crainte qu’elles ne soient pas absolument pures, à cause de l’origine de la semence,nous avons eu hâte de procéder à la culture du sang. La semence a été empruntée au sang de la

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veme sushépatique d’un lapin tué par l'moculation de cinq gouttes de pus recueilli soigneusement avec une pipette Pasteur dans le péritome d’une femme morte de septicémie puerpérale. Cette semence présentait donc les meilleures conditions pour ne renfermer que les véritables agents septiques. |

On a poursuivi trois séries de cultures, une a été faite dans des matras ordinaires au contact de l'air libre ; une autre, dans des tubes Pasteur dont l’air avait été enlevé ou fortement raréfié par la pompe à mercure ; une dernière, dans une atmosphère d’oxygène pur. Les matras et les tubes Pasteur étaient chargés d’une faible quantité de bouillon. La température de l’étuve où évoluaient les cultures oscillait autour de 35°.

Dans ces conditions, les cultures à l’air libre se chargent rapidement de microorganismes. Toutefois, la multiplication n’est complète que le quatrième ou le cinquième jour. Au delà de ce temps, les microoroanismes se déposentau fond des matras ou destubes ; le véhicule devient filant (1), prend et conserve une temte jaunâtre. Les cultures à l’air Libre ont été poussées jusqu’à la 29° génération sans que l’activité du virus se soit atténuée.

Si l’on étudie le contenu des cultures au microscope, on s'aperçoit que dès les premières générations, les microorganismes subissent des changements intéressants. Ils prennent des caractères morphologiques

(4) Dans les tubes Pasteur où on a fait le vide, le liquide devient filant mais ne prend pas la coloration jaunâtre constatée dans les matras.

plus uniformes ; quelques grosses chaînettes que l’on voyait dans les lochies ou le pus péritonéal disparaissent ; en outre, le diamètre des microcoques devient moins considérable, Dans les générations d'un numéro élevé, comme la 15°-20°, etc., les fines chaïnettes se raccourcissent, la plupart se résolvent en simples diplocoques ; les plus longues ont rarement plus de 4 à 5 cocet.

La culture dans le bouillon de bœuf salé a donc pour effet de séparer les cocei virulents de la septicémie puerpérale de microorganismes étrangers, de les rendre plus grêles et de diminuer en quelque sorte l'affinité qu'ils ont les uns pour les autres.

Mais le fait le plus important et réellement nouveau qui découle de cette série de cultures est relatif à leur activité pathogène.

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De l'activité des cultures.

Dès la première génération, on s'aperçut que les microorganismes élevés artificiellement sont. plus actifs que ceux des sérosités humaines ou animales. Ils tuent les jeunes lapins en 18 ou 20 heures: les adultes en 24 à 30 heures. Ces animaux succombent à une véritable infection septique, car on ne trouve ni fausses-membranes, ni pus dans le péritoine où l'imoculation à été faite ; la séreuse offre simplement de la congestion. Le sang, par exemple, estassez riche en

microorganismes et se montre très virulent. Nous avons constaté, en outre, que plusieurs cobayes succombent à l'injection de ces cultures, les uns sans lésions apparentes, d’autres avec des lésions caractéristiques considérables ; preuve que les cultures sont beaucoup plus actives que les virus recueillis sur la femme ou sur le lapin.

L'activité augmentée du microbe des cultures s’est maintenue sans défallr un instant jusqu'à la trente-deuxième génération.

Les cultures dans le vide ont été poussées jusqu'à la septième génération. Elles étaient moins riches que les cultures dans l'air, mais elles contenaient les mêmes formes de microbes, et de plus, ceux-ci possédaient une activité plus grande que celle des microbes élevés à l’air hbre.

L'air fut remplacé par l'acide carbonique, puis par l'oxygène, et les résultats ne différèrent pas sensiblement de ceux obtenus dans le vide.

La physiologie pathologique est donc aujourd’hui en possession d’un procédé qui permet de cultiver le micrococcus septicus puerpéralis, d'entretenir indéfiniment son activité pathogène et d'étudier à loisir les propriétés de cet agent.

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