TECHNIQUE
Avant d’entrer dans le détail des expériences et d’exposer les résultats qu’elles ont fournis, nous croyons devoir insister sur la description et le mode d’emploi des appareils que nous avons employés ainsi que sur quelques procédés opératoires.
§ 1. Nous avions à nous préoccuper de l’exploration simultanée de la pression abdominale et de la pression thoracique.
A. Pressions abdominales . — L’exploration de la pression abdominale a été faite par l’introduction dans l’estomac, dans le rectum ou dans la cavité péritonéale, d’une ampoule de caoutchouc mince légèrement tendue par une carcasse métallique flexible ; la cavité de l’ampoule était en rapport avec une sonde en gomme qui communiquait elle-même avec un tambour à levier enregistreur. Les variations de pression auxquelles était soumise la surface extérieure de l’ampoule se transmettaient à l’appareil enregistreur. Elles pouvaient être déterminées au point de vue de leur valeur manométrique par une graduation préalable. Four cette graduation, l’ampoule, d’abord mise en rapport par un tube de caoutchouc à parois épaisses et
de petit calibre avec le tambour à levier enregistreur, était introduite dans un tube de verre fermé par deux bouchons et rempli d’eau : l’un des bouchons était traversé par la sonde en gomme communiquant d’une part avec l’ampoule, d’autre part avec le tambour à levier enregistreur ; un tube traversant l’autre bouchon, mettait la cavité dans laquelle était plongée l’ampoule en rapport avec une source de pression et un manomètre à mercure de petit calibre. On pouvait ainsi, en augmentant graduellement la pression du milieu dans lequel se trouvait l’ampoule, obtenir l’échelle de la courbe tracée par le levier par rapport aux indications du manomètre à mercure. Pour égaliser ces indications manométriques et celles qu’on obtenait en plongeant l’ampoule dans l’une des cavités gastrique, rectale ou péritonéale, on avait soin d’élever la température de l’eau, dans le tube de verre qui contenait l’ampoule, à une température de 38°. En effet ces ampoules représentent de véritables thermomètres à air et les indications qu’elles fournissent à la température du laboratoire, diffèrent de celles qu’elles fournissent quand elles sont plongées dans le corps d’un animal. Toutes ces mesures ont été faites d’après le plan qu’avaient suivi MM. Chauveau et Marey pour la graduation -des sondes cardiaques (V. Ma* rey. Circul. du sang. 1863, p. 91 et 103), Mais le besoin d’une évaluation rigoureuse des pressions auxquelles sont soumis les organes contenus dans la cavité abdominale ne se fait guère sentir dans ces sortes de recherches : ce qu’il faut savoir surtout, c’est le sens et la valeur relative des variations de pression, Or, les ampoules manométriques fournissent ces indications avec une rigueur suffisante pour qu’on puisse se passer de graduation. Cependant nous avons tenu & prendre la précaution de graduer nos appareils pour les cas où il deviendrait important de coin-
parer, par exemple, la valeur d’une pression positive abdominale à la valeur d’une pression positive ou négative thoracique,
Ce qui nous intéresse davantage, en ce moment, c’est de savoir si nous sommes autorisé à nous servir indifféremment de l’exploration gastrique, rectale ou péritonéale : il se peut en effet que la contraction propre des parois de l’estomac ou du rectum ajoute, pendant le vomissement, aux effets des mouvements des parois abdominales.
Pour nous renseigner à ce sujet, nous avons comparé les courbes obtenues pendant le vomissement avec une ampoule gastrique, une ampoule rectale et une ampoule péritonéale. Les trois appareils ont fourni des indications identiques ; aussi, pour simplifier la préparation de l’expérience, nous sommes-nous presque toujours contenté des indications d’une ampoule rectale dont l’introduction ne nécessitait aucune opération préalable.
L’expérience nous a de plus amené à n’employer, comme ampoules manom étriqués abdominales, que des ampoules assez peu sensibles pour ne pas fournir d’indications pendant la respiration normale. Gomme on le sait, en effet, quand un animal respire tranquillement, les mouvements du diaphragme créent dans la cavité abdominale des variations de pression peu importantes ; ces variations s’exagèrent si l’animal respire difficilement ou fait quelques efforts. Il n’y avait pour nous aucun intérêt à recueillir l’indication des variations normales de la pression abdominale ; nous n’avons besoin que de l’indication des variations exagérées : aussi verra-t-on sur la plupart des courbes de pression abdominale, que la plume n’a commencé à exécuter des mouvements qu'à partir du moment où la respiration a cessé d’être tranquille et modérée. Nous avions du reste intérêt à réduire autant que possible l’am-
plitude de nos tracés pour éviter l’entrecroisement des courbes et le choc des leviers les uns contre les autres.
B. Pressions thoraciques . — Une bonne méthode d exploration pour les variations de la pression intra-thoracique est beaucoup plus difficile à trouver que pour l’exploration de la pression abdominale : la raison en est simple . Non-seulement la pression est négative dans le thorax ; l’application constante exercée par la force rétractive du tissu pulmonaire s’exagère pendant l’inspiration et diminue pendant l’expiration, se rapprochant d’autant plus de la pression positive que l’expiration est elle-même plus énergique. Dans les conditions de nos expériences nous avions besoin d'un appareil capable de nous fournir à la fois l’indication d’une aspiration thoracique très-notablement exagérée et d’une augmentation considérable de la pression positive, c’est-à-dire que. nos tracés de pression intra- thoracique devaient indiquer, dans le premier cas, une pression négative de plusieurs centimètres de mercure, et pour le second, une pression positive allant souvent jusqu’à 15 ou 16 cent. Hg.
Après plusieurs tâtonnements, nous nous sommes arrêté au procédé suivant : une canule de trocart ayant trois millimètres de diamètre perforée latéralement de plusieurs orifices, était enfoncée avec précaution dans le 5e ou le 6e éspace intercostal à droite ou à gauche, à droite de préférence. Au moment où la pointe du trocart allait pénétrer dans la plèvre, on retirait légèrement la tige perforatrice afin de ne pas blesser le poumon et on poussait dans la cavité pleurale, en l'inclinant le long de la paroi, l’extrémité de la canule taillée en biseau. Le trocart était alors retiré de la canule, mais en prenant la précaution de coifier d’un tube de caoutchouc la partie libre de la canule, de
façon à empêcher l’air d’entrer dans la plaie au moment où le trocart était retiré. Le tube de caoutchouc était replié et serré avec une pince à pression, la canule elle-même fixée à la peau de l’animal avec un point de suture pour en é viter le déplacement. Ceci fait, on ajustait au tronçon du tube de caoutchouc qui coiffait la canule un autre tube, aboutissant à un tambour à levier très-désensibilisé, on enlevait la pince qui fermait le premier tube et on établissait la communication entre la cavité du tambour à levier et la cavité pleurale. On voyait aussitôt l'aspiration thoracique se manifester par une dépression de la membrane du tambour et par un abaissement du levier enregistreur ; le plus souvent l’aspiration thoracique était assez énergique pour que le levier, accolé à la paroi du tambour, n’exécutât plus aucun mouvement : or ceci se produisant pendant la respiration normale, il était évident que plus tard, quand l’animal exécuterait de grands mouvements respiratoires, on n’aurait aucune autre indication que les sommets des maxirna de pression positive. Il fallait donc obvier à cet inconvénient avant de procéder à l’expérience proprement dite. Dans ce but, nous avons interposé sur le trajet du tube de transmission des variations de la pression pleurale, un manomètre à eau d’une assez grande longueur, la courte branche de ce manomètre en U, était mise en rapport avec la canule pleurale , la longue branche avec le tambour à levier enregistreur. Dès-lors les variations de la pression intra-thoracique s’exerçant sur de l’eau, au lieu de s’exercer sur de l’air, arrivaient au tambour enregistreur assez atténuées pour être inscrites dans toute leur étendue, aussi bien dans les maxirna d’aspiration que dans les maxirna de pression positive.
L’interposition d’un manomètre à eau avait déplus l’avantage de nous permettre de savoir à tout instant quelle
était la valeur des variations de la pression thoracique, et de déterminer facilement à chaque moment de 1 expérience l’échelle des courbes obtenues. Ce procédé fort simple n était cependant pas exempt d’inconvénients . il ai rivait paLfois que le poumon était éraillé par 1 extrémité de la canule pleurale, un peu de sang s engageait dans cette canule et en se coagulant obturait les oeillets latéiaux, de telle sorte qu’à un moment donné les courbes des variations de la pression pleurale allaient s’atténuant et n’étaient plus comparables aux courbes du début ; quelquefois même toute indication était supprimée. Mais malgré les causes d’erreur auxquelles on obviait, du reste, en retirant la canule pour la nettoyer et en la plaçant de nouveau dans la plèvre, nous nous sommes surtout servi du procédé indiqué après nous être assuré que, de tous les moyens d’étudier la pression intra-thoracique, c’était encore le plus fidèle.
En effet, si nous comparons les indications fournies par l’exploration de la pression pleurale à celles qu’on obtient en explorant la pression latérale de l’air dans la trachée, nous allons voir que ce dernier procédé est notoirement inférieur au premier.
Dans l’exploration de la pression trachéale, en effet, on introduit par une ponction faite à la trachée un trocart qui plonge dans sa cavité et dont l’orifice se trouve sur le trajet du courant d’air déterminé par les mouvements respiratoires. Quand l’animal exécute un mouvement d’inspiration, l’explorateur de la pression trachéale indique une chute de pression d’abord très-accusée, ensuite graduellement diminuée, puis arrivant souvent à être nulle quoique le thorax puisse continuer encore à se dilater : par conséquent, ce mode d’exploration ne fournit aucune indication précise sur l’état de l’aspiration intra-thoracique. Il n’en Arnozan. 2
fournit pas de meilleures pour l’état de la pression pendant l’expiration. Si, en effet, l’animal expulse brusquement l'air contenu dans ses bronches, l’explorateur trachéal indique à ce moment une brusque augmentation de pression ; mais la chute de la courbe se produit ensuite quoique les parois de la cavité thoracique puissent continuer à se resserrer et que le poumon continue à revenir sur luimême. On n’a, par conséquent, dans l’une et l’autre période de la respiration, que des indications tronquées correspondant aux actes du début et non aux phases successives des variations de la pression thoracique. Il suffit, pour se convaincre de l’infériorité des indications trachéales, de recueillir simultanément les courbes des variations delà pression de l’air dans la trachée et celles des variations de la pression pleurale. Les courbes trachéales peuvent servir à compter le nombre des respirations, mais elles nous paraissent sans valeur pour l’étude des variations de la pression intra-thoracique.
C. Pression intraœsophagienne. — Nous accordons une toute autre importance à l’examen des variations de la pression à l’intérieur de l’œsophage. Ce procédé employé par divers auteurs, et sur lequel M. Luciani (1) a insisté dans un mémoire récent, mérite qu’on s’y arrête : nous aurons du reste à l’utiliser souvent dans le cours de ces recherches.
Quand on introduit dans l’œsophage une ampoule identique à celle que nous avons décrite à propos de l’exploration de la pression abdominale, cette ampoule subit à sa surface des variations de pression exactement correspondantes aux variations de la pression pleurale, du moins tant que l’œsophage n’intervient pas directement en sa qualité de conduit musculaire. Ceci s’explique sans qu’il
(1) Luciani, — Archivis per le scienze mediche. 187t.
soit nécessaire d’y insister: l/œsophage est, comme tous les autres organes contenus dans le thorax, soumis aux influences alternatives des mouvements de l’inspiration et de l’expiration ; de telle sorte qu’une ampoule manométrique, introduite dans sa cavité, fournira des courbes dont le sens sera absolument le même que celui des courbes fournies par une sonde pleurale : courbe descendante pendant l’inspiration, ascendante pendant l’expiration. Mais il ne faut évidemment pas s’attendre à observer dans l’oesophage l’aspiration permanente qui existe dans la plèvre : la cavité œsophagienne communique en effet avec l’atmosphère et reçoit à chaque déglutition, de l’air atmosphérique. Le seul point par lequel l’exploration œsophagienne se rapproche de l’exploration pleurale consiste en ce que les indications qu’elle fournit permettent de conclure au sens dans lequel s’exécutent les variations de la pression pleurale.
Mais, le grand intérêt de l’examen des pressions dans l’œsophage c’est que, dans l’acte du vomissement, on pourra être renseigné sur la participation de l’œsophage lui-même, k l'accomplissement de certaines phases de cet .acte complexe : pour retirer de cette exploration tout le bénéfice qu’on est en droit d’en attendre, il faut seulement l’associera l’exploration pleurale; de cette façon, on verra ce qu’ajoute par lui-même le conduit œsophagien aux variations de la pression thoracique. Dans nos expériences, nous avons combiné ces deux explorations, on verra quels renseignements elles nous ont fournis.
De ce qui précède, il résulte qu’il suffit, pour étudier les variations delà pression abdominale, d’introduire une ampoule manométrique dans le rectum, dans l’estomac ou dans la cavité péritonéale ; que, pour être exactement renseigné sur l’état de la pression intra- thoracique, l’intro-
duction d’une sonde dans la plèvre est le moyen à la fois le plus simple et le plus sûr.
Nous avons toujours associé ces deux opérations. Mais, avons-nous dit, l’examen des variations de la pression œsophagienne fournit d’utiles indications complémentaires sur l'état de relâchement ou de contraction de l’œsophage, sur le passage des aliments dans sa cavité. Aussi dans les expériences où nous avons voulu recueillir des indications sur ces différents points, avons-nous ajouté à l’exploration abdominale et pleurale, l’inscription des variations de la pression œsophagienne; plusieurs tracés de cette triple exploration simultanée sont reproduits dans le cours de ce travail.
Mais pour pratiquer l’exploration œsophagienne au point de vue de l’étude du vomissement, il ne faut pas introduire la sonde par la bouche. En effet, ou bien on sera forcé de maintenir les mâchoires de l’animal violemment écartées l’une de l’autre, et alors la réjection ne se fera qu’avec les plus grandes difficultés, ou bien, en laissant libre la gueule du chien, on s’exposera avoir la sonde coupée avec les dents, si c’est une sonde en gomme, ou faussée et mise hors d’usage si c’est une sonde métallique. Ces différents accidents se sont produits dans nos expériences, et nous sommes arrivé à ne plus introduire la sonde œsophagienne que par une petite ouverture latérale faite à l’œsophage à la partie moyenne du cou. C’est là une opération sans gravité aucune, ne troublant en rien la série des actes du vomissement et laissant toute sécurité à l’opérateur. La seule précaution à prendre est de fixer la sonde par un point de suture et de refermer sur elle les lèvres de la plaie, de façon à éviter l’expulsion des matières alimentaires par cette voie.
Dans le but de simplifier autant que possible le dispo-
sitif de l’expérience, et aussi pour étudier certains points de l’acte du vomissement, tels que le moment du passage des aliments de l’estomac dans l’oesophage, le sens des contractions oesophagiennes, etc., nous avons réuni dans une même sonde l’ampoule manométrique abdominale et l’ampoule manométrique œsophagienne. Cette double sonde gastro -œsophagienne a été construite d’après le principe de la double sonde cardiaque de MM. Chauveau et Marey, mais dans des conditions de simplicité plus grande. Nous reproduisons ici la ligure de la double sonde gastro- œsophagienne qu’a fait construire M. François- Franck par M. Galante.
Figure 1.
Double sonde gastro œsophagienne (Franck).
A, Ampoule gastrique. B, ampoule œsophagienne.
L ampoule inférieure de cette double sonde gastro-œsophagienne était poussée jusque dans l’estomac, et on observait entre cette ampoule gastrique et celle qui devait rester dans l’œsophage un intervalle suffisant pour être certain de leur position respective.
Mais, comme il était important dans ces recherches, comme pour certaines autres relatives à la succession des mouvements de 1 œsophage lui-même, de pouvoir obtenir entre les deux ampoules un écartement variable, on a rendu mobile l’ampoule supérieure ; il suffit d’enlever la
ligature qui maintient cette dernière fixée sur la sonde pour la faire glisser dans un sens ou dans l’autre.
C’est avec cette double sonde que nous avons pu déterminer l’un des points les plus importants de l’acte du vomissement, c’est-à-dire le moment du passage des aliments de l’estomac dans l'oesophage.
Nous avions cherché à faire vomir aux animaux de petites ampoules manométriques, introduites dans l’estomac par une fistule gastrique; nous espérions que le moment du passage au cardia nous serait ainsi signalé, mais le vomissements des matières alimentaires s’est effectué sans que les ampoules fussent expulsées de l’estomac. Nous avons été plus heureux avec la double sonde gastro-oesophagienne. En laissant libre la sonde au niveau de la petite plaie oesophagienne, nous avons pu saisir nettement l’instant de l’expulsion des matières alimentaires, l’ampoule gastrique ayant été expulsée de l’estomac : son passage à travers le cardia nous a été indiqué par une brusque augmentation de pression, et sa présence dans l’oesophage par le changement des indications quelle fournissait. Ces points seront exposés avec détail dans un chapitre spécial.
Cette même sonde nous a servi à établir la parfaite identité des actes du vomissement chez le chien et chez l’homme. Un garçon de laboratoire s’est offert à exécuter l’expérience et, comme on le verra plus loin, nous avons pu, grâce à lui, étudier les rapports delà respiration thoracique et .abdominale pendant l’effort, la vomiturition, etc.
IL — Exploration des mouvements thoraciques et abdominaux .
Les appareils explorateurs des mouvements des parois thoraciques et des parois abdominales, ne diffèrent point les uns des autres. Ce sont, suivant le cas, des ceintures pneumographiques ou des tambours explorateurs formés d’une cuvette métallique, sur les bords de laquelle est tendue une membrane de caoutchouc repoussée par un ressort intérieur.
Ces appareils sont connus : leur description détaillée se trouve, soit dans les ouvrages de M. Marey, soit dans le livre de M. P. Bert sur la respiration. Nous rappellerons donc sommairement les principes d’après lesquels ils sont construits, leur mode d’emploi et les indications qu’ils fournissent.
Lespneumograplies, et en particulier celui de M. Marey, sont disposés de telle sorte que quand les parois de la cavité autour de laquelle on les applique se dilatent, Pair qu’ils contiennent est raréfié, et la plume du tambour à levier conjugué avec eux, subit un abaissement. Cette courbe descendante correspond par conséquent à l’inspiration, quand l’appareil est appliqué autour du thorax ou de l’abdomen dans les conditions normales de la respiration. Inversement pendant l’expiration, les parois des cavités revenant sur elles-mêmes, la courbe tracée présente une direction ascendante. Le sens de ces courbes est facile à retenir si on remarque que chacune d’elles correspond au sens du courant de l’air dans la trachée : la courbe inspiratoire est descendante comme l’air qui pénètre dans
les bronches, la courbe expiratoire, au contraire, ascendante comme le courant de l’air expiré.
Les tracés que fournissent les tambours explorateurs du genre de celui qui est employé pour l’exploration des battements du cœur, et qu’on applique spécialement aux petits animaux, sont exactement inverses de ceux des pneumograpbes dont nous avons parlé. Ceci s’explique par le mode d’action des mouvements des parois thoracique ou abdominale, sur la membrane de caoutchouc. Quand la cavité se dilate, la membrane est refoulée au lieu d’être attirée en dehors ; quand la cavité se resserre, la membrane est poussée par le ressort intérieur qui la tend. De là, une courbe ascendante pendant l’inspiration, descendante pendant l’expiration.
Cette différence dans le sens des courbes suivant la nature des appareils employés pour l’étude des mouvements respiratoires, est en soi une condition défavorable, mais il est facile d’y remédier en ramenant les courbes fournies par les tambours explorateurs au sens des courbes pneumographiques. Cela s’obtient en retournant le tambour enregistreur de telle façon que la courbe ascendante devienne descendante et réciproquement.
En procédant ainsi, on pourra contrôler par l’inscription simultanée de la pression pleurale qui fait foi, la valeur des courbes obtenues.
Or, nous arrivons à cette conclusion importante au point de vue qui nous occupe, c’est que l’exploration des mouvements extérieurs est beaucoup moins fidèle que ceux des pressions dans les cavités elles-mêmes. Les muscles pariétaux comme ceux de l’abdomen, ou les parois mi-partie osseuses, mi -partie musculaires comme celles du thorax, exécutent souvent des mouvements hors de proportions avec la valeur des variations de pression qui en résultent
dans les cavités circonscrites par ces parois. Bien n’autorise par exemple, à conclure d’une grande excursion de la paroi thoracique à une grande diminution ou à une grande augmentation de la pression pleurale. Le résultat de ce mouvement, au point de vue du changement de pression, est entièrement subordonné à la facilité avec laquelle l’air pénètre dans les bronches. D’autre part, les indications diffèrent suivant la région du thorax au niveau dç laquelle est appliqué l’appareil explorateur. Elles ne sont pas de même sens quand l’appareil est au niveau de la circonférence supérieure ou au niveau de la circonférence inférieure du thorax dans un cas de dyspnée où le diaphragme fonctionne énergiquement. Les côtes supérieures s’élèvent entraînées parles muscles pectoraux, grand dentelé, etc.; les côtes inférieures s’abaissent et s’incurvent en dedans, entraînées par les insertions costales du diaphragme. C’est précisément le cas de nos expériences sur les vomissements. L’action puissante du] diaphragme, détermine souvent un aplatissement transversal du thorax au niveau des six dernières côtes. Par conséquent, si le pneumographe est appliqué à ce niveau, au lieu d’une courbe descendante, inspiratoire, il donnera une courbe ascendante, expiratrioe, qui sera tout à fait en désaccord avec l’indication de l’aspiration thoracique. Si nous nous contentions d’explorer ainsi le mouvement des côtes, nous serions exposés à une erreur absolue; confiants dans le sens des indications pneumographiques, à l’aspect d’une courbe ascendante, nous pourrions affirmer que pendant la phase préparatoire du vomissement, c’est l’expiration qui prédomine, tandis que, en réalité, comme le prouve surabondamment l’exploration pleurale, toute cette période préparatoire est caractérisée par une exagération du vide thoracique.
Nous ne voulons pas cependant éliminer de l’étude des phases de la respiration, l’exploration des mouvements de parois ; on sait quels résultats importants cet examen a donnés entre les mains deM. Marey et deM. P. Bert, pour ne citer que les physiologistes qui se sont surtout occupés de ces questions ; mais nous pensons que dans un grand nombre de cas, dans l’analyse des phénomènes thoraciques et abdominaux qui produisent le vomissement par exemple, il est indispensable de contrôler les indications des appareils explorateurs, des mouvements, par l’inscription simultanée des variations de la pression à l’intérieur de la plèvre et de l’abdomen.
§ III. — Exploration des variations de la circulation .
Dans un certain nombre d’expériences nous avons dû explorer en même temps que les variations de la pression dans les cavités thoracique ou abdominale, les variations de la pression artérielle et veineuse, de la 'pression intracardiaque, etc.
Les appareils dont nous nous sommes servi pour ces différents examens sont ceux qui sont en usage dans le laboratoire du professeur Marey. La description et le mode d’emploi des manomètres ont été exposés par M. François Franck dans un chapitre de technique (G. R. du laboratoire, 1877). Nous n’y reviendrons ici que pour mémoire.
Ces manomètres se composent essentiellement d’une capsule métallique dont les parois élastiques cèdent aux variations de la pression intérieure; les mouvements de
l’une de ces parois sont utilisés pour agir sur l’air dune caisse fermée communiquant avec un tambour à levier; les oscillations de la paroi opposée mettent en mouvement une aiguille qui se meut sur un cadran divisé et indique à tout instant la valeur manométrique de la pression.
L’avantage de ce manomètre est de permettre d’inscrire, facilement à côté des variations de la pression artérielle, tel ou tel autre mouvement, sans autre peine que d’ajouter à côté du tambour à levier correspondant au manomètre, un ou plusieurs autres tambours en rapport avec des appareils explorateurs plus ou moins nombreux. On peut évidemment obtenir le même résultat en se servant du manomètre à mercure muni d’un flotteur, mais il faut pour cela un dispositif spécial, et dans tous les cas on éprouve une grande difficulté à recueillir plusieurs courbes simultanément sur le cylindre vertical : l’étendue des excursions du flotteur, surtout dans des expériences comme les nôtres, où la pression artérielle subit de grandes variations, cause à tout instant des embarras qui forcent à interrompre l’expérience; les plumes s'entrechoquent, les courbes se croisent et il devient souvent impossible de démêler, au milieu de ces lignes compliquées, la continuité de chaque courbe.
Nous nous sommes cependant servi de manomètres à flotteur pour l’étude simultanée de la pression artérielle et, de la pression veineuse. Ces expériences, faites auparavant par M. Franck et dont il donnera plus tard un exposé complet, avaient pour but de déterminer la valeur comparative des variations delà pression dans l’artère et la veine correspondantes. Dans ce cas, l'emploi des manomètres à mercure présentait, malgré certaines difficultés manuelles, un grand avantage sur l’emploi des manomètres élastiques à échelle arbitraire.
L’exploration de la pression artérielle a toujours été faite dans la fémorale ; la raison de ce clioix, indiquée déjà (voy. Technique, G. R., Lab. Marey, 1877), repose sur ce fait que, la chute de pression étant souvent considérable, le liquide alcalin du manomètre pénètre si l’on explore la pression carotidienne dans le bout central de la carotide, peut arriver jusqu’aux coronaires pendant les grands ralentissements du cœur ou passer dans la carotide opposée au moment de la reprise de la pression ; dans les deux cas la mort des animaux, ou tout au moins des accidents cardiaques et généraux très-graves peuvent survenir. La précaution d’éviter l’exploration carotidienne doit être prise dans tous les cas, mais surtout quand on se sert de manomètres d’une certaine capacité, déplaçant une assez grande quantité de liquide.
Pour l’étude des variations de la circulation périphérique nous avons exploré simultanément la pression dans une artère et dans la veine correspondante. Cet examen est le seul qui puisse jusqu’à présent rendre compte de l’état de la circulation dans les organes chez les petits animaux, comme le chien. Les appareils hémodromographiques (Chauveau) ne sont applicables qu’aux animaux, de grande taille dont les vaisseaux peuvent recevoir un tube de fort calibre. Du reste les indications comparées de la pression dans une artère et dans la veine satellite sont très-précises. Elles nous renseignent non-seulement sur le sens des phénomènes périphériques, mais sur la provenance centrale ou périphérique des variations observées.
Quant à l’examen de la fonction cardiaque, nous avons eu, dans quelques cas, besoin d’ètre renseigné sur d’autres modifications que sur les modifications de rhytlime que nous donnaient suffisamment les courbes manométriques artérielles ; il a été nécessaire d’éiudier les variations de la
pression intra-cardiaque. Nous avons laissé de côlé le procédé employé par quelques physiologiques, notamment par M. Fick, et qui consiste à explorer la pression à l’intérieur du cœur à l’aide d’un long tube introduit dans ses cavités soit par la jugulaire droite, soit par la carotide gauche. En effet, en raison de la rapidité des variations, il se produit dans le tube des oscillations propres de la colonne liquide et on obtient des indications de mcixima et de minima , de pression exagérée. Nous nous sommes servi pour les chiens d’une petite sonde cardiaque que M. Marey avait fait construire et qui, peu sensible, comme cela devait être, en raison du petit volume de l’ampoule terminale, nous a cependant fourni des indications suffisantes pour montrer la diminution de la pression intra-cardiaque pendant la phase préparatoire du vomissement et son augmentation pendant la phase expulsive.
§ IV. — Procédés opératoires.
Nous résumerons en quelques mots les procédés employés pour fixer les animaux, pour les maintenir dans une position telle que le vomissement fût possible et que nos appareils explorateurs fussent commodément placés.
Dans tous les cas, sauf dans quelques expériences où nos animaux ont été intentionnellement fixés sur le dos, nous les avons couchés sur le côté, les quatre membres attachés à la même valve de la gouttière de Bernard. La gueule était libre, mais pour éviter les déplacements de Fanimal pendant la préparation de l’expérience, on passait en arrime des oreilles, prenant point d’appui sur l’occipital, un
large collier qui se fixait à la lige cl’acier terminant la gouttière à sa partie antérieure. Quand survenait le vomissement, on détachait le collier pour laisser â l’animal toute liberté d’étendre son cou et sa tête.
Plusieurs fois nous avons tenu à nous assurer que la position nécessitée par le genre d’explorations que nous pratiquions,ne modifiait pas les phénomènes du vomissement. Dans ce but, nous avons laissé l’animal debout sur une table, absolument libre de ses mouvements, mais maintenu à portée des appareils enregistreurs. On comprend que pour réaliser ces expériences sur un animal complètement libre et dont les mouvements violents briseraient les appareils, il faut choisir des chiens soumis et peu sensibles comme en fournit surtout la race dite du chien-mouton. Du reste une recherche de ce genre n’avait d’autre intérêt que de nous autoriser à conclure des phénomènes observés sur le chien couché aux phénomènes qui se produisent chez l’animal dans sa situation normale.
L’immobilité des animaux n’est pas rigoureusement nécessaire dans ces sortes d’expériences, et il vaut mieux s’exposer à quelques difficultés pratiques que de compromettre le succès de la recherche par l’administration d’un narcotique ou d’un anesthésique qui empêche presque à coup sûr l’animal de vomir. Au début de l’administration du chloroforme , ou quelques instants après l’administration de la morphine on voit souvent les chiens vomir quand ils sont en digestion ; mais ce vomissement du début n’est pas celui que nous cherchions à obtenir, sauf pour quelques cas spéciaux. Il s'est trouvé que le vomitif habituellement employé par nous, Dapomorphine, produit rapidement un état de tranquillité et d’obnubilation de la sensibilité tel que les chiens les plus remuants deviennent faciles à manier. Cette substance, qui nous servait
au point de vue du vomissement, nous a donc en même temps rendu service comme moyen contentif.
Des opérations elles-mêmes nous dirons peu de choses, ayant eu en définitive peu de vivisections à pratiquer. La trachéotomie avec la canule à glissière de M. Franck, qui permet de faire respirer l’animal soit par le larynx, soit par là trachée, l’oesophagotomie, l’introduction des sondes dans l’œsophage, la gastrostomie, la recherche des artères et des veines, sont des opérations courantes sur lesquelles nous n’avons rien à dire de particulier.