DE LA. GLOTTE PENDANT LE VOMISSEMENT
L’état de la glotte semble être un des points les plus intéressants à étudier. 11 est incontestable qu’elle se terme à la, dernière période pour prévenir la chute des matières dans les voies aériennes. Mais à quel moment a lieu cette occlusion ? Que deviennent à ce moment les mouvements respiratoires ? Si l’on consulte différents auteurs, on est à peu près sûr de trouver chaque fois une réponse différente à ces questions. Traube prétend que la glotte reste ouverte au moment de la forte expiration qui d’après lui est le phénomène initial. Lüttich (1) a constaté, par l’observation directe, qu’elle se ferme eu même temps que se fait la grande inspiration du début. Bien longtemps avant eux, Bérard (2) avait enseigné que l'état de la respiration était le suivant : « D’abord une inspiration réelle, puis un effort simultané d’inspiration qui n’introduit pas d’air parce que la glotte est fermée, et d'expiration qui n’expulse point d’air parce que la glotte et le diaphragme résistent en même temps à l’action des muscles abdominaux. Toutes les opinions pourraient donc prendre place dans un historique complet. Ce désaccord des théories s’explique peutêtre par le désaccord même des faits. Laissons de côté l’importance que peut avoir l’occlusion de la glotte au
(1) Lüttich. Loc. cit.
(2) Bérard. Cours de physiologie.
moment du retour des qlimcnts dans le pharynx : c’est là un point étranger au sujet spécial que nous traitons. Est-il réellement très-important, au point de vue du vomissement lui-même, que la glotte soit ouverte ou fermée. Une expérience bien simple répond à cette question : un .animal vomit alors même qu’on lui a fait la trachéotomie. Le vomissement pouvant ainsi se produire à glotte ouverte ou à glotte fermée, il n’est pas étonnant que suivant les cas on ait pu constater des états différents de l’orifice supérieur des voies aériennes. En outre, on est en droit de se demander si dans les cas d'examen direct l’application du miroir laryngoscopique ne détermine pas par action réflexe des mouvements des cordes vocales étrangers à l’acte même du vomissement. La question est des plus complexes.
Si l’ouverture de la glotte ne met pas au vomissement un obstacle absolu, il ne faut pas en conclure qu’elle soit indifférente. Dans une première expérience, on ouvre la trachée à un chien, mais la canule est étroite ; elle laisse passer tout juste la quantité d’air nécessaire à la respiration. Le vomissement se produit sans difficulté ; la phase d’aspiration est courte, mais les inspirations sont énergiques, et l’effort d’expulsion ne diffère pas sensiblement dans son expression graphique des efforts semblables produits dans les conditions ordinaires. (Voy. fig. 13). La pression abdominale ne subit pas pour sa part de modifications spéciales.
Dans, une seconde expérience, la trachée est largement ouverte et mise en communication avec l’air extérieur par un tube presque aussi large qu’elle. Ici le tracé présente un tout autre aspect. La ligne supérieure (pression pleurale) montre une série d’aspirations thoraciques, dont le nombre n’a rien d’irrégulier, mais qui sont
remarquables par leur peu d’énergie. Le levier qui les indique s’abaisse à peine au-dessous de la ligne moyenne des maxima des aspirations antérieures. L’effort d expulsion
Figure 13.
Vomissement chez un chien dont la trachée ouverte porte une canule
de petit calibre.
Pr. pl , Pression pleurale. Pr. cibd, Pression abdominale. Exp , Expulsion.
n’a pas son intensité habituelle ; de plus il est brisé en deux. L’inspiration courte et arrêtée qui en général interrompt à peine cet effort le partage ici en deux efiorts
successifs. Dans la pression abdominale, on peut saisir aussi d’importantes modifications ; elle se marque par une sorte d’escalier, dont tous les degrés reposent sur une même ligne horizontale, mais dont chacun s’élève plus haut que celui qui le précède. Ce sont en somme les carac-
Figure 44.
Vomissement chez un chien dont la trachée ouverte porte une canule de grand
calibre.
Pr. pl. Pression pleurale, Pr cibd,. Pression abdominale. A, Phase d’aspiration thoracique. B, Phase d’expulsion.
tères que nous assignions tout à l’heure aux graphiques qui indiqueraient des mouvements de plus en plus amples du diaphragme : ligne des minima horizontale, ligne des maxima ascendante. Quand la pression abdominale est arrivée h un certain degré, elle s’y maintient et le vomissement se produit. Il est inutile actuellement d’insister sur l’interprétation de ces expériences ; le moment n’est
pas encore venu d’en tirer les conclusions. Relevons seulement les faits suivants : une faible ouverture faite à la trachée ne gène pas le vomissement, une large ouverture le modi fie. L’aspiration thoracique du début ne pouvant atteindre son degré habituel, puisqu’elle est à chaque fois contrebalancée par la facile entrée de l’air dans la trachée, des phénomènes inusités apparaissent du côté de l’abdomen. La phase d’expulsion est elle-même troublée : l’effort d’expiation qui devrait surtout porter son action sur les ruaières à expulser ne réussit guère qu’à chasser l’air par la plaie trachéale, et un deuxième effort doit intervenir pour compléter le vomissement.
Souvent du reste le vomissement ne se produit qu’à la suite de plusieurs tentatives. Si dans le cours d’une expérience on suit attentivement l'animal, si l’on inscrit pendant assez longtemps toutes les modifications respiratoires qu’il présente, on constate qu’à certains intervalles les ins pirations deviennent plus fréquentes et plus profondes ; en même temps l’animal se lèche, salive, s’agite ; on croit que le vomissement va survenir. Mais toute cette excitation se calme, et ce n’est qu’après plusieurs de ces débuts avortés, que le vomissement se fait. Les tracés que nous avons donnés plus haut, malgré la valeur qu’il semble juste d’y attacher, ne donneraient qu’une idée insuffisante des difficultés qu’une large plaie trachéale impose au vomissement. L’examen de ces nombreuses phases préparatoire non suivies de réjection peut seule en faire comprendre toute l’étendue.
C’est un fait connu en clinique que les malades trachéotomisés vomissent mal ou ne vomissent pas. Broadbent (1) signale même le fait caractéristique d’un enfant chez lequel les efforts de vomissement restaient infructueux tant
(1) Broadbent. The practitioner, fév. 1875.
que la canule était ouverte, mais devenaient efficaces si l’on prenait soin de la fermer. Cette observation peut être considérée comme l’exagération des phénomènes habituels que détermine au moment du vomissement l’ouverture de la trachée ou celle de la glotte. En général cette ouverture crée au vomissement des difficultés d’autant plus grandes qu’elle est elle-même plus étendue.