GROUPE. — DES MÉTAUX MONOATOMIQULS
J'ai déjà dit que ce groupe n'est représenté que par un seul métal, l'argent.
Argent (Ag).
Poids atomique.. 108 — Chaleur spécifique. . 0,05701 — Densité.. 10,47.
L'argent se trouve dans la nature à l'état natif, mais on le rencontre surtout à l'état de sulfure (argyrosè), de chlorure {kérargyré). Il en existerait même des traces dans le sang, où il aurait été introduit par le sel marin. On conçoit la possibilité de ce fait, en se rappelant que le chlorure d'argent est soluble en petite quantité dans le chlorure de sodium, et que par conséquent les eaux des mers, baignant une mine de kérargyré, doivent dissoudre ce minerai.
L'argent est toxique : outre l'action corrosive que produit son nitrate, ce métal détermine des accidents généraux, à l'ensemble desquels M. Falk a donné le nom d'argyrisme. Parmi ces phénomènes morbides il faut citer surtout une sorte d'affection cérébro-spinale.
Je n'ai pas fait moi-même d'expériences sur les sels d'argent, mais mon collègue M. Legros vient d'en faire une au laboratoire de M. Robin.
Expérience de M. Legros. — «Le 24 avril, je mêle A la nourriture d'un rat 20 centigrammes de chlorure d'argent; l'animal mange presque tout ce que je lui donne. Le lendemain 25 il ne paraît pns souffrir, mais sa soif est ardente : je lui présente la même quantité de chlorure d'argent. Le 26, l'animal est très -abattu, il a quelques mouvements convulsifs; les matières fécales sont noires et diarrhéiques; je mêle à la
nourriture la même dose de chlorure. Le lendemain 27, le rat est mort ; l'extrémité des pattes et le nez sont noirâtres, l'intestin est plein de matières fécales noires; le foie est d'un brun foncé.
» Cette expérience montre d'abord que les sels d'argent sont éminemment toxiques, ce que l'on sait fort bien; mais elle montre surtout que le chlorure d'argent est facilement absorbé dans le tube digestif, et que les préparations de nitrate d'argent, si souvent employées aujourd'hui à l'intérieur, pourraient être remplacées avantageusement par les préparations de chlorure. »
J'adopte complètement les conclusions de M. Legros. Il est en effet une chose certaine, c'est que l'azotate d'argent, administré à l'inlérieur, se transforme immédiatement en chlorure. Pourquoi alors l'employer autrement que sous cette forme? D'un autre côté, on sait que le chlorure d'argent, complètement insoluble dans l'eau, se dissout à froid en petite quantité dans l'acide chlorhydrique et les chlorures ; alcalins, et que si la température s'élève, la solubilité du sel ; augmente considérablement. Voici à ce sujet une expérience facile à répéter. On fait bouillir de l'eau contenant du sel marin et du chlorure d'argent; ce dernier sel se dissout, mais, si l'on verse de l'eau froide dans la solution, il se produit aussitôt un précipité de la plus grande partie du chlorure argentique. Cette expérience explique la pénétration de l'arpgent dans l'organisme; en effet, le chlorure formé se dissout lidans l'acide chlorhydrique du suc gastrique, et dans les 'chlorures de l'économie.
D'ailleurs l'emploi médical du chlorure d'argent n'est pas mou veau. Ce sel a été autrefois recommandé par Polerius, comme anthclminthique ethydragogue, puis par Hoffmann et
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Fachcnius, contre la manie, la mélancolie et l'épilepsic, et plus récemment par MM. Payan, Serres et Sicard, contre la syphilis. Enfin le docteur Perry (Journ. de chim. méd., janvier lShli) l'a proposé contre l'épilepsie, à la dose de 15 centigrammes pris en trois ou quatre fois par jour, et contre les diarrhées chroniques, à la dose de 25 milligrammes d'abord, pour s'élever successivement jusqu'à 10 et 15 centigrammes.
M. Delioux (Bulletin général de thérapeute octobre 1852) a traité une épilepsie (non guérie) par l'hyposulfite d'argent et de sodium. Il a administré ce sel pendant un mois, en commençant par 5 centigrammes par jour, puis il s'est élevé graduellement jusqu'à la dose de 60 centigrammes. Le sel était dissous dans 150 grammes d'eau, et cette solution était prise en trois ou quatre fois, matin, midi et soir. Sous l'influence de ce traitement, aucune modification appréciable n'est survenue dans les fonctions des grands appareils organiques, sauf celle assez remarquable qui s'est manifestée dans les fonctions digestives. Dès les premiers jours du traitement, le malade a accusé un sentiment de vacuité et de défaillance dans la région de l'estomac, qui, vague et mal définie d'abord, s'est traduite en besoin de manger impérieux, sentiment tout t à fait comparable à ces formes nerveuses, s'il est permis de s'exprimer ainsi, que l'on observe chez quelques individus . atteints de gastralgie. Du moment où l'alimentation du malade a été augmentée proportionnellement à cet accroissement de l'appétit, ce symptôme du médicament a diminué, mais sans disparaître jamais, pour longtemps du moins, d'une manière complète.
M. Delioux reconnaît à l'hyposulfite d'argent et de sodium les avantages suivants : Il ne compromet pas l'intégrité de la \
muqueuse gastrique; ses dissolutions étendues ne produisent aucun trouble dans les solutions albumineuses chlorurées ou non chlorurées, ni dans les liquides de l'organisme ; il ne produit pas de coloration noire de la peau; entin il exerce une action locale beaucoup moins irritante que celle de l'azotate d'argent.
COMPARAISON DES MÉTAUX MONOATOMIQUES , AU POINT DE VUE DES EFFETS TOXIQUES.
Tous ces métaux, excepté le csesium, ont été étudiés dans des expériences faites sur les animaux. Quatre d'entre eux : le sodium, le potassium, le rubidium et le lithium ne doivent pas être considérés comme vénéneux, cependant le potassium devient dangereux lorsque ses combinaisons sont administrées à haute dose. Les effets de l'argent sont toxiques, néanmoins l'organisme peut tolérer une assez grande quantité de ce métal, ainsi qu'il résulte de l'expérience de M. Délioux, prolongée pendant un mois sur le même malade. Le thallium, dont le poids atomique est le plus élevé, paraît être aussi le plus dangereux ; il produit une intoxication analogue à l'intoxication saturnine (colique, arthralgie, tremblement, paralysie des membres inférieurs), et il agit même plus rapidement que le plomb, à cause de la grande solubilité de ses combinaisons.
Ainsi se trouve vérifiée, pour les métaux monoatomiques, la loi que j'ai énoncée ; il n'y a d'exception certaine que pour le rubidium. On va voir une application rigoureuse de cette même loi dans l'étude des quatre métaux suivants dont je vais m'occuper.