DEUXIÈME CLASSE. — MÉTAUX BI ATOMIQUES
Je diviserai ces métaux en cinq groupes qui semblent assez naturels.
Le premier renfermera le baryum, le strontium, le calcium et le magnésium.
Le deuxième, le cérium, le lanthane et le didyme. Le troisième, l'yttrium, l'erbium et le terbium. Le quatrième, le zinc, le cadmium et l'indium. Le cinquième, le cuivre et le mercure. .
1er GROUPE. — BARYUM, STRONTIUM, CALCIUM, MAGNÉSIUM.
Les trois premiers de ces métaux forment le groupe des alcalino-terreux ; en effet leurs oxydes sont intermédiaires, par leur solubilité, entre les alcalis et les oxydes terreux proprement dits. Tous les quatre font partie de ce qu'on appelle la série magnésienne.
1° Baryum (Ba).
Poids atomique.. 137 — Chaleur spécifique.. » — Densité.. 4.5
Le baryum a été découvert par Davy, qui l'a obtenu en décomposant le baryte par la pile. Il est d'un blanc argentin ; il fond au rouge et s'oxyde facilement, morne à l'air froid. On le conserve dans un liquide dépourvu d 'oxygène, tel que l'huile de naplithe.
Ce métal est appelé ainsi (de papuç, lourd), à cause de la pesanteur de ses combinaisons. Les composés les plus vulgaires du baryum sont : le sulfate, appelé encore barytine,'
spath pesant; le carbonale, désigné en minéralogie sous le nom de withérite, et qui est employé en Angleterre comme mort aux rats.
Les combinaisons barytiques sont vénéneuses, néanmoins le chlorure a été employé en médecine, contre la syphilis, la scrofule, les engorgements ganglionnaires et les tumeurs blanches ; on l'a administré jusqu'à la dose de 35 centigrammes par jour sans produire aucun effet nuisible.
Expériences de M. Onsum, de Christiania [Yir ch. Arch., Bd. XXVIII, S. 233). — Cet observateur a fait, dans le laboratoire de Tubingue, huit expériences avec le carbonate et le chlorure de baryum. Il résulte de ses recherches que l'empoisonnement barytique consiste essentiellement en une obstruction des artères pulmonaires, comme on a pu en produire, dans ces derniers temps, par l'introduction de substances insolubles dans les veines jugulaires. La respiration est accélérée, moins profonde, le murmure vésiculaire peut disparaître, l'action du cœur au contraire est redoublée. Plus tard survient de l'agitation, de la difficulté dans les mouvements et même parfois une véritable paralysie. Les fondions de l'encéphale et le pouvoir réflexe sont relativement intacls. A l'autopsie des animaux qui ont succombé, on voit les cavités droites du cœur pleines de sang, les cavités gauches vides ; il y a stase veineuse. Dans les poumons se trouvent des infarctus hémorrhagiques ou des ecchymoses miliaires; dans l'artère pulmonaire, de petits coagulums fibrineux pénétrés de corpuscules inorganiques. Les recherches chimiques ont montré à M. Onsum que le baryum se retrouvait dans les poumons, quelquefois dan» le foie, jamais dans le cerveau, ni dans la moelle, ni dans les reins, ni dans les muscles. L'au-
tcur pense que l'empoisonnement a lieu comme par l'acide oxalique, c'est-à-dire qu'il forme un sel insoluble, qui ici serait le sulfate de baryum, provenant de l'action du chlorure sur les sulfates de l'économie.
US" Expérience. — Acétate de baryum. — Cet acétate a pour formule :
Ses cristaux sont des prismes aplatis, ou des prismes rhomboïdaux obliques; les premiers renferment une molécule d'eau, les seconds en renferment trois, et le sel satisfait alors à la formule précédente. C'est celui que j'ai employé.
Le 18 avril, j'ai mis deux grenouilles dans 1000 grammes d'eau distillée, où j'ai fait dissoudre llgr,28 d'acétate représentant 5 grammes de métal. L'une est morte après deux jours, l'autre après deux jours et demi. Ayant répété l'expérience sur deux autres grenouilles, l'une a vécu Vingt-quatre heures, et la seconde trois jours. Je m'explique la lenteur des accidents mortels par la faible absorption du sel, qui a dû former sur la peau des grenouilles un dépôt insoluble de carbonate de baryum; en effet, leur peau était recouverte d'un enduit blanc et poudreux. La température moyenne, lors de l'expérience, était de 11 degrés environ.
On a vu [expérience 31), qu'ayant administré à un lapin 2 grammes de fluorure de baryum, cet animal a succombé" rapidement. Cette mort s'explique facilement par les effets toxiques du baryum qui, d'après les expériences de M. Onsiiin. a dû agir sur le système nerveux.
Carbonate de baryum* — J'ai déjà dit que la wilhérile était
employée en Angleterre comme mort aux rats. Pelletier a fait mourir des chiens de petite taille en leur administrant 8 déeigrammes de carbonate naturel, et n'a pu y parvenir avec du carbonate artificiel; ce qui pourait faire supposer que, dans le carbonate naturel, il se trouve quelque combinaison arsenicale, ce minéral accompagnant les mines de pyrite de cuivre, de sulfate de plomb, de zinc, qui souvent contiennent des arséniures ou des sulfures d'arsenic (Barruel, Chimie technique).
49e Expérience. — Je la fais en ce moment, en mêlant à la nourriture d'un rat du carbonate artificiel pur, que j'ai préparé moi-même. Jela rapporterai dans les notes et additions.
2° Strontium (Sr).
Poids atomique.. 87,5 — Chaleur spécifique.. » — Densité.. 2,25
Le strontium est un métal d'un beau jaune de laiton, lorsqu'il est pur, mais il devient rouge à l'air par suite d'une oxydation superficielle. Ses composés naturels sont le carbonate, appelé encore strontianite, du nom du cap Strontian, en Ecosse, où il a été trouvé d'abord ; puis le sulfate, désigné en minéralogie sous le nom de célestine. Le sulfate se rencontre surtout dans les marnes vertes situées au-dessus du gypse : j'ai pu en recueillir plusieurs fois des échantillons dans des excursions géologiques faites aux environs de Paris, sous l'habile direction de mon maître M. Hébert, professeur à la Faculté des sciences. Le carbonate, outre ses gisements naturels, se rencontre, en faible quantité, dans les eaux de quel- ' ques sources.
Effets du strontium. — J'ai cherché dans la littérature
scientifique les faits qui pouvaient se rapporter à mon sujet. Je n'ai rien trouvé encore, de sorte que je crois être le premier qui ait expérimenté sur ce métal.
50° Expérience. — Acétate de strontium. — Cet acétate cristallise, comme le sel de baryum, sous deux formes différentes et avec des quantités d'eau variables. Si la cristallisation s'est effectuée à 15 degrés, il se présente sous la forme d'aiguilles et paraît renfermer 1/2 molécule d'eau; si le sel s'est déposé à une basse température, il est cristallisé en prismes rhomboïdaux obliques qui en contiennent h molécules. Sa formule est alors :
(C2H30)2|02+iH20i
3sr,17 de cet acétate renferment 1 gramme de métal.
Le 18 avril, je mets deux grenouilles dans une solution de 15gr,8 de ce sel, pour 1000 grammes d'eau. Ces 15gr,5 correspondent à 5 grammes de métal. Les deux grenouilles vivent encore aujourd'hui 6 mai, de sorte qu'il faut croire que le strontium n'est pas un métal bien dangereux, et qu'il esta coup sûr moins actif que le baryum dont le poids atomique est beaucoup plus fort.
Suite de l'expérience 32. — On a vu, page 43, que j'ai fait avaler à un lapin 2 grammes de fluorure de baryum et que cet animal m'a paru devoir se rétablir complètement après avoir été souffrant le lendemain de l'expérience, qui avait été faite le 2ô avril. Il n'en a pas été ainsi ; la diarrhée qu'il a eue a persisté, et il est mort le 5 mai.
A l'autopsie, les poumons sont à peu près normaux, légè-
renient congestionnés, le cerveau est intact. Les reins sont un peu anémiés, la vessie est pleine, l'urine ne renferme aucune trace d'albumine, ce qui s'accorde avec l'absence d'altération dans les tubuli.
L'estomac ne présente rien de particulier, il contient des aliments ; l'intestin g"êle est rempli d'un liquide jaunâtre et plutôt verdâtre, qui, examiné au microscope, présente une quantité prodigieuse de cellules et de noyaux d'épithélium.
3° Calcium (Ca).
Poids atomique. . 40 — Chaleur spécifique . . » — Densité.. 1,6
Le calcium a été découvert par Davy, qui l'a obtenu en décomposant la chaux par la pile. Ce métal est d'un jaune laiton comme le strontium ; il se conserve assez bien dans l'air sec, mais dans l'air humide il se transforme rapidement en chaux éteinte.
Le calcium est un des corps les plus répandus dans la nature ; on peut juger de sa profusion en se rappelant que les calcaires composent presque exclusivement, avec la silice et l'alumine, toute la masse des terrains sédimentaires. On le trouve également, mais suivant une progression décroissante, à l'état de sulfate ou gypse, de phosphate, de fluorure, etc. Les os, les osselets de sèches, le test des mollusques et des crustacés, les coquilles d'œufs, etc., sont formés de phosphate et de carbonate de calcium. Voici comment le phosphate pénètre dans notre organisme. Les terrains sédimentaires renferment les débris des coquilles ayant appartenu aux mollusques qui vivaient dans les mers au fond desquelles ces terrains se sont déposés. Or tous les phosphates, excepté celui
RABUTEAU. 6
de bismuth, étant solubles dans les acides, le phosphate calcaire se dissout grâce à l'anhydride carbonique du sol et de l'eau. Il passe ainsi dans les végétaux et se fixe principalement dans les graines et dans les fruits. Les végétaux le fournissent aux herbivores, et ceux-ci aux carnivores, par leur chair, mais surtout par leurs os qu'ils recherchent avec avidité.
Le calcium, par son poids atomique faible et par sa profusion dans la nature, vient confirmer la loi et la remarque que j'ai déjà citées plusieurs fois. Aussi peut-on employer en médecine ses composés à des doses assez élevées : tel est le chlorure qu'on administre à la dose de 20 centigrammes à Il grammes, tels seraient encore le bromure et l'iodure. C'est d'ailleurs après s'être transformé en chlorure , sous l'influence du suc gastrique, que le carbonate de calcium pénètre dans le sang. Je suis persuadé qu'une fois arrivé dans le torrent sanguin, ce chlorure se décompose à son tour, en donnant naissance à du bicarbonate qui est également soluble.
51e Expérience. — Je mis, le "27 mars, deux grenouilles dans une solution d'acétate de calcium contenant 5 grammes de métal pour 1000 grammes d'eau, l'une mourut au bout de trois jours, sans doute d'une manière accidentelle (voy. p. 64), l'autre vivait encore le 9 avril. Je crus que la vie se prolongerait indéfiniment, et je mis fin à mon expérience pour en faire d'autres sur les acétates de baryum et de strontium.
Il" Magnésium (M g).
Poids atomique.. . 24 — Chaleur spécifique. . . » — Densité.. . 1,74
M. Bussy a isolé le magnésium par un procédé semblable
à celui qu'avait employé M. Wôhler pour obtenir l'aluminium, c'est-à-dire en décomposant le chlorure de magnésium par le potassium. On suit actuellement un procédé plus avantageux, celui de MM. Sainte-Claire Deville et Caron.
Le magnésium est un métal d'un blanc d'argent, malléable, fusible à une température peu élevée, et qu'on peut distiller comme le zinc. Il brûle dans l'air avec un éclat éblouissant, de là l'emploi de la lampe au magnésium.
État naturel, — Je parlerai d'autant plus volontiers de la diffusion du magnésium dans la nature que ce corps m'offre une preuve de la loi générale d'après laquelle les métaux les plus répandus sont les moins vénéneux. Il en est en effet de ce métal comme du sodium et du calcium; on le trouve presque partout dans le sol, ainsi que dans les animaux et dans les végétaux.
Ses combinaisons naturelles les plus importantes sont :
1° La dolomieou. calcaire magnésien, carbonate double de i calcium et de magnésium.
2° Le carbonate de magnésium désigné en minéralogie sous le nom de giobertite.
3° Le sulfate de magnésium, ou sel de Glauber, qui se rencontre dans presque toutes les eaux minérales; celles qui eu renferment le plus sont les eaux d'Epsom, en Angleterre, H de Sedlitz, en Bohême.
Les sources qui renferment ce sel se rencontrent surtout ■dans l'étage supérieur des terrains triasiques, c'est-à-dire Mans les marnes irisées. En effet, ces terrains se sont formés comme au fond de vastes marais salants, et le sulfate de magnésium, étant très - soluble , s'est déposé le dermer.
Zi" Le chlorure, le bromure et Fiodure de magnésium qui se trouvent dans l'eau de nier et dans un grand nombre d'eaux minérales.
5° Enfin je citerai : le silicate de magnésium hydraté MgSiO+2H20,qui présente différentes variétés, telles que la stêatite, la magnésite ou écume de mer si appréciée des fumeurs, le péridot, la serpentine, X amphibole, le pyroxène^ qui sont des silicates de magnésium seul ou associé au calcium.
Le magnésium se rencontre également dans les végétaux; il s'y trouve à l'état de phosphate, et ce sont les graines qui en renferment le plus. Il en est donc de ce sel comme du phosphate de calcium. Des végétaux il passe dans les animaux herbivores, et ceux-ci le fournissent, par leurs os, aux carnivores.
L'action physiologique des sels de, magnésium est trop connue pour que j'en parle. Mon but est de prouver que ce métal, dont le poids atomique est si faible, est tout aussi inoffensif que le sodium.
M. Grandeau ayant fait des injections de chlorure de sodium, de potassium et de rubidium, j'ai pensé qu'il serait préférable d'injecter dans le sang du chlorure de magnésium au lieu de l'acétate, afin de pouvoir mieux comparer les effets de ce métal avec ceux des précédents. D'un autre côté, j'ai expérimenté d'autant plus volontiers sur le chlorure de magnésium, que les préparations insolubles de ce métal, usitées en médecine, sont transformées en chlorure par l'acide chlorhydrique du suC gastrique. C'est le seul mode d'absorption possible pour la magnésie calcinée et la magnésie blanche. En effet, on ne peut admettre que la magnésie calcinée puisse pénétrer en nature dans les veines, puisqu'il faut 3600 parties
d'eau pour en dissoudre une partie; il en est de même de la magnésie blanche, qui n'est soluble que dans 9000 parties d'eau bouillante et dans 2500 parties d'eau froide, et se range ainsi parmi les corps moins solubles à chaud qu'à froid.
52e Expérience. — Chlorure de magnésium. — Ce sel cristallise en beaux prismes terminés par des pyramides, il est incolore, transparent et légèrement déliquescent. Sa formule est MgCl2+6H20. — 8gr,5 de ce chlorure renferment 1 gramme de métal.
Une solution de 3Br,5 de chlorure de magnésium pour 25 grammes d'eau distillée est injectée dans la veine jugulaire d'une chienne de belle taille. L'injection a duré une demi-minute. Aussitôt qu'elle est détachée, la chienne court dans le laboratoire; elle ne paraît nullement souffrir, si ce n'est de la blessure qui lui a été faite. L'opération avait été pratiquée à cinq heures et demie ; à sept heures, l'animal mangea de la viande avec avidité.
Cette expérience prouve péremptoirement que le chlorure de magnésium n'est pas toxique. Je rappellerai à ce sujet l'expérience de M. Grandeau, dans laquelle 1 gramme de chlorure de potassium, dissous dans 15 grammes d'eau, détermina la mort chez un chien. Ce fait corrobore ma loi, puisque le poids atomique du potassium est 39, tandis que celui du magnésium n'est que 24.
D'un autre côté, d'après les expériences de M. Bouchardat {Ann. de lhèrap.,\.W)), les sulfates de sodium et de magnésium se rapprochent singulièrement par rapport à leur action. I Des poissons ont pu vivre plus de quarante-huit heures dans 1 une solution contenant 1 /20 de l'un ou l'autre de ces sels. Or
le poids atomique du magnésium ne diffère que de 1 du poids atomique du sodium.
Elimination du magnésium. — Expériences de MM. Guleke, Buchheim et Wagner. — Ce métal s'élimine avec facilité par les reins et par le canal intestinal. C'est ce qui résulte des recherches de M. Guleke en ce qui concerne la magnésie, et de celles de MM. Buchheim et Wagner en ce qui concerne le sulfate de magnésium.
M. Guleke, dans une dissertation inaugurale [Demmagnesiœ ustœ alvum purgante, Dorpati, 1854), a fait connaître les résultats auxquels il est arrivé en expérimentant sur la magnésie. Lorsque cet oxyde est pris à doses faibles, il ne purge pas et passe dans l'urine ; mais lorsqu'il est pris à doses élevées et qu'il produit des effets purgatifs, il s'élimine presque en totalité par le canal intestinal.
De leur côté, MM. Buchheim et Wagner (Ueber die Wirkung des Glaubersalzes ; Archiv fur physiol. Hcilk., Heft 1, S. 9ù, etc.) ont fait sur eux-mêmes des expériences, desquelles il résulte que le sulfate de magnésium est éliminé par les reins en quantité d'autant plus grande que le sel est pris en plus faible quantité, ou, en d'autres termes, que le sel produit moins d'effets purgatifs. Ainsi à la dose de 32 grammes, alors que la purgation est rapide, les reins n'éliminent que le quart du sel ingéré. A la dose de 15 à 20 grammes, ils en éliminent le tiers, c'est-à-dire 5, 6 à 7 grammes. Enfin à la dose de 10 grammes, ces expérimentateurs ont éprouvé des borborygmes assez violents et un besoin de garderobes; mais en faisant quelques efforts, ces borborygmes ont diminué au bout de trois heures et ont disparu complètement au bout de sept heures; l'analyse de l'urine y a fait retrouver
7 à 8 grammes de sulfate de magnésium. Ils ont alors pensé qu'en employant l'opium l'élimination du sel par les reins serait encore plus considérable ; et en effet, après avoir pris dans ces conditions ,20 grammes de sel de Glauber, ils en retrouvèrent dans l'urine jusqu'à 16 et 17 grammes.
Résumé. — On voit que l'énergie physiologique des métaux qui composent ce groupe suit une progression décroissante, comme leurs poids atomiques. Le plus actif est le baryum qui est toxique au plus haut degré; viennent ensuite, suivant l'ordre d'activité, le strontium, le calcium, et enfin le magnésium qui n'est nullement toxique.
IIe GROUPE. — CERIUM, LANTHANE, DIIJYME.
Poids atomiques : 92 — 92,8 — 96 Chaleur spécifique et densité inconnues.
En 1809, Berzelius et Hisinger découvrirent le cérium dans la cérite (silicate de cérium); trente ans plus tard, Mosander reconnut, dans le même minéral, la présence de deux autres métaux qu'il appela lanthane et didyme. Ces deux métaux ont les plus grandes analogies avec le cérium; ils se préseutent, comme lui, sous la forme d'une poudre grisé, réfractaire, et acquérant un certain brillant par le frottement, lis lui sont toujours associés, non-seulement dans la cérite, mais encore dans Yi/ttrocérite et dans quelques autres minéraux; enfin ils se préparent de la même manière, par la réduction de leurs chlorures à l'aide du potassium. Les sels de ces trois métaux se ressemblent assez pour que les réactifs ordinaires nestiffisônl pas Aies différencier.
Propriétés physiologiques et thérapeutiques <hi cérium.
Le professeur Simpson (d'Edimbourg) est le premier qui ait employé leeérium en thérapeutique (1). Il a expérimenté sur l'oxalate à la dose de 5 à 15 centigrammes par jour, mais il est possible que le sel contînt du lanthane et du didyme, car la préparation des sels purs de cérium est difficile. M. Simpson considère le cérium comme un remède sédatif et tonique (nervino-lonicum), qui agirait à la manière du bismuth et de l'argent dans le dyspepsie, la gastrodynie, la pyrosis, les vomissements et les diarrhées chroniques. Ainsi il a obtenu avec l'oxalate de cérium des résultats satisfaisants, dans une irritable dyspepsie, ainsi que dans les vomissements incoercibles de la grossesse.
L'emploi thérapeutique de l'oxalate de cérium a été essayé aussi par le docteur Ch. Lee (Amer. Journ. Memorab. vi, 10 oct. 1861). Ce médecin, l'ayant donné à la dose de 5 à 10 centigrammes par jour, en a obtenu les meilleurs résultats contre les vomissements dans les grossesses avancées, c'està-dire dans celles qui datent de quatre mois au moins. En effet, pendant les premiers mois de la grossesse, la créosote et l'acide prussique suffisent presque toujours, et mieux encore de faibles doses d'acide sulfurique étendu d'eau et additionné de brome. Plus tard le docteur Lee a aussi employé ce remède contre les vomissements dans la phthisie, la pyrosis, contre les vomissements hystériques et la dyspepsie atonique. Il n'a obtenu aucun résultat dans la gastrite aiguë ou subaiguë.
Enfin le docteur Ramskill dit avoir obtenu de bons effets de l'oxalate de cérium dans les cas d'épilepsie, où les phénomènes prémonitoires se manifestaient par des troubles de
(1) Note on the therapeutic action of the sa/ts of ccrium (Monthfy Journal of mcd. science, décembre 185û).
l'estomac ou du duodénum et par une anxiété épigastrique, tandis que les effets ont été nuls lorsque ces phénomènes se rapportaient à la tête ou au cœur, comme le vertige, les palpitations.
Je me propose d'instituer bientôt des expériences en employant l'acétate, le chlorure ou le sulfate de ce métal. Le icérium, ayant un poids atomique assez élevé, doit être quelque peu toxique. Enfin, si ma loi est vraie, le didyme doit • être le plus actif de ces trois métaux et le lanthane sera interîmédiaire aux deux autres.
IIIe GROUPE. VTTR1UM, ERB1UM, TERBIUM.
Ces trois métaux forment un groupe tellement naturel que Heurs oxydes ont été longtemps confondus. En effet, on a i donné d'abord le nom d'yttria à une base complexe, dans 1 laquelle Mosander en découvrit deux autres : l'erbine et la tterbine. Les sels de ces métaux présentent des réactions analogues ; ils se rapprochent de ceux du premier et du 'deuxième groupe en ce qu'ils ne sont pas précipités par ll'hydrogènc sulfuré, et de ceux du groupe suivant, en ce «qu'ils sont précipités par le sulfure d'ammonium.
1° Yttrium (Y).
Poids atomique. . . 64,3 — Chaleur spécifique. . . » — Densité. . »
L' yttrium se présente sous l'aspect d'une poudre noire; rc'est le seul de ce groupe qui soit connu à l'état pur. Il ne ss'oxyde pas à l'air à la température ordinaire, mais à une I 'température élevée il brûle avec une vive incandescence. I. oxyde d'yltrium est d'un blanc de lait, le sulfate est inco-
lore et cristallise en petits prismes, l'azotate est blanc et cristallisante; le chlorure est déliquescent et ne paraît pas volatil.
L'yttrium est très-peu répandu dans la nature. On le rencontre uni à l'erbium et au lerbium dans quelques minéraux, lois que la thorite, l'yttrotantalite, yttrocérite, la gadolinile.
Les propriétés physiologiques de ce métal sont complètement inconnues.
2° Erbium et lerbium.
L'erbium, E, n'est pas connu à l'état pur. Son oxyde, l'erbine, est jaunâtre; elle serait probablement blanche, si elle n'était pas mélangée avec de la terbine. Ses dissolutions se comportent comme celles d'yttria (Mosander).
Le terbium, Te, n'est pas connu à l'état métallique. Son oxyde est d'un jaune foncé.
IVU GROUPE. ZINC, CADMIUM, 1ND1UM.
Les métaux qui composent ce groupe se trouvent associés dans la nature et présentent entre eux les plus grandes analogies, non-seulement au point de vue chimique, mais encore au point de vue thérapeutique. Les anciens médecins, lorsqu'ils prescrivaient la tuthie ou cadmie des fourneaux, ne se doutaient guère que ce remède contenait du cadmium et parfois de l'indium.
1° Zinc (Zn).
Poids atomique. . 65,02 — Chaleur spécifique. . 0,09555 — Densiié. . 7
Le zinc se rencontre à l'étal de sulfure, de carbonate et parfois à l'état de silicate. Il était connu des anciens qui cm-
plovrent la enlumine à la fabrication du laiton, mais Paracelse est le premier qui l'ait décrit comme un métal particulier.
Je ne dirai rien de ses propriétés chimiques, vu qu'elles sont décrites partout avec détail.
Propriétés physiologiques et thérapeutiques. — L'emploi du zinc dans les arts, et même dans la confection de certains ustensiles de ménage, prouve suffisamment que ce métal est loin d'être toxique comme le cuivre et le plomb. On peut le prescrire à des doses assez fortes : ainsi M. Herpin, après avoir essayé d'abord l'oxyde de zinc contre l'épilepsie, emploie actuellement le lactate, qu'il donne au début à la dose de 3 grammes par semaine, pour s'élever ensuite à 15 grammes et au delà. Le chlorure, si remarquable par ses propriétés caustiques, peut également s'administrer à l'intérieur, pourvu que ses solutions soient diluées. Le docteur Flôgel (Oester. Wochenschrift, n° lk, \8kk), ayant
i combattu en vain par les préparations iodées un ulcère syphilitique de la gorge, a employé avec succès le chlorure de zinc,
ien faisant prendre à son malade, toutes les trois heures, une
(Cuillerée à bouche d'une solution de 20 centigrammes de ce sel dans 120 grammes d'eau. Le sulfate, qui est presque exclusivement réservé pour l'usage externe, peut être très-utile dans certains cas d'empoisonnement, lorsqu'on veut obtenir
mn vomissement immédiat. On le prescrit alors à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme pris en une fois. M. Babington est allé plus loin encore : chez un de ses malades épileptiques, il a pu élever progressivement la dose du sulfate jusqu'à 2 grammes et même 2gr,30, pris en trois fois par jour, sans produire les vomissements; mais au delà de cette dose,
le malade avait perdu de l'appétit et éprouvait des maux de cœur. Enfin le docteur Barlow (Med. Times, nov. 1853) a fait à l'hôpital de Guy une série d'essais thérapeutiques avec l'iodure de zinc pour combattre la chorée, la scrofule et quelques formes d'hystérie. Il a administré ce sel aux doses habituelles de l'iodure de fer. L'iodure de zinc n'a pas mieux réussi que le sulfate contre la chorée, mais il s'est montré très-efficace dans un cas de lupus scrofuleux extrêmement rebelle.
Maintenant qu'il est prouvé que les sels de zinc sont relativement peu dangereux, je devais comparer leurs effets à ceux que produisent les sels de cadmium. Je n'ai fait jusqu'ici que deux expériences, mais, pour leur attribuer une véritable valeur actuelle, il faudrait que j'eusse fait des essais tout à fait semblables avec des sels de cadmium.
Acétate de zinc. — Cet acétate a pour formule
Il cristallise en lames nacrées qui s'effleurissent à l'air. Les cristaux appartiennent au système monoclinique; ils ont la forme de tables par suite de la prédominance de deux faces opposées. 3gr,65 de ce sel renferment 1 gramme de métal.
53e Expérience. — Deux grenouilles sont mises dans une solution contenant 18gr,25 d'acétate de zinc, soit 5 grammes de métal pour 1000 grammes d'eau. Elles vivent toutes les deux environ cinquante heures.
On verra, à l'article suivant, que 35 centigrammes d'acétate de cadmium, correspondant à 14 centigrammes de ce métal, ont fait mourir un chien à qui j'avais injecte ce sel
dans ia trachée. Je me proposais de soumettre un autre chien à une épreuve analogue, en employant l'acétate de zinc, mais je me décidai plus tard à expérimenter sur un chat.
54e Expérience. — 50 centigrammes d'acétate de 2inc, dissous dans 20 grammes d'eau, et renfermant environ lli centigrammes de métal, sont injectés dans la trachée, chez un chat à jeun depuis vingt-trois heures. L'animal paraît beaucoup souffrir peu de temps après l'injection; il éprouve de temps en temps de violents efforts de vomissement. Les battements cardiaques me paraissent plus forts, mais ils sont ralentis ainsi que les mouvements respiratoires; bientôt, à la suite de quelques efforts de vomissement plus énergiques que les précédents, la respiration se ralentit davantage, l'animal fait de profondes inspirations et meurt, sans éprouver de convulsions, vingt-cinq minutes après le début de l'expérience.
A l'autopsie, je ne trouve rien de particulier si ce n'est que les poumons sont ecchymosés en certains points. Ni la muqueuse trachéale, ni la muqueuse bronchique, ne paraissent avoir rien éprouvé de l'action locale de l'acétate de zinc.
Celle expérience, si on la compare à celle que j'ai faite avec l'acétate de cadmium, semblerait prouver que le zinc est aussi actif que le cadmium. Il n'en est rien ; elle prouve simplement que la dose employée suffit pour tuer un chat. Il me reste donc à expérimenter sur un chien.
Recherches de Michaelis {Die physiologischen Wirkungen des Zinkoxyds. — Arch. fur physiol. Heilkunde, 1850. 1 Heft) . — L'auteur, après avoir fait des expériences sur des lapins, des chats, des chiens et sur l'homme, est arrivé aux conclusions suivantes :
L'oxyde de zinc est transformé en un sel soluble par l'acido libre de l'estomac. L'albuininale qui peut se former alors est de nouveau dissous par cet acide.
Il faut éviter d'associer l'oxyde de zinc à la magnésie, parce que cette base s'empare d'abord de l'acide libre du suc gastrique et, par conséquent, rend difficile l'absorption du premier oxyde.
Cette absorption a toujours lieu par les veines.
Bien que les fleurs de zinc se dissolvent dans l'estomac, il faut les considérer comme une mauvaise préparation, et leur préférer l'acétate ou le lactate qui sont directement solubles.
Les altérations locales produites par le zinc siègent uniquement dans l'appareil chylopoétique et dans l'appareil respiratoire.
Les premières consistent en une cautérisation, une inflammation et une exulcéralion de la muqueuse stomacale: les secondes consistent en des granulations semblables aux tubercules miliaires, et siégeant toujours à la base des poumons, jamais au sommet. On trouve des traces de zinc dans ces granulations, mais ce métal se rencontre également dans la plupart des glandes et des parenchymes glandulaires, dans le cœur et dans le cerveau.
Les premiers effets du zinc sur le sang se manifestent par une augmentation de pression, par une accélération et une impulsion plus forle des battements cardiaques. A ces symptômes succèdent des vomissements violents et continus, qui disparaissent ensuite lorsque la médication es1 prolongée; mais il se produit alors dans la nutrition un trouble profond caractérisé par l'anémie et le marasme. Les parties solides du sang, et surtout la fibrine, ont diminué d'une manière notable. Les convulsions, qu'on observe parfois, ne
sont pas produites par une action directe que le métal exercerait sur les nerfs, mais elles sont consécutives au trouble de la nutrition.
L'élimination du zinc n'est pas rapide ; jamais Michaelis n'a réussi à trouver ce métal dans l'urine immédiatement après l'emploi des premières doses. Ce n'est que l'urine du cinquième jour qui commence à en contenir. Il apparaît plus rapidement dans la bile; en effet, il a été retrouvé dans ce liquide en quantités sensibles, vingt-quatre heures après l'injection d'un sel de zinc dans la veine crurale.
Telles sont les conclusions de Michaelis. Je ferai remarquer que d'après Leewald {Untersuchungen uber den Ueber- (jung von Arzeneimitteln indie Mz7c/$;Breslau, 1857), le. zinc passerait rapidement dans le lait. Suivant cet auteur, l'oxyde • (le ce métal, pris à la dose de 1 gramme, se retrouve dans lie lait après quatre à dix-huit heures, et disparaît comme le fer après cinquante-huit à soixante heures.
2° Cadmium (Cd).
Poids atomique.. 112' — Chaleur spécifique. . 0,05669 — Densité.. 8,7
Le cadmium, signalé d'abord par Stromeyer, en 1817, a été décrit pour la première foison 1818, par Hermann, qui
Ile rencontra dans un oxyde de zinc de Silésie. Ce métal existe dans les poussières blanches (tuthies ou cadmies), que l'on trouve à la partie supérieure des hauts fourneaux, où I on emploie des minerais de zinc cadmifères. On l'obtient facilement en traitant la luthie par le charbon : le cadmium
[plus volatil que le zinc distille le premier.
Ce métal est d'un blanc légèrement bleuâtre, ductile, mou et très-malléable; il fond facilement et cristallise en
octaèdres. Les propriétés de ses combinaisons sont analogues à celles du zinc, dont il diffère surtout par son sulfure qui est d'un beau jaune comme le sulfure d'indium.
Le sulfate de cadmium s'emploie aux mêmes usages et aux mêmes doses que le sulfate de zinc, seulement il est beaucoup plus actif. (Bouchardat, Trousseau et Pidoux, Thérapeutique.)
Je n'ai fait qu'une seule expérience avec le cadmium, mais elle est concluante ; elle démontre l'énergie physiologique de ce métal, dont le poids atomique est presque le double de celui du zinc. Avant de la rapporter, je crois devoir dire quelques mots sur le sel que j'ai employé.
Acétate de cadmium. — Suivant Stromeyer, il forme des prismes fort solubles dans l'eau; selon John et Meissner, il serait incristallisable (Gerhardt).
Devant ces assertions contradictoires, j'ai préparé moimême le sel dont j'avais besoin, en traitant par l'acide acétique du carbonate de cadmium pur que j'avais obtenu auparavant. Ayant placé ensuite une solution concentrée de l'acétate dans une atmosphère desséchée par la chaux vive, ce sel a cristallisé facilement. J'ai reconnu que ces cristaux étaient des prismes droits, à base rectangle, et qu'ils contenaient trois molécules d'eau. En effet, 2 grammes m'ont donné 0gr,9015 d'oxyde; or, en admettant la formule
le calcul indique pour CdO un poids de 0Rr,901£i.
55e Expérience. — Le 28 avril, 35 centigrammes d'acéj taie de cadmium, contenant \k centigrammes de métal, H
dissous dans 20 grammes d'eau, sont injectés, à trois heures, dans la trachée d'un chien de taille moyenne et à jeun depuis vingt -deux heures. L'injection est faite en trois temps séparés par un intervalle d'une minute.
Cinq minutes après l'opération l'animal se plaint; à trois heures un quart la respiration et la circulation sont considérablement ralenties; il éprouve de violents efforts de vomissement, et finit par rejeter des matières blanches, spumeuses et légèrement jaunâtres. Bientôt les phénomènes morbides qui semblaient ne se passer que du côté de l'estomac se portent sur l'intestin. Ainsi, à trois heures et demie, il a une selle fluide ; puis à quatre heures moins un quart, il rend des matières glaireuses, jaunâtres et un peu sanguinolentes. Il se plaint sans cesse, il ne trouve de repos nulle part, son abdomen se contracte comme s'il éprouvait des coliques violentes.
La circulation et la respiration se ralentissent encore ; à quatre heures un quart, il n'a plus que quatorze respirations par minute. I1 éprouve du tremblement, sa température me : semble abaissée.
A cinq heures je le laissai en cet état, mais à sept heures, • en revenant le voir au laboratoire, je trouvai qu'il avait 120 pulsations et 25 respirations par minute ; les phénomènes de iréaclion semblaient commencer; néanmoins il avait le nez et les oreilles fraîches. 11 refusa de boire du lait et de manger.
Le lendemain je le trouvai mort. Il était encore tiède, d'où j>je conclus qu'il avait dû mourir vers six ou sept heures du rmatin. Sa cabane contenait des déjections glaireuses et sanguinolentes.
Autopsie. — fille est faite à midi. Rigidité cadavérique.
RAT.UTEAU. 7
Les poumons présentent des ecchymoses nombreuses siégeant surtout vers la base. La muqueuse stomacale est rouge et injectée dans la région de la grande courbure ; il en est de même de la muqueuse intestinale qui est ecchymosée dans presque toute son étendue jusqu'au gros intestin. L'intestin grêle contient des mucosités sanguinolentes qui, examinées au microscope, présentent une grande quantité de cellules et de noyaux d'épithélium. La vessie est pleine; l'urine est recueillie ainsi que la bile pour être examinées plus tard. Le cerveau ne présente pas d'altérations, mais on trouve quelques hémorrhagies dans la pulpe de la moelle épinière.
L'urine ayant été traitée par la chaleur, s'est prise en une masse presque solide, par suite de la grande quantité d'albumine qu'elle contenait. Malheureusement les reins n'avaient pas été examinés au microscope ; on y aurait trouvé probablement une desquamation considérable de l'épithélium des tubuli.
Je n'ai pu trouver du cadmium ni dans l'urine, ni dans la bile; il aurait fallu pour cela t^ue la vie eût persisté plus longtemps, s'il en est des sels de cadmium comme des sels de zinc qui, d'après les expériences de Michaelis, passent lentement dans la bile et surtout dans l'urine.
3° Indium (In).
Poids atomique. . 71,8 — Chaleur spécifique. . » — Densité.. »
Ce métal a été découvert, en 1864, à l'aide de l'analyse sprelrale. Il est blanc et ressemble au platine. On l'a appelé indium parce que, des deux raies que contient son spectre, l'une est intense et couleur indigo, tandis que l'autre plus faible se trouve dans la région du violet.
L'indium se rencontre spécialement dans les blendes de
Freiberg : 100 kilogrammes de ce minerai contiennent 25 à 40 grammes du nouveau métal. Lorsqu'on traite les blendes, l'indium passe avec le zinc dont il est facile de le sépare r ainsi que du cadmium, en se fondant sur ce que son oxyde est insoluble dans l'ammoniaque.
Le sulfure d'indium est d'une belle couleur jaune comme le sulfure de cadmium ; son chlorure est déliquescent. (Voy. Comptes rendus de l'Académie des sciences, 22 avril 1867.)
Les propriétés physiologiques de l'indium sont probablement les mêmes que celles du zinc et du cadmium. Cette opinion que j'émets est fondée sur l'analogie qui existe entre cas trois métaux considérés au point de vue chimique.
Ve GROUPE. — CUIVRE, MERCURE.
1° Cuivre (Cu).
Poids atomique. . 63 — Chaleur spécifique. . 0,09555 — Densité. . 8,85
Le cuiyre se rencontre dans la nature parfois à l'état natif, mais le plus souvent à l'état de sulfure simple ou de sulfure double de cuivre et de fer.
Ce métal a été trouvé en quantités très-minimes, dans l'organisme sain, par Devergie, Lefortier, Orfila, Dechumps et Milieu. C'est seulement dans le foie ou dans la bile qu'il est possible d'en déceler la présence chez l'homme et chez les ; animaux supérieurs, je dirai même chez tous les vertébrés (terrestres. Mais d'après les recherches de Harless {Mùller's Arch., 1847, p. 148-157), on peut trouver ce métal dans le sang de divers animaux inférieurs, tels que les céphalopodes, les mollusques acéphales, les ascidies.
S'il est vrai que le cuivre soit un élément constitutif normal
du pigment sanguin de divers animaux inférieurs, il esl eertain aussi que la présence de ce meta] dans l'organisme des animaux supérieurs n'est qu'accidentelle. Il faut donc considérer comme mauvaise cette expression de cuivre normal. On sait que le foie est l'organe où vont se localiser les substances délétères, telles que l'arsenic, l'antimoine, le bismuth, pour s'éliminer ensuite par la bile. Le cuivre se comporte de la môme manière. On s'explique facilement son introduction dans l'organisme, en se rappelant que plusieurs eaux minérales peuvent contenir du cuivre, ainsi que plusieurs plantes, le blé par exemple.
Je ne parlerai pas des effets délétères que produit le cuivre : ils sont en effet trop connus. D'un autre côté, je n'ai l'ail qu'une seule expérience bien incomplète; elle prouve néanmoins que le cuivre agit d'une manière moins prompte que le mercure sur les êtres vivants, ce que l'on savait déjà.
56e Expérience. — Je mets deux grenouilles dans une solution contenant 15gr,8 d'acétate de cuivre pour 1000 grammes d'eau. Ces 15 grammes de sel contiennent 5 grammes de métal. Les grenouilles vivent encore trois heures après qu'elles sont plongées dans cette solution. Je n'ai pu les revoir que le lendemain matin, mais elles étaicnl mortes. — Ayant examiné au microscope le sang contenu dans \c cœur, je n'ai jamais vu d'une manière si nette les noyaux sanguins.
2° Mercure (Hg).
Poids atomique. . 200 — Chaleur spécifique. . » — Densité. . 13,59
Ce métal se trouve dans la nature à l'état natif, mais surtout en combinaison avec le soufre. On l'exploite en Europe
à Almaden, en Espagne, à Ydria; enStyrie. et dans le duché tdes Deux-Ponis; mais c'est en Amérique, dans la Californie, . qu'il est le plus répandu, comme si la nature avait voulu I placer à côté de l'or le métal qui sert à l'extraire. Le sulfure (de mercure ou cinnabre, appelé encore vermillon, est connu ide loute antiquité : les dames romaines s'en servaient comme • cosmétique, à cause de sa belle couleur rouge.
Si je voulais passer en revue tous les travaux publiés sur iles effets physiologiques et thérapeutiques du mercure, comme e l'ai fait pour certains métaux peu étudiés jusqu'ici, je .^sortirais complètement du cadre que je me suis tracé. D'ailleurs mon but principal est de comparer l'énergie physiologique des divers métaux, de chercher par exemple si le plomb, dont le poids atomique est 207, est plus ou moins ttoxique que le mercure, dont le poids atomique est un peu i moindre.
Je discuterai cette question au sujet du plomb. Je me contenterai donc de faire remarquer, ce qui est déjà Ibien connu, savoir que le mercure est beaucoup plus toxique îque le cuivre. « Tous les faits connus tendent à faire considérer les sels de cuivre solubles comme des poisons généraux, moins énergiques que les sels solubles de mercure et d'argent; mais comme eux, à dose suffisante, ils n'épargnent aucun être organisé vivant. » (Bouchardat, Annuaire de thérapeutique, 1846.)
Acétates de mercure. — Il existe un acétate mercureux et «Un acétate mercurique. Le premier est très-peu soluble; il exige, pour se dissoudre, 333 parties d'eau froide. On l'a «administré comme antisyphilitique à In dose de 1 ;H0 centigrammes. L'acétate mercurique esl beaucoup plus soluble.
On l'obtient facilement en traitant le bioxyde de mercure par l'acide acétique ; il se dépose, par le refroidissement, en lames nacrées et anhydres. lBr,59 de ce sel renferment 1 gramme de métal.
57e Expérience. — Deux grenouilles sont mises dans une solution de 7B',95 d'acétate mercurique pour 1000 grammes d'eau. Elles exécutent aussitôt des mouvements vifs, elles se frottent les yeux. Ce sel les cautérisait; en effet, leurs cornées blanchissent. Trois quarts d'heure après, elles semblent être sur le point de mourir, pourtant elles exécutent parfois des mouvements rapides. J'en retire une cinquante-cinq minutes après son immersion dans l'acétate ; elle agite encore ses pattes de temps en temps, mais lorsque je les pique je ne détermine aucun mouvement. Je l'ouvre, son cœur bat encore, mais ses mouvements se ralentissent et disparaissent complètement au bout de dix minutes. Cet organe est volumineux, les oreillettes sont pleines de sang, les poumons sont violacés et congestionnés ; la langue est blanche et comme cautérisée. — L'autre grenouille meurt également une heure après qu'elle a été plongée dans la solution mercurielle.
On voit que, de tous les acétates métalliques que j'ai fait agir sur les grenouilles, c'est l'acétate de mercure qui les a fait mourir le plus vite.
Comparaison des métaux biatomiques au point de vu de leur énergie physiologique.
Si l'on considère chacun des cinq groupes dans lesquels j'ai réparti les métaux biatomiques, on voit que, dans l'étal actuel de nos connaissances, ils n'offrent aucune exception à la loi énoncée. Mais si l'on veut comparer tous ces métaux
entre eux, sans les diviser en groupes, il devient moins facile de prouver qu'ils satisfont à la règle, parce que les expériences ne sont pas encore en nombre suffisant. 11 résulte pourtant, de celles qui ont été faites, que l'ordre d'activité des métaux étudiés est le suivant, en commençant par les plus inoffensifs :
Magnésium. Argent.
Calcium. Cadmium.
Strontium. Cuivre.
Zinc. Baryum.
Cérium. Mercure.
Le cuivre offre donc une exception dans les métaux biatomiques, comme le rubidium nous en a offert une autre, mais en sens contraire, parmi les métaux monoatomiques.
Quant au strontium et au zinc, il est encore impossible de décider lequel des deux est le plus actif.