QUATRIÈME CLASSE. — METAUX TÉTRATOMIQUES
Je diviserai les métaux de cette classe eu quatre groupes qui me paraissent tout à fait naturels.
Le premier contiendra le glucynium, l'aluminium, lezirconium et le thorium.
Le deuxième, le fer, le manganèse, le chrome, le cobalt et le nickel.
Le troisième, l'étain et le titane.
Le quatrième, le plomb, le platine et le palladium.
1er GROUPE. — GLUCYNIUM, ALUMINIUM, ZIRCON1UM, THORIUM.
Ces métaux présentent entre eux de si grandes analogies, que lorsqu'on a étudié les combinaisons de l'un d'eux on connaît celles des autres pour ainsi dire. Il existe pourtant quelques différences essentielles qui servent à les distinguer au point de vue chimique ; ainsi l'aluminium ne forme pas dé carbonate, et lui seul jusqu'ici a donné des aluns: la glu< \ ne et l'alumine se dissolvent dans les alcalis, la zireone et la thorine sont insolubles dans ces mêmes réactifs.
1" Giucymwn(Q\.).
Poids atomique. . 14 — Chaleur spécifique. . » — Densité 2,1
Ce métal est appelé ainsi (de yXuxùç, doux) à cause de la saveur douce et sucrée de ses sels. On l'a encore désigné sous le nom de béryllium, parce qu'il se rencontre dans le
béryh aiguè-rtiarine ou émeraude, <jiii est un silicate double d'aluminium et de glucynium. 11 a été découvert par M. Wôhler, qui l'a obtenu en décomposant son chlorure par le potassium; mais son oxyde, la glucyne, était connue deVauquelin, dès l'année 1797.
Le poids atomique du glucynium n'élant que 14, je pouvais considérer ce métal comme peu actif. Afin de vérifier mes conjectures, j'ai recouru comme toujours à l'expérience. Celle que je vais rapporter est. la première qui ait été faite avec le glucynium.
Sulfate de glucynium. — Le chlorure de glucynium, qu'on trouve dans le commerce, étant décomposé par l'eau, comme son congénère, le chlorure d'aluminium, j'ai préparé une petite quantité de sulfate, en traitant la glucyne par l'acide suli'urique. Le sulfate de glucynium a une formule analogue à celle du sulfate d'aluminium, et cristallise avec 12 molécules d'eau. // possède une réaction acide. Sa saveur est astringente et sucrée, sans arrière-goût métallique.
58e Expérience. — Le 9 mai, 25 grammes d'une solution de sulfate de glucynium, contenant 5gr,65 de sel supposé anhydre, ou 08r,501 de métal, sont injectés chez une chienne de taille ordinaire dans une veine d'une patte postérieure. L'injection est poussée lentement à travers une canule d'un petit calibre; elle dure quarante à cinquante secondes. Aussitôt qu'elle est détachée, la chienne court dans le laboratoire. Elle paraît pourtant un peu anxieuse, mais c'est de sa patte blessée qu'elle semble le plus s'occuper. En un mot, une injection d'eau pure n'aurait pas produit des effets plus marqué». Elle mange comme d'ordinaire une demi-heure
après l'opération, et je quitte très- satisfait le laboratoire.
Le lendemain ; 1 0 mai, je la trouve couchée dans sa cabane, elle est abattue ; cependant elle n'a pas de fièvre. Elle a vomi les aliments pris la veille et a eu un peu de diarrhée. Elle refuse de manger toute la journée. Le soir elle est plus faible encore, la circulation et la respiration sont ralenties ; je remarque quelques convulsions. Enfin le 11 mai, au matin, je la trouve morte.
Autopsie. — Rigidité cadavérique. Les poumons sont normaux, les cavités cardiaques sont remplies d'un sang diffluent à moitié coagulé. Le système veineux est rempli de sang; les sinus rachidiens ainsi que les sinus cérébraux sont distendus. L'encéphale et la moelle ne présentent pas d'altérations perceptibles à la vue simple. La muqueuse stomacale est rouge dans la région de la grande courbure ; l'intestin présente des traces manifestes d'entérite en différents points de son étendue, mais surtout vers l'appendice caecal. La vessie est vide.
Ce qui frappe dans cette expérience, c'est la lenteur avec laquelle les effets du sulfate de glucynium se sont déclarés. J'ai cru d'abord que le glucynium n'exercerait aucun effet, tant était satisfaisant l'état de l'animal aussitôt après l'injection. Néanmoins il reste acquis que ce métal doit être rangé à côté du sodium à cause de son peu d'activité. Pour se convaincre que telle doit être sa place, il suffi! de se rappeler les expériences de M. Grandeau.dans lesquelles des sels neutres de potassium onteauséchez des chiens une mort foudroyante, après avoir été injectés à des doses cinq fois moindres.
J'ai la conviction, sans pouvoir en donner la preuve, que l'animal soumis à l'expérience précédente a succombe parce
que je m'étais servi d'un sel acide, dont l'élément électronégatif était déjà énergique par lui-même. Je répéterai donc cette expérience en employant un sel organique de glucynium, le tarlrate ou l'acétate, et je présume que, cette fois, ce métal dévoilera des propriétés complètement inoffensives. Il rne suffît pour le moment d'avoir prouvé que le glucynium est beaucoup moins actif que le potassium, ce dont je ne me serais jamais douté, si je n'avais eu confiance dans la loi que je prends à tâche de démontrer, et si je n'avais recouru à l'expérience.
2° Aluminium (Al).
Poids alomique. . 27,5 — Chaleur spécifique. , 0,2181 — Densité.. 2,56
Ce beau métal, à la fois léger, brillant et sonore, a été découvert par M. Wôhler, qui l'a obtenu en décomposant le chlorure d'aluminium par le potassium. On l'obtient facilement aujourd'hui, grâce aux travaux de M. Sainte-Claire Deville.
L'aluminium est, avec le calcium, le métal le plus répandu 'dans la nature. Son oxyde, l'alumine, forme la partie i essentielle des argiles, qui ont joué un si grand rôle dans la i constitution de l'éeorce solide du globe.
Je n'ai fait aucune expérience sur les sels d'aluminium, de sorte que je suis obligé de puiser mes conclusions, relaliwementàce métal, dans l'emploi médical de ses combinaisons.
L'alun est de tous les composés d'aluminium celui qui a «été le plus employé en thérapeutique. Administré à l'interrieur, il occasionne souvent une sensation douloureuse dans ll'estomac; quand les doses sont élevées, il peut donner lieu
à des coliques, à des nausées, à des vomissements (Bouchardal, Manuel de matière médicale). Il jouit de propriétés astringentes énergiques, qui le font employer dans les hémorrhagies, dans la blennorrhée, la leucorrhée, et certaines diarrhées séreuses. L'eau de Pagliari doit surtout à l'alun ses propriétés hémostatiques.
Le sulfate d'aluminium, beaucoup moins employé que l'alun, a été introduit dans la thérapeutique par le docteur Homolle. Ce sel rougit la teinture de tournesol ; il est astringent comme l'alun, mais il exerce, plus que celui-ci, une action topique spéciale, qui l'a fait employer comme caustique contre les ulcères scrofuleux et cancéreux.
Telles sont les propriétés des deux seuls composés d'aluminium usités en thérapeutique. Il résulte de ces propriétés que, si l'on voulait injecter dans le sang des sels d'aluminium, il ne faudrait pas employer le sulfate. En effet, il est infiniment probable que si, dans l'expérience 58, j'avais injecté du sulfate d'aluminium au lieu de sulfate deglucynium, l'animal serait mort beaucoup plus vite. Je me propose donc de faire bientôt des expériences avec l'acétate, le tartrate, ou le lactate d'aluminium, et j'espère acquérir In preuve que ce métal est plus actif que le glucynium. D'ailleurs, l'opinion que j'énonce est déjà arrêtée chez moi, lorsque je vois l'alun n cire prescrit qu'à de faibles doses à l'intérieur. Ainsi, la potion alumineuse contre la colique des peintres ne se prend que par cuillerée toutes les deux heures, bien qu'elle ne renferme que 10 grammes d'alun pour 100 grammes d'eau : or, ces 10 grammes ne conlicnnent eux-mêmes que 57 centigrammes de métal.
Élimination de l'aluminium. — Ce métal ne se rencontre
jamais dans l'organisme animal; on l'a trouvé dans quelques os fossiles, mais il est incontestable qu'il y avait pénétré par infiltration. L'absence de l'aluminium dans l'organisme , s'explique facilement ; en effet, l'alumine introduite dans le canal intestinal s'unit avec les substances organiques, et en particulier avec les matériaux de la bile, pour former des combinaisons insolubles qui ne sont pas résorbées.
Expérience de Lehmann. — Ce physiologiste prit, en quarante-huit heures, 3 grammesde sulfate basique d'aluminium; il recueillit pendant ce temps son urine et ne put y reconnaître la présence de l'alumine, mais il en trouva dans
lies cendres des fèces. Pendant les premiers jours qui suivirent cette expérience, ses selles étaient inodores (Lehmann,
.Jjehrbuçh <j{er phydologischm Chemie,l, p. /|58).
.V Zirconium (Zr).
Poids atomique. . 89,6 — Chaleur spécifique. . » — Densité.. »
Le zirconium se présente sous la forme d'une poudre ! moire qui, chauffée à l'air, s'enflamme et brûle avec un vif ! i éclat, en se transformant en zircone, substance blanche sem- Iblable à la glucyne et à l'alumine.
La zircone, ou oxyde de zirconium, Zr203, a été découverte, dès 1789, par Klaproth, dans une pierre précieuse de (Ceylan, appelée zircon ; elle a été trouvée plus tard dans I hyacinthe, minéral transparent répandu en abondance dans lie ruisseau d'Expailly (Haute- Loire). La zircone se distingue de l'alumine et de la glucyne en ce qu'elle est insoluble dans les alcalis. Elle donne facilement des sels, lorsqu'on la traite
par les acides. Il serait donc facile de faire des recherches sur les propriétés physiologiques du zirconium qui n'a jamais été étudié à ce point de vue.
Il" Thorium (Th).
Poids atomique. . 231,5 — Chaleur spécifique. . » —Densité.. »
Les propriétés du thorium sont analogues à celles du zirconium. Lorsqu'on le chauffe faiblement à l'air, il s'enflamme et brûle avec un éclat tout à fait extraordinaire, en donnant de la thorine blanche comme de la neige.
La thorine, Th203, se comporte comme la zircone. Elle est la plus lourde de toutes les bases ; sa densité est 9,402.
Le thorium se présente sous l'aspect d'une poudre métallique lourde d'une couleur gris de plomb foncé. Ses propriété physiologiques sont inconnues. On sait seulement que ses sels sont astringents comme ceux des trois métaux précédents.
IIe GROUPE. — PEU, MANGANÈSE, CHROME, COBALT, NICKEL.
Les métaux qui composent ce groupe jouissent des mêmes propriétés physiques et chimiques, et je puis dire physiologiques, ce qui tient sans doute à ce que leur chaleur spécifique et leurs poids atomiques sont approximativement les mêmes pour tous.
1° Fer (Fe).
Poids spécifique.. 56 — Chaleur spécifique. . 0,11379 — Densité. . 7,7
Le fer est l'un des métaux les plus diffus dans la nature; ion le trouve partout pour ainsi dire. 11 suffit de traiter par I l'eau régale une poignée de terre ou de sable, pour que la lliqueur obtenue donne aussitôt un précipité de bleu de Prusse len y versant du cyanoferrure de potassium. Le fer existe dans • différentes parties de l'organisme et sous différents états. Il :se trouve vraisemblablement à l'état de protoxyde dans l'hématine, à l'état de chlorure dans le suc gastrique (Berzelius), eet à l'état de phosphate dans les autres liquides de l'organisme.
Le fer, par son poids atomique peu élevé et par sa diffusion dans la matière inerte et vivante, vient confirmer la relaition que je cherche à prouver. Je n'ai pas fait d'expériences ïsur ce métal, mais celles d'un maître illustre, M. Claude IBernard, remplaceront avantageusement celles que j'aurais pu faire.
M. Cl. Bernard (Arch. gênêr. de mèd., lie série, t. XVI, H8ft8), dans ses -recherches sur la réaction des substances •chimiques dans le sang, a injecté dans les veines crurales, (chezdes lapins, 12, 15 et même 20 grammes d'une dissolution de lactate de fer. La dissolution du sel, saturée à froid, laavait été étendue de la moitié seulement de son poids d'eau ''distillée. On injectait en même temps 10, 12 et même 115 grammes d'une solution à 1/100 de prussiate jaune de lipotassium.
Il ne faut pourtant pas croire que Ton puisse injecter (Bans le sang un sel do fer quelconque, sans produire d'accident. M. Cl. Bernard avait employé d'abord dans ses expé-
rriences le sulfate et le chlorure de fer, mais il avait vu que habutf.au. 8
ces sels produisaient assez rapidement la mort, comme la plupart des sels métalliques injectés A hautes doses. Je me rappelle à ce sujet que, dans l'expérience que j'ai failo avec le sulfate de glucynium, la mort ne serait probablement pas arrivée si j'avais employé l'acétate de ce métal.
Elimination du [or. — On admet généralement que la bile est formée surtout par les matériaux provenant de la destruction des globules sanguins, aussi est-ce par ce liquide que le fer s'élimine en majeure partie. On en trouve difficilement des traces dans les autres produits de sécrétion; c'est pourquoi la salive n'en renferme pas, lorsqu'on traite un malade par les préparations martiales; maison peut le faire apparaître dans ce liquide, en administrant l'iodure de potassium. J'aurai à parler plus tard de l'emploi de l'iode dans l'intoxication saturnine, et l'on verra que l'iodure de potassium favorise aussi l'élimination des molécules plombiques,
c2" Manganèse (Mn).
Poids atomique. . 55 — Chaleur spécifique. . 0,lû41 1— Densité. . 8,013
Le manganèse est un métal d'un gris.d'aoiêr, trcs-rélraetaire et s'oxyilant plus facilement que le fer à l'air humide. On l'obtient en réduisant ses oxydes par le charbon, dans un creuset brasqué, à la température d'un feu de forge.
On sait que le manganèse est associé au fer dans la nature, aussi se renconlre-t-il en union constante avec ce métal dans différentes parties solides et liquides de l'organisme. Ainsi Weidcnbuseh a trouvé dans la cendre de la bile 0gr,l*2 de protoxyde de manganèse et (F, 23 de protoxyde de fer. Kra-
mer, Millon, Deschamps, Burin du Buisson, Wurzer, Hamon, ! Denis, ont trouvé du manganèse dans le sang; Bley, Wurzer et Bucholz. dans les calculs biliaires et vésicaux; Vauquelin >(Ann. de chimie, t. LVIII, p. Ili), dans les cheveux; John et Lassaigne, dans l'urine d'un cheval diabétique; Sprengel et Bibra, dans l'urine d'un bœuf. Jusque dans ces derniers temps, ion n'avait pas encore signalé la présence du manganèse dans l'urine de l'homme, mais ce métal y a été trouvé par W. Turner {Edinb. med. Journ., t. VI, p. 903, avril 1861).
Cette présence constante du manganèse dans l'organisme i explique l'introduction de ce métal dans la thérapeutique. Néanmoins, malgré les travaux de van den Corput, de Haninon et dePétrequin, on ne peut dire qu'il soit admis d'une i manière définitive. On ne saurait cependant trop le recomi mander dans les cas où les préparations ferrugineuses ne i réussissent pas.
Le manganèse et le 1er ayant une chaleur spécifique et un I poids atomique presque égaux, leur énergie physiologique devait être à peu près égale. On savait déjà que les doses médicinales pouvaient être les mêmes pour chacun de ces métaux, i mais on ignorait ce que devait produire l'introduction rapide i d'une grande quantitéde ce métal dans l'organisme. J'ai cherché à combler cette lacune en injectant dans le sang du lactate de i manganèse, afin de pouvoir comparer les résultats avec < vu.\ qu'avait obtenus M. Cl. Bernard, en expérimentant avec Ile lactate de fer.
Lactate de manganèse. — Il forme de gros cristaux brillants, couleur améthyste, assez solubles dans l'eau froide, t tort solubles dans l'eau bouillante. Leur solution est légèreiment astringente et possède une saveur non désagréable,
sans arrière-goût métallique. Le laôtate de manganèse a pour formule :
6gr,2 de ce sel contiennent 1 gramme de métal.
59e Expérience. — Le 11 mai, lgr,2 de laclate de manganèse, dissous dans 15 grammes d'eau, et contenant 20 centigrammes de métal, sont injectés dans l'une des veines d'une patte postérieure, chez une chienne de taille au-dessous de la moyenne. Aussitôt qu'elle est détachée, elle court dans le laboratoire; elle est un peu anxieuse, mais bientôt il n'y paraît rien pour ainsi dire.
Cependant, ayant bu un peu d'eau un quart d'heure après l'expérience, elle la rend presque aussitôt. Ce fait n'a aucune importance, attendu que les chiens vomissent très-facilement, et qu'une simple injection d'eau pure dans le sang provoque souvent des vomissements. L'expérience avait été faite à trois heures; elle ne mange presque rien le soir, pourtant elle ne paraît pas souffrir. Cependant l'histoire de l'injection du sulfate de glucynium m'avait appris à me défier. Pour mieux observer les effets ultérieurs, j'emmène cette chienne chez moi. Je la surveille attentivement toute la soirée, jusque vers onze heures ; elle ne parait rien éprouver ; elle a conservé sa gaieté habituelle. Mais le lendemain, à sept heures, je la trouve anxieuse; ses oreilles sont un peu chaudes. A dix heures ei demie, elle est prise d'accidents tétaniques violents; elle a de Popislhotonos, du trismus, et meurt trois quarts d'heure après le début de ces accidents. — Quel sujet d'étude ! Les organes examinés paraissent normaux; la substance blanche de In moelle épinièreest anémiée, et la substance grise est congestionnée.
'6° Chrome (Cr).
Poids atomique. 53,5 — Chaleur spécifique. . » — Densité. . 2,6
Le chrome a été découvert par Vauquelin dans le plomb ronge de Sibérie, et a été trouvé plus tard dans le chromitc de fer ou fer chromé. Ce métal est dur, cassant, très-réfractaire comme le manganèse; on voit que, de même que le manganèse, il s'associe fréquemment au fer dont il partage du reste les propriétés chimiques.
Le chrome n'existe pas dans l'organisme.
On n'a employé en médecine que le bichromate de potassium et l'acide chromique. M. Puche a fait disparaître très-rapidement des plaques muqueuses, en les touchant avec une solution concentrée de bichromate, et il préfère l'emploi de ce sel au mélange d'alun et de sabine, préconisé contre les végétations par Vidal (de Cassis).
L'acide chromique est employé également comme caustique, et c'est l'un des plus puissants que l'on connaisse. Lorsqu'on plonge des souris, des oiseaux, dans une solution chaude et concentrée d'acide chromique, leurs tissus se dissolvent rapidement, à tel point qu'au bout de quinze à vingt minutes, il ne reste rien de leurs dents, de leurs os ni de leurs plumes (Heller).
On pourrait s'imaginer, d'après ce qui précède, que les autres combinaisons du chrome sont toxiques, comme, par exemple, les chlorures, les sulfates, les acétates. Si l'on fondait son opinion sur quelques faits isolés, on commettrait souvent les plus grandes erreurs. Ne sait-on pas que le chlorure de potassium, en poudre ou en solution concentrée, a été employé pour détruire les cancroîdes, pour cautériser les cancers ulcérés? Pour moi, le ehromate et le chlorure,
ainsi employés, sont tout à fait comparables, et ne peuvent éclairer sur l'action réelle des principes électro-positifs ou électro-négatifs qui les constituent. Il faut donc se servir de solutions étendues, ou mieux, faire des expériences avec des sels organiques, par exemple avec les acétates ou les laetates de chrome. Ne connaissant aucune expérience semblable, et n'ayant pas eu encore l'occasion d'en faire moi-même, je me borne à enregistrer les faits relatifs à ce métal, jusqu'à ce que je puisse acquérir, à la suite d'injections dans les veines, la certitude que le. chrome n'est pas un métal beaucoup plus toxique que le fer. Je puis déjà dire que, dans le laboratoire de M. Robin, on a l'habitude de mettre les pièces dans une solution étendue d'acide chromique qui, loin de les détruire, les conserve parfaitement.
k° Cobalt (Cb).
Poids atomique. . 59 — Chaleur spécifique. . 0,10696 — Densilé. . 8,5
Le cobalt est un métal d'un blanc d'argent, aussi peu fusible que le fer. Il a été isolé en 1733 par le chimiste suédois Brandt; mais dès le milieu du xvie siècle, les minerais de cobalt étaient employés pour colorer les vitraux en bleu. Ses principaux minerais sont les oxydes, les arséniures et les arséniosulfures.
Les sels de cobalt sont colorés en rose. Celui que j'ai employé dans mes expériences est l'acétate»
Acétate de cobalt. — Ce sel cristallise en prismes roses dont la solution est rouge.
60e Expérience. — Le 2 avril, à trois heures, je fais avaer à une chienne de taille moyenne 2gr,12 d'acétate de cobalt, contenant Ugr,50 de métal, et dissous dans 30 grammes
d'eau. Elle ne paraît pas souffrir; mais vingt-cinq minutes plus lard, elle a un léger vomissement de matières blanches, spumeuses, ne présentant en aucune façon la coloration du sel, qui avait dù être absorbé déjà en majeure partie, sinon en totalité. A cinq heures, la chienne mange avec son appétit ordinaire — Le lendemain, je lui administre la même dose d'acétate dissous dans la même quantité -d'eau. Les choses se passent exactement comme la veille. — Le k avril, je la laisse en repos; sa santé est parfaite.
61 c Expérience. — Le 5 avril à quatre heures, je fais avaler à la chienne 3gr,50 d'acétate, de cobalt, dissous dans 46 grammes d'eau : ces 3gr,50 correspondent à 83 centigrammes de ce métal. Elle n'a qu'un seul vomissement, qui arrive trois quarts d'heure après l'absorption du sel, et par conséquent plus lard que dans l'expérience précédente. Les matières vomies sont très-filantes et jaunes. La chienne paraît légèrement abattue; les battements cardiaques et les mouvements respiratoires me semblent un peu moins fréquents; néanmoins elle mange un peu vers six heures. Le lendemain, elle se porte bien, et sa santé est excellente les jours suivants.
62" Expérience. — Huit jours plus tard, je lui lais avaler d'acétate de cobalt dissous dans ftO grammes d'eau. Elle vomit une partie de la solution au bout d'un quart d'heure, et conserve le reste. Elle mange un peu le soir, et le lendemain elle se porte bien, ainsi que les jours suivants.
Je n'ai pus poussé plus loin mes expériences. En effet, d'après le dernier essai, il est possible qu'en forçant les doses, l'animal vomît plus facilement. Néanmoins, j'avais la preuve
que les sels de cobalt ne sont nullement vénéneux, qu'ils n'entravent nullement les fonctions digestives ; en un mot, qu'ils semblent plutôt agir comme les sels de fer. On verra plus loin quelle différence énorme existe entre ce sel et l'acétate d'uranium, qui a produit le dépérissement et la mort chez un chien à qui j'en avais fait absorber. La chienne avait avalé en tout 11er, 94 d'acétate de cobalt, soit 26r,8o de métal, ou plus exactement 2gr,50, en tenant compte des petites quantités qui avaient pu être rejetées par les vomissements.
h° Nickel (Ni). 1 '"^"A ' 1
Poids atomique. . 59 — Chaleur spécifique. . 0,10863 — Densité.. 8,666
Ce métal a été découvert, en 1751, par Cronsted, dans le kupfernickel qu'on avait pris pour un minerai de cuivre. Il se rencontre dans la nature, comme le cobalt, à l'état d'oxydes, de sulfures ou d'arséniures ; enfin il existe dans les aérolithes.
Ce métal, tel qu'on le trouve dans le commerce, n'est jamais pur : certains nickels d'Allemagne renferment jusqu'à 30 pour 100 de cuivre, tandis que les nickels d'Angleterre contiennent souvent une grande quantité de cobalt.
Le nickel est d'un blanc d'argent; il est ductile, malléable et très-difficilement fusible. Ses sels ont une couleur vert pomme.
Je n'ai fait qu'une seule expérience avec l'acétate de nickel; je me dispenserai de la rapporter, car le sel employé n'était pas d'une pureté absolue.