CONCLUSION SUR LES MÉTAUX DE CE GROUPE
D'après l'état actuel de nos connaissances, on peut dire que
le fer, le manganèse, le chrome, le cobalt et le nickel jouissent de propriétés physiologiques présentant entre elles les plus grandes analogies. C'est ce qu'on savait déjà pour le manganèse et le fer; cependant l'unique expérience que j'ai faite semble prouver que le manganèse soit plus actif que le fer. Enfin j'ai fait voir que le cobalt, sur lequel on n'avait pas expérimenté (du moins à ma connaissance), est un métal nullement toxique, et qu'administré à de fortes doses, il n'entrave pas la nutrition.
IIIe GROUPE. ÉTA1N, TITANE.
1° Ëtain (Sn).
Poids atomique. . 118 — Chaleur spécilique. . 0,95623— Densité.. 7,29
Ce métal est connu de toute antiquité. Sa combinaison naturelle la plus abondante est l'acide stannique appelé en minëralogie cassitêrite.
L'étain du commerce renferme toujours de l'arsenic; celui de Banea, qui est presque pur, en contient encore Il millièmes.
On a employé, comme médicaments anthelminlhiques, l'étain en poudre à la dose de 15 ou 30 grammes, son protoxyde à la dose de 50 centigrammes, et son bisulfure, ou or massif y à la dose de 5 à 15 grammes.
L'étain est considéré souvent comme inoffensif; de là son emploi fréquent dans la confection des ustensiles de ménage. Il serait plus vrai de dire que ce métal n'est pas toxique parce qu'il ne se dissout que très-peu. Le poids atomique de l'étain étant élevé, j'ai cherché dans la science des
cas d'empoisonnement produits par oe métal; je vais en rapporter un qui me semble approprié à mon sujet.
Un homme de soixante ans avait fait dessécher du sel humide, sur un poêle, dans une assiette d'étain. Il essuya ensuite cette assiette avec du pain et du rôti qu'il mangea. Il éprouva bientôt alternativement du frisson et de la chaleur, une céphalalgie occipitale et frontale, la perte de l'appétit, et une douleur violente dans la région épigastrique: L'estomac était gonflé et douloureux à la pression. La langue était recouverte d'un enduit épais, jaunâtre; les selles étaient retenues. Le pouls était accéléré, la peau chaude et sèche. Mais les symptômes les plus caractéristiques furent une salivation fétide, une coloration grisâtre des gencives, et de petits abcès sanieux siégeant sur le bord de la langue et sur la paroi intérieure des joues. La gastrite fut combattue par les antiphlogistiques et l'extrait de belladone; la constipation par l'huile de ricin, et la salivation par le chlorure de chaux. Le malade se rétablit dès le sixième jour. (Canstatls Jahresbericht, 18. VI . Bd. IV, p. 269.)
N'ayant fait aucune expérience sur l'étain ni sur le titane, ie nasse immédiatement à l'étude des autres métaux.
IV GROUPE. l'LOMB, l'LVIÏM
1° Plomb (Pb).
Poids atomique. . 207 — Chaleur spécifique. . 0,0314 — Densité. . 11,44
On sait que le plomb est vénéneux; il me paraît donc inutile d'insister sur ce sujet; ce que je désirerais, ce serait avoir fait des expériences tendant à prouver que le plomb, dont le poids atomique est 207, est plus toxique que le mer-
cure, dont le poids atomique est 200. Malheureusement mes essais ne sont qu'à l'état de projets. Voici sur quoi je me l'onde pour croire que le plomb est plus actif que le mercure.
1° L'intoxication saturnine m'a toujours paru plus terrible que l'intoxication par le mercure; elle produit souvent une altération fatale dans l'organe excréteur de l'urine.
2° Le chlorure de plomb étant très-peu soluble, c'est en ce composé que se transforment les préparations plombiques administrées à l'intérieur. Il ne faut donc pas s'étonner que l'acétate neutre puisse se prescrire jusqu'à la dose de 60 à 80 centigrammes par jour. Aux personnes qui ne fixeraient pas assez leur attention sur la solubilité des préparations métalliques dans les liquides de l'organisme, je rappellerai que le calomel a été administré à la dose de 8 grammes, sans produire des effets mortels (Trousseau et Pidoux, art. Mercure). Faudrait-il en conclure que le mercure n'est pas aussi toxique qu'on se l'imagine? Non sans doute, ce serait commettre une grave erreur.
Du plomb normal. — Malgré les assertions de Devergie et d'Orfila, le plomb n'existe pas normalement dans l'organisme. Danger et Flandin ont insisté sur l'absence de ce métal chez les individus sains, n'ayant été jamais soumis aux émanations saturnines (voy. Affaire Pouchon , 1844). Un savant chimiste, M. Chevreul, a de son côté appelé l'attention sur une cause d'erreur à laquelle on n'avait pas pensé. L'aoîde sulfurique, conservé dans uu vase de cristal, lui enlève des traces de plomb qui apparaissent dans les analyses.
Introduction du plomb ofaw h faft — Lcwald (Unicrmohungen alxr dm Qekwgw§ von Arzeneimitkln m <!/<>
M/c^.,'Breslau, 1857), ayant administré 0gr,16 d'tfcétatedc plomb à des chèvres, le métal a été retrouvé dans le lait après dix-huit à vingt-quatre heures.
Élimination du plomb. — N. Guillotet Melsens (Comptes rendus, t. XVIIÏ) sont les premiers qui aient employé l'iodiire de potassium dans le traitement de l'intoxication saturnine. En effet, l'ibdurede potassium favorise l'élimination du plomb, en donnant certainement naissance à de l'iodure de plomb, lequel est soluble dans une grande quantité d'eau.
Goolden (Jodide of potassium in a case of poisoninn;/ of Lead. Lancet, 1853, Dec. 3) parle d'un broyeur de couleurs âgé de cinquante et un ans, qui souffrait d'une paralysie complète des membres supérieurs et d'une paralysie incomplète des membres inférieurs. Ce malade fut traité par l'iodure de potassium qui le guérit bientôt.
L'analyse chimique de l'urine ne permit pas d'y découvrir la présence du plomb, mais voici une observation qui démontre que l'iodure de potassium produit l'élimination de ce métal parles urines. On savait d'ailleurs depuis longtemps déjà que le plomb peut s'éliminer par les urines ; c'est ce qu'avaient reconnu Danger et Flandin.
Nicholson (Jodide of potassium m Lead p(Asoknmg, Lancet, 1856, Jan. 1/j) rapporte également l'histoire d'un peintre en bâtiments, âgé de trente-cinq ans, qui souffrait d'une violente colique saturnine et d'une paralysie partielle de l'avant-bras gauche. L'urine du malade fut examinée ; on ne put y trouver de plomb, mais après l'emploi de l'iodure de potassium, ce métal y apparut d'une manière évidente. Le traitement fut des plus simples. On lit disparaît re 1rs coliques parles moyens ordinaires, la paralysie par le galvanisme el par
I emploi de l'ibdurêde potassium. Les résultais furent complets, car on obtint une guérison durable après un traitement d'une courte durée.
Decaisne a également employé avec succès l'iodure de potassium dans l'empoisonnement saturnin {Bull, de l'Acad. de Belgique, n. 1, p. 62). L'un des cas les plus intéressants 'est celui d'un bc ime de cinquante-neuf ans, qui travaillai! depuis deux ans dans une fabrique de céruse. Il avait une rétraction des doigts, du tremblement des bras, des jambes et même du corps tout entier; il souffrait en outre d'une constipation habituelle. L'iodure de potassium lit disparaître tous ces accidents, si bien que le malade recouvra l'usage parfait de ses mains, et qu'il vit disparaître les moindres traces de tremblement.
L'iodure de potassium produit l'élimination du plomb, nonseulement par les reins, mais encore par la salive. C'est ce qu'a prouvé M. Malherbe, médecin de l'Hôtel-Dieu de Nantes (Revue mèd.-chir . , 1854, nov., p. 264, et Gaz. des hôpitaux, n. 150, 21 déc. 1854).
Enfin, selon M. Ollivier, les combinaisons de plomb et la plupart des substances toxiques peuvent, en s'éliminant, altérer le rein et amener, consécutivement à cette altération, une albuminurie passagère ou persistante, suivant la dose du poison ou la durée de son action.
2° Platine (Pt).
Poids atomique. . 197 — Chaleur spécifique. . 0,03243 — Densilé.. 21, kl
Le platine est le plus lourd de tous les métaux. Il se rencontre dans la nature à l'état natif, associé au rhodium, au palladium, au ruthénium, à l'osmiure d'iridium.
Hofer, professeur agrégé à la Faculté (Je médecine, a l'ail un grand nombre d'expériences sur les animaux et sur luimême, dans le but d'étudier les effets physiologiques du platine (voy. Observ* et recherches expéri m . su r le platine, Paris, 1861). Il résulte de ses recherches que : 1° les chlorures de platine sont toxiques ; le tétrachlorure l'est à la dose de
1 gramme, et le chloro-platinale de potasmum à la dose de
2 grammes; 2° les chlorures de platine sont .moins vénéneux que le chlorure d'or et le bichlorure de mercure; 3° le tétrachlorure, employé à l'extérieur, produit une éruption locale; employé à l'intérieur, il irrite la muqueuse gastrique, produit de la céphalalgie, et un ébranlement des muscles de la partie postérieure de la têle, du dos et des extrémités. Je pourrais ajouter d'autres conclusions relatives à l'emploi du platine dans la syphilis, mais je me hâte de passer à l'étude d'autres métaux.
Je ne dirai rien non plus du palladium dont les propriétés physiologiques sont complètement inconnues.
CINQUIÈME CLASSE. — MÉTAUX PENTAIOMIOl KS
URANIUM, ANTIMOINE, BISMUTH, TANTALE, NIOBIUM, OSMIUM,
De tout temps, on a reconnu les plus grandes analogies entre l'arsenic et les cinq premiers de ces métaux, ce qui fait que plusieurs chimistes les rangent parmi les métalloïdes. J'ai placé à côté d'eux l'osmium, en me fondant sur les rapports qui -existent aussi entre ses composés et les combinaisons arsenicales.
1° Uranium (U).
Poids atomique. . 120 — Chaleur spécifique. . 0,0519 — Densité.. »
L'uranium, découvert en 1789 par Klaprolh, dans la ^pechblende, a été obtenu pour la première fois par M. Pelligot.
Ce métal possède une couleur semblable à celle du nickel tet du fer; il devient jaunâtre à l'air, et s'il est en poudre il s'enflamme sous l'influence d'une légère élévation de température; l'eau ne l'oxyde pas, les acides étendus le dissolvent avec dégagement d'hydrogène.
Les sels uraneux sont verts , .les sels uraniques sont jjaunes ou rouge brique, suivant qu'ils sont hydratés ou ; anhydres.
Azotate d'uranium. — Expériences de M. Leconte (Mémoires de la Société de biologie, décembre 1863, et Gazette médicale de Paris, 1854, p. 196). — D'après l'auteur, l'azot;ile d'uranium en dissolution est un poison assez énergique;
;à la dose de 1 gramme, et même de 50 centigrammes, il su Ait pour tuer des animaux de petite taille.
Introduit dans l'estomac d'unchien de forte taille, il a encore déterminé la mort, malgré les vomissements survenus deux heures après l'ingestion.
Dans les deux ou trois premiers jours qui suivent l'ingestion de la substance toxique, on trouve le sucre en abondance
'dans l'urine, quand il est possible de s'en procurer; la défécation et la sécrétion urinaire sont suspendues dès le second ou le troisième joui-. Ainsi qu'il résulte des expérience^ entreprises par M . Leconte, l'azotate d'uranium produit tou-
jours ln morl, vers le sixième jour au plus tard, par les doses employées.
La première action qu'il semble produire après son introduction dans l'estomac, c'est la suspension de la chymification, puis une irritation sur l'estomac lui-même, de là des vomissements chez les animaux où la régurgitation est possible. Le mucus qui recouvre la face interne de l'estomac semble retenir une partie du poison, puisque, malgré l'introduction de grandes quantités d'eau et de vomissements réitérés, l'action toxique n'en persiste pas moins.
Suivant M. Leconte, la partie du poison qui arrive dans les capillaires des artères pulmonaires paraît les contracter peu à peu, et enfin suspendre presque complètement la communication entre les artères et les veines pulmonaires ; de là l'accumulation du sang dans le cœur droit, dans tout le système veineux, où la pression va sans cesse en augmentant ; de là des épanchements séreux, des hémorrhagies internes qui ont pu tuer l'animal. Quand les vaisseaux résistent à la pression intérieure, l'animal meurt par asphyxie.
D'après les expériences en question, la respiration est profondément altérée; M. Leconte explique la présence du sucre dans l'urine par la cessation du rapport constant qui, à l'étal normal, existe entre sa production dans le foie et sa destruction dans les poumons, la respiration étant chimiquement peu active. Quant à l'absence de la défécation, elle est duc probablement à la paralysie des fibres musculaires de Pestomac et de l'intestin. La disparition de la sécrétion urinaire esl due sans doute au peu de sang qui traverse les reins, puisque le sang veineux s'y accumule; peut-être aussi est-ce le résultat de l'action directe de l'azotate d'uranium sur ces organes.
M. Leconte avait expérimenté sur î'azotate d'uranium; j'ai
cru qu'il était préférable d'employer l'acétate. Les résultats auxquels je suis arrivé ne concordent pas tout à fait avec les précédents, mais je me propose de faire de nouveaux essais en employant l'azotate.
63° Expérience. — Acétate d'uranium. — Ce sel a pour formula. :