SIXIÈME CLASSE. — MÉTAUX HEXATOM1QUES
Je les diviserai en deux groupes :
Le premier contiendra le molybdène et le tungstène ; le deuxième, le rhodium, le ruthénium et l'iridium.
I" GROUPE. MOLYBDÈNE, TUNGSTÈNE.
Ces métaux se ressemblent extrêmement au point de vue chimique. Ils donnent tous les deux naissance à des sels, dans lesquels ils jouent le rôle d'élément électro-négatif, comme dans les molybdates et lestungstates; enfin, on connaît également d'autres sels de ces métaux, tels que les chlorures, les fluorures, les acétates, etc.
1° Molybdène {Mo).
Poids atomique. . 96 — Chaleur spécifique.. 0,07218 — Densité.. »
Scheele découvrit l'acide molybdique en 1778 et, quelques années plus tard, Hielm et Pelletier en retirèrent le molybdène.
Ce métal a l'aspect de l'argent ; il fond en vase clos à une température élevée, mais chauffé au contact de l'air il se transforme en acide molybdique. On obtient facilement ce dernier ,K ide, en traitant par l'acide azotique le sulfure de molybdène naturel, qu'on avait pris, avant Scheele, pour de la
plombagine. L acide motybdiqu.8 se dissout facilement dans les alcalis, en donnant des sels solublcs et doués d'une saveur métallique peu prononcée. Les autres molybdates sont en général insolubles.
J'ai voulu d'abord expérimenter sur l'acétate de molybdène, j'en avais préparé à cet effet; mais comme ce sel est presque insoluble, à moins que l'eau ne renferme de l'acide acétique, j'ai préféré me procurer du molybdate de sodium.
J'ai cherché en vain des renseignements sur les effets physiologiques du molybdène ; je crois donc être le premier qui ait essayé ce métal sur les animaux.
Molybdate de sodium. — Le sel que j'ai employé est celui qui est le plus commun et qui a pour formule Na2MbO* + !2H20. Il cristallise en prismes incolores qui se dissolvent facilement dans l'eau. — Sa réaction est neutre et sa saveur est salée et faiblement métallique. J'ai reconnu qu'il ne coagule pas l'albumine. On l'obtient facilement en traitant l'acide molybdique par la soude. 2gr,52 de ce sel renferment 1 gramme de métal.
65° Expérience. — J'ai fait avaler à une chienne, à jeun, une solution de lgr,25 de molybdate de sodium dans 30 gr. d'eau distillée. L'animal n'a paru en souffrir aucunement; il a conservé ses allures habituelles et son appétit ordinaire.
6& Ex/iér/mce. — Le lendemain, la chienne se portail très-bien. Elle fut soumise à la même épreuve, mais la dose fut doublée. Je lui injectai dans l'estomac '2gr,50 de molybdate de sodium dissous dans /|0 grammes d'eau. Je ne remarquai encore rien, si ce n'est que le soir, à six heures, c'est-à-dire
trois heures après l'absorplion du sel, elle parut avoir peu «d'appétit. Le lendemain, elle se portait très-bien. Son urine avait conservé sa couleur habituelle; j'en recueillis une (petite quantité, dans laquelle je ne pus reconnaître la présence du molybdène.
67e Expérience. — Quatre jours après, la même chienne ireçut dans l'estomac 5 grammes de molybdate de sodium .dissous dans 50 grammes d'eau. Ces 5 grammes de sel correspondaient à 2 grammes de molybdène. Les effets n'ont pas cété plus marqués que précédemment.
Voilà une nouvelle exception à la règle que j'ai posée. Le ttungstène, dont le poids atomique est encore plus fort que celui
du molybdène, va se montrer aussi peu actif, lorsqu'il est introduit dans l'estomac, en combinaison avec le sodium. Je
chercherai à expliquer ce fait à l'article suivant.
2° Tungstène (Tu).
Poids atomique. . 184 — Chaleur spécifique.. 0,03636 — Densité.. »
Scheele découvrit l'acide tungstique en 1780 dans le tungtatate de calcium ; un peu plus tard les frères d'Elhuyart isoèrent le métal, et en signalèrent la présence dans le wolfram pii est un tungstatc de fer et de manganèse, à formule vaiable, mais dont la plus commune est FeTuO\MnTu04.
Le tungstène est d'un gris foncé ; il peut acquérir l'éclat métallique par le frottement. Il est presque infusible. Les lucides sulfurique et chlorhydrique ne le dissolvent pas, mais es oxydants l'attaquent ; ainsi l'acide azotique le convertit en • lacide tungstique et le salpêtre en tungstate de potassium.
L'acétate de tungstène étant presque insoluble dans l'eau pure, j'ai employé dans mes expériences le tungstate de sodium, dont la formule Na2Tu04+2H20 est tout à fait comparable à celle du molybdate de sodium. Le tungstate de sodium du commerce se vend assez cher, aussi ai-je eu soin d'en préparer moi-même. Voici un moyen facile d'obtenir ce sel en grande quantité avec le wolfram, dont le prix est relativement peu élevé. On réduit le minerai en une poudre fine, à laquelle on ajoute un excès de carbonate de sodium, et l'on chauffe au rouge le mélange dans un creuset.
La masse noire obtenue est traitée par l'eau bouillante et filtrée; il passe une liqueur incolore qui laisse déposer, par le refroidissement, des cristaux de tungstate de sodium mêlés à des cristaux de carbonate. On le sépare de ces derniers par une nouvelle cristallisation. Les eaux mères sont recueillies avec soin ; en les traitant par un acide, on en retire de l'acide tungstique.
L'acide tungstique est un corps d'une belle couleur jaune, insoluble dans l'eau et dans les acides, mais soluble dans les bases alcalines avec lesquelles il forme des tungstates. Traité par le charbon, il perd son oxygène, à l'état d'oxyde de carbone, et laisse un résidu de tungstène.
Tungstate de sodium. — J'ai donc préparé le sel en question en suivant la méthode que j'ai indiquée. Le tungstate de sodium se présente sous l'aspect d'un beau sel incolore trèssoluble, et doué d'une saveur faiblement métallique et non désagréable. Il cristallise avec deux molécules d'eau, de sorte que sa formule est analogue à celle du molybdate de sodium.
— l/ll —
68e Expérience. — La chienne que j'avnis traitée par le molybdate de sodium est soumise à des épreuves tout à fait semblables avec le tungstate. Les phénomènes observés sont identiques (1).
Faut-il conclure de ces expériences que le tungstène et le molybdène sont inactifs? Ce serait téméraire, puisque je n'ai opéré que sur des sels où ces métaux fonctionnent comme élément électro-négatif. Ils jouent, par rapport au sodium, le même rôle que le résidu SO4 dans les sulfates. Considérés sous ce point de vue, le molybdate et le tungstate de sodium, MbSO* et TuSO*, sont tout à fait comparables au sulfate de sodium Na2S0*. Je devrai donc faire encore de nombreuses expériences, et voir comment se comporteront ces métaux, en employant d'autres sels, tels que leurs chlorures, leurs acétates, s'il est possible.
Je ne dirai rien du rhodium, du ruthénium ni de l'iridium. Ces métaux sont assez connus en chimie, mais leurs propriétés physiologiques n'ont pas encore été étudiées.
(1) Gmelin a avancé, il y a longtemps déjà, que le tungstène n'était pas toxique.