ET DES IODURES
MM. Bouchardat et Stuart Cooper (Annuaire de thérapeutique, 18Û7), ayant fait des expériences sur les chlorures, ss bromures et les iodures, ont été conduits à formuler la loi «rivante :
« L 'énergie de l'action physiologique des sels solublcs $un
même métal, pour des quantités pondérables égales, est raison inverse du poids de l'équivalent du corps électronégatif combiné avec ce métal, quand les propriétés physio* logiques de ce principe électro-négatif sont latentes dans ces combinaisons, et quand les conditions de solubilité restent les mêmes. »
Voici les expériences sur lesquelles repose la loi de MM. Bouchardat et Stuart Gooper. Les auteurs ont mis des poissons meuniers, du poids de 3 à k grammes, dans 1 gramme de chlorure, de bromure et d'iodure de potassium pour 1000 grammes d'eau. Ces poissons sont morts après dix-sept heures dans le premier sel, après trente-cinq heures dans le second, et seulement le dixième jour dans le troisième. Ayant préparé des solutions renfermant, dans un cas, 2 grammes, dans un autre cas, 5 grammes de ces mêmes sels, ils ont vu mourir les poissons après sept heures, vingt-huit heures et le quatrième jour dans la première solution, et dans l'intervalle de onze à quinze heures dans la deuxième.
Dans une autre expérience, ils ont mis des grenouilles dans des solutions contenant 10 grammes de chlorure, de bromure et d'iodure de potassium, et ils les ont vues mourir après six, dix, quarante-huit heures.
Enfin, ils ont fait avaler à trois forles grenouilles, séparé ment 25 centigrammes de chlorure, de bromure et d'iodure de potassium; toutes sont mortes en moins d'une demi-heure, en commençant par celle du chlorure.
Les auteurs ont aussi opéré sur des caboches, qui ne sont pas des cyprins comme les meuniers. Ces expériences soûl moins nettes, parce que les caboches meurent plus facilement lorsqu'elles sont resserrées dans un espace limité. Néanmoins la loi s'est vérifiée encore, car ces poissons soni morts,
dans des solutions renfermant 1 gramme de ces sels, au bout de douze heures, de quinze heures, de deux jours.
Telles sont les expériences qui établissent une relation outre les effets physiologiques des trois genres de sels précédents : elle peut s'exprimer d'une manière plus simple, en disant que Y activité de ces sels est doutant plus énergique que le poids atomique du métalloïde est plus faible. J'ai voulu, de mon côté, soumettre cette loi à l'épreuve et voir si elle s'apipliquerait aux fluorures. Le poids atomique du fluor étant 19, inombre plus faible que celui du chlore, qui est 35,5, les fluoirures devaient être plus actifs que les chlorures; c'est ce qui test résulté des expériences suivantes.
39e Expérience. — Le 10 janvier dernier, j'ai préparé des -solutions, contenant séparément 10 grammes de fluorure, de chlorure, de bromure et d'iodure de potassium pour 11000 grammes d'eau, et j'ai mis dans chacune d'elles une grenouille pesant 30 à 33 grammes. Celle qui était dans le tfluorure est morte au bout de six heures ; celle qui était dans Ue chlorure a vécu vingt-trois heures ; après l'avoir ouverte, >5on cœur a battu encore longtemps. Le sang de ces deux greinouilles a été examiné ; il ne formait pas de caillot dans les cavités cardiaques, de plus les globules sanguins étaient intacts. On sait d'ailleurs que les chlorures alcalins conservent oien les globules sanguins; il en est de même des fluorures, lies bromures et des iodures, ce que j'ai eu occasion de con- Water plusieurs fois. Les deux autres grenouilles n'étaient pas «ncore mortes au bout de soixante-seize heures de séjour Idans leurs solutions salines; je doublai alors la dose, en ajoutant séparément à ces solutions 10 grammes de bromure et llO grammes d'iodure de potassium. Celle qui était dans l'io-
dure était encore très-vive, néanmoins elle ne vécut que deux heures. La dernière, celle du bromure de potassium, était moins vive, pourtant elle vécut plus longtemps que la précédente; j'avais ajouté les 10 grammes de bromure de potassium à quatre heures; elle vivait encore à onze heures du soir, mais le matin elle était morte.
La loi de MM. Bouchardat et Stuart Cooper était vérifiée, puisque le fluorure s'était montré le plus actif; néanmoins mes résultats, quant à la persistance de la vie, surtout chez les deux dernières grenouilles, différaient sensiblement de ceux trouvés par les premiers expérimentateurs. Je pensai que la cause de ce désaccord dépendait de la température extérieure; en effet, on sait que les phénomènes observés sur les animaux à sang froid mis en expérience pendant l'hiver, diffèrent considérablement de ceux qu'on observe en été.
!\0C Expérience. — Le 9 avril, je répétai l'expérience précédente en mettant séparément deux grenouilles mâles dans quatre solutions contenant 10 grammes de fluorure, de chlorure, de bromure et d'iodurede potassium pour 1000 grammes d'eau. Elles sont mortes dans le fluorure après une heure un quart, et dans les autres sels successivement après vingtcinq, cent quinze et cent trente heures. La température moyenne, pendant tout ce temps, avait été de 10 à 11 degrés environ.
41e Éœpériônce. — Le 18 avril, des grenouilles lurent mises dans quatre vases contenant des dissolutions semblables de fluorure, de chlorure, de bromure et d'iodure de sodium. Le température moyenne était également de 10 à 11 degrés. Celles qui étaient dans le fluorure sont mortes, l'une au bout
de deux heures, l'autre au bout, de deux heures un fjua'fh ' Celles qui étaient dans le bromure de sodium ont véeu, l'une sept jours, l'autre dix jours; celles de l'iodure sont mortes, l'une au bout de cinq jours, l'autre au bout de onze jours. lEn prenant les moyennes de ces résultats, je trouve d'un côté deux cent quatre heures, et de l'autre cent quatre-vingtidouze heures. Enfin, lorsque j'écris ces lignes, aujourd'hui h mai, deux grenouilles mises dès le 11 avril dans tune solution de 10 grammes de chlorure de sodium pour 11000 grammes d'eau, semblent devoir vivre encore long* i temps.
42e Expérience. — J'ai expérimenté également sur des salamandres {Triton crisiatiis), mais les résultats auxquels je suis arrivé ne s'accordent pas avec les précédents. Ainsi, ices animaux ayant été mis dans des solutions de bromures cl d'iodures de potassium semblables aux précédentes, ont vécu soixante heures et cent quinze heures dans les bromures de potassium et de sodium, tandis que, dans les iiodures, elles ont vécu seulement douze heures et quatrcwingt-dix-huit heures.
Contrairement à ce que j'aurais cru voir arriver, mes grcmouilles mises en expérience au mois d'avril sont mortes unoins vite que celles qui avaient été soumises à la même épreuve le 10 janvier. Il eût été sans doute préférable d'exoérimenter sur des poissons; ceux-ci ayant une activité witale plus énergique et une respiration branchiale, auraienl mieux ressenti les effets du milieu dans lequel ils auraient fêté placés.
Je crois devoir présenter dans un tableau les résultats obtenus par MM. Bouchardat et Stuart Cooper, en opérant sur
des grenouilles, et ceux auxquels je suis arrivé en opérant sur les mêmes animaux et sur des salamandres. Les chiffres indiquent la durée de la vie dans les solutions des divers sels précédents.
Sols. Grenouilles.
Fluorure de potassium . »
Chlorure de potassium . 6 heures.
Bromure de potassium. 10 —
lodure de potassium. . . 48 —
Fluorure de sodium ... »
Chlorure de sodium ... »
Bromure de sodium ... »
lodure de sodium »
(MM. Bouchardat et Stuart Cooper.)
Grenouilles. Salamandres.
Janvier. Avril. Avril.
6 heures. 1 h. 1/4. »
23 — 25 heures. »
Plus de 3 jours. 115 — 60 heures.
Plus de 3 jours. 130 — 12 —
» Plus de 23 jours.
» 192 heures. 115 —
» 204 — 98 — (M. Rabuteau.)
Je me propose de répéter ces expériences en prenant d'abord des quantités de fluorure, de chlorure, de bromure et d'iodurë de sodium, telles que toutes renferment un même poids de métal, puis d'autres quantités qui renferment un même poids de métalloïde. Il sera ainsi plus facile de reconnaître l'activité particulière du corps électro-négatif et du corps électro-positif. Je choisis les sels de sodium, parce que les combinaisons de ce métal sont inoffensives, lorsque le principe électro-négatif l'est également.
Enfin un dernier mot encore. Puisque les acides fluorhydrique, chlorhydrique, etc., ne sont eux-mêmes que des fluol rures, des chlorures d'hydrogène, ces corps devaient satisfaire à la loi de MM. Bouchardat et Stuart Cooper. C'esl ce qui a lieu; en effet, l'ordre d'activité de ces acides est 16 même que celui des sels qui leur correspondent.