C.-H. PEcKHAM estime à 40 % le nombre des femmes atteintes
de gestose qui ont des séquelles rénales (Amer. Journ. of Obst. and Gyn., mars 1932).
AUDEBERT, avec RiBAT et SoL rapporte, en 1933, l’observation d’une multipare, qui avait eu de l’albumine au cours de ses trois grossesses précédentes, qui était enceinte de cinq mois, qui avait été mise au régime lacté, puis à la diète hydrique: subitement, elle perd connaissance et le médecin traitant, pensant à une hémorragie cérébrale, l’envoie d’urgence à la clinique d’accouchement. La malade complètement inerte est calme; aphasie sensorielle et motrice, paralysie faciale, hémiplégie droite incomplète, foie volumineux, anurie, cœur normal. Le liquide céphalorachidien est normal, tension artérielle 20-13, 1 gr. 76 d’urée par litre dans le sang. Avortement, lavement purgatif et continuation de la diète hydrique. L’état s'améliore peu à peu et la diurèze reparaît avec diminution de l’azotémie. Il s’agit à n’en pas douter dans ce cas de faits de paralysie d’origine toxique. (Société d’obstétrique et de gynécologie de Paris 1933). En 1934, sur 12.000 grossesses, SELITZKY relève 442 atteintes rénales (soit 3,6 %) dont 64 % rentrent dans le rein gravidique de Leyden, 19 % sont des néphroses, 4,8 % des néphroses-néphrites, 4,4 % des néphrites gravidiques et 7,2 % des néphrites chroniques. (Néphropathiïes, néphroses et néphrites de la grossesse, Gyn. et Obst. tome 29, avril 1934, p. 325).
En 1933, Voron et PIGEAUD publient, dans Gyn. et Obst. (t. 27, p. 289) un important mémoire intitulé « Syndromes d’albuminuries graves à forme hydropigène au cours de la gestation ». Sous le nom d° « Albuminurie grave », les auteurs parlent de femmes repérées aux consultations de grossesse et que l’importance des phénomènes pathologiques qu’elles présentent conduit à hospitaliser dans les infirmeries de maternités. Chez certaines d’entre elles, l'examen montre, d'emblée, l’existence d’un syndrome prééclamptique typique. D’autres, malgré un début moins dramatique, se signalent à l’attention, soit par le taux élevé et la ténacité de l’albuminurie (plusieurs grammes) associés en général à l’existence d’œdèmes importants, soit par la constatation d’une augmentation du taux de l’urée dans le sérum, soit par une hypertension manifeste. On peut donc penser à adopter la classification de WipaL et, sans préjuger de la nature des lésions
rénales, sans être capable de dire s’il s’agit de lésions organiques ou simplement congestives passagères. Les auteurs rapportent ensuite six observations qui sont du type « albuminurie associée à un syndrome hydropigène », et essayent de préciser quels sont les éléments de pronostic fournis par cette notion de chlorurémie pure (sans hypertension notable, et sans hyperazotémie), tant au point de vue de la mère qu’à celui de l’enfant. Dans trois observations, il n’y a eu aucun accident chez la mère. Ces malades ont bien présenté quelques céphalées, de légers troubles sensoriels, mais à aucun moment elles n’ont pu être rangées dans la catégorie des prééclamptiques. Trois autres, au contraire, ont présenté des accidents nets d’éclampsie. Les malades sont sorties du service dans un assez bon état général. Deux d’entre elles ont accouché à terme. Or, ce sont les deux seules dont l’enfant soit mort, l’une avant l’accouchement et l’autre au cours du travail; trois autres ont vu leur grossesse s’interrompre spontanément plus de quinze jours avant terme. Les trois enfants, naturellement de petit volume, sont nés vivants et sont sortis vivants du service. Quant à la sixième malade, devant la marche continue des accidents impressionnants qu’elle présentait, les auteurs avaient jugé utile de mettre en œuvre un procédé d'interruption artificielle de la grossesse. Cette intervention a été couronnée de succès, puisque l’enfant est né vivant et est sorti vivant du service.
Willi SCHULTZ rapporte l’histoire d’une femme qui a pu être examinée à deux reprises à sept ans d'intervalle; d’abord lors d’un premier accouchement à 43 ans avec un accès d’éclampsie du post-partum et sept ans après où l’on trouve une pression artérielle de 200-110 et un état général bon. L’année suivante, elle succombe à une hémiplégie et l’autopsie montre que le parenchyme des reins ne présente pas de modifications néphritiques bien que les grosses artères présentent des altérations modérées d’artério-sclérose. ScHuLTz conclut : il doit être exceptionnel qu’un rein d’éclampsie ou de gestation donne lieu à une néphrite chronique (Das spätere Schicksal der an Eklampsie und Schwangerschaftsniere Erkrankten Weitere Mitteilung. Münchener Medizinische Wochenschrift tome 80, 15 décembre 1933).
En 1933, G.-W. THEOBALD, en se fondant sur des considérations statistiques assez compliquées, soutient que l’albuminurie
gravidique détermine très rarement une séquelle de néphrite chronique. (Relation de l’albuminurie gravidique et de la néphrite chronique). (Lancet, 25 mars 1933, p. 626).
SEITZ insiste à nouveau, en 1933, sur ce que les femmes enceintes élivent mal les protéines et les graisses et que ceci les expose à l’éclampsie (Münch. Med. Woch., 17 février, p. 262).
ARwyYN Evaxs, sur 70 albuminuries gravidiques (revues ultérieurement) trouve 12 néphrites chroniques (18 %}) 7 néphrites chroniques probables (10 Z) et 16 albuminuries simples. Toute hypertension dépassant 17 est dangereuse pour l’avenir. (J. of Obst. and Gyn. of the B. E., oct. 1933, p. 1024).
En 1934, RATHERY propose une classification des néphrites inspirée de celle de WipaL et tenant compte d’un certain nombre . d’autres données. Il distingue deux grandes classes de maladies rénales: celles qui ne comportent pas d'insuffisance rénale et qui sont dénommées névropathies simples et celles qui comportent une insuffisance rénale et qui sont dénommées néphrites. Les néphropathies simples se rangent en trois formes: la forme albuminurique simple (albuminurie fébrile, albuminurie toxique, albuminurie des angines et des infections bucco-pharyngées) ; la forme hématurique simple et la forme hypertensive simple. Les néphrites comprennent trois formes principales: la néphrite avec œdème et rétention chlorurée; la néphrite sèche azotémique, aiguë (n. de la typhoïde, de la diphtérie, néphrite mercurielle) ou chronique (celle-ci répondant au syndrome azotémique tel que décrit par WipaAL), et enfin les néphrites mixtes comportant l’association du syndrome azotémique et d’une perturbation dans les échanges chlorés (hyper ou hypo-chlorurémie). (Un essai de classification des néphrites. Presse Médicale, 4 avril 1934, p. 529). :
DE SNoo, en 1934, considère que les toxémies simples troublent rarement la fonction rénale, que l’hypertension chronique même avec urémie n’est pas non plus bien-nocive pour le rein, mais que l’éclampsie trouble gravement la rétention de l’eau et la sécrétion de l’urée. L’urée augmente dès le. deuxième, troisième ou quatrième jour, pour redescendre ensuite. Le trouble rénal est secondaire à un effet vaso-moteur.
Flore-Alberte GRAND sbutient, en 1934, une thèse sur les rap-
Eu) LS
ports de la néphrite chronique et de la grossesse. (Néphrites chroniques et gestation. Thèse de Paris, 1934, Arnette, éd.). D’après 42 cas observés en huit ans à la clinique Baudelocque (ce qui doit représenter, environ, 24.000 accouchements). Elle rappelle l’observation d’une femme qui quitte le service avec une tension redevenue normale et chez qui on était en droit de penser à une albuminurie gravidique. Or, un an après, cette femme avait une tension de 25-15. Sur les 42 cas, 23 étaient comme avant la grossesse ou ont été reconnues dès le début. Trois cas concernaient des formes récidivantes gravidiques. L'étude étiologique permet de relever: 4 fois la scarlatine, 6 fois des néphrites aiguës diverses, 2 fois des pyélites, des néphrites gravidiques antérieures ou des éclampsies, la syphilis quelquefois. On s’étonne en lisant cette énumération, de ne pas voir d’amygdalites à répétition.
L’âge variait entre 30 et 40 le plus souvent. Les multipares étaient plus nombreuses que les primipares. L'étude symptomatologique relève 24 formes hypertensives (dont 4 avec troubles cardiaques et 5 avéc rétinite), 4 formes azotémiques, 2 formes hydropigènes, 6 albuminuries pures et, enfin, 6 formes non influencées par la grossesse. Il y a eu 27 fœtus morts (dont 3 avec placenta normal). Les conséquences pour l'œuf ont été les suivantes :
Enfant vivant Enfant vivant Enfant mort
à terme avant terme Forme hypertensive … 2 5 17 Forme azotémique .. 1 3 Forme hydropigène … 2 Forme albuminurique 1 5 Forme non influencée 4 2
SLIEGLITZ, en 1934, dans le Adain et Stieglitz, expose ainsi les maladies rénales de la grossesse. Les néphrites peuvent être antérieures à la grossesse ou coïncider et, alors, elles sont gravidiques ou accidentelles. Le rein a beaucoup à faire: il filtre beaucoup de substances et LoNGcoPE suppose qu’il peut être anaphylactisé aux substances fœtales, il est comprimé, il est inflammé par l’hypertension, par l’acidose, par les troubles du métabolisme calcique. Le virilisme prédispose à la néphrite. Les principaux phé-
HER te
nomènes sont l’albuminurie banale qui élimine des toxines fixées sur les protéines et qui peut léser ainsi le rein; l’œdème qui est antagoniste de l’azotémie (si on supprime les œdèmes, on crée de l’urémie), l'hypertension, l’azotémie dont l’éclampsie est une forme et la néphrite chronique qui s’apprécie par les épreuves de Volhard. Les néphrites peuvent être classées comme il va suivre:
1. La fatigue rénale (mal dénommée néphrose, rein gravidique (low reserve Kidney), albuminurie, œdème discret, un peu d’hypertension, le tout dû à un spasme artériolaire,