‹ Étude historique et critique sur la pesteChapitre 2 sur 24 · L. XXIV, p. 537. Histoire d’Auguste des · texte numérisé non relu

L. XXIV, p. 537. Histoire d’Auguste des

hist. roman, script

.. • .. -- -—o—“ —a six auteurs anciens:

Paris ?Ô77 Cap lUÎ ’ Lamprlde ’ GaUican, Pollion, Vopiscus.

qui tune grassatus est) (1). Il semble même, d’après son récit, que deux maladies différentes sévirent consécutivement :

« Une famine inattendue survint ; la peste la suivit. En outre, une autre maladie exerça sa fureur, à savoir l’ulcère appelé charbon, à cause de l’inflammation. Ce mal se répandait insensiblement sur tout le corps, mettant les malades dans les plus graves périls. Mais, en se fixant principalement autour des yeux et en y demeurant longtemps, il priva de la vue un très grand nombre de personnes différentes par l’âge et le sexe. » (2).

Georges Cedrenus, moine grec du onzième siècle,dans sa chronique d’Adam à 1067 de J.-C, parle aussi de la peste qui sévitsous lerègne de Gallus :

« A cette époque, la peste se développa en se répandant du fond de l’Ethiopie jusqu’aux extrémités occidentales de la terre ; pas une ville ne fut épargnée; beaucoup même furent visitées deux fois par le fléau.

« Cette épidémie dura quinze ans. Elle commença en automne et s’arrêta au commencement de l’été. Le mal se propageait même par les vête-

(1) Easebii Pamphili Ecclesiastica historia. L. VII, cap. xxii Patrol. grecque de Migne, t. XX, p. 686.

(•2) Livre IX, ch. vui (T. XX, p. 815). <• Et insperata eontigit famés ; quam deinde pestis subsecuta est. Præter hæc, alterius cujusdam morbi vis sœviit ; ulcus videlicet quod ob inflâmmationem carbunculus vocatur. Hic raorbus per universam eoipus paulatim serpens, gravia . ssgrïs discrimina afferebat. Sed præcipue circa oculos hærens et insidens diutius, innumeros promiscuæ ætatis et sexus luminibus orbavit. »

ments ; bien plus, par le seul regard. 11 n’y eut pas une maison où il ne soit mort quelqu’un.

Les uns, par crainte de la contagion, laissaient les cadavres sans sépulture ; les gens dévoués soignaient tranquillement les malades ; prenant le germe delà maladie contagieuse, ils mouraient eux-mêmes avec eux ou après eux. (.1) »

Le même auteur (2) nous dit que la même maladie reparut encore sous le règne de Dioclétien (284-305).

Cette peste de G-allus se trouve encore mentionnée dans Pomponius Lætus (3), dans le moine Jean Zonaras (4), dans saint Cyprien de Carthage (5), à qui elle inspira une magnifique homélie, dans Ammien Marcellin qui a consacré un chapitre aux causes et aux variétés de la peste survenue à Amide eh 359 et qu’une petite pluie

(1) G. Cedreni, Historiarum compendium. (Patrol. græcæ latine tantum editæ t. LXII, col. 251), « Eo tempore pestis invaluit, ab Æthiopia in occiduam usque terræ partem propagata : neque ulla fuit urbs ejus expers, niultæ etiam bis ea lue infestatæ. Obtinuit annos XV. Cœpit autumno et desiit sub ortum canieulæ. Propagabatur morbus iste etiam vestimentis, soloque adeo aspectu, neque fuit domus, in qua nemo esset mortuus.

« Alii, metu eontagionis, cadavera relinquebant insepulta. Pii autem ægrotos secure curantes luemsibi asciscebant, cumque iis aut post «os ipsi quoque moriebantur. »

(2) ta., col. 258.

(3) Pomponius Læ'us, Roman, hist.

latini veteres, t. Iî, p. 559. (Gallus).

(4) Johannis Zonaras monaehi,,,, p. 628, Paris, 1686,

(5) S« Cypriani opéra, Liber de p. 562-476,

compendium in script.

Annales. T. T, lib. XII mortalitate. Ed. 1728,

dissipa au bout de dix jours (1). Mais nul ne donne une description de la maladie ; un seul de ses caractères se trouve mentionné dans les récits : c’est la présence d’ulcères sur tout le corps et la fréquence de la cécité consécutive.

Est-ce là un indice suffisant pour diagnostiquer la peste ? Le « carbunculus » est-il le vrai charbon ? Ces données peu précises n'autorisent pas une affirmation absolue ; mais la lésion fréquente des yeux serait plus en faveur de la variole que de la peste ; d’autre part, les bubons d’une constatation si facile ne sont mentionnés nulle part ; aussi nous abstiendrons-nous, jusqu’à plus ample informé, de ranger la peste de Gallus dans la liste des pestes véritables.

Sous le règne de Justinien (527-565). une terrible épidémie ravagea le monde romain et enleva en quelques années plusieurs millions de victimes. La maladie éclata la trente et unième année du règne : « L’an 31, un fléau mortel exerça une « seconde fois sa fureur, principalement sur les « enfants, les faisant périr par les bubons (2). »

Agathias appelle cette peste fièvre à bubons ; elle ne cessait, dit-il, que par la mort des malades (3). Le fléau sévit à Antioche deux ans après

(1) Amm. Marc, Rerum gestarum. L. XIX, ch. 4.

(2) Cedrenus, loc. cii., col. 366. « Anno XXXI, rursam lues lethalis grassata est, maxime in pueros, bubonibus eos necans. »

(3) Agathiæ, De imperia et rebus gestis Justiniani. L. V, p, 148. Lugdunï Batavorum, 1594.

la prise de Cette ville par les Perses et désola l’Orient pendant cinquante-deux années.

Evagre lui reconnaît certains caractères analogues à ceux de la peste d’Athènes et d’autres tout à fait différents. Lui-même, étant encore écolier, fut atteint de la peste qui lui enleva plus tard sa femme et ses enfants.

Yoici la description qu’il donne, de la maladie :

« Chez quelques-uns, la peste se déclarait d’abord à la tête, rendait les yeux rouges de sang et gonflait le visage; ensuite, elle descendait à la gorge et tuait ainsi tous ceux qu’elle atteignait.

« D’autres étaient pris d’un flux de ventre ; pour certains, des abcès se déclaraient dans la région inguinale ; le tout était accompagné de fièvres très ardentes, à tel point que le second ou le troisième jour au plus, la mort survenait.

« Bien plus, des charbons se formant sur tout le corps, firent périr beaucoup de personnes (1). »

Procope nous a laissé une longue description de cette épidémie, dont il ne voit pas la raison d’être :

(0 JËvagri, Historiæ ecclesiasticæ, liber IV, cap. xxvm AMaxima Bibliotheca veterum Patrum, t. XI, p. 1002.) a In nonnullis hominibus, a eapite primum exorsus, oculos cruentos vultumque tumidum reddidit : deinde in guttur delapsus est et quemeumque occupant, e medio sustulit. — Aliis fluxus alvi contigit, quibusdam abscessus in inguine exorti, indèque febres m priruis ardentes, adeo ut biduo aut ad summum triduo mortem obirent. — Quinetiam carbunculi e carne erumpentes multos extinxere. »

« Personne, Dieu excepté, ne peut dire ni imaginer la cause-de cette maladie.

« La fièvre était si bénigne qu’elle ne pouvait donner un indice du danger soit au malade, soit au médecin qui tâtait le pouls.

« Mais, le jour même pour les uns, le lendemain pour d’autres ou peu après pour les derniers, le bubon prenait naissance et se développait, non seulement dans cette partie antérieure du corps, près des lianclies, qui est dite la région inguinale, mais également sous l’aisselle ; même, derrière les oreilles, chez quelques malades ; enfin, sur diverses parties des cuisses.

« Les malades chez lesquels le bubon se développait le plus et arrivait à maturité, échappaient au fléau, car la force du charbon, déjà affaiblie, était, par le fait, paralysée.

<< Il y en eut qui échappèrent à cette épidémie, mais en conservant un défaut de langue (1). »

Pendant quatre mois, la peste sévit à Byzance et fit, chaque jour, d’abord cinq mille, puis dix

(1) Procopii Cœsariensis Historiarum sui temporis, libri VIII ; De betlo Persico, lib. II, chap. xxn. — « Causa ejusee morbi nulla præter Deum nee diei potest, nee cogitari... Febris adeo leDis erat, at nee ægrotis ipsis, adeoque nec medico . pulsum explorant!, perieuli opinionem præberet. — Die autem his eodeni ipso, illis postero, aliis hand multis post, nascebatur ac tumeseebat bubo, non ea solum in parte corporis quæ imo ventri subest et inguen dicitur, sed in axillæ etiam sinu : post auresquoque nonnullis : quacumque den.um in parte femorum. — Quibns magis crescebat bubo atque in pus maturescebat, illi ex morbo assurgebant ; propterea quod carbunculi vis jam emollitaeoconciderat.— Fuere qui ex moi bo evaserint, contracte linguæ vitio,.. »

mille victimes. Le même auteur (De bello gothico , II, cap. m et rv) nous dit que la peste envahit Rome assiégée par les Goths et que les Goths euxmêmes en furent atteints.

Enfin, on vit le fléau reparaître encore sous le règne de Phocas (602-610); sous le règne de Léonce (697) la peste à bubons régna pendant quatre mois (1).

Tels sont les renseignements que nous avons pu recueillir sur la nature de la peste Justinienne qui décima l’Orient pendant plus de cent ans.

Grégoire de Tours nous raconte les ravages que la même épidémie exerça dans les Gaules et y consacre plusieurs chapitres de son Histoire ecclésiastique des Francs.

On donnait, dit-il, à cette peste le nom d'inguinale ; des boutons, des ampoules se formaient sur le corps. (L. YI, 14.) Une tumeur sinueuse se formait à l’aine ou à Faisselle et l’on .mourait le deuxième ou le troisième jour. (L. IV, 31.)

Le fléau sévit dans toute la Gaule ; mais Grégoire cite particulièrement certaines villes, sans doute celles d’où lui venaient le plus de détails : Arles, Narbonne, Bourges, Châlon, Dijon, Albj, Trêves, Marseille, Lyon, Viviers, Avignon. (L. IV et VI, passim.) Il regarde comme impossible l’évaluation du nombre des victimes ; comme toujours, les cadavres étaient mis dans une fosse

(1) Cedrenus. loc. cit., col. 382 et 413,

commune pour plus de rapidité. On compta un dimanche, dans la seule basilique de Saint-Pierre trois cents cadavres ; c’est qu’en effet, la mort était subite (1),

La G-aule n’était pas la seule contrée atteinte en Occident ; l’Espagne, l’Italie l’étaient également.

En 587, un navire venu d’Espagne apporta la peste à Marseille : tous ceux qui achetèrent des marchandises importées succombèrent les premiers ; ainsi mourut une famille entière de huit personnes. (Liv. IX, 21.) Après une interruption de deux mois, la peste recommença ses ravages.

A Rome, le fléau suivit une inondation du Tibre, l’an 590, la quinzième année du règne de Childebert. Grégoire appelle également cette peste « clades inguinaria ». Elle commença en janvier, et le pape Pélage fut une des premières victimes. (L. X, 1.)

Notre premier historien national, avec son abréviateur Frédégaire (2), est presque la seule source de renseignements sur la peste Justinienne en Gaule. Cependant M. Littré (3) cite un passage du Livre des miracles de S. Jean, qui constate l’existence de la peste à Paris en 540 : « Tandis que « la peste ravageait les peuples de notre patrie, « jè sentis à mon départ de Paris, où elle régnait

(1) Numerata sunt autem, quadam dom inica, in unà beati Pétri basilica, trecenta defunctorum corpora : erat enim et ipsa mors subita. (Liv, IV, 31).

(2) Hist. Franc, epitomata, cap. lxxxii.

(3) Littré, Médecine et médecins. Des grandes épidémies, p. 5

« alors, que la contagion du mal me gagna. Nul « n’ignore, je pense, quelle épouvantable mala- « die dévasta à cette époque notre pays. »

D’autre part on trouve dans Marius d’Avranches, une mention relative à l’épidémie buboneuse qui sévissait en 571.

Sur la nature même de cette affreuse maladie, il ne saurait y avoir de discussion; les contemporains lui prodiguent l’épithète d’« inguinaria »; il n’en est pas un qui ne revienne à plusieurs reprises sur l’existence de ce signe caractéristique, le bubon. La présence des charbons ( earbunculi), des taches pétéchiales est notée en plusieurs passages, tant par les historiens grecs que par Grégoire de Tours. Pas un trait ne manque au tableau pour diagnostiquer la peste à bubons. Aussi, malgré l’op.inion d’Evagre, qui rapproche de la peste d’Athènes cette épidémie dont il faillit être victime, nous reconnaîtrons dans la peste Justinienne, avec l’unanimité des auteurs qui se sont occupés de la question, la véritable peste d’Orient.

Ses ravages, on le voit, furent terribles et se continuèrent pendant longtemps ; tout le monde romain, ébranlé par l’invasion des barbares, ruiné par des guerres incessantes, suivies de famines, subit les redoutables étreintes du fléau. La misère de ces temps troublés contribua certainement pour une large part, non seulement à l’extension, mais encore à la mortalité de la maladie.

Et cependant, après cette longue période de désolation, la peste n’a pas encore épuisé ses forces; dans les circonstances éminemment favorables à son éclosion que lui offrent les guerres du Moyen- Age, elle ne disparaît pas complètement de l’Europe.

Du onzième au quatorzième siècle, elle vient, à chaque instant, ajouter ses ravages à ceux du Mal des Ardents, de la lèpre, etc. On trouve relatées dans les chroniqueurs de l’époque trentedeux apparitions du fléau ; mais ce sont de simples mentions qui ne sauraient servir de base à une classification scientifique.

D’autre part, les narrateurs des croisades nous montrent la peste s’abattant sur les armées chrétiennes en Syrie et en Égypte. En 1250, après la bataille de la Mansourah, elle ravage l’armée de St-Louis ; vingt ans plus tard, sous les murs de Tunis, le roi succombait à la même maladie. Mais est-ce bien de la peste qu’il s’agit ? La description de Joinville laisse bien des doutes dans l’esprit. Aussi est-on en droit de penser que sous le nom de peste, bien des épidémies furent décrites à cette époque, qui n’avaient de commun avec la véritable peste que leur effrayante mortalité. Faire la part de chacune, jeter sur ce chaos les clartés de la science moderne, serait assurément une œuvre intéressante ; les limites de notre travail ne nous permettent pas de l’essayer.

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