Œuvres complètes, t. !•', p. 506. Lettre à Louis XUl
3. Discours par stances déjà cité. (Œuvrei complètes, t. IV, p. 324.)
SUR TH.-AGnippA d'aubign^. 135
Tamitié de personne: de toutes autres choses, j'en feray litière pour la reunion ^ • »
En France, pays longtemps soumis au régime monarchique, on s'est habitué à appeler républicain un homme d'opposition ; En ce sens d'Aubigné est un républicain. Mais il ne le fut pas, et ne pouvait l'être, s'il faut entendre par ce mot un ennemi de l'institution monarchique; nulle part, non plus, en dehors de la question religieuse, il ne manifeste ce sentiment du droit populaire ou du moins cette sympathie, cette indignation généreuse à la Tue des faibles opprimés, qui est le véritable signe de l'esprit démocratique.
De même que Rohan, d'Âubigné, en France comme
1, Œuvres complètes, t. II, p. 107. Le Caducée ou tange de paix.
Si l'on ne craignait de multiplier inutilement les preuves, après avoir interrogé le poète et le controversisle, on pourrait interroger rhistorien. Ces lignés par lesquelles il coAclut son Histoire ne sont-elles pas, en même temps qu^une oraison funèbre, un hymne triomphant en Thonneur de la royauté. D'Aubigné, eu pleurant reffonarement de ses espérances, à la mort de Henri IV, ne cache pas combien il aimait à voir la royauté planer audessus de toutes les autres puissances du royaume : « Quant aux Grands, le plus proche au premier en marchoit si loin, qu'il n'avoit garde de lui escorcher les talons ; les estrangers demandoyent leurs dettes par supplications, non par menaces, et le chapeau bas, qu'ils avoyent enfoncé autrefois. Le Roi voyoit autour de son lict et de sa table une florissante multitude d*enfans, bien que différents de condition, tous obligez à son appui,. et, chose inouïe aux Rois de France, il avoit sous la clef du Duc de Suilli, cent canons de batterie, les armes de quarante mille hommes, poudres et boulets i^our deux cent mille coups en son arsenal, mis en son thresor vingt-deux millions : ces richesses comparées aux pauvretés souffertes et ces douceurs aux amertumes du passé : pour Texcellenee de cela, toutes ces armes ne faisoyent que parer la Majesté Royale, elle lors n'estant armée que de ses loix. » (Hittotre universelle, Appendix, col. 734.) On ne loue un roi en pareils termes que lorsqu'on est un partisan sincère de l'institution monarchique.
436 ÉTUDE HISTORIQUE ET LITT&RAinE
dans son exil à Genève, n*a Jamais eu qu'une piéoccupation, les intérêts du Parti. IL fut en Suisse, nous l'avons vu, le Procureur des Eglises bien plus que le fidèle sujet de son roi. Dans les premières années de son exil, il déploie une fiévreuse activité. Ainsi, en 1622, dans une mission remplie à Berne, il s'efforce de réveiller « cest ours endormy ^ » Grâ^^e à des Mémoires traduits en. allemand, notre exilé parvient à mettre sur pied douze mille hommes, a à joindre à ce gros amas de fer un peu d'acier estranger, et à dresser de ce seul canton une armée de trois mille six cents hommes. » A cette troupe qui manque de chefs, d'Aubigné promet de donner «les meilleures testes de Montauban*. » Et si Ton redoute «ces courages violens,» Tancien écuyer du roi de Navarre écrira à l'ambassadeur de Venise, Gavassa: « J'ay apris aux escuries que les chevaux de bon espron ne laissent pas d'avoir la bouche bonne et estre de facile arrest'. »
Le faisceau des villes de l'Union évangéllque, formé par Henri IV pour la défense des libertés germaniques, union expirée en mai 1624, avait été rompu. Autant que le pouvaient ses mains débiles, d'Aubigné essayait de le renouer. Cette pensée lui fait oublier ses dissentiments avec Bouillon qui semble, vers 1624, repris d'un accès de zèle religieux; elle lui
1. D*Aabigné a souvent ffourmandé rudement « la mollesse des Bernois » {CEuvres complètes, 1. 1", p. 232) on « la troupe dormante des Suisses reformés. » {Œuvres complètes, t. II, p. 23.)' On peut voir aussi une sanglante épigramme « aux dégénères Suisses. » (CEuvres complètes, t. IV, p. 362.)
2. Œuvres complètes, 1. 1«', p. 215. Lettre à M, de Mayeme (1622).