CHAPITRE VIII
d'auwgné chef de famille, son vbovage, ses enfants LÉGITIMES. SON FILS NATUREL NATHAN, SES GENDRES. RÉPONSE A QUELQUES ACCUSATIONS.
Si tels furent la conduite et les sentiments de d'Aubigné dans la pratique de l'amitié, on peut croire qu'il n*a trahi aucun des devoirs d'un chef de famille.
Nous avons vu en quels termes il parle de sa docte mère qu'il ne connut point, de son père qu'il connut si peu. Nous savons aussi l'amère douleur que lui inf^gea la mort de sa première femme. Quand il ne nous raconterait pas lui-même ces trois années de nuits pleines de larmes, l'étrange maladie qu'il contracta « pour vouloir s'empescher de pleurer, » ses œuvres, remplies de ce souvenir, nous montreraient l'exquise sensibilité d'une Àme qu'on a peinte comme insensible à tout ce qui n'était pas orgueil ou intérêt. Mais nulle part cet accent de regret conjugal n'est plus touchant que dans une de ses Méditations* : a Tu ne m'as point blessé aux extrémités et membres qui, retranchés, laissent le reste traîner quelque misérable
1. Les Poenes religieuses sous le titre de Larmes pour Suzanne de Lezaif renferment nne pièce qui, dans la pensée de
vie, mais tu m'as scié par ]a moitié de moi-mesme, tu as fendu mon cœur en deux et dissipé mes entrailles, en arrachant de mon sein ma fidèle, très aimée et très chère moitié, laquelle, comme génie de mon ame, me tenait fidèle compagnie à tes louanges, m'exhortoit au bien, me retiroit du mal, arrestoit mes violences, consoloit mes afflictions, tenoit la bride à mes pensées desreglees et donnoit Tesperon aux désirs de m'employer à la cause.de sa vérité' . » Sous ces figures un peu forcées, comme on sent la violence d'une douleur inconsolable, la conscience d'un tempérament irascible, la justice rendue à la salutaire influence d'une femme douce et pieuse!
Nous ne reviendrons pas sur la blessure infligée au eœur d'un père par un fils indigne, «aimé outre mesure*, » qu'il tenta varoement de sauver et de ra^ mener ; nous avons suffisamment montré que ce cœur saigne autant d'affection trompée que d'orgueil paternel bumilié.
Fauteur, devait se rattacher an psaume 88, commenté par cette Méditation, On y lit les vers suivants : ^ ■ - .
La nuict a gardé mos ennuis.
Le jour mes allégresses feintes :
Cacher ni feindre je ne puis, Pour ce que les plus longpies nuicts Sont trop courtes à mes complaintes.
{Œwr€9 complètes, t. UI, p. 278.) Les manuscrits de la bibliothèque de Bessinges renferment environ 1200 vers latins de d'Aubigné, sans compter des vers macaroniques dont M, Th. Dufonr, de Genève, à répo<}ue de noire séjour aux environs du chftteau de Bessinges, avait bien voulu revoir une copie pour notre édition des œuvres complètes de d'Aubigné. Parmi les pièces de vers latins, quatre sont consacrées au regret de Suzanne de Lezai.