‹ Étude historique et littéraire sur Agrippa d'AubignéChapitre 117 sur 200 · Œuvres complètes, t. II, p · texte numérisé non relu

Œuvres complètes, t. II, p

2. Œuvres complètes, t. !•', p. 119. Testament de cTAU" kigné.

Un fils naturel, Nathan^, « recommandable par probité de vie et doctrine non commune, auquel il a permis, lui et les siens, de porter son nom, » l'eût consolé dans sa douleur, s'il n'avait rougi jusqu'à son dernier jour « de son ord péché, » scrupule qui peut paraître étrange, mais qu'explique le regret de sa première femme et l'ordinaire austérité de sa vie dans la période de maturité.

La correspondance accuse l'inquiète sollicitude de d'Aubigné pour l'éducation de ses filles, son affection pour ses gendres, «son brave Dadou,» et Villette le mari de Louise- Artbémi^e, qu'il appelait « son unique et sa fillette. » S'il témoigna quelque préférence à celleci, ce partage inégal prouve la partialité, mais non la sécheresse de cœur*.

Théophile Lavaliée qui, nous l'avons vu, n'aime pas d'Aubigné, va jusqu'à insinuer, sans oser excuser Constant, que les ressentiments paternels étaient exagé-

1. « Le yicieux désir de maintenir ou croitre sans trouble le bien de ses enfants » ayant empêché d'Aubigné de contracter un second mariage (quatre ans après son veuvage), il rechercha la compagnie de Jacqueline Ghayer, laquelle, non sans grandes suasions, eut de lui un fils né et nourri à Nancray, en Gâtinois. Le surnom à'Engibaud qu'il lui donna est Tanagramme de d'Aubiené. (Testament déjà dté. 1. 1", p. 119 et suiv.)

2. D'Aubigné avait eu de sa première femme son fils, Constant, baron de Surimeau, né vers 1584 et deux filles. L'ainée, Blarie, épousa, en 1614, Josué de Gaumont, sieur d'Adde, et lui laissa trois enfants. La cadette, Louise, se maria, en 1613, avec Benjamin de Valois, sieur de Villette. (Voir pour toute cette généalogie YUistoire de Af ■« de Maintewm, du duc de Noailles ; la Famille de cFAubigné et tenfance de M^^ de Maintenons

Sar Lavaliée ; une notice biographique sur Th.-Agrippa (VAuigné à Genève, de Théophile Hayer (Genève, 1870). Ce dernier a tiré des Registres du Conseil^ aux archives de Genève, un certain nombre de documents précis et curieux pour les dix dernières années de la vie de d Aubigné.

rés, qulls n'étaient point partagés dans la famille. Par contre, il nous montre le père uniquement occupé d'a&ires dlntérèt, âpre au gain, dur à ses débiteurs, d'humeur procédurière, s'efforcant de tromper ses enfants sur ses revenus en se disant réduit à la misère, enfin laissant un testament entaclié « comme tous les actes de ce personnage, de duplicité et d'obscurité ^. » Nous ne suivrons point Lavallée dans le détail des affaires et intérêts de famille, ce serait tout un dossier à produire et un procès dénué pour nous d'intérêt. L'auteur nous fournirait lui-même des arguments contre sa thèse, car il nous montre à la fois d'Aubigné «malheureux en affaires, » victime de confiscations — ajoutons privé de ses pensions — et dur en affaires, Apre au gain*. En vérité, ce n'est pas aux gens dépouillés et réduits à la gêne qu'il faut demander d'être larges et, comme l'on dit, coulants en affaires. Lapro^

1. La famille (TAubigné y (ouvrage déjà cité), p. 21, 45, 46.

2. La France protestante relève judicieusement l'injustice de ces accusations. « D*Aubiçné, artisan de sa propre fortune, avait souci de ses intérêts, mais sa vie de huguenot, rebelle aux séductions de la conr, repond noblement à une accusation de cupidité, et, quant au nuage d'obscurité, de réticences calculées, d'actes fictifs, qui régnait dans ses affaires, il s'explique aisément par sa situation politique. Il avait encouru la peine capitale et la confiscation ; il avait, par de trop justes raisons, déshérité son fils, il avait transporté k l'étranger ce qu'il avait pu sauver de sa fortune; quoi d'étonnant qu'il eût, plus oumoms fictivement, partagé, de son vivant, tous ses biens de France entre ses enfants, et que ces opérations compliquées aient donné lieu à d'inextricables procès c^ui désolèrent sa famille longtemps après sa mort ? Or, nos laborieux écrivains modernes, les biographes, en cherchant avec ardeur, pour l'histoire de cette famille célèbre, des documents nouveaux, n'ont guère trouvé que des actes de procédure, des mémoires, comptes, significations et autres résidus de dossiers provenant de vieux procureurs de la province ; de là Tair processif dont ils ont affublé leur jpersonnage. » (La France protestante, (article déjà cité^, col. 491.)

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digalité est facile aux consciences vénales; les honnêtes gens sont obligés d'y regarder de plus près. Lavallée a surtout puisé les éléments de son réquisitoire dans les papiers autographes de Sansas de Nesmond, gendre de Gaumont d'Adde, dont le biographe luiœème trace le portrait suivant: c'était un Gentilhomme catholique, n'ayant que peu de bien, mais ' fort instruit et fort méchant, neveu d'un Président au Parlem.ent de Paris, comptant d'autres parents dans la magistrature... C'était le procédurier le plus retors qu on puisse imaginer, se complaisant dans les chicanes, courant à un procès comme à une fète^ » C'est trop insister, on comprend ce que devait peser auprès des intérêts d'un tel homme la réputation de son beaupère d'Adde et celle du grand-père de sa femme !

L'inventaire du défunt sous les yeux, le même biographe ajoute : « qu'il aimait le luxe et vivait dans une sorte d'opulence, n Nous n'avons pas à défendre d'Aubigné d'une assertion qui n'est pas d'ailleurs tournée en accusation directe. Par goCLt, autant que par nécessité, il était simple et économe. Une lettre, peut-être adressée à Constant, gouverneur de Marans', qu'il appelle son frère', nous le montre gourmandant assez vertement son ftère^ sur ses habitudes de luxe et de dépense, sur sa volerie, sa vanité pour ses oiseaux,

1. Lavallée. La famille d'Aubigné, ouvrage déjà cité, p. 57 et 60.

2. Voir une note de M. Paul Marchegay (brochure, Les Rochçs- Baritaud, Vendée, 1876) sur cette lettre (Œuvrez complètes y t. I«r, p. 478), qui porte la snscription A M. G.

3. Ces désignations de père, nls, frère, semblent assez fréquentes entre amis et comparons d'armes an seizième siècle. Le comte de la Suze appelait d'Aubigné « son père, »et celui-ci,^ dans ses réponses, rappelle « son ener fils. »

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d'autant que sa vue courte lui défend d'en user. « Qua tu soys devenu fauconnier, tu es propre à cela comme un crucifls à jouer du sublet. » Il lui pardonne encore « son autour et son sacret » , ses chevaux crevés sous son poids énorme, ses grands bâtiments pour la montre, mais non ce sot respect humain qui le fait rougir de sa riche bibliothèque, de ses vers, parce 'qu'il est du bel air d'être ignorant et préférer la chasse aux belles-lettres ^. Cette sotte vanité de parattre', d'Aubigné la laisse à son Baron de Fœneste^ il est lui le brave Enay^ il lui suffit d'être ce qu'il est réellement. En présence de tant de fortunes scandaleuses, con>parant ses longs services à sa médiocrité, d'Aubigné avait bien quelque droit de se trouver maltraité. Il avoue pourtant lui-même avoir reçu du roi «autant de biens qu'il lui en falloit pour durer et non pour s'eslever'.» Au milieu de ses récriminations, il ne devait pas oublier qu'il avait lui-même marqué en termes vifs et précis le point de départ de sa fortune, ou plutôt de sa pauvreté, le Jour où, gagnant une arquebuse à son premier engagement, il écrivit au bout de sa cédulle : « A la charge que je ne reprocheroys point à la guerre qu'elle m'a despouillé^ ne pou** vaut sortir plus mal equippé que j'y entre*.» En

1. Alain Gtaartîer parle déjà de ces seignenrs « oui eussent tenu à reproche de bien lire et de bien écrire. »Gité d après Léon Feugère. Ëtade sur Ett. Patenter, p. 263.)

2. Ftenette, le fanfaron ndicole, qui n*a qne Xapparence, tire son nom da verbe %tet çxtvtoOat, paraître ; Enay, le gentilhomme, qai cache sous sa modestie an mérite réel, tire le sien da verbe tlvai, être.

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