Œuvres complètes, t. I«r, p
SUR TH. -AGRIPPA D*AUBIGNÉ. iOl
de mots, il en est aux rudiments. » Singulier mélange de recherche et de naïveté, d'érudition et de mauvais goût, de subtilités scolastiques et de plaisanteries soU datesques, qui peignent bien l'époque, et où nous voyons^ en même temps que l'expression de la vérité, une curieuse peinture des mœurs et de l'esprit du seizième siècle.
A cette théologie de moyen âge, toute hérissée de syllogismes, quelques succès qu'elle ait pu valoir à notre polémiste, nous préférons de beaucoup ces pages d'enseignement moral et dogmatique, oii ^ l'écrivain s'efforce de consoler, à la manière antique, des âmes affligées et persécutées.
Bien que Du Perron, encouragé par de faciles succès, ait entrepris la conversion de la duchesse de Bar, et, qu'à un moment, il ait cru la sœur du roi « en assez bon chemin et le cœur fort touché, » il est certain que, si elle fut ébranlée par les ob« sessions et les menaces, elle demeura « en chemin » et resta fidèle à sa foi. C'est au moment oiï son mari trembloit sous l'excommunication, où elle-même était en butte à un véritable martyre, que d'Aubigné prend la plume et réconforte cette âme endolorie. Après les doux souvenirs de jeunesse et de respectueuse affection que nous avons rappelés plus haut, le consolateur, oubliant un instant sa cliente, prend en main la cause de la liberté individuelle, interroge cette puissance, « ce monstre, cette idole » qui dispose des vies et des consciences. De quel droit le pape sépare-t-il ce que Dieu a conjoint ? Lui doit-on femmes, enfants, vie temporelle et étemelle? ou plutôt, « les Papes, qui ont mis le pied sur la gorge des Empereurs prosternez, ne se sont-ils pas tousjours
prosternez aux Empereurs et aux Roys qui avoient la main baulte? » Ici plus d'argumentation scolastique, ni de vaine métaphysique. La question de droit et de liberté de conscience, nettement posée, ramène Técrivain à son sujet favori, l'apologie de la doctrine protestante. Ce n'est plus une large exposition historique, telle que nous l'avons vue dans V Histoire unwérseUe, mais une sorte de bréviaire éloquent, de catéchisme à l'usage des Âmes hésitantes. Il s'agit de les fortifier contre « les séducteurs de ce siècle qui choisissent les âmes affamées et destituées de la parole de Dieu, » contre les convertisseurs, contre un Du Perron, à qui il veut disputer et ravir cette conscience, s'il est vrai qu'elle fut un instant ébranlée. La sienne, on se le rappelle, subit un jour aussi son combat, mais pareils assauts éprouvent la foi et trem* peut les Âmes à jamais. Nous ne résumerons pas ce petit traité qui est lui-même un résumé de quelques pages. Disons seulement que le controversiste y défend l'austère spiritualisme calviniste, y repousse « la mutation du pain en chair précieuse de Christ, n l'adoration « des saincts de pierre et de bois » et* des reliques, la vente des indulgences, la rémission des sacrilèges ; il établit la solide assise d'une foi qui repose sur les principes de la primitive Eglise, rejette enfin des traditions incertaines ou contradictoires, aussi bien que les inventions et nouveautés papales. Il termine en opposant la simplicité, la pureté du culte des Protestants à la parure, au luxe de ses adversaires.
Il y a chez d'Aubigné, nous l'avons dit^ une veine de mysticisme qu'explique, surtout en ses dernières années, une vive piété échauff'ée par son génie poé-
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tique^ . Telle est Tinspiration des douze Méditations sur les Pseaumes. « Aux piccoteries des controverses y* — notons eomme il jugeait plus tard ses triomphantes polémiques de théologie — il a préféré les passages de TEcriture qui sont « comme un esmail sur Tor, comme les pierreries exquises, et relèvent le langage le plus eslevé*. » Ne sent-on pas en effet le souffle des Ecritures et leur poésie originale dans plusieurs passages ÔGS Méditations y comme dans cette page éloquente de répitre à la sœur. du roi? « Bienheureux qui meurt au Seigneur en la maison de Dieu, entre des mains fidelles, pleuré' de larmes sans feintes, et qui, agréable flambeau de l'Eglise, s'esteind aux regrets des bons, et ne délaisse pas une puante fumée au nez de la postérité. Au contraire, malheur de mourir sur le précipice de Tenfer, dans un lit assiégé d'idoles, environné de bouches blasphementes, d'un consert de Remous, et voiries ennemys de Dieu, et de vous, qui avecq soupirs contrefaicts, préparent leurs impures mains 4 à vous fermer les paupières^. » Ces dures récriminations s'allient à une touchante familiairité: « Il faut ester du sein de Dieu les causes de son yre, non les moyens de punir, et ne faire comme je voyois ces jours mes petits enfans bien empeschez à dépeupler ma basse court de
1. Un vers de d'Aobigné résame ce singulier mélange de mysticisme et de violente satire. Son âme est, dit-il :
Furieuse de sainct amour. ,
{Œuvret complètes^ t. IV, p. 19.)