Histoire universelle, Llmprimear au lecteur, p
SUR TH.-AGRIPPA d'aUBIGNÉ. . 209
sa provenance. L'auteur n'a pas coœpi^is que ce procédé de classification peut convenir aux sciences naturelles, mais ne constitue pas une méthode d'exposition historique. Sans cesse le lecteur est distrait et dérouté parce morcellement symétrique ; il entre en méfiance contre ui)e trop régulière ordonnance, se demandant comment le hasard a pu amener quinze paix ou traités à pOint nommé, si bien espacés entre eux, qu'ils concluent chaque livre exactement proportionné. C'est dans ce cadre artificiel que l'auteur a enfermé les emprunts faits aux historiens contemporains, ses souvenirs personnels et les mémoires qu'il demande avec insistance aux Synodes et Assemblées protestantes ' , aux maîtres de camp des deux partis, aux ambassadeurs, aux étran** gers*. Cette division, surbordonnant l'histoire du monde pendant plus d'un demi-siècle à des trêves, à des événements qui n'intéressent que la France, force l'écrivain à remplir certains chapitres outre mesure, à en laisser d'autres presque vides. De là un embarras pour la division des chapitres qui se trahit, de la première à la deuxième édition, par de nombreux remaniements. Il rattache les tronçons épars de ses annales par des rac-
.1. Un article da Synode national tenu à Gap, en 1603, portait « que les provinces étaient chargées dé recueillir des mémoires des actes mémorables advenns depuis cinquante ans et de les faire tenir au sieur d'Aubigné, en Poitou, iequel escrimait l'histoire de ce temps. »
2. On trouvera, aux documents inédits, une lettre provenant des manuscrits de Bessinges (t. III, f. 61 recto) adressée de Carvinde en Prusse à d'Aubigné, le 26 février 1626. Elle est sans suscription. Peut-être pourrait-on Tatiribner au prince Christofle de Baden, qui entretenait correspondance avec notre écrivain. Bien que « son oubliance ne'lui ait pas permis de rendre les services qu'il lui devoit » (il s'agit sans doute de mémoires), cette lettre n'en atteste pas moins, nar ses expressions hyperboliques, l'admiration qu'inspiraient à l'étranger l'nistorien et son. livre.
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eords pénibles, des transitions parfois naïves. Il revient sur ses pas et retourne au commencement de l'année, « ayant estendu quelques branches plus avant » et, comme il a conscience de ce désordre, il ajoute : « L'his* toire qui traite plusieurs choses est contrainte à cela, ou il faudroit qu'elle sautelast sans cesse et n*achevast aucun discours ^ » Faible excuse, car Thistorien « sautelle » sans cesse, et ne corrige pas ce défaut en le confessant. Ailleurs il s'excusera « de sortir de Tannée du livre, ne voulant plus avoir h retourner «en lieu tant esgaré^. )» Bien que V Histoire universelle^ écrite sous forme d'annales, porte le millésime à chaque page en titre courant, (à partir du tome I*', livre V, an 1568), on a quelque peine à établir nettement Tordre chronologique pour chacun des faits particuliers. Et cela se comprend, l'auteur étant obligé de se débarrasser, « sans ordre et sans disposition*, comme il en convient naïvement, de faits qui n'ont pu trouver place en leur lieu et à leur date. Ailleurs, il confesse : « qu'une feuille de copie perdue a tranché le discours des aifaires d'Auvergne ; il le reprend, à charge d'y observer Tordre, quand il y remettra la main*. » Ou bien encore, n'ayant pu, faute de mémoires, « donner un notable combat, il le promet à l'autre édition'. » Notez que d'Aubîfené a soixante-quinze ans, quand il promet cette troisième édition qui, on le voit, à certains égards, n'eût pas été inutile®. Des mémoires, c'est-à-