‹ Étude historique et littéraire sur Agrippa d'AubignéChapitre 149 sur 200 · Histoire universelle, t. II, col · texte numérisé non relu

Histoire universelle, t. II, col

6.. Dans la Vie, la confasion est plus grande encore. L'auteur

SUR TH. -AGRIPPA d'AUBIGNÉ. 2H

dire des rapports de toutes provenances, traduits pour l'insertion, auraient dû être résumés et soumis à une critique plus sévère. De longues histoires, romans de sérail, des tueries invraisemblables, même pour TOrient, ressemblent trop à des remplissages. Encore ces ressources lui font-elles parfois défaut : a Que si en divers endroits, avoùe-t-il, nous n'avons pu exprimer à nostre gré quelques exploits consequentieux, regardez d*où est daté le livre, c'est d'un désert, refuge ordinaire de la pauvreté comme de la vérité. Là, il a fallu travailler sans pupitre, sans conseil de doctes, avec peu de mémoires ei peu exprés, » Le « bouc du désert » emploie ces matériaux faute de mieux, et sans illusion sur leur qualité. Parfois]d'Aubigné refuse d'employer « des escripts excellents et laborieux, » comme ceux de Villeroi, «parce qu il n'avoit qu'un but, les louanges delà cour. » Notre historien « aime mieux estre manque en quelques poincts qu'à estre esclave en tous * . » Louable sentiment d'indépendance, dont on ne peut que féliciter Técrivain, sachant surtout que cette communication ne lui était faite « qu'à la charge de preudre loi des corrections de Villeroi.»

Aussi, malgré son titre, le monument de d'Aubigné n'est pas une Histoire universelle, mais plutôt l'histoire des guerres religieuses en France pendant le seizième siècle. Le reste n'est trop souvent que hors d'œuvre, pièces de rapport mal agencées, «bordures» destinées seulement à justifier un titre ambitieux. A un

écrit, il est vrai, sa correspondance sons les yeux, mais on sait qu'elle est rarement datée ; souvent aussi, il trace ses mémoires au hasard de ses souvenirs, et il est plus que septuagénaire. 1. Histoire universelle^ t. I"»", col. 1187.

autre point de vue, cette œuvre puissante, originale, irréguliëre, compromis entre l'histoire et les mémoires, n'a pas les proportions harmonieuses, le caractère impersonnel de Tune, encore moins la simplicité et les qualités spéciales au genre des mémoires.

Nous avons dit la monotonie des sièges et faits militaires, d'oil résulte, malgré son talent, la monotonie des récits de l'historien. Pourquoi n'avoir pas, en choisissant, conservé les grandes lignes du monument, qui disparaissent sous une luxuriante végétation? Pourquoi décorer du nom de <x victoire » un combat où figurent treize à quatorze cents arquebusiers, cent cinquante enfants perdus et quelques chevaux ? Tout semble au même plan et d'égale valeur, parce que le capitaine a vu de trop près ce que raconte Thislorien. La perspective, qui met tout à sa place sur un champ de bataille, n'est pas le fait du combattant. Une bataille, au seizième siècle encore, se compose d'épisodes séparés, où chaque principal acteur, ignorant ce qui se passe à ses côtés, exagère par vanité, et souvent à son insu, sa part d'action, ce qui explique que l'on ait vu des vaincus se croire victorieux et des vainqueurs sonner la retraite.

Un capitaine, présent à l'action, raconte en homme du métier et pour les hommes du métier, ne veut omettre aucun détail technique ; ajoutez qu'il supprime des éclaircissements indispensables aux profanes et même à tout lecteur. Ces récits de combats chez d'Aubigné, qu'on nous passe la comparaison, ressemblent trop souvent à des parties de barres, dont la confusion se démêle difficilement. Pourquoi, parmi tant de narrations obscures, la bataille de Dreux ' se lit-elle

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