BuBBe donc, Éternel, tes hauts eieux pour desoendre
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sœur du Bm, de véritables effusions mystiques, ua goiiffle eoflaoïmé de poésie biblique, et, ce qui peut surprendre, ees accents religieux se concilient, jusqu'en son ei^tréma vieillesse, avec l'esprit satirique et gaulois de l'écrivain. Dans la première MédUatim^^ l'auteur s'excuse de la contrainte qui s'y manifeste, sur ce que le Roi lui avoit mandé de o déposer son bumeur cynique et de faire quelque pièce sur. les douceurs de la Paix. » L'année même de sa mort, il édifie et scandalise tour à tour le Conseil de Genève par le recueillement de ses Meditatiofis et la crudité gauloise de son Baron de Fœneste^, Encore faut-il, on l'a vu, qu'une injonction royale prescrive au philosophe religieux une modération qui lui pèse comme un joug. Mais avec quel plaisir il s'est dédominagé et affranchi de toute contrainte dans son Baron» Jadis la muse des Tragiques ebàtiait avec emportement les mignons de cour, raffinés d'honneur, singes efféminés, mais dangereux, du Valois leur maître. Le blessé de Gastel- Jaloux traçait ses premiers vers vengeurs h, vingt-
1. Les Méditations îonii^Tiie du volume des Petites œuvret mesleesy publié l'année même de la mort de Tauteur» et dont un
Sremier tirage avait eu lieu en 1629. (Voir édit. des Tragiques e M. Ch. Read. Paris, i872, Avant-propos, p. xv.)
2. Voir (p. 12 de uotre Etude] le fragment d'une lettre adressée par la veuve de d'Aubigné, Renée Burlamachi, à Tua des gendres de son mari, M. de ViHette. Bien qu'il soit difficile de s'appuyer sur l'autorité de la Beaumelle, ce passage a un certain caractère d'authenticité. Le fait qu'il rapporte est d'ailleurs incontestable : nous savons que l'imprimeur Pierre AoJïert fut condamné à la prison et à l'amende pour avoir imprimé Les avantures du baron de Fxneste, et d'Aubi^né, mandé en l'auditoire par MM. les seholaraues «t autres seigneurs, sévèrement réprimandé. On le voit, si l'on usait de quelques égards envers l'auteur, la liberté dont il jouissait à Genève n'était gué relative. La cité calviniste était loin d'abdiquer ses droits de rigoureuse censure.
cinq ans. Aujourd'hui le satirique, plus que sexagénaire, ne daigne plus s'irriter ; il se contente de bafouer un FaBneste, hobereau gascon, affamé, copiste maladroit des galants et des raffinés, qui n'ayant que la cape et l'épée, n'ose user de son épée, l^e grotesque de ces gentillàtres bavards, poltrons, ignorants, venus des bords de la Garonne, pour chercher fortune dans la domesticité des grands seigneurs à la cour de la Régente. Panache, bottes, éperons, poignard, épée, rien ne lui sert que pour paraître, Enay, au contraire, est le modèle de ces braves huguenots de l'ancien régime, qui, sans grand profit pour eux, ont porté leur maître d'au delà' des rives de Loire au trône de France, qui ne paient guère de mine, mais préfèrent Véire au paraître. Enay offre une généreuse hospitalité au famélique gascon ; il est vrai qu'il la lui fait payer d'une grêle de railleries que Fœneste ne comprend pas, ou fait semblant de ne point comprendre : ventre affamé n'a point d'oreilles.
Que le patois gascon' du Baron soit une invention médiocre, que ce jargon, malgré sa clarté, ait pu nuire au succès du roman ^, cela se peut, mais quelle mine
1. Sauf rintroduction de quelques mots du crû, ce patois consiste presque tout entier dans la substitution de Vy au 7, du t; au 6 et vice versa et de Vou à 1>, etc. — Faeneste dit signur pour seigneur, lou pour le, D*Aubigné a inséré dans ces dialogues quelques contes en patois poitevin et saintongeois d'intelligence plus difficile.
2. P. Mérimée dit au contraire, dans la préface de son édition du Baron de Fxneste (p. xvni), que ce çenre de comique était alors fort goûté, et s appuie sur Texemple des comédies de Molière pour prouver que la mode en dura assez longtemps. Il est trop facile de répondre que le patois des paysans de Molière est plus clair, et n'est <|^u'un accident comioue, loin de se prolonger dans un roman de trois cents pages. D'ailleurs le public parisien
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abondante de contes plaisants et racontés avec une légèreté d'allure qu'on n'attendait pas de la férule un peu lourde de d'Aubigné ! Dans ce cadre anecdotique et romanesque reparaît le controversiste. Le gentilhomme protestant ne perd pas Toccasion de remporter de faciles victoires théologiques sur un conyive qui, en défendant mollement les miracles, la messe et les reli-. ques, tient moins à triompher qu'à réparer longuement les brèches de son estomac. Dans ce roman, aussi bien que dans le pamphlet du Sancy^ d'Aubigné nous apparaît comme un véritable ancêtre de Voltaire. C'est la même verve, le même esprit dans la polémique religieuse, assaisonné d'un sel plus grossier ^ •
La contradiction entre des œuvres si diverses n'est qu'apparente. Le double caractère persistant de l'bomme et de l'écrivain est le génie oratoire et satirique et le dogmatisme religieux. Ce dogmatisme éclate tantôt dans une controverse sérieuse et élo- . quente, plus volontiers encore dans une polémique satirique. C'est une des originalités de d'Aubigné que
auquel s'adresse notre grand comique était déjà plus instruit, plus intelligent que les lecteurs de d Aubigné, vers 1617 et 1620. 1. Remarquons en passant que d^Vubigné emploie fréquemment un des procédés de satire familiers aux auteurs de la Ménif>pé€, celui qu'on pourrait appeler: la confession involontaire. Dans cette dernière, Mayenne jure ingénuement « qull a toujours préféré sa conservation à la cause de Dieu ; » le recteur Roze se vante d'avoir fait des classes un désert et un pâturage où mugissent les bestiaux, etc., etc. ; de même Sancy déclare « qu'il a suivi son but et n*a cbangé que de moyens. » (deuxième partie, ch. v) Faeneste, à chaque instant, voulant prouver son courage, découvre sa couardise. Tous ces personnages, croyant se louer ou se justifier, se couvrent de ridicule on d'opprobre. Ce genre d'ironie produit les effets les plus comiques en mettant en scène des victimes qui se flagellent ellesmêmes impitoyablement.
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celte piété exallée et profoade qui te coneilie avee la gaieté, avee une fraoehise téméraire, avec une verve parfois bouffonne et cynique ^ L'esprit gaulois, celui du nord, et l'esprit romain, ou méridional, diffèrent du tout au tout. Pour le premier, Thonneur, la vertu sont une force qui réside en la conscience et se traduit en actes, sans nul souci du respect humain dans les paroles; le second tient i>lus au naasque qu'au visage, fuit le scandale encore plus que le vice ; c'est toujours le contraste de Fœneste sauvant les apparences, d'Enay n'attachant de prix qu'à la réalité.
L'esprit d'invention que nous avons défà signalé chez d'Âubigné s'est porté sur la versification et la prosodie française. S'il n'a pas inventé les vers mesurés* (c'est-à-dire le système métrique substitué au système syllabique), il s'y est du moins essayé après une discussion sur ce sujet avec La Noué et Ra{nn et un défi porté par ceux-ci à notre autour. Sans pouvoir entrer ici dans le détail d'une question technique, disons qu'il nous semble avoir raison contre eux en soutenant que « nul vers mesuré ne pouvoit avoir grâce sans les accents non seulement d'eslevation, mais de production, et que la langue françoise ne pouvoit souf-
i. U est telle des é{Hgramffle8 de d'Aabigaé qui n'est qa*ordurière. Les éditeurs des Œuvres complètes oat pa regretter que Is cariostté exigeiate de rémditiofl coatempcmne ne leur permit guère de sappiÉner quelques pièces et quelques rognures, auxquelles U réputation de Tauteur n'avait rien à gagner. Tel était Tavis de M. Athanase Coquerel et tel eiU été aussi le nôtre, si nous ne savions combien il est dif&cite de s'arrêter» une fois qu'on s'est en^ag^ dans cette voie de suppressions et d'expurgations arbitraires.
2. D'Aubif né se rappelle les premiers vers d'un nomoié Mousset qui avait mis en vers de cette forme VlUade et ÏOdyssée tout entières. {Œuvres complètes, t. I«r, p. 454.)
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frir sans estre ridicule œ dernier des accents. » Baïf avait^ un des premiers, tenté d'introduire une aJiianee étroite entre la musique et la poésie, en les soumettant Tune et Tautre aux mêmes lois mélodiques ^ » A lire les pièces de vers mesurés composées par d'Aubigné, on se confirme dans l'opinion qu'il les ajustement condamnés* et eût pu les siqiprimer sans grand dommage pour sa gloire. Il conclut que « tels vers de peu de grâce à les lire et prononcer, en ont beaucoup à estre cbantés, comme il a veu en des grands consens faits par les musiques du Roy '. » C'est sans doute pour ce motif que, malgré ces critiques, il leur a fait grâce. La Noue attaque encore d'Aubigné sur l'article de la musique. Ce dernier est accusé d'aimer trop « àpaistre la partie sensuelle» » de se plaire « au gros bruit. » Reproche qui ne nous surprend pas trop, car notre mélomane est avant tout un soldat et un batailleur et il ne s'en défend que mollement'. Rien chez lui ne trahit l'artiste et la délicatesse de ^oût.
D'Aubigné, toujours en quête d'innovations, est encore avec Louis Megret, Jacques Pelletier, P. Ramus et Antoine de Baïf, parmi les novateurs qui rêvèrent de substituer à l'orthographe étymologique l'orthographe de prononciation. Entre divers avantages, il y voit celui
1. Jodelle a fait également quelques essais de ceffenre. Voir Poésies choisies de J. A. de Baïf, par Becq de Fouquière. 1 vol. Paris. Charpentier 1874, p. xvi.
2. Poésies religieuses et vers mesurés. L*authear au lecteur. Œuvres complètes, t. III, p. 273.
Lettres à La Noué, 1. 1", p. 465 ; et à M. Certon, 1. 1", p. 453.
3. La première de ces lettres est assez curieuse pour les artistes. Ils y verront, par exemple, !a composition d'un « excellent concert » et le genre et le nombre des instruments en usage : « guitare, douze violes, quatre espinettes, quatre luts, deux pandores et deux tuorbes. »
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« d'espargner aux estrangen le tiers de leur labeur. » Il faudrait, pense-t-il, l'autorité d'un roi savant et d'un excellent chancelier secondé des meilleurs parlements. D'Aubigné se trompe doublement : le souci de la prononciation, si différente de province à province, à cette époque surtout, . ne pouvait que compliquer les difficultés orthographiques; chaque province aurait eu son orthographe, comme elle avait sa prononciation. D'autre part, un roi et son chancelier peuvent, du jour au lendemain, interdire d'écrire des actes en latin, ordonner de les rédiger en français, mais leur autorité échouerait devant une . réforme orthographique. De pareilles révolutions ne se décrètent pas ; c'est l'usage, ce souverain maître, comme Ta dit Horace, qui les accomplit peu à peu.