CEuvres complètes, 1. 1«', p
4. Cité d'après Léon Feugère. Caractères et portraits, t. Il, p. 415.
SUR TH.-AGRIPPA d'AUBIGNË. 267
un écrivain, de supprimer ses chefs-d'œuvre et de lui prêter les sottises d'autrui I
Dès 4 620, d'Aubigné le comprit, il n'y avait plus do place dans la France monarchique et catholique pour cet incorrigible Alceste politique, qui fit bien de chercher à Genève^ avec « le chevet de sa vieillesse et de sa mort, »
Un endroit écarté Où d*étre homme d'honneur il eût la liberté !
Une année à peine écoulée, on se le rappelle, notre réfugié manifeste à un de ses gendres l'intention de rentrer en France ; plus tard il semble encore songer à se ménager un retour, s'il le peut honorablement. Tentatives peu sérieuses, croyons-nous, derniers accès de nostalgie : la construction du drest prouve assez l'intention d^un établissement définitif.
Brantôme, appréciateur plus sérieux de la vaillance des capitaines que de la vertu des dames, trace le portrait de d'Aubigné en trois lignes : « Il est bon celuyià pour la plume et pour le poil, car il est bon capitaine et soldat, très sçavant et très éloquent et bien disant, s'il en fut oncques^ . »
L'historien italien Davila, tout dévoué à la reine Catherine et aux Valois, le nomme six fois dans son récit des guerres civiles de France et l'associe glorieu* sèment à Duplessis-Mornay dans la résistance aux tentatives de conversion du roi. « Ils s'efforçaient, écrit-il, de démontrer qu'il ne fallait pas préférer les espérances du monde à sa conscience*.»
1. Mesires de camp hugttenots de Vitifanterie française. Art. IV, p. 345. Edit. Foucault. Paris, 1823.
2. Histoire des guerres civiles de France sous François II, Charles IX, Henri III et Henri IV jusqu'à la paix de vervins.
L'Estoile, plus royaliste que catholique, en citant une réponse au roi de ce « vrai et franc Huguenot, » ne peut s^empècher de la trouver « un peu bien eslongnee de ce grand respect et obéissance qu'ils protestent dé rendre à leurs rois, » mais il ne dissimule pas une certaine sympathie pour « ce brave gentilhomme et docte, » qui osa défendre en plein Conseil, devant îa Régente, une religion en laquelle « ni Pape, ni Cardinaly ni prélat, evesque, ne quelconque autre personne ne les pouvoit dispenser de la subjection naturelle et obéissance qu'ils dévoient à leurs rois et princes souverains ^ » L'Estoile ne craint pas d'appeler d'Aubigné « l'un des plus beaux esprits du siècle. »
Si ces témoignages, favorables à notre Réformé, ne sont pas les seuls au seizième siècle, nous croyons pouvoir affirmer qu'ils sont rares, des plus concis, peu en rapport avec l'importance de ses services et l'intimité dont il jouit auprès du roi. On s'étonne de ne le voir nommé que deux fois dans la volumineuse correspondance de Henri IV *, à propos des négociations pour la paix, dont il fut chargé auprès du maréchal Danville', et dans une lettre à Gondé. Il n'a même pas l'honneur d'une lettre ou d'un billet dans ces neuf volumes ! Simple hasard, mais qui semble conspirer à son effacement. D'Âubigné a payé la rançon de son
de H. G. Davila ; Elle parât d*abord en italien, à Venise, en 1630, et fat mise en françois par J. Baudoin (Paris, 1644}, voir pour ce passage as 1585, p. 456.
1. Mémoires-journaux de Pierre de FEstoile.TomeX, Jomnal de Henri IV (1609-1610). Paris, librairie des bibliophiles, 1881,0.302-303.
2. Recueil des lettres missives de Henri IV, publié par M. Berger de Xivrey. 7. vol. Paris (1843-1858). Supplément par J. Guadet. 2 vol: 1. 1», p. 135 et t. IX, p. 136.