Histoire universelle, t. II, col. 882 et suiv
SUR TH.-AGRIPPA d'AUBIGN£. 26$
intégrité, de sa vertu, d'un caractère, difficile, qui ne lui permirent pas de s'insinuer et d'occuper, les premiers rangs. L'histoire projette toujours quelque rayon sur les personnages officiels gravitant dans l'orbite des rois, elle laisse dans l'ombre ceux qui s'en éloignent. Duplessis-Mornay et Sully, nous l'avons montré, n'ont pas plus de sympathie pour d'Aubigné qu'il n'en a pour eux. Les Mémoires des sages et royales œconor mies d*Estat ne le nomment que pour, le charger des plus graves accusations ^ A les en croire, les yisées de notre Huguenot mal content n'allaient à rien moins qu'à jeter au milieu de la France les fondements d'une république calviniste, libre et absolument indépen^
1. Sully .est .parfaitement indifférent sur la question religieuse. Un jour qu'il arrivait sur la fin de la dispute entre le docteur Duval et le ministre Tiienus (1599), on voulut le mettre au courant. II supplia ses familiers de n'en rien faire et « de ne s'entremettre jamais de disputer de la Religion, que la Sainte Ecriture, ou cet amas de livres escrits par tant de docteurs, tous les canons des Papes et tous les registres des Conciles, qui s'accordoient comme chats et rats, n'eussent esté supprimez ou bien conciliez. » (Edit. Petitot, t. III, p. 282.) Un homme disposé à simplifier ainsi la théologie et la religion ne peut man- Suer de rrâparder comme brouillon et cabaleur quiconque fait e la foi affaire d'honneur et de salut.
Dans ces interminables conversations entre le roi et Sully, que ce dernier se fait complaisamment répéter dans ses Mémoires par ses secrétaires, il prête ces paroles à Henri IV : « Ma bonne tante de Rohan, avec toutes ses resveries, MM. de la TremoïUe, du Plessis, de Saint-Germain, Aubigné, etc., etc. ont Gomru et tracassé par les Eglises et Synodes et usé d'une infinité de mauvais discours, artifices et calomnies, non seulement pour mettre tous ceux de la Religion en ombrage de moy, mais aussi pour les dis]^ser à prendre ouvertement les armes, alléguant, entr'autres raisons, que moi ayant ainsi légèrement changé de religion, non par ignorance ou faute de cognoistre la vérité, mais par pure ambition et délices mondaines {car ce sont les propres termes dont a usé cette satirique langue de dPAubignéV sans m'estre soucié de mettre leurs consciences en liberté, en leur donnant un Edict perpétuel....» (T. III, p. 159.)
dante du souyerain. A la date de 1585, ils le citent panni ceax qu'entraînait le vicomte de Turenne sous la protection de FÉlecteur Palatin. C'est, appliqué à un particulier mal en cour, Tétemel grief invoqué contre le parti protestant tout entier. Nous avons montré ce que ces accusations avaient d'exagéré * . »
D'Aubigné était un vaincu, il a eu le sort des vaincus. Au dix-septième siècle, le silence se fait de plus en plus profond sur sa mémoire. Mézeray, esprit libre et assez impartial, on le sait, cite avec éloge une action d'éclat de d* Aubigné ' • M"'* de Gaylus, arrière-petî te- ÛUe de d'Aubigné, par les femmes, a consacré à son aïeul quelques lignes insignifiantes dans ses Souvenirs \
Fait-on, par hasard et en passant, mention de d'Aubigné, c'est rarement pour le louer. Nous trouvons son nom cité avec indignation dans une brochure de 1631^, pour avoir <i exagéré les calomnies » en rapporr