D'Aubigné est né en 1552; Henri IV en
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effaoe les distances, engendre liberté, surtout si le maître aime à rire et le sujet à gronder, car d'Aubigné n'est pas né seulement satirique, mais sermonneur ^ Le calvinisme, avec ses allures graves et sententieuses, son caractère austère et arrêté, s'accommodait mal avec la mobilité gasconne. De là ces brouilles, ces ré* eriminations, ces médisances, ces calomnies, si Ton veut, dont d'Aubigné n'a pas conscience. Ce sont blessures continuelles de part et d'autre, entre deux na* tures opposées, qui n'ont pas tort dans leurs mutuels reproches. Tandis que le caractère du serviteur s'épure, que sa conviction religieuse s'affirme, se fortifie jusqu'à l'inflexible austérité, le maître, flottant, indécis, égal à tous les partis, instruments possibles de sa grandeur future, qui a un trône à ménager, pourra garder, au plus profond de son cœur, quelque attachement pour les compagnons désintéressés de sa fortune, pour les ouvriers de la première heure, mais il sera forcé de les sacrifier chaque jour à ces consciences qu'il s'agit de rassurer ou de gagner, surtout à ces appétits qu'il faut bien satisfaire. Agrippa n'a jamais pardonné au Béarnais ce qu'il appelle son infidélité et la trahison de son parti, pas plus que le roi au sujet sa raideur frondeuse, son intraitable fidélité à sa foi. Henri a devant les yeux son intérêt uni à celui de la paciflcation, d'Aubigné son serment, sa croyance, l'intérêt exclusif de son parti. Entre les hautes raisons politiques et la voix impérieuse d'une conscience, entre la conduite du roi et celle du sujet, chacun a le droit de choisir, mais
1. Les Méditations sur les Psaumes, qui datent, il est vrai, de la fin de sa vie, ont presque le caractère de la prédication évangélique. Un grand nombre des discours de V Histoire sont d'éloquents réquisitoires, souvent animés d'un soufilc religieux.
nul, même au nom de la raison d'Etat, toujours si contestable, n'a droit de condamner la fidélité au de<voir et au serment.
Quand Fauteur de la Vie reproche à son maître a la resolution de le poignarder et le jetter en Teau, » quand il Taccuse d'avoir résolu la mort « de celuy que Dieu a choisi pour instrument de sa vie* » on se demande si, dans un moment d'implacable rancune, d'Aubigné n'a pas prêté au roi lui-même la pensée de voies de fait et de crimes dont ses nombreux ennemis, croyant ne pas déplaire au maître, doivent seuls porter la responsabilité. L'écrivain n'infirme-t-il pas, ne sembiet-il pas démentir lui-même ces allégations par certaines preuves d'intérêt et de sincère affection que le mutiné relate avec une orgueilleuse satisfaction 7 D'Aubigné ne se complaît-il pas dans ces projets homicides, prêtés .à son maître, et qui flattent encore sa vanité? U n'est pas donné à tous les sujets d'irriter leur prince jusqu'à lui suggérer la pensée d'un crime, encore moins de lui faire perdre a quelques repas * » par repentir ! Le Béarnais a bien des. défauts, bien des vices, il est égoïste et ingrat, comme tous les cœurs légers ; mais, par cela même, il n'est ni cruel, ni vindicatif. Faisons la confession de d'Aubigné à son tour. U est naturellement moqueur, cassant, agressif, incapable de retenir un bon mot ou une remontrance importune. Si Fervaeques essaie de Tassassiner, c'est qu'il s'est entendu reprocher par lui « son inceste » avec la dame de Carnavalet. Serviteur dévoué, mais morose, parfois injuste, souvent prévenu, plus importun qu'un véritable