Histoire universelle, i, l«r, col
i06 ÉTUDE HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE
Il ne faudrait pas croire que, oomme Procope se vengeait par les conftdenees de Y Histoire anecdote* des éloges officiels qu'il décernait à Tempereur Justinien, d'Aubigné n'a quelquefois maltraité son maître dans sa Vie, qu'après avoir fait un complaisant pané* gyrique du roi dans son Histoire universelle. Depuis la préface, où l'historien répond au prince, qui lui demandait de consigner en son Histoire un exploit cynégétique : « Sire, commencez de faire et je commencerai d*escrire', » jusqu'à la fin de son œuvre, d'Aubigné ne cesse d'enregistrer avec liberté les fautes du roi « dignes de l'histoire. » « Il auroit bien voulu, écrit-il, cacher les imperfections de la Maison^ y mais ayant preste serment à la vérité, il ne peut espargner les choses qui instruisent. » En cela, l'historien se croit l'émule de Gommines, qui a fait comme lui : « chevet au pied du lit des Rois. » Il nous représente donc Marguerite de Navarre, persuadant au roi, son mari « qu'un Cavalier estoit sans ame, quand il estoit sans amour, n tandis qu'elle-même ne cachoit nullement a l'exercice qu'elle en faisoit, voulant par là que la publicque profession sentist quelque vertu, et que le secret fust la marque de vice. » a Le Prince, (tendre de ce costé), eust bien tost apris à caresser les serviteurs de sa femme, elle à caresser les maistresses du Roi, son mari, les instruisant qu'elles avoyent en leur puis-
1. En rappelant que nous avons nous-mème risqué ee parallèle, il y a quelque douze ans, avant un commerce plus intime avec d'Aubigné, on nous permettra d'aller au-devant d'un reproche de contradiction.
2. Histoire universeUcy Préface, p. 6. Un poète du grand siècle s'écriera d'un autre ton :
Grand roi, cesse de vaiDcre, ou je eesse d'écrire!