Histoire universelle, t. II, col
3. Condé assassiné à Jarnac en 1569, les calvinistes avaient proclamé chef et protecteur des Eglises le Béarnais, fils de Jeanne
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lui offraient naquit un dépit que le roi sat dissimuler, car « il acheva l'assemblée par la recherche et reconci* liation de tous ceux qui avoyent mal parlé de lui, desquels il savoit les paroles et les gestes par un moyen que pourront pratiquer les plus avisez d'entre les Grands. C'est qu'il avoit un serviteur secret, payé pour lui dire tout de tous, sans espargnerdes choses odieuses et sales, fausses ou véritables, sans que ce fidèle mirouër espargnast les termes et gestes licentieux. La compagnie se séparant, communia à la Gène, à laquelle ce Prince se composa, au contentement de tous. » Le passage est curieux et bien étudié, mais que nous sommes loin du tVpe légendaire de Henri, gai, jovial, facétieux, insouciant, prompt à la riposte, sans détour ni malice, incorrigible paillard, mais bon cœur, une sorte de Louis XII plus spirituel, en un mot, du monarque populaire de lapmle au pot ! Nous estimons que le portrait tracé ici par d'Aubigné n'est
d'Albret ; acte impolitique, mais qui semble alors indispensable! religieuse, (
La république religieuse, constituée par les assemblées de Monta nban, Miîbaud, Nismes, abdiquait en faveur d'un prétendant. Le protectorat d'Antoine de Navarre et de Condé eût dû les dégoûter du patronage des princes, mais il fallait bien « donner une tète au Parti. » Tandis que les provinces appelaient la tutelle royale « tyrannie protectorale ,» le prince, de son côté, ne subissait qu'avec une déférence apparente les plus dures remontrances. Aussi, le Parti présentait, dans quelques cités, ce singulier spectacle d'une majorité animée de sentiments républicains, tout au moins de tendances populaires, et qui eût voulu faire dominer le principe de la suprématie des assemblées électives, mais était rattachée, en dé{)it de ses théories ou de ses passions, par les nécessités politiques et militaires, à la tradition monarchique, au protectorat d'un prince royal. D'Aubigné, agitateur des assemblées calvinistes, serviteur mécontent de la royauté, et qui semble en constante opposition avec tous les partis, est, à quelques égards, la personnification frappante de ce principe contradictoire.
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pas trop éloigné de la vérité. Cette merveilleuse patience à supporter des reptoehes amers, ce désintéressement apparent des questions personnelles, ce manie-» ment habile des hommes et des consciences pratiqués secrètement et isolément par des procédés policiers, n'était-ce pas un apprentissage à l'art de gouverner un royaume ? L'orateur de l'assemblée de la Rochelle préludait aux souplesses, à l'adroite bonhomie mêlée de quelques rudesses, qui devait mater et séduire les notables de Rouen (1596). Et qu'on ne croie pas que ces finesses gasconnes, cette longanimité^ naturelle ou calculée, ne se concilient pas avec l'emportement de la passion? Ne vit-on pas ce roi, déjà vieillissant, courir, travesti, après une jeune princesse dont il avait éloigné le mari? Ne le vit-on pas aussi ardent à cette ridicule équipée que dans sa jeunesse, lorsque, après la victoire de Centras, il en compromettait le succès pour porter ses drapeaux conquis aux pieds de la belle Corisandre? Folies justement reprochées, et que Thistoire a enregistrées sans conteste.
Un des historiens les plus autorisés du règne de Henri IV, Auguste Poîrson*, qui déteste d'Aubigné de toute la vénération qu'il porte à son monarque préféré, ne veut pas que le roi, « pour monstrer combien il estoit juste aux mesures, se soit, le lundi matin, donné le plaisir de la chasse, » comme le prétend d'Aubigné, le jour même oiîi l'archiduc Albert d'Autriche, à la tète des vieilles bandes espagnoles, venait essayer de délivrer Amiens par une victoire. Il ne
1. Mémoires et documents nouveaux relatifs à l'Histoire de France, à la fin du seizième siècle, par A. Poirsoa. Paris, 186S, p. 91 et suivantes.
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veut pas que ce soit Mayenne qui seul, en l'absence du roi, ait soutenu le premiir choc et forcé Tennemi à reculer. L'argumentation de l'historien nous parait peu probante. « D'Âubigné, dit-il, n'assistait pas aux faits qu'il raconte; son témoignage est suspect de partialité ; il est notoirement entaché d'inexactitude; il est contredit par tous les auteurs contemporains, au nombre de sept. » Qu'il nous suffise, faute d'espace pour une discussion en règle, de demander si les sept historiens contemporains assistaient à l'affaire? Si les écrivains royalistes sont plus impartiaux que d'AubignétSi les relations officielles, publiées au jour le jour, sur lesquelles la plupart des historiographes bà* tissent l'histoire, pouvaient mentionner l'absence royale? Si ne point parler d'un fait c'est démontrer sa fausseté? Enfin, était-ce la première fois que le roi sacrifiât le devoir ou les prescriptions de la prudence à une frivole fantaisie? Nous tenions, en indiquant au moins les deux thèses, dans un procès de probité historique, à prouver que celle de d'Aubigné n'a pas été entamée par Poirson ^
1. La défense du sieur de Sancy, par le même critique, une plus mauvaise cause encore, ne nous parait guère plus heureuse. En admettant que Tauteur de ce pamphlet ait méconnu de véritables services rendus à Henri, cjuand Sancy alla lui lever des mercenaires en Suisse, que la haine de d'Aunigné contre un renégat Tait aveuglé, il n'en reste pas moins établi que Sancy qui fit preuve d'incapacité notoire dans Tadministration financièrei réclamait au trésor 300000 livres qui ne lui étaient pas dues, réclamation mal excusée par le nombre de ses enfants et sa manie de constructions. De tels actes ont un nom dans toutes les langues et le fait reconnu emporte la flétrissure. Que Sancy n'ait point commis à Orléans, lors de la Saint-Barthélémy, les cruautés que lui impute le pamphlet, parce que VHistoire ne Ta pas nommé, nous voulons nien lui laisser le bénéfice de ce silence, mais en vérité était-ce la peine de dépenser tant d'encre pour
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ii2 ÉTUOS HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE
Il est difficile de ne point reconnaître, ce que nous voulions établir, que si d'Aubigné a souvent été sevdre pour le roi, il ne l'a pas été moins dans rfltstoire que dans la Vie, et que la différence réside plus dans le ton et la forme que dans le fond des jugements.
II faut lire dans un des meilleurs chapitres de l'Histcire (Le déclin de la Ligue') le parallèle de Mayenne et de Henri IV. L'écrivain, loin de faire, comme quelques-uns, une caricature du premier, relèvera les qualités d'un esprit que l'obésité n'avait alourdi ni émoussé; il louera « sa probité humaine, une facilité et une libéralité qui le rendoit très agréable aux siens : c'estoit un esprit judicieux et qui se servoit de ses expériences, qui mesuroit tout à la raison, un courage plus ferme que gaillard, et en tout se pouvoit dire capitaine excellent. »
Si le portrait semble un peu flatté, celui du roi est de main de maître, ou plutôt de vieux serviteur qui connaît le fort et le faible : a Le roi avoit toutes ces choses^ hormis la libéralité ; mais à la place de cette pièce, sa qualité (de Prince héritier) arboroit des
prouver, contre d'Aubigné, que Sancy fut un voleur, mais non un assassin ? Le Duchat, dans sa préface sur la Confession de Sanci/y avec la prétention d'excuser ce personnage, bien traité
Sar de Thou, ne parvient à établir tout au plus que la jalousie e d'Aubigné. Poussé, dit-il, par ce sentiment, il s'en prend aux abjurations du personnage, « qui dans toutes occasions avait témoigné ne vouloir suivre que celle qui s'accommodait le mieux à ses vues d'intérêt et d'ambition » (note de la Confession de Sancy f à la suite du Journal de Henri III, par P. Lestoile, la Haye, 1744, t. V, p. 40.) Faites la part du sel un peu gros d'un pamphlet, l'auteur ne dit pas autre chose. La cause du sieur de Sancy est bien désespérée, ou il a rencontré de bien médiocres avocats !