‹ Étude historique et littéraire sur Agrippa d'AubignéChapitre 86 sur 200 · Histoire universelle, t. III, col · texte numérisé non relu

Histoire universelle, t. III, col

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espérances de l'avenir qui faisaient avaler les duretez du présent. Mais il avoit^ par dessus le Duc de Mayenne, une promptitude et vivacité iniraculeuse et par delà le commun. Nous l'avons vu mille fois en sa vie faire des responses & propos, sans ouïr ce que le requérant vouloit proposer, et aller au devant des demandes sans se tromper. Le Duc de Mayenne estoit Incommodé d'une grande masse de corps qui ne pouvoit supporter ni les armes ni les courvees. L'autre, ayant mis tous les siens sur les dents, faisoit cercher des chiens et des chevaux pour commencer une chasse, et quand ses chevaux n'en pouvoient plus, forçoit une sandrille* à pied. Le premier faisoit part de cette pesanteur et de ses maladies à son armée', n'entreprenant qu'au prix que sa personne pouvoit supporter. L'autre faisoit part aux siens de sa gayeté et ses capitaines le contrefaisoient par complaisance et par émulation *. Les deux sens externes, principaux officiers des actions, estoyent merveilleux en ce Prince, premièrement la veuê, laquelle mariée avec l'expérience, jugeoit de loin non seulement les quantitez de troupes, mais aussi les qualitez, et à leurs mouvements^ s'ils

1. Sainte-Beuve interprétait ce mot dans le sens de femelle de sanglier ou petite laie; d'autres entendent par là ane portée. La première conjecture nous paratt plus vraisemblable. M. G. Ouizot nous a un jour interrogé sur la signification et TétynM»logie de ce mot et nous avouons n'avoir rien troiivé de satismsant à lui répondre.

2. Au combat d'Aumale, le duc « estoit dans un petit chariot descouvert, des pantoufles dans les pieds. » {Histoire universelle, t. m, col. 361.)

3. C'est ainsi que les officiers et courtisans d'Alexandre copiaient ses gestes familiers et jusqu'à l'attitude de son cou qu^il penchait un peu sur l'épaule gauche. (Plutarque, Vie ^Alexandre, ch. v.)

il4 ÉTUDE HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE

bfanloyeni ou marchoyent résolus : et c'est sur quoi il a exécuté à propos : mais Touîe estoit monstrueuse^ par laquelle il appreaoit des nouvelles d'autrui et de soi mesme parmi les bruits confus de sa chambre et mesme en entretenant autrui. »

Gomme exemple de cette finesse de. l'ouïe mofistrueme^ l'auteur cite « un petit conte » bien plaisant. Frontenac et lui, à l'autre coin de la chambre, en un lit faisant pendant à celui du roi, drapaient leur maître à l'envi. D'Aubigoé ménageait sa yoix, les lèvres sur l'oreille de son compagnon qui lui répétait souvent : « Que dis-tu ?» — a Sourd que vous estes, interrompit le roi, n'entendez-vous pas qu'il dit que je veux faire plusieurs gendres de ma sœur? » <c Nous en fusmes quittes pour dire, «joute d'Aubigné, qu'il dormist et que nous en avions bien d'autres à dire à ses despens. »

Si le roi a l'oreille trop fine et trop curieuse, d'Aubigné, il faut bien le reconnaître, est une bien mauvaise langue qui ne ménage pas au prince ses vérités. Ajoutons que ce n'est pas un trop méchant maître que l'on ose impunément traiter avec cette familiarité.

On a pu remarquer dans le portrait précédemment cité que l'écrivain' ne vante guère du roi que son esprit de repartie, son tempérament de fer, sa vigoureuse santé,, l'acuité extraordinaire de ses sens. N'est-ce pas faire bien modeste la part des talents militaires, quand Mayenne aiété nommé p^r lui « capitaine excellent » ? C'est que lé roi de Navarre est bon surtout pour entraîner les siens, payer de sa personne et affronter la mort dans une mêlée, où ses compagnons sont totijôurs assurés de trouver son panache blanc au chemin de l'honneur ^ >v

1. Un joar Napoléon appréciant les qualités militaires de pin-

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L'éloge qu'on fit de d'Âubigné, ea le lui présentant, que « c'estoit un homme qui ne trouvoit rien de trop chaud ^ D, pouvait s'appliquer aussi bien au maître qu'au serviteur. Mais combien cette vaillance, cette fwria francesey semble frappée d'impuissance dans les occasions oOi sont requis le jugement et le sang-froid ! Combien le duc de Parme, secourant Paris et Rouen, « sous la moustache du roi ' », justifie l'éloge de d'Aubigné qui l'appelle « le plus accompli de son temps en toutes les vertus de capitaine gênerai *. x>

D' Aubigné ne pardonne pas au roi sa « ladrerie * » .

sieurs généraux, Tnrenne, Coudé, le prince Eugène. Henri IV, Gatinat, s'exprimait ainsi : « Henri IV a toujours mis la bravoure à la place de tout : il n'a livré que des combats et ne se fût pas tiré d une bataille rangée. » {Mémoires de Mm« de Rémusat, 1802- 1808, chapitre v.)

1. CEuvres complètes^ 1. 1»', p. 21. Selon Tallemant, le roi, quelque brave qu'il fût. ne pouvait, quand on lui annonçait l'ennemi, se défendre « d une espèce de devoyement » ; mais lui, tournant cela en raillerie, disait : « Je m'en vais faire bon pour eux! » {Historiettes^ éd. Techner, 9 vol. in-8o, t. I", p. 19.)

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