‹ Étude historique et littéraire sur Agrippa d'AubignéChapitre 87 sur 200 · Histoire universelle, t. III, col · texte numérisé non relu

Histoire universelle, t. III, col

4. Le Discours par stances {Œuvres complètes, t. IV, p. 320) est la plus aure, la plus sincère expression des sentiments de d' Aubigné sur Henri IV. C'est un réquisitoire en règle contre sa faiblesse et son ingratitude. Les reproches y sont directs et personnels :

Où est le sein amy qui chauffa ta froidure, La main qui t'arracha de la prison obscure Et Tami qui te fit gouster la liberté?

Tout cela est errant, exposé aux orages !

D'opprobres tu payas tes fldelles courages Et tes libérateurs de la captivité.

Du- jour que le prince a renié Dieu, trahi les siens, il s'est livré lui-même

Au bras d'Enfer gravant du haut ciel la justice Sur le sein condamné d'un misérable Roy. *

Entre autres railleries assez impertinentes que d' Aubigné se permettait contre l'avarice royale, il faut citer le sonnet que. le

IIC^ ÉTUDE HISTORIQUE ET LITTÉRAIHE

Encore l'attribue-t-ilà un passé besogneux : « Les misères, dit-il, avoyent laissé long temps sur sa peau la crasse de 1& chicheté^ » Mais la conversion est à ses yeux le crime irrémissible du Béarnais. L'bistorien suit et explique avec une vive pénétration la décadence de la Ligue, l'avènement du Tiers-parti ', composé des compagnons du vieux cabinet et serviteurs du feu roi, auquel venaient se joindre un Lavardin, « las d'avoir tant esté à un parti, d'O, ennuyé d'estre financier sans argent,)) et, dans le nombre, quelques-uns « qui prenoyent à bon escient le mescontentement de la Religion. )) Les Réformés se moquaient de ce tiers-parti, « lequel ils croyaient aussi peu que le troisième lieu qui est le purgatoire » et « en parloient au Roi avec grand mespris. . . » Mais, « comme les corps fiévreux sentent douleur des moindres attouchemens, l'esprit du Roi malade de tant de symptômes divers prit à bon escient la fièvre et trembla de cette menace, disant à ses familiers que ce parti, quelque mal faict qu'il fust, en périssant feroit périr l'Ëstat^. Cette frayeur, car le roi n'est véritablement intrépide que sur un champ de bataille, est comme le premier symptôme de son chan<^ gement. L'historien raconte tout le travail savant de la conversion, les menées suivies pour « ester au Roi

satirique fit coudre au cou d'un grand épagneul du roi, nommé Citron, qui s'était égaré et mourait de faim, sonnet terminé par cette moralité :

Courtisans, qui jetiez vos desdaiçneuses veuës Sur ce chien délaissé, mort de faim par les rues, Attendez ce loyer de la fidélité.

{Œuvres eomplèlei, t. I», p. 37.)

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