‹ Etude historique et littéraire sur saint BasileChapitre 20 sur 44 · GERMINATION DE LA TERRE · texte numérisé non relu

GERMINATION DE LA TERRE

I. La terre produit la germination par elle-même. — La naissance des plantes a précédé celle du soleil. — Les plantes préparées pour la nourriture des animaux et de l'homme.

II. Toute plante porte de la graine, qui produit toujours une plante de même espèce. — La moindre plante nous fait souveair du Créateur et penser à la fragilité de la nature humaine.

m. Germination et végétation. — Merveilleuse économie des plantes.

IV. Toutes les plantes sont utiles, aussi bien les poisons que les plantes alimentaires.

V. Rien dans la nature n'est contraire à l'ordre divin. — Le produit de la graine peut s'altérer, mais il ne donne jamais une plante d'une espèce différente. — Magnificence de la première végétation.

VL II en est des arbres comme des plantes. — Chaque arbre produit des semences ou possède une vertu séminale, qui lui en tient lieu. — Richesse des productions de la nature. — L'àme chrétienne comparée à une vigne.

Vil. Variété infinie des arbres. — Racines. — Ecorces, — Manière de remédier aux vices naturels des arbres. — Leur sexe.

VIII. Variété des fruits, — Différents effets de la sève : elle alimente la racine et le tronc, devient feuille et fruit. Elle produit des saveurs contraires dans des arbres différents. #

IX. Elle en produit jusque dans le même arbre. — La vue des arbres doit nous remplir d'admiration et d'amour pour le Créateur.

X. La nature, une fois mise en mouvement, parcourt, sans s'interrompre, la suite des 'dgesy produisant toujours les mêmes objets.

I. Et Dieu dit : Que la terre fasse germer de l'herbe verte i selon son espèce ^ et des arbres fruitiers, qui produisent du fruit selon leur espèce, et qui renferment leur semence en eux-mêmes. Ce n'est pas sans une profonde sagesse que la terre, déchargée et soulagée du poids des eaux, reçut l'ordre de produire d'abord de l'herbe, puis du bois, ce que nous la voyons faire encore aujourd'hui. Ce

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premier ordre fut comme une loi de la nature, loi permanente, qui donna à la terre la fécondité et la vertu de produire des fruits dans toute la suite des siècles.

Que la terre fasse germer. La production des végétaux présente d'abord la germination. Lorsque les germes commencent ù percer, ils forment de l'herbe ; celle-ci se développe et devient une plante, qui reçoit insensiblement ses diverses articulations et atteint sa maturité dans la graine. Ainsi se développe tout ce qui pousse et verdit. Que la terre fasse germer de Hierbe verte. Que la terre produise la germination par elle-même, sans avoir besoin d'aucun secours étranger. Il en est qui regardent le soleil comme la source de toute production sur la terre : c'est , disent-ils, l'action de sa chaleur qui attire la force vitale du sein de la terre à la surface. Eh bien ! la parure de la terre est plus ancienne que le soleil. Que ceux donc qui adorent le soleil, comme la source de la vie, renoncent à leur erreur. S'ils étaient bien persuadés qu'avant sa naissance la terre était toute paré^ ils reviendraient de leur admiration sans borne pour cet astre, en voyant l'herbe et les plantes végéter avant son premier lever (1).

Quoi donc? Voilà préparée la nourriture des troupeaux : notre race parut-elle indigne de la même sollicitude? Celui qui a pourvu à la pâture des chevaux et des bœufs , pense

(1) « Ceux qui voient les plantes prendre leur naissance et leur accroisse- » ment par la chaleur du soleil , pourraient croire qu'il en est le créateur. » Mais rÉcriture nous fait voir la terre revêtue d'herbes et de toutes sortes » de plantes, avant que le soleil ait été créé, afin que nous concevions que tout ). dépend de Dieu seul. » (Bossuet, Discours sur l'hist. univ., ^^ part., 1.)

Il est remarquable qu'un des anciens sages de la Grèce , Empédocle, ait, comme Moïse, fait sortir les plantes de terre avant la naissance du

avant tout à les richesses et à tes jouissances. S'il nourrit les bestiaux, c'est pour subvenir à tous les besoins de la vie. Et la production des graines, qu'a-t-eile en vue, sinon la subsistance? Et puis, que d'herbes, que de légumes servent à la nourriture de l'homme ! ■

11. Que la terre fasse germer de r herbe verte ^ qui 'porte de la graine^ selon son espèce. S'il est des herbes destinées à la nourriture des autres animaux, tout l'avantage ne laisse pas de nous en revenir, et les graines sont spécialement destinées à no!re usage ; et le! est le vrai sens des paroles que j'ai citées : Que la terre fasse germer de l'herbe verte, dont la graine produise, selon son espèce. De celte manière nous pourrons rétablir l'ordre des mots, dont la conslruclion semble vicieuse dans la version actuelle, et l'économie de la nature sera rigoureusement observée. En effet, d'abord vient la germination, puis la verdure, puis l'accroissement de la plante, qui, après avoir grandi , arrive à sa perfection dans la graine.

Mais, dit-on, l'Ecriture peut-elle donner des graines à toutes les plantes de la terre, quand le roseau, le chiendent et la menlhe, quand le safran, l'ail et le jonc fleuri, quand mille aulres espèces n'en produisent point ? A cela nous répondons que beaucoup de végétaux ont leur verlu séminale à la partie inférieure et dans les racines (1). Le roseau, par

soleil. * Empédocle dit, que les arbres premiers que les animaux saillirent • de la terre, devant que le soleil fust desployé, et devant que le jour et la » nuict fussent séparez. . ., et qu'ils croissent par la force de la chaleur qui » est dedans la terre. » (Plutarque , Les demandes des choses Romaines, V, 26, traduction d'Amyot.)

(l) « La reproduction par semence est commune à toutes les plantes

exemple , après sa pousse annuelle , fait sortir de sa racine une protubérance , qui tiendra lieu de semence à ses tiges futures. C'est ce que font mille autres végétaux, qui, dans toute l'étendue de la terre, se reproduisent par les racines. Rien n'est donc plus vrai que chaque plante produit sa semence, ou renferme une vertu séminale ; et c'est ce que signifie selon son espèce. En effet, le jet du roseau ne peut produire un olivier ; mais d'un roseau naît toujours un roseau, et toujours une graine fait germer une plante de son espèce. Et ainsi, tout ce qui, dans ce premier enfantement, jaillit du sein de la terre, s'est conservé jusqu'à nous, grâce à celte constante reproduction des espèces.

Que la terre fasse germer. Vois comme, à cette courte paroie, à cet ordre si bref, la terre, froide et stérile, entre partout en travail et s'empresse d'enfanter son fruit, comme elle dépouille sa triste et lugubre enveloppe pour revêtir une robe plus brillante, fière de sa véritable parure et étalant l'infinie variélé des plantes.

Je veux que la création te pénètre d'une telle admiration, que, partout où tu te trouveras, la moindre plante te présente aussitôt le souvenir du Créateur. Si lu vois une herbe des champs et une fleur, pense à la nature humaine , et

» qui ont de la graine ; car la nature ne fait rien en vain, et si la graine ne » devait pas reproduire la plante, elle serait inutile. Quelques-unes se reprodui- » sent par les racines. » (Théophraste, Des Causes des plantes, i, i, 2-)

« Le roseau est fort vivace : coupé et brillé, il repousse avec plus de » beauté. 11 a les racines épaisses et nombreuses ; aussi périt-il difficile- » ment. Sa racine est formée de nœuds, comme celle du chiendent. » (Théophraste, Hist. des Plantes, iv, 12.) «• Le chiendent pousse pareillement » des nœuds : car il a des racines en forme de nœuds. De chacun d'eux » sort, en haut, un germe, et, en bas, une racine. » (Ibid., iv, 11.) « Le • safran se reproduit par la racine. » (Ibid., vu, 6.)

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riippelle-toi la comparaison du sage Isaïe : Toute chai)' est une herbe, et toute gloire de Vhomme une fleur des champs (1). En effet, la rapidité de la vie, le plaisir et la joie si courte que donne à Thomuie un instant de bonheur , conviennent à merveille à la comparaison du Prophète. Tel dont aujourd'hui le corps s'épanouit, engraissé par la mollesse, qui, dans la force de Tàge, étale les fleurs de son teint, plein d'une sève vigoureuse et d'un irrésistible élan, deniain fera pitié, flétri par Tàge ou épuisé par la maladie. Tel autre brille de tout l'éclat d'une grande forlune : autour de lui, c'est toute une multitude de flatteurs, une escorte de faux amis, à la piste de ses bonnes grâces, une foule de parents, cachés eux aussi sous le masque de l'adulation, un essaim de serviteurs, qui l'assiègent pour pourvoira sa nourriture et à tous ses besoins ; et, dans ses allées et venues, cette suite innombrable, qu'il traîne après lui , excite l'envie de ceux qu'il rencontre. A la fortune ajoute de la puissance dans l'État, les honneurs émanés du trône impérial, le gouvernement d'une province, ou le commandement des armées ; un héraut qui le précède en criant à haute voix, des licteurs qui de tous côtés frappent ses subordonnés d'épouvante, les coups, les confiscations, les bannissements, les emprisonnements, nouveau sujet pour les peuples d'une insupportable terreur. Et ensuite? Une seule nuit, une' fièvre, une pleurésie, une inflammation des poumons, enlève cet homme du milieu des hommes , dépouille en un moment tout cet appareil théâtral, et montre que toute

(I) Isaïc, XL, 6.

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cette gloire n'était qu'ini songe. Aussi le Prophète a-t-il assimilé la gloire humaine à la fleur la plus délicate.

III. Jusqu'ici l'ordre dans lequel poussent les plantes, nous montre celui de leur apparition première. Toute herbe, toute plante sort d'un germe. Si, comme le chiendent et le safran, elle fait partir un jet de sa racine et de cette protubérance inférieure, il lui faut toujours germer et jaillir en dehors ; si elle sort d'une graine, il y a encore, de toute nécessité, d'abord un germe, puis de l'herbe, puis un vert feuillage, enlin le fruit qui mûrit sur une tige désormais sèche et solide. Que la terre fasse germer de l'herbe verte. Lorsque la graine est tombée dans une terre qui possède un juste mélange de chaleur et d'humidité, elle se gonfle et devient poreuse, et, saisissant la terre qui l'environne, attire à soi tout ce qui lui convient et a de l'affinité avec elle. Ces parcelles de terre si petites qu'elles soient, tombant et s'insinuant dans tous les pores de la graine, développent encore son volume, font sortir les racines en bas, et jaillir en haut des liges, non moins nombreuses que les racines. Comme le germe ne cesse de s'échauff'er, l'humidité, pompée par les racines , aidée de l'attraction de la chaleur, charrie, dans une juste mesure, les aliments pris au sol, et les distribue à la tige, à i'écorce, à l'enveloppe du grain, au grain lui-même et aux barbes dont il est armé (1). C'est

(1) Dans cette théorie de la génération des plantes, saint Basile suit exactement Aristote et Flaton. « Comment Platon, Aristote, Xénocrate, ne pro- » duisent-ils pas de l'or de c^. qui n'est pas or, et de la pierre de ce qui n'est » pas pierre, et plusieurs autres choses des quatre premiers simples corps ? » Ouy bien. Mais avec ces corps concourent incontinent aussi les principes » à la génération de chasque chose, pourtans quand et eux de grandes con- » tribulions, c'est à savoir les premières qualitez qui sont en eux, puis

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grùce à ces accroissements successifs que toute plante aileini sou développement naturel, aussi bien le blé que les légumes, et les herbes potagères que les moindres broussailles. Une seule plante, un brin d'herbe suflit pour occuper toute Ion intelligence dans la contemplation de sa merveilleuse économie. Pourquoi ces nœuds, qui, comme des ceintures, pressent la lige du blé ? Ne sonl-ce pas de véritables liens, qui l'aident à supporter facilement le poids de l'épi, lorsque, gonflé de fruits, il s'incline vers la terre? Aussi, tandis que l'avoine, dont rien ne surcharge la tête, est tout à fait vide , la nature a pourvu le froment de ces liens. Elle a caché le grain dans un élui, pour qu'il ne soit pas exposé au pillage des oiseaux ; elle Ta muni d'un rempart de barbes, qui, comme des dards ^ le protègent contre les attaques des insectes (1).

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