‹ Etude historique et littéraire sur saint BasileChapitre 22 sur 44 · CREATION DES CORPS LUMINEUX · texte numérisé non relu

CREATION DES CORPS LUMINEUX

I. 11 faut que les auditeurs viennent en aide à l'orateur. — Quel est l'auditeur bien préparé. — S'il se connaît lui-même, il peut s'élever à la connaissance de Dieu.

H. Résumé des créations précédentes. — Le soleil créé après la lumière et les plantes, afin qu'on ne le regardât pas comme le père de la lumière et le créateur des productions de la terre. — Distinction de l'essence de la lumière et du corps lumineux.

III. Si l'homme est incapable de séparer la lumière du corps du soleil, Dieu le peut. — La lune dépose et reprend tour à tour sa lumière empruntée. — Le soleil et la lune séparent le jour d'avec la nuit. — Antipathie naturelle de la lumière et des ténèbres.

IV. Le soleil et la lune marquent les jours, les mois et les années. — Prévisions atmosphériques.

V. Vanité de l'astrologie. — Divisions et subdivisions du cercle du Zodiaque. — Impossibilité de trouver l'heure exacte de la naissance de l'enfant, par conséquent de connaître l'influence des astres sur sa destinée.

VI. Ridicule influence attribuée aux animaux imaginaires dont on a formé les constellations.

VU. Absurdité de ceux qui croient à l'influence des corps célestes sur les actes qui ne dépendent que de notre volonté. — Une telle croyance rend inutiles les devoirs, les peines et les récompenses. — C'est le règne du fatalisme.

VIII. Les astres ne sont des signes que pour marquer la succession des saisons. — Marche du soleil. — L'année solaire et l'année lunaire.

IX. Grandeur du soleil et de la lune. — Pourquoi les objets vus de loin paraissent petits.

X. La terre ne pourrait pas être éclairée tout entière par le soleil, si un disque immense ne lui envoyait sa lumière. — La lune image de l'instabilité de l'homme. — Sa vue doit nous faire penser aux vicissitudes de la vie. — Influence des variations de la lune sur la nature.

XI. Leur influence sur l'air et le flux de la mer. — Il est ridicule de croire que des enchantements puissent faire descendre la lune sur la terre. — Nouvelle preuve de la grandeur de cet astre.

Péroraison. — L'orateur et les auditeurs doivent remercier le Père de toutes choses, qui a donné à l'un ce ministère de la parole, aux autres ces aliments spirituels.

il4 HEXAMÉRON.

I. Dans les combats du cirque il faut que le spectateur participe aux efforts des athlètes. C'est ce qu'indiquent les lois des spectacles , qui prescrivent d'assister aux jeux du stade, la tête découverte : voulant, à mon avis, que chacun des assistants ne soit pas seulement spectateur des athlètes, mais, dans une certaine mesure, un véritable athlète. Ainsi, pour jouir des grands et prodigieux spectacles de la création, pour entendre la suprême et ineffable sagesse , il vous faut apporter des lumières personnelles à la contemplation des merveilles que j'étale à vos yeux, et m'aider, selon vos forces, dans cette lutte où vous êtes moins des juges que des auxiliaires (1), de peur que la vérité ne vous échappe, et que mon erreur ne tourne à votre commun préjudice. Pourquoi ces paroles ? C'est que nous proposant d'étudier l'ensemble du monde et de contempler l'univers, non à la lumière de la sagesse mondaine, mais à celle dont Dieu éclaira son serviteur, quand il lui parla en personne et sans énigmes, il est d'une absolue nécessité pour ceux qui aiment les grands spectacles , d'apporter à cette étude un esprit bien préparé. Si quelquefois , dans la sérénité de la nuit, portant des yeux attentifs sur l'inexprimable beauté des astres , tu as pensé au Créateur de toutes choses ; si tu t'es demandé quel est celui qui a semé le ciel de telles fleurs,

(1) Peut-être saint Basile a-t-il pris cette idée dans Plutarque. « Ceux-ci » cuident que toute l'affaire soit en celuy qui dit, et rien en celui qui escoute : >» ains veulent que celuy qui a à harenguer vienne bien préparé, et aiant » bien diligemment pensé à ce qu'il doit dire, et eux sans avoir rien pro- » pensé, et sans se soucier de leur devoir, se vont seoir là, tout ne plus ne » moins que s'ils estoient venus pour souper à leur aise, pendant que les » autres travailleroient.. . L'auditeur est à moitié de la parole avec celuy qui » dit, et luy doit aider... » {Comment il faut écouter. Traduction d'Amyot.)

et pourquoi les choses visibles sont encore plus utiles que belles ; si quelquefois, dans le jour, tu as étudié les merveilles de la lumière , et si lu t'es élevé , par les choses visibles, à l'être invisible (1), alors tu es un auditeur bien préparé et tu peux prendre place dans ce magnifique et heureux amphilhéàtre. Viens , de même que , prenant par la main ceux qui ne connaissent pas une ville , on la leur fait parcourir ; ainsi je vais vous conduire, comme des étrangers , à travers les mystérieuses merveilles de cette grande cité de l'univers (2). C'est dans cette cité que fut notre première patrie (3), d'où nous a chassés le mortel ennemi de

(1) Saint Basile avait déjà dit dans le Commentaire d^Isaïe : « Ceux qui » observent la sagesse de l'harmonie qui règne dans les corps célestes, dans » la position, le mouvement et les rapports mutuels des astres, comprennent » la grandeur de l'intelligence divine et peuvent dire : Sa, sagesse est in- » finie. » [Comment, in Esaiam, v. 168.) II lisait dans Plotin : « Celui qui » lève les yeux vers le ciel et voit l'éclat des astres , a ridée de leur auteur » et se met à sa recherche. » Il lisait encore dans Aristote l'admirable passage que nous a conservé Cicéron. {De Natura Deorum^ ii, 38.)

(2) « Tout, dit encore ailleurs saint Basile, prouve un Dieu qui, placé au » centre de la cité du monde, envoie jusqu'aux extrémités les rayons de sa » providence. » (T. i, p. \Zi.)

Cette comparaison de l'univers avec une cité était une idée stoïcienne, qui revient souvent dans Cicéron [De Nat. Deorum., ii, 6, 35, 62) et dont l'auteur stoïcien de la vie d'Homère veut faire honneur au père de la poésie grecque. « Est-ce d'ailleurs que vint aux Stoïciens ce dogme que le monde

• est un, que les Dieux le gouvernent et que les hommes, en vertu de leur » nature, y ont part à la justice ? Qu'est-ce qu'Homère [Iliade, xx, vers 4, » 16 et 17) nous montre, sinon que le monde est régi par une loi comme une » cité, grâce à la providence des Dieux, et principalement du père des » Dieux et des hommes? » Voyez le docteur Jahn, Animadv. in sancti Basilii opéra, p. 43.

(3) Le ciel patrie de Hiomme : idée commune à Origène et aux Platoniciens. « Socrate disoit qu'il ne pensoit estre ny d'Athènes, ny de la Grèce, » mais du monde.

Vois-tu ce haut infini firmament ?

• Ce sont les bornes de notre pays ; là où il y a un mesme feu, une mesme

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l'homme, le Démon, dont les séductions ont réduit l'homme en servitude. Tu y verras l'homme faire sa première apparition et devenir aussitôt la proie de la mort, qu'enfanta le péché , ce premier-né du génie du mal. Tu te connaîtras toi-même, être formé de terre, mais l'œuvre de la main de Dieu ; de beaucoup plus faible que la brute, mais né pour commander aux animaux et à la nature inanimée ; inférieur sous le rapport des avantages naturels, mais, grâce au privilège de la raison, capable de t'élever jusqu'au ciel. Si nous sommes pénétrés de ces vérités, nous nous connaîtrons nous-mêmes, nous connaîtrons Dieu, nous adorerons notre créateur, nous servirons notre maître, nous glorifierons notre père, nous aimerons notre soutien, nous bénirons notre bienfaiteur, nous ne cesserons d'honorer le dispensateur de la vie présente et future, qui, par les richesses qu'il nous prodigue dès ce monde, nous fait croire à ses promesses , et se sert des biens présents pour nous confirmer dans notre attente. En effet, si tels sont les biens du temps, quels seront ceux de l'Éternité? Si telle est la beauté des choses visibles, que penser des choses invisibles? Si la grandeur du ciel dépasse la mesure de l'intelligence humaine, quel esprit pourra sonder la nature du monde sans fin ? Si le soleil , sujet à la corruption, est si beau , si

» eau, un mesme air, mesmes magistrats, mesmes gouvernements et mesmes >» présidents, le soleil, la lune, Testoile du jour, mesmes lois pour tous, » un mesme roy et mesme prince de tout ce qui est, Dieu, ayant en sa main >• le commencement, le milieu et la fin de tout l'univers. » (Plutarque, De l'exil, trad. d'Amyot.)

Plutarque dit encore des âmes vertueuses après la mort : « Comme si » elles revenaient de voyage et d'exil dans leur patrie, elles goûtent de la » joie. » {De facie in orbe Lunœ, 28.)

SIXIEME HOiMELIE. M7

grand, si rapide dans sa marche, si réglé, si invariable dans son conrs ; si sa grandeur est dans une si parfaite harmonie avec l'univers ; si, par la beauté de sa nature, il brille comme un œil éclatant au milieu de la création ; si, enfin, on ne peut se rassasier de le contempler, quelle sera la beauté du soleil de justice (1)? Si l'aveugle souffre de ne pas voir le soleil matériel, quelle privation pour le pécheur de ne pas jouir de la vraie lumière?

il. Et Dieu dit : Qiiil y ait des corps lumineux dans le firmament du ciel, pour illuminer la terre, et pour séparer par le milieu le jour d'avec la nuit. Le ciel et la terre avaient précédé ; après eux avait été créée la lumière; le jour avait été distingué de la nuit; puis avait paru le firmament et l'élément aride. L'eau s'était rassemblée dans le réservoir qui lui était assigné ; la terre étalait ses productions, elle avait fait germer mille espèces d'herbes, et des milliers d'arbres s'étaient élevés de son sein. Cependant le soleil et la lune n'existaient pas encore, afin que ceux qui vivent dans l'ignorance de Dieu ne regardassent pas le soleil comme le principe et le père de la lumière, comme le générateur des productions terrestres (2).

(1) « Les ornements dont la voûte des cieux est décorée, doivent être » considérés comme ce qu'il y a de plus beau et de plus accompli dans leur » ordre. Néanmoins, comme toute cette magnificence appartient à l'ordre des » choses visibles, j'entends qu'il faut la considérer comme très-inférieure à » la magnificence véritable... Je veux donc que la beauté dont le ciel est » décoré soit le symbole de cette autre beauté... » (Platon, République, vu, trad. de M. Cousin, p. 98.) — Si saint Basile trouvait dans la Bible le solffit de justice , il trouvait le soleil invisible, le soleil « dont ce soleil » sensible n'est que l'image, » dans Platon [Républ. vi), dans Plotin {Enn. V, V, 8) et dans tous les Platoniciens.

(2) « Ainsi, il a fait la lumière avant que de faire les grands luminaires

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C'est pourquoi Dieu attendit le quatrième jour pour dire ; Quil y ait des corps lumineux dans le firmament du ciel.

Tu sais qui parle : vois tout de suite par la pensée qui entend ces paroles. Dieu dit : Quil y ait des corps lumineux... Et Dieu fit deux corps lumineux. Qui a parlé? et qui a fait? Ne vois-tu pas une double personne? Partout, par une union mystique, Thistoire est semée des dogmes de la théologie.

Suit le motif qui fit créer les corps lumineux : Pour illuminer la terre. Déjà la lumière était créée ; pourquoi dire maintenant que le soleil fut créé pour illuminer ? Et d'abord, ne ris pas de Tétrangeté de cette expression. Nous ne nous attachons pas comme vous au choix des termes, et nous nous inquiétons peu de leur donner un tour harmonieux. Nos écrivains ne s'amusent pas à polir des périodes, et partout on nous voit préférer la clarté des mots aux expressions sonores. Vois donc si par cette expression, pour illuminer^ Técrivai-n sacré fait suffisamment entendre sa pensée. 11 a mis illuminer au lieu d'éclairer. Or il n'y a là rien de contradictoire à ce qui a été dit de la lumière. Alors fut produite l'essence même de la lumière : aujourd'hui , le globe du soleil vient faire circuler la lumière dont la naissance a précédé la sienne.

» où il a voulu la ramasser ; et il a fait la distinction des jours, avant que » d'avoir créé les astres dont il s''est servi pour les régler parfaitement; et » le soir et le matin ont été distingués, avant que leur distinction et la divi- » sion parfaite du jour et de la nuit fût bien marquée ; et les arbres, et les » arbustes, et les herbes ont germé sur la terre par ordre de Dieu, avant » qu'il eût fait le soleil, qui devait être le père de toutes ces plantes; et il a » détaché exprès les effets d'avec leurs causes naturelles, pour montrer que » naturellement tout ne tient qu'à lui seul, et ne dépend que de sa seule » volonté. » (Bossuet, 5"*® Elévation, 3""® Semaine.)

La lampe n'est pas le leii : le feu a la vertu d'éclairer, et nous avons inveulé la lampe pour nous éclairer dans les ténèbres. De même, c'est pour répandre la lumière, cette essence pure , simple et immalérielle , que nous voyons aujourd'hui paraître les corps lumineux. L'Apôtre nous parle de certains astres qui brillent dans le monde (1), sans les confondre avec la vraie lumière du monde, dont la possession fait briller les saints et leur sert à retirer des ténèbres de l'ignorance les âmes qu'ils instruisent. C'est ainsi que, deslinant le soleil à briller de tout l'éclat de la lumière, le Créateur de toutes choses le suspend au haut des cieux. IIL Et que cette vérité ne rencontre point d'incrédules : autre est l'éclat de la lumière, autre est le corps qui en est revèiu. D'abord, dans tous les èlres composés, nous distinguons la substance susceptible de propriétés et la propriété qu'elle reçoit. Autre est l'essence de la blancheur, autre est celle du corps qu'elle blanchit ; ainsi diffèrent les essences que nous venons de voir réunies par le Créateur. Et ne viens pas me dire qu'il est impossible de les séparer. Je n'ai pas plus que toi la prctenlion de pouvoir séparer la lumière du corps du soleil; mais, je le soutiens, ce que nous séparons par la pensée peut l'être réellement par le Créateur de la nature p). Tu ne peux davantage séparer l'éclat du feu de

(4) Philip. II, 15.

(2) La théorie de la lumière que suit ici saint Basile est celle des Néo-Platoniciens. « La lumière qui émane des corps, dit l^lotin, est l'acte du corps » lumineux qui agit au dehors... Elle est tout à fait incorporelle, quoi qu'elle » soit l'acte d'un corps. » [Enn. iv, 1. v, 7.)

Jamblique explique la pensée du chef de l'École. « La lumière n'est pas un » corps, ni, comme le croient les Péripatéticiens, la passion ou la qualité d'un » corps... La lumière n'est produite ni par division ni par émission; elle est » l'acte de la forme lumineuse. ■ {Fragment cité par Priscien de Lydie.)

la vertu qu'il a de brûler : mais Dieu, qui voulait attirer son serviteur par un merveilleux speclacle, mit dans le buisson ardent un feu qui déployait tout l'éclat de la flamme, sans en avoir la vertu dévorante. C'est ce qu'atteste encore le Psalmiste, en disant : La voix du Seigneur qui sépare la flamme du feu (1). Aussi, dans les peines et les récompenses qui nous attendent après cette vie, une voix mystérieuse semble nous apprendre que la double nature du feu sera divisée : les justes jouiront de la lumière, et les tourments de la chaleur seront le supplice des méchants.

Nous pouvons trouver dans les révolutions de la lune une nouvelle preuve de ce que nous avons avancé. Quand elle s'arrête et diminue, elle ne se consume pas dans tout son corps, mais à mesure qu'elle dépose ou reprend la lumière qui l'environne, elle nous présente l'image de son décroissement ou de son accroissement. Voulons-nous une preuve évidente que, dans son repos, la lune ne se consume pas : il ne faut qu'ouvrir les yeux. Si, par un ciel pur et sans nuage, lu l'observes, lorsqu'elle a tout à fait la forme d'un croissant, tu peux voir que la partie obscure et non éclairée,

Quelle différence les Alexandrins mettaient-ils donc entre la lumière et le corps lumineux ? La même que saint Basile.

« Dieu, dit Platon, alluma cette lumière dans le deuxième cercle au- » dessus de la terre. 11 désigne ainsi le soleil, qu'il appelle ailleurs Vastre » le plus brillant. Par ces paroles, il nous empêche d'admettre que le so- » leil soit autre chose que du feu. 11 indique aussi que le feu n'a pas d'autre » qualité que la lumière, qu'il regarde comme distincte de la flamme et » comme possédant seulement une douce chaleur. Cette lumière est un corps. » D'elle émane une autre essence que nous appelons également lumière par » homonymie et que nous reconnaissons pour incorporelle. Cette seconde » lumière provient de la première, en est comme la fleur et l'éclat. » (Plotin, Enn. II, 1. I, 7.)

(I) Ps. XXVIII, 7.

décrit un cercle égal à celui que remplit la pleine lune. Ainsi l'œil peut embrasser le cercle tout entier, s'il ajoute à la partie éclairée celle courbe obscure et ténébreuse. Et ne me dis pas que la lumière de la lune est empruntée, diminuant ou augmentant à mesure qu'elle se rapproche ou s'éloigne du soleil. Ce n'est pas là présentement l'objet de nos recherches : nous voulons seulement prouver que son corps diffère de la lumière qui le fait briller. Je voudrais te voir la même idée du soleil : excepté pourtant que l'un de ces astres, après avoir une fois reçu la lumière et l'avoir mêlée à sa substance, ne la dépose plus, tandis que l'autre, s'en dépouillant et s'en revêtant tour à tour, prouve par ce qui se passe en lui-même ce que nous disons du soleil.

Ces deux astres reçurent aussi l'ordre de séparer le jour de la nuit. Dieu avait déjà séparé la lumière des ténèbres : alors il mit leur nature en opposition, afln qu'elles ne pussent se confondre, et qu'il n'y eût jamais rien de commun entre les ténèbres et la lumière. Vois ce qu'est l'ombre pendant le jour : c'est là précisément la nature des ténèbres pendant la nuit. Si, à l'apparition d'une lumière, l'ombre tombe toujours des corps du côté opposé, si, le matin, elle s'étend vers le couchant, si, le soir, elle s'incline vers le levant, et, à midi, se tourne vers le septentrion, la nuit se retire dans les parties opposées aux rayons du soleil, puisqu'elle est tout simplement l'ombre de la terre. Car, de même que, pendant le jour, l'ombre est produite par un corps qui intercepte la lumière, la nuit vient naturellement de ce que l'air qui entoure la terre est dans l'ombre. Et c'est précisément ce que dit l'Ecriture : Dieu sépara la

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lumière des ténèbres. Aussi les ténèbres fuient-elles à l'approche de la lunriière, divisées toutes deux depuis leur première apparition par une antipathie naturelle. Aujourd'hui, Dieu commande au soleil de mesurer le jour, et à la lune, lorsqu'elle a arrondi son disque, de présider à la nuit. Car alors ces deux astres sont presque diamélralement opposés : alors, en eifet, quand le soleil se lève, la pleine lune disparaît de l'horizon, pour reparaître à l'Orient, au moment où il se couche. Que si, dans ses autres phases, la lumière de la lune, ne correspond pas exactement avec la nuit, peu importe à notre sujet. Il n'en est pas moins vrai qu'arrivée à sa perfection, lorsqu'elle fait pâlir les aslres et éclaire la terre de l'éclat de sa lumière, elle règne sur la nuit et, de concert avec le soleil, partage la durée en parties égales.

IV. Et quils servent de signes pour marquer les temps, les jours et les années. Les signes que donnent les astres sont nécessaires à la vie humaine. En effet, si on les interroge sans une curiosité démesurée, que d'utiles observations nous y fera trouver une longue expérience î Que d'indications sur la pluie, sur la sécheresse, sur l'agitation des vents , partielle ou générale , violente ou modérée ! C'est un des signes donnés par le soleil que nous indique le Seigneur, en disant : Il y aura une tempête, car le ciel est sombre et tout en feu (1). En effet, lorsque le soleil se lève au milieu du brouillard , ses rayons sont obscurcis, mais son disque paraît ardent comme un charbon et d'un rouge sanglant. C'est l'épaisseur de l'air qui lui donne cette apparence à nos yeux : les rayons du soleil ne dissipant

(1) Saint Matthieu, xvi, 3.

point cet air ainsi amassé et condensé, il ne pourra certainement pas être retenu par les flots de vapeur qui s'exhalent de la terre , el excitera un orage dans les contrées sur lesquelles il s'amoncelle ; de même si la lune plonge dans l'eau , ou si le soleil est environné d'un cercle lumineux, c'est le signe d'une grande pluie ou d'un violent ouragan; de même encore , si des anlhélies accompagnent le soleil dans son cours, elles présagent certains phénomènes célestes. Enfin, ces lignes, aux couleurs de l'arc- en-ciel, que nous voyons s'élever au milieu des nuages, annoncent des pluies , des tempêtes extraordinaires , en un mot, les plus grandes révolutions de l'air.

Ceux qui se livrent à l'observation des astres trouvent aussi des signes dans les différentes phases de la lune, comme si l'air, dont la terre est enveloppée, était obligé de varier à mesure qu'elle change de forme. Vers le troisième jour de la nouvelle lune, ses cornes sont-elles fines et pures : c'est le signe d'un calme constant. Paraissent-elles larges et rougeâtres, les nuages nous menacent de pluies abondantes, ou le Notus de violentes secousses. Qui ne sait de quelle utilité sont ces indications dans la vie? Grâce à elles, le matelot retient son vaisseau dans le port, en prévoyant les périls dont le menacent les vents, et le voyageur se met d'avance à l'abri du mal , en attendant que l'air ait perdu sa tristesse ; grâce à elles, les laboureurs, sans cesse occupés aux semences ou à la culture des plantes, reconnaissent les saisons favorables à leurs travaux (1). Il y a plus : le Seigneur nous a annoncé que, lors de la dissolu-

(1) Saint Basile empruntait ces observations niéléorologiqucs à Aralus, (|ui déjà avait inspiré Virgile. {Géorgiques, i, v. 424-458.)

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tioa de l'univers , des signes paraîtront dans le soleil , dans la lune et dans les étoiles : le soleil se changera en sang, et la lime ne donnera plus sa lumière (1). Marques infaillibles de la consommation de toutes choses.

V. Mais ceux qui franchissent les bornes , faisant des paroles de l'Écriture l'apologie des horoscopes, prétendent que notre vie dépend du mouvement des corps célestes, et qu'ainsi les Chaldéens peuvent lire dans les astres ce qui nous doit arriver (^). Par ces mots si simples, quils ser-

(1) Joël, XXXI, 2 ; saint Matthieu, xxix, 24.

(2) Saint Basile, dans cette réfutation de l'astrologie judiciaire, s'inspire à la fois d'Origène et de Plotin. La doctrine de ces deux illustres "contemporains, présente trop de ressemblance pour qu'ils ne se soient pas fait des emprunts réciproques.

« Les astres, disait Origène, ne sont en aucune sorte les auteurs des » événements humains; ils n'en sont que les lignes. De même que Dieu a » la prescience de l'avenir sans nuire à notre liberté, ainsi le ciel tout entier » est comme un livre où l'on peut lire l'avenir ; c'est comme le livre de » Dieu. » (Origène, t. ii, p. 13 et 14-. Fragment cité par Eusèbe, Prép. Evang, vi, H.)

« C'est un tort, disait à son tour le chef de l'Ecole d'Alexandrie, de ne » pas rapporter à un principe unique le gouvernement de l'univers, d'attri- » buer tout aux astres, comme s'il n'y avait pas un chef unique dont l'univers » dépend et qui distribue à chaque être un rôle et des fonctions conformes » à sa nature. » [Enn. ii, 1. m, 6.) Riais, « si, l'univers est un et s""!! y » règne une harmonie unique, comment ne pas admettre qu'en vertu des lois » de l'analogie toutes ces choses peuvent être des signes ? » (Ibid. 5.) « Les astres ressemblent donc à des lettres qui seraient tracées à chaque » instant dans le ciel, ou qui, après y avoir été tracées, seraient sans cesse » en mouvement, de telle sorte que, tout en remplissant une autre fonction » dans l'univers, elles auraient cependant une signification. >> (Ibid, 7.)

Saint Augustin, comme saint Basile, avait Origène et l'iotin sous les yeux, quand il écrivait celle phrase qui expose nettement leur doctrine. « Quod si » dicuntur stellœ significare potius ista quam facere, ut quasi locutio quae- » dam sit ista positio, pr;edicens fuUira^ non agcns (non enim mediocriter » doclorum hominum fuit ista scntenlia),non quidem ila soient mathematici. » [Où Civitale Dei, v, 1.)

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SIXIÈME HOMÉLIE. A'2b

vent de signes, ils n'enlendent ni les variations de l'air, ni les changements des saisons ; ils n'y voient, au gré de leur fantaisie, que la distribution des destinées humaines. En eiïet, que disent-ils 1 Lorsque les planètes se croisent avec les signes du Zodiaque, telle ligure formée par leur rencontre, donne naissance à telles destinées ; telle autre produit les destinées contraires.

Peut-être n'est-il pas inutile pour la clarté d'entrer dans plus de détails sur cette vaine science. Je ne dirai rien qui

Origène et Plotin sont donc d'accord sur ce point : Les astres sont les signes et non les auteurs de nos actions. Ils ne le sont pas moins pour montrer l'absurdité de l'influence des astres sur la vie humaine, et flétrir le charlatanisme des astrologues, « Il est des gens qui prétendent que les pla- » nètes, par leurs mouvements, produisent non-seulement la pauvreté et la » richesse, la santé et la maladie, mais encore la beauté et la laideur, bien » plus, les vices et les vertus. Selon eux, les astres, à chaque instant, » comme s'ils étaient irrités contre les hommes, leur font faire des actes » dans lesquels ceux-ci n'ont rien à se reprocher, puisque c'est par l'in- » fluence des planètes qu'ils y sont portés... N'est-il pas déraisonnable » d'admettre que Mars et Vénus, dans une certaine position, produisent des » adultères ? » (Plotin, Enn. ii, 1. m, 1, 6.)

« La conséquence do cette opinion est le renversement de notre libre » arbitre, du blâme et de l'éloge, du jugement de Dieu ; on voit s'évanouir » les menaces faites aux coupables, les honneurs et les félicités réservés • aux bons. Notre foi est vaine et la venue du Christ sans effet... » (Origène, t. II, p. U.)

Origène et Plotin, on le voit, se contentent de combattre l'influence des astres sur nos actions et de sauver notre liberté. Mais comment ne s'apercevaient-ils pas qu'ils ne la sauvaient point en réalité et qu'ils conservaient à l'astrologie tout son prestige ? Si, en vertu de l'harmonie de l'univers, les mouvements des astres sont les signes de nos actions, l'astrologie est une science, (jui consiste à lire dans les astres ce que nous devons faire librement. Or, si l'on sait d'avance ce que l'on doit faire, où est le libre arbitre?

On doit d'autant plus louer le grand sens de saint Basile qui s'inspire pres(|ue entièrement d'Origène el de Plotin, sans tomber dans leur erreur. En niant toute espèce de relation entre les astres et les actes de l'homme, il conserve intacte notre liberté.

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soit de moi, et, pour réfuter ses adeptes, je ne me servirai que de leurs paroles : apportant un remède aux malades, et aux autres un préservatif pour ne point tomber. Les inventeurs de l'astrologie, voyant que dans l'étendue du temps beaucoup de signes leur échappaient, le divisèrent et renfermèrent chaque partie dans d'étroites limites : comme si, dans l'intervalle le plus petit et le plus court, en un moment, en un clin-dœil (1), pour parler avec l'Apôtre, devait se trouver la plus grande différence entre une naissance et une naissance. Tel naît en ce moment : il régnera sur les villes et gouvernera les peuples, au comble de la richesse et de la puissance ; tel autre naît l'instant d'après : il sera pauvre, misérable, et ira de porte en porte mendier son pain de chaque jour. En conséquence, ils divisèrent le cercle du Zodiaque en douze parties, et, comme le soleil met trente jours à parcourir chacune des douze parties de ce cercle immobile, ils les divisèrent elles-mêmes en trente autres. Chacune d'elles en forma soixante nouvelles, et ces dernières furent encore partagées en soixante. Voyons donc si en déterminant la naissance des nouveaux-nés il leur sera possible d'observer cette rigoureuse division du temps. L'enfant est-il né? La sage-femme s'assure de son sexe, puis elle attend que par un vagissement il donne signe de vie. Jusque-là combien veux-tu qu'il se soit écoulé d'instants ? La sage-femme va déclarer l'enfant au Chaldéen : combien veux-tu mettre de minutes avant qu'elle ouvre la bouche, surtout si celui qui prend l'heure se trouve hors du gynécée ? Lt l'on sait que celui qui in-

(1) 1 Corinth. x\, 52.

terroge le cadran doit, de jour ou de nuit, marquer l'heure avec la dernière exactitude. Que d'instants se passent encore pendant ce temps-là ? Car il faut trouver l'astre de la nativité, non seulement dans une des douze parties du Zodia(jue, non-seulement dans une de ses premières subdivisions, mais encore dans une des soixante parties qui divisent cette dernière, et même, pour arriver à l'exacte vérité, dans une des soixante subdivisions que celle-ci forme à son lour. Et, pour obtenir la connaissance si minutieuse, si insaisissable de ce moment, il faut interroger chaque planète, trouver leur position par rapport aux signes du Zodiaque et les figures qu'elles formaient entre elles au moment de la naissance de l'enfant. Ainsi donc, s'il est impossible d'avoir exactement l'heure de la naissance et si le moindre changement peut tout bouleverser, ils sont bien ridicules, et ceux qui se livrent à celle science imaginaire, et ceux qui les écoutent la bouche béante, comme s'ils pouvaient en apprendre l'avenir.

VI. Mais quelle est l'inOuence des astres ? Un tel aura les cheveux frisés et les yeux bleus : car il est né sous le Bélier, et tel nous parait cet animal. Il aura des sentiments élevés : car le Bélier est né pour le commandement. 11 sera libéral et fécond en ressources : car cet animal dépose sans peine sa loison, et voit aussitôt la nature s'empresser à le revêtir. Tel naît sous le Taureau : il sera dur à la peine et d'un caractère servile, parce que le taureau plie sous le joug. Tel autre nail sous le Scorpion : semblable à ce venimeux reptile, il frappera d'une langue empoisonnée. Celui qui naît sous la Balance sera juste, grâce à l'égalité de nos balances. N'est-ce pas le comble du ridicule ? Ce

Bélier, d'où tu tires la nativité de l'homme, est la douzième partie du ciel, et, en y entrant, le soleil nous amène le printemps. La Balance, le Taureau sont, comme lui, des douzièmes du cercle du zodiaque. Comment vois-tu là les principales causes qui influent sur la vie des hommes ? Et pourquoi prends -tu nos animaux pour caractériser les mœurs des hommes qui entrent en ce monde? Celui qui naît sous le Bélier sera libéral , non parce que cette partie du ciel donne ce caractère, mais parce que telle est la nature d'un vil bétail. Pourquoi donc nous eff'rayer au nom des astres, et entreprendre de nous persuader avec ces bêlements ? Si le ciel tient des animaux ces diff'érents caractères, il est donc lui-même soumis à des principes étrangers, puisque son influence dépend des brutes qui paissent dans nos champs ? Assertion ridicule : mais combien est plus ridicule la prélenlion d'arriver à la persuasion avec des choses qui n'ont pas le moindre rapport entre elles ! Vraie toile d'araignée que cette prétendue science : s'il y tombe un cousin , un moucheron , ou quelque insecte de la même faiblesse, il y reste captif; s'il s'en approche un animal plus fort, il passe sans peine à travers, emportant et dissipant ce faible tissu (1).

VII. Ils ne s'en tiennent pas là : les actes mêmes où chacun de nous sent régner sa volonté, je veux dire la pratique de la vertu et du vice, dépendent, suivant eux, de l'influence des corps célestes. Il serait ridicule de réfuter sérieusement une pareille erreur ; mais, comme elle tient le

(1) C'est le mot de Solon : « Les lois, disait-il^ ressemblent à des toiles » d'araignées : les petites mouches y restent prises, les grosses passent à » travers. » (l)iogène Laerte, i, 2.)

SIXIEME HOMELIE. 429

grand nombre dans ses filets, peut être est-il nécessaire de ne point la passer sous silence. Je leur demanderai d'abord si les figures que décrivent les étoiles ne changent pas raille fois par jour. Dans le perpétuel mouvement des planètes, les unes se rencontrent d'un cours plus rapide, les autres exécutent des révolutions plus lenles, et mille fois par heure on les voit se regarder et se cacher mutuellement. Or, à l'heure de la naissance, il importe beaucoup d'élre regardé par un astre bienfaisant ou par un astre malfaisant, pour parler leur langage. Souvent donc l'astrologue ne saisit point le moment où se montrait un astre bienfaisant, et, pour avoir laissé échapper cet instant fugitif, ii place le nouveau-né sous l'influence d'un mauvais génie, pour me servir encore de leurs paroles. Quelle démence ! iMais surtout quelle impiété ! Car les astres malfaisants rejettent leur malignité sur celui qui les a faits. Si le mal est inhérent à leur nature, le Créateur est Fauteur du mal. S'ils le font d'eux-mêmes, ce sont des animaux doués de la faculté de choisir, dont les actes seront libres et volontaires. N'est-ce pas le comble de la folie d'en venir à ces mensonges sur la nature inanimée ? Ensuite, quelle déraison de distribuer le bien et le mal sans égard pour le méi'ite j)ersonnel, de dire qu'un astre est bienfaisant, parce qu'il occupe telle place, qu'il devient malfaisant, parce qu'il est regardé par tel autre, et que, s'il s*écarte tant soit peu de cette figure, il perd son inlliience maligne.

Mais passons. Si, à chaque instant de la durée, les astres varient leurs hgures, dans ces mille changements, bien des fois j)ar jour doit se reproduire la flgure des naissances royales. Pour.|noi donc chaque jour ne voit-il pas naître des rois 1

430 HEXAMÉRON.

Ou pourquoi se succèdent-ils toujours de père en fils sur le trône ? Jamais roi, sans doute, n'a pris ses mesures pour faire nailre son fils sous l'aslre de la royauté. Quel homme possède un tel pouvoir ? Comment donc Ozias donna-t-il le jour à Joaiham, Joatham à Achaz , Achaz à Ezéchias ? Et par quel hasard aucun d'eux n'est il venu dans une heure de servitude ? Ensuite , si les principes de nos vertus et de nos vices ne sont pas en nous, mais sont les conséquences fatales de notre naissance, il est inutile que les législateurs nous prescrivent ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter ; il est inutile que les juges honorent la vertu, et punissent le vice. Le crime n'est pas au voleur, il n'est pas à l'assassin : l'eùt-il voulu, il lui était impossible de retenir sa main, poussée au mal par une inévitable nécessité. Ceux qui cultivent laborieusement les arts sont les plus insensés des hommes. Le laboureur fera d'abondantes récoltes sans répandre de semences et sans aiguiser sa faux. Qu'il le veuille ou non, le marchand fera fortune, comblé de richesses par le destin. Pour nous, chrétiens, nous verrons s'évanouir nos grandes espérances, puisqu'il n'y a ni récompense pour la justice, ni punition pour le péché, du moment que l'homme n'agit pas avec liberté; sous le règne de la nécessité et de la fatalité, il n'y a point de place pour le mérite, condition première de tout jugement équitable. Mais arrêtons-nous. Vous qui êtes sains par vous-mêmes, vous n'avez pas besoin d'en entendre davantage, et le temps ne nous peimet pas de nous abandonner contre ces malheureux à des attaques sans bornes.

VllI. Revenons aux paroles (|ui suivent : Quils servent

SIXIEME HOMELIE. 45^

de signes pour marquer les temps, les jours et les années. Nous avons parlé des signes. Par les lenfips, nous enlendoMS la succession des saisons, de l'hiver, du printemps, de l'été et de l'aulonine, que nous voyons se suivre d'un cours si réglé, grâce à la régularité du mouvement des astres. L'hiver arrive lorsque le soleil séjourne dans les parties méridionales du ciel et produit en abondance les ombres de la nuit dans nos climats. L'air, répandu sur la terre, se refroidit, et les exhalaisons humides, qui se rassemblent sur nos têtes, donnent naissance aux pluies, aux gelées, aux innombrables flocons de neige. Lorsque , revenant des régions méridionales, le soleil se tient au milieu du ciel et partage le jour et la nuit en parties égales, plus il séjourne au-dessus de la terre, plus il nous ramène insensiblement une douce température. Alors vient le printemps, (jui fait germer toutes les plantes, donne à la plupart des arbres une vie nouvelle et, par une génération successive, perpétue toutes les familles des animaux terrestres et aquatiques. De là le soleil, se rendant au solstice d'été, dans la direction même de l'Ourse, nous donne les jours les plus longs. Et, comme il séjourne fort longtemps dans l'air, il brûle celui qui est sur nos têtes, dessèche la terre, fait mûrir les graines et hâte la maturité des fruits des arbres. A l'époque de sa plus grande chaleur, le soleil produit à midi des ombres courtes, parce qu'il brille du haut des airs sur nos tètes. Ainsi les plus longs jours sont ceux où les ombres sont les plus courtes, de même que les jours les plus courts sont ceux où les ombres sont les plus longues. C'est ce qui nous arrive à nous Hétérosciens^ (jui habitons les régions sep-

432 HEXAMÉRON.

tentrionales de la terre. Mais il est des peuples qui, deux jours de l'année, sont tout à fait sans ombre à midi, parce que le soleil, perpendiculaire sur leurs tètes, les éclaire si également de tous côtés, qu'il pourrait par une étroite ouverlure briller au fond d'un puits. Aussi en est-il qui les appellent Asciens. Pour ceux qui habitent par delà la terre des parfums, ils voient leur ombre tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, seuls habitants de cette terre dont l'ombre tombe au midi : aussi leur donne-t-on le nom Amphisciens (1). Tous ces phénomènes arrivent pendant que le soleil passe dans les régions septentrionales : ils peuvent nous donner une idée de la chaleur dont ses rayons embrasent l'air et des effets qu'ils produisent. Bientôt nous passons à l'automne, dont la saison arrête les feux brûlants de l'été, ralentit peu à peu la chaleur, et, par une température moyenne, nous ramène sans souffrance à l'hiver, dans le temps où le soleil retourne des régions septentrionales aux contrées australes. C'est ainsi que, suivant la marche du soleil, les saisons se succèdent pour régler notre vie.

Qulls marquent les jours , dit l'Ecriture ; non pour les produire, mais pour les présider : car le jour et la nuit sont plus anciens que les astres ; et c'est ce que nous

(1) Tout ce passage sur les Hétérosciens firzpÔGy.ioi, qui ont l'ombre d'un seul côté), les Asciens {^(^ymi, sans ombre), les Amphisciens (ày.<ptaxto!., çui ont l'ombre des deux côtés), est emprunté à Strabon, Pline parle des Asciens, dans les mêmes termes : « Quibus in locis Indise » umbrœ non sint, septemtrionem non conspici, et ea loca appellari Ascia, » nec horas ibi dinumerari. » {Hist. Nat. ii, 73.) Ce que saint Basile dit des peuples qui habitent au midi de la terre des parfums, l'Arabie, rappelle ces vers du deuxième livre de la Pharsale :

Ignotum vobis, Arabes, venistis in orbem,

Umbras mirati nemorum non ire sinistras.

SIXIÈME lIOiMÉLlt:. 47^3

déclare le psaume : // a mis le soleil en possession du jom\ la lune et les étoiles en possession de la nuil (1). Comment le soleil esl-il en possession du jour? Parce que, portant partout la lumière avec lui , il ne s'est pas plus tôt élevé dans l'horizon, qu'il dissipe les ténèbres et nous amène le jour. Aussi pourrait-on, sans se tromper, détînir le jour, l'air éclairé par le soleil, ou bien l'espace de temps que le soleil passe dans notre hémisphère. Le soleil et la lune ont encore pour fonction de marquer les années. La lune, après avoir douze fois fourni sa course, forme une année, qui toutefois a souvent besoin d'un mois supplémentaire pour concourir exactement avec les saisons. Telle était autrefois Tannée des Hébreux et des premiers Grecs. Quant à l'année solaire, c'est le temps que le soleil, parti d'un signe, met à y revenir.

IX. Et Dieu fit deux grands corps lumineux. Le mot grand peut avoir un sens absolu, si, par exemple, on le dit du ciel, de la terre et de la mer; mais ordinairement il n'a qu'un sens relatif : un grand cheval, un grand bœuf. Ce n'est pas que ces animaux aient un volume démesuré; c'est par comparaison avec leurs semblables qu'ils méritent le titre de grands. Quelle idée nous ferons-nous ici de la grandeur? L'idée que nous en avons dans la fourmi et dans tous les petits êtres de la nature, que nous appelons grands par rapport à leurs semblables et pour montrer leur supériorité sur eux? Ou dirons-nous que les astres nous paraissent doués d'une grandeur réelle? Pour moi, je le pense. Si le soleil et la lune sont grands, ce

{{) P«. cxxxv, 8.

434 HEXAMÉROiN.

n'est pas par comparaison avec des astres plus petits, mais parce qu'ils ont une telle circonférence que la splendeur qu'ils répandent éclaire le ciel et l'air, embrasse à la fois la terre et la mer. Dans quelque partie du ciel qu'ils se trouvent, qu'ils se lèvent, qu'ils se couchent, qu'ils soient au haut des airs, ils paraissent toujours les mêmes aux yeux des hommes : preuve manifeste de leur grandeur prodigieuse, puisque loute l'étendue du ciel ne peut les faire paraître ici plus grands et là plus petits. Les objets, que nous voyons dans Téloignement, semblent se rapelisser à nos yeux, et, à mesure qne nous en approchons, nous nous faisons une plus juste idée de leur grandeur. Mais il n'y a personne qui soit plus près ou plus éloigné du soleil. Tous les habitants de la terre le voient à la même distance : Indiens et Bretons voient absolument le même soleil. Les peuples de l'Orient ne le voient pas diminuer, quand il se couche ; ceux de l'Occident ne le trouvent pas plus petit, quand il se lève. Est-il au milieu du ciel, il est toujours le même. Ne le laisse pas tromper à l'apparence; et, sur le témoignage des yeux, ne va pas lui donner une coudée d'étendue (1). A de trèsgrandes distances, les objets perdent toujours de leur grandeur à nos yeux : la vue, ne pouvant franchir l'espace intermédiaire, est comme épuisée dès le milieu de sa course, et il n'y a qu'une faible partie d'elle-même qui atteigne l'objet visible (2). Notre vue est petite et nous

(1) « Heraclite disait que le soleil est large comme le pied d'un homme. » (Plutarque, Opinions des Phil. ii, 21.)

(2) Il faut se rappeler que saint Basile suit la théorie platonicienue de la vue {voyez page 345, note {). « Platon, dit Plutarque, tient que nous

SIXIEME HOMELIE. 435

fait paraître petit tout ce que nous voyons, transportant aux choses visibles sa propre faiblesse. Ainsi donc, si la vue se trompe, n'en croyons pas son témoignage. Rappelle-toi tes propres impressions, et tu trouveras en toimême la preuve de mes paroles. Si jamais du sommet d'une haute montagne tu as considéré une plaine immense et unie, comment te paraissaient les attelages de bœufs? Comment te paraissaient les laboureurs eux-mêmes? Ne croyais-tu pas voir une fourmilière (1)? Si, du haut d'un rocher qui dominait la pleine mer, tu as jeté les yeux sur sa vaste étendue, que te semblaient les plus grandes îles? Comment t'apparaissait un de ces vastes et énormes navires qui déployait ses blanches voiles sur l'azur des mers? Ne le paraissait-il pas plus petit qu'une colombe (^)? C'est

» voyons par conjonction de lueur, d'autant que la lueur des yeux se res- » pand jusques à quelque espace emmy l'air de pareille nature, et la lueur » issant des corps aussi vient à fendre l'air, qui est entre eux, estant de » soi-mesme fort liquide et muable avec le feu de la veue : c'est ce que » l'on appelle la conjoincte lueur et radiation des Platoniques. » [Opinions des Phil, IV, 13; Trad. d'Jmyot.)

Mais cette double lueur qui s'échappe des yeux et des corps visibles va toujours en diminuant, devient confuse et incertaine, et, comme le démontre Euclide {troisième théorème d'Optique)^ à une certaine distance, tout corps visible cesse d'être aperçu.

(1) La comparaison des hommes et des fourmis se trouve pour la première fois dans Platon : « Jo suis convaincu que la terre est fort grande, et » que nous n'en habitons que cette petite partie qui s'étend depuis le Phase «jusqu'aux colonnes d'Hercule, répandus autour de la mer comme des •. fourmis ou des grenouilles autour des marais. » {Phédon, traduction de M. Cousin, p. 303.) Depuis, Sénèque s'en est emparé {Quœst. nal. F, Pœfat.). Plutarque la reproduit dans les Morales. Lucien l'emploie deux fois : • Arrivés au sommet, ils mènent une vie aussi admirable qu'heureuse, » et, de cette hauteur, nous regardent comme des fourmis. » [Hermotime, v.) « Les villes avec leurs habitants ne sont que des fourmilières. • {Icaroménippe, XIX.)

(2) Cette comparaison d'un navire avec une colombe est d'autant plus

436 HEXAMÉRON.

que la vue, comme je viens de le dire, se perd dans l'air, devient faible el ne peut saisir avec exactitude l'objet qu'elle aperçoit. Il y a plus : les hautes montagnes, entrecoupées de profonds ravins, la vue le les montre arrondies et unies, ne s'attachant qu'aux parties saillantes et ne pouvant, à cause de sa faiblesse, pénétrer dans les vallées qui les séparent. Elle ne conserve pas même la forme des objets, et croit rondes les tours carrées. Ainsi tout prouve qu'à de très-grandes distances, elle ne nous présente que des images obscures et confuses (1). L'astre du jour est donc grand, suivant le témoignage de l'Écriture, et infiniment plus grand qu'il ne paraît.

naturelle, que l*on donne souvent par métaphore le nom d'ailes aux voiles des vaisseaux. Eschyle {Prométhée, v. 4.68) appelle les vaisseaux • des chars aux ailes de lin. » Lucrèce et Virgile donnent à la mer l'épiihète de velivolum :

Tum mare velivolum florebat navibu' pandis,

(Lucrèce, v, 14.41.) Tout le monde connaît les vers d'Alzire :

Je montrai le premier au peuple du Mexique L'appareil inouï, pour ces mortels nouveaux, De nos châteaux ailés qui volaient sur les eaux. (1) • D'où vient que dans l'éloignement les objets visibles paraissent plus » petits ?... Est-ce parce que nous ne voyons la grandeur que par accident » et que nous percevons d'abord la couleur ? En ce cas, un objet se trouve-

• t-il près de nous, nous voyons quelle est sa grandeur colorée. Se trouve- » t-il loin de nous, nous voyons seulement qu'il est coloré ; mais nous ne » distinguons pas assez bien ses parties pour avoir une connaissance exacte » de sa grandeur parce que ses couleurs sont moins vives... La grandeur » liée à la couleur diminue proportionnellement avec elle. Cela est évident » quand on voit un objet varié ; quand on considère, par exemple, des mon-

• tagnes couvertes d'habitations, de forêts et de mille autres choses. La vue » des détails permet de juger de la grandeur de l'ensemble. Mais, quand

• l'aspect des détails ne vient pas frapper l'œil, celui-ci ne peut plus con- » naître la grandeur de l'ensemble en mesurant par les détails la grandeur » offerte à ses regards, • (IMotin, En7i. ii, I, vm, 1.)

X. Voici encore une preuve évidente de sa grandeur. Bien que le ciel soit rempli d'astres sans nombre, leur lumière réunie ne peut dissiper la tristesse de la nuit. Seul, dès qu'il parait à l'horizon et même avant que la terre, encore dans l'attente, ait pu l'apercevoir, le soleil dissipe les ténèbres, fait pâlir les étoiles, dissout et disperse l'air qui s'était épaissi et condensé sur nos tètes, produisant ainsi les brises matinales et la rosée qui dans la sérénité du ciel ruisselle sur la terre. La terre avec cette étendue pourrait-elle être éclairée tout entière en un moment, si un disque immense ne lui envoyait sa lumière? Reconnais ici, je l'en prie, la sagesse de l'artisan. Vois comme il a proportionné à une telle distance la chaleur du soleil , assez faible pour ne pas consumer la terre dans ses plus grands excès, assez forte pour ne pas la laisser se refroidir et la rendre inféconde en lui faisant défaut.

Pour tout ce qui vient d'être dit, vois dans la lune une ressemblance fraternelle : elle aussi , elle a un corps immense, dont l'éclat ne le cède qu'à celui du soleil. Nos yeux cependant ne la voient pas toujours dans toute sa grandeur: tantôt elle nous montre un disque parfaitement arrondi ; tantôt, diminuée et amoindrie, elle laisse voir une échancrure à un de ses côtés. Car autre est la partie que son accroissement laisse dans l'ombre, autre est celle qui se cache dans son décroissement. Or, ce n'est pas sans une secrète raison du sage artisan de l'univers, que la lune revêt tour à tour des formes si diverses. Elle nous présente un exemple frappant de notre nature. Rien n'est stable dans l'homme : ici, du néant il s'élève à la perfection ; là, après s'être hàlé de déployer sa vigueur et avoir atteint tout sa

iZS liEXAMEUON.

grandeur, il subit d'insensibles décroissemenls , dépérit et, à force de s'affaiblir, finit par disparaître. Ainsi, la vue de la lune , en nous faisant penser aux rapides vicissitudes des choses humaines, doit nous apprendre à ne pas nous enorgueillir des félicités de celle vie , à ne pas nous glorifier de notre puissance, à ne pas nous enthousiasmer pour des richesses incertaines , à mépriser la chair où règne le changement, et à prendre soin de l'àme (1) dont les biens sont inébranlables. Si la ne vois pas sans Irislesse la lune perdre son éclat par une décroissance insensible , combien doit t'aftliger la vue d'une àme qui , après avoir possédé la vertu, perd sa beauté par négligence, et ne reste jamais dans les mêmes sentiments , mais s'agite et change sans cesse au gré de l'inconstance de ses pensées. Ge que dit rÉcrilure est bien vrai : L'insensé change comme la lune (T).

Je crois aussi que les variations de la lune ne sont pas sans exercer une grande influence sur l'organisation des animaux et sur tout ce qui nait de la terre. Car les corps sont différemment disposés à son décroissement et à son accroissement. Diminue-t-elle , ils deviennent lâches et tlasques ; si elle s'accroît et se hàle d'arriver à sa plénitude, •Is semblent se remplir avec elle, grâce à une humidité imperceptible qu'elle envoie mêlée à sa chaleur et qui pénètre tout (3). Pour preuve, vois comme ceux qui dorment

(1) Prendre soin de l'âme, précepte de Socrate, sur lequel, à l'exemple de l^lalon, saint Basile se plaît à revenir,

(2) Ecclésiastique, xxvii, 12.

(3) « L'air se fondant aux pleines lunes plus qu'en autre temps, rend lors » plus grande quantité de rosée. Ce que le poète lyrique àlcman nous » donne eouvertement à entendre quand il dit :

SIXIÈME IIOMKLlt:. 439

au clair de la lune sentent rhumidilc remplir toute leur tète (1); vois comme les chairs fraiches tournent vite sous Faction de la lune (2) ; vois la cervelle des animaux, les parties les plus humides des monstres marins, la moelle des arbres. Évidemment pour faire ainsi participer toute la nature à ses changements, il faut que la lune soit, selon le témoignage de TÉcrilure, d'une grandeur et d'une puissance prodigieuse.

XI. Les dispositions de l'air dépendent aussi de ses variations, comme le prouvent les troubles soudains qui, lors de la nouvelle lune, viennent souvent, au milieu du calme et du silence des vents, agiter les nuages et les heurter les uns contre les autres ; coinme le prouvent encore le flux et le reflux des détroits et le mouvement rétrograde de l'Océan , que les habitants de ses rivages voient suivre régulièrement les révolutions de la lune. Les détroits vont et reviennent d'un rivage à l'autre, pendant les différentes phases de la lune ; mais, à sa naissance, ils n'ont pas un instant de repos, et se meuvent dans un balancement perpétuel, jusqu'à ce que l'astre, reparaissant, vienne régulariser leur cours incertain. Quant à la mer Occidentale, on

» De Jupiter et de la Lune fille,

» Dame Rosée. » (Plutarque, Propos de Table, m, 10.) Virgile appelle aussi la lune : Roscida luna.

(1) La médecine ancienne s'était préoccupée de celle influence delà lune et le médecin philosophe Cassius recherche, {Quœstion, medic. probl. xxv), « pourquoi ceux qui sont éveillés sous la lumière de la lune si longtemps qu'ils y restent, n'en reçoivent aucun mal, tandis que ceux qui dorment sous ses rayons éprouvent des douleurs de tête. »

(2) « Pourquoi est-ce que les chairs se corrompent plus tost à la lune que » non pas au soleil ? » Telle est la dixième question du troisième [livre des Propos de table de Plutarque. C'est parce que « la lumière de la lune » a je ne sçay quoy d'humide, et propriété de lascher et d'humecter... »

UO HEXAMÉRON.

la voil, dans son tlnx et son refinx, (anlôl rentrer dans son lit et tantôt déborder comme si la lune par sa respiration l'attirait en arrière, puis de son souffle la poussait vers ses limites (1).

Si je suis entré dans ces détails, c'était pour montrer la grandeur des corps lumineux et faire voir que dans les paroles inspirées pas une syllabe n'est oiseuse. Et pourtant mon discours n'a toucbé presque à rien d'important, et, sur la grandeur et la distance du soleil et de la lune ; il est bien d'autres découvertes auxquelles arriverait par le raisonnement celui qui ferait une étude sérieuse de leur action et de leur vertu. Faisons donc ingénument l'aveu de notre l'aiblesse , de peur que vous ne mesuriez à nos paroles les plus grands ouvrages du Créateur ; le peu que je vous ai dit doit bien plulôt vous faire deviner les merveilles qui m'ont échappé. Ce n'est donc pas avec l'œil qu'il faut mesurer la lune, mais avec la raison, qui, pour la découverte de la vérité, est beaucoup plus sûre que rœil.

Partout ont circulé de ridicules contes de vieilles femmes, imaginés dans le déiire de l'ivresse : ainsi, des enchantemenls pourraient enlever la lune de sa place et la faire descendre sur la terre. Comment le charme d'un ma-

(1) Qiia vi maria alla tumescant

Objicibus ruptis, rursusque in se ipsa résidant,

(Virgile, Georg. n, v. 4.79.)

« Pythéas de Marseille tient que la pleine lune est celle qui fait le flux, » et le decours le reflux... Zaleucus le mathématicien, qui fait la terre » mobile, dit que le mouvement d'icelle est contraire et opposite à celuy de » la lune, et que le vent estant tiré cà et là, à ^opposite, par ces deux con- » traires révolutions, venant à donner dedans l'océan Atlantique, brouille » aussi la mer à mesure qu'il se remue. » (Plutarque, Opinions des Phil. ni, 17. )

SIXIEME HOMELIE. 441

gicien pourrait-il ébranler celle dont le Très-Haut a posé les fondements ? Et , une fois arrachée , quel lieu pourrait la contenir?

Veux-tu sur de légers indices le faire une idée de sa grandeur? Toutes les villes de l'univers, si éloignées les unes des autres, reçoivent également la lumière de la lune dans celles de leurs rues qui sont tournées vers l'orient. Si elle ne les regardait toutes face à face , celles qui seraient juste vis-à-vis d'elle seraient seules entièrement éclairées ; pour celles qui dépasseraient les extrémités de son disque, elles n'en recevraient (jue des rayons détournés et obliques. C'est l'eiTet que, dans les maisons, nous présente la lumière des flambeaux ; si un flambeau est entouré de plusieurs personnes, l'ombre seule de celle qui se trouve directement en face, se projette en droite ligne ; les autres suivent de chaque côté des lignes inclinées. De même, si le corps de la lune n'avait une immense et prodigieuse grandeur, toute la terre ne le verrait pas s'étendre en face d'elle. En efî'et, quand la lune se lève dans les régions équinoxiales , tous jouissent également de sa lumière, et ceux qui habitent la zone glacée , sous les révolutions de l'Ourse , et ceux qui demeurent au fond du midi , dans le voisinage de la zone torride. En se présentant face à face à tous les peuples, elle nous donne une preuve manifeste de sa grandeur. Qui donc voudrait nier l'immensité d'un corps qui se partage également à une telle distance ?

Mais en voilà assez sur la grandeur du soleil et de la lune. Que celui qui nous a donné rinlelligence pour reconnaître dans les plus petits objets la grande sagesse de l'ouvrier, nous fasse trouver dans ces grands corps une idée

ii'2 HEXAMÉRON.

plus haute encore de leur Créateur. Et pourtant, comparés avec leur auteur, le soleil et la lune ne sont qu'une mouche et une fourmi. Car l'univers entier ne peut nous donner une juste idée de la grandeur de Dieu , et ce n'est que sur des indices faibles et légers par eux-mêmes, souvent à l'aide des plus petits insectes et des moindres plantes, que nous nous élevons à lui. Contents de ces paroles, offrons nos actions de grâces, moi à Celui qui m'a donné ce ministère de la parole, vous à Celui qui vous nourrit des aliments spirituels, qui même, en ce moment, vous fait trouver dans ma faible voix la force du pain d'orge. Puisset-il vous nourrir éternellement, et, en proportion de votre foi, vous accorder la manifestation de son esprit (1) en Jésus-Christ Notre Seigneur, à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

(1) Corinth. xii, 7.

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SEPTIEME HOMELIE.

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