CRÉATION DES OISEAUX
I. Que la terre produise une âme vivante. — La terre n'est pas animée.
— Supériorité de l'animal doué d'une âme vivante sur le reptile animé, sur le poisson. •
il. Difl'érence de l'àme des bêles et de celle de l'homme. — L'orateur s'apercevant qu'il a oublié les oiseaux, revient à leur création, — Pourquoi les eaux produisent-elles les poissons et les oiseaux? Parce que les uns et les autres nagent, soit dans l'eau, soit dans l'air.
III. Quatre grandes classes d'oiseaux. — Leurs différentes manières de vivre ; leurs mœurs ; leurs passions.
IV. Les abeilles. — Leur roi. — Elles recueillent le miel sur les feuilles. — Science parfaite avec laquelle elles construisent leurs cellules.
V. Prévoyance des grues. — Émigration des cigognes. — Soin que les jeunes cigognes prennent de leurs vieux parents. — Industrie de l'hirondelle.
— L'alcyon. — Pendant qu'il pond et couve, en plein hiver^ Dieu calme la redoutable mer.
V^I, Fidélité de la tourterelle. — Barbarie de l'aigle pour ses petits; générosité de l'orfraie qui les reçoit. — Les vautours fécondés sans s'unir avec les mâles.
VII. Oiseaux de nuit. — Mélodie du rossignol. — La chauve-souris. — La chouette. — Oiseaux de jour. — Le coq, avant-coureur du soleil. — Vigilance de l'oie. — Conjecture des vautours à la vue des armées qui se préparent au combat. — Invasion des sauterelles. — Voracité de la grive pour remédier à ce fléau. — Les insectes privés de poumon et de respiration . — Organisation particulière des oiseaux aquatiques ; le cygne.
VIII. La résurrection prouvée par les métamorphoses du ver à soie. Péroraison. — L'orateur n'a pas retenu ses auditeurs sans profil. — Plaisirs
spirituels, préférables à ceux du monde. — Abus que les oisifs font du temps.
— Fureur du jeu.
L El Dieu dit: Que la terre produise une âme vivante selon chaque espèce, des quadrupèdes, des reptiles et des bêtes sauvages, selon leurs différentes espèces. Et cela se fit ainsi. Le commapdeinent (ie Dieu avance pas à
pas, et la terre reçoit aussi sa parure. Hier il était dit : Que les eaux piodiiisent des reptiles animés ; et aujourd'hui : Que la terre produise une âme vivante. La terre est-elle donc auimée ? El les Manichéens , ces sectaires extravagants, onl-ils lieu de lui donner une àme (1)? A ces mots : Que la terre produise, elle ne mit pas au jour un germe renfermé dans son sein, mais elle reçut à la fois de Dieu l'ordre et la puissance de produire. Lorsqu'elle avait entendu ce commandement : Que la terre fasse germer de V herbe verte et des arbres fruitiers , ce n'était pas une herbe renfermée dans son sein, qu'elle avait fait jaillir ; ce n'étaient pas un palmier, un chêne, un cyprès, retenus jusque-là dans ses profondeurs, qu'elle avait élevés à sa surface. C'est la parole de Dieu qui forme la nature des êtres. Que la terre fasse germer ; c'est-à-dire, non qu'elle mette au jour ce qu'elle renferme , mais qu'elle acquière ce qui lui manque, qu'elle reçoive la puissance de se déployer. De même aujourd'hui : Que la terreproduise une âme, non l'âme qu'elle renferme en ellemême, mais celle que lui donne l'ordre de Dieu. 11 y a plus : les Manichéens se contredisent eux-mêmes ; car si la terre a produit l'âme, elle s'en est donc dépouillée. Leur exécrable doctrine se fait assez connaître.
Mais pourquoi les eaux reçurent-elles l'ordre de produire des reptiles animés, et la terre une âme vivante? Réfléchissons que, par leur nature, les animaux nageurs semblent n'avoir qu'une vie imparfaite, parce qu'ils vivent dans l'élément épais de l'eau. Ils ont l'ouïe dure et la vue
(1) Voyez page 336, note 2.
HUITlEiME HOMELIE. 465
affaiblie par l'eau ; ils n'ont point de mémoire, point d'imaginalioi), nulle idée de liaison. Aussi le langage divin semble indiquer que, dans les animaux aquatiques, la vie charnelle préside aux mouvements animés, tandis que, dans les animaux terrestres, doués d'une vie plus parfaite, l'àme jouit de l'autorité suprême. En effet, la plupart des quadrupèdes ont plus de pénétration dans ies sens, aperçoivent vite les objets présents, gardent un exact souvenir du passé. Il semble donc, d'a|)rès l'ordre donné aux eaux de produire des reptiles animés, que Dieu a créé pour les animaux aqnatifiues de simples corps animés, tandis que, pour les animaux terrestres, il commande à l'àme d'exister et de diriger les corps, montrant ainsi que les habitants de la terre sont doués d'une plus grande force vitale. Sans doute, les animaux terrestres sont eux-mêmes privés de raison. Toutefois, que d'affections de l'àme chacun d'eux fait entendre par la voix de la nature ! Ils expriment par des cris leur joie et leur tristesse, la reconnaissance de ce qui leur est familier, le besoin de nourriture, le regret d'être séparés de leurs compagnons , une multitude de passions. Les animaux aquatiques, au contraire, ne sont pas seulement muets ; il est encore impossible de les apprivoiser, de les dresser, de les plier à la société de l'homme. Le bœuf connaîl celui qui le possède , et l'âne la crèche de son maître (1). Mais le poisson ne saurait connaître celui qui le nourrit. L'àne connaît la voix qui lui est familière ; il connaît le chemin qu'il a suivi plus d'une fois, et même, si l'homme s'égare, il lui sert de guide.
( i) Isaïp, I, -2.
46i HEXAMÉRON.
Quant à l'ouïe, il l'a plus fine que tout autre animal terrestre. Quel est l'habitaut des mers qui pourrait montrer autant de rancune et de ressentiment, une colère aussi opiniâtre que le chameau. Longtemps après avoir élè frappé, le chameau couve toujours son ressentiment, jusqu'à ce qu'il trouve enfin l'occasion d'assouvir sa vengeance. Ecoulez, vous dont le cœur ne pardonne point, vous qui pratiquez la vengeance comme une vertu ; voyez à qui vous ressemblez, lorsque vous conservez si longtemps votre chagrin contre le prochain, véritable étincelle, cachée sous la cendre, qui n'attend qu'un aliment pour s'enflammer et consumer votre cœur.
II. Que la ferre produise une âme vivante. Pourquoi la terre produit-elle une âme vivante ? Afin que tu melles une différence entre Tàme des bétes et celle de l'homme. Tu apprendras bientôt comment fut formée l'àme humaine ; écoute maintenant ce qu'est l'âme des êtres privés de raison. Puisque, selon l'Écriture, la vie de chaque animal est son sang (1), que le sang s'épaissit pour se changer en chair, et que la chair se corrompt pour se décomposer en terre, l'àme des bêtes est naturellement une substance terreuse. Que la terre produise une âme vivante^ Vois l'affinité de l'âme avec le sang, du sang avec la chair, de la chair avec la terre ; et, remontant en sens inverse, de la terre à la chair, de la chair au sang, du sang à l'âme, tu trouveras que l'âme des bêtes est de la lerre. Ne va pas croire qu'elle soit antérieure à la formation de leur corps,
(1) f.evi/. wii, 11.
ni qu'elle survive à la dissoluliou de la chair (1) ; luis le bavardage de ces philosophes arrogants qui ne rougissen!. pas d'assimiler leur àme à celle d'un chien ; qui disent avoir été jadis eux-mêmes femmes, arbrisseaux, poissons de mer (5). Ont-ils jamais été poissons : je n'en sais rien ;
(1) Pour les Alexandrins, le principe qui anime les animaux est la nature animale, appelée aussi âme sensilive et végétative, ou raison séminale. C'est l'opinion d'Aristote, adoptée plus tardpar saint Thomas, et reproduite par Bossuet dans le traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, cli. v, § 13. • Il se voit donc, dit Bossuet, que les sensations d'elles-mêmes ne » font point partie de la nature spirituelle, parce qu'en effet elles sont » totalement assujetties aux objets corporels et aux dispositions corporelles » Quand donc on aura donné les sensations aux animaux , il paraît qu'on ne » leur aura rien donné de spirituel. Leur âme sera de même nature que leurs » opérations, lesquelles en nous-mêmes, quoiqu'elles viennent d'un principe » qui n'est pas un corps, passent pourtant pour charnelles et corporelles par » leur assujettissement total aux dispositions du corps. De sorte que ceux » qui donnent aux bêtes des sensations et une âme qui en soit capable, » interrogés si cette âme est un esprit ou un corps, répondront qu'elle n'est » ni l'un ni l'autre. C'est une nature mitoyenne, qui n'est pas un corps, » parce qu'elle n'est pas étendue en longueur, largeur et profondeur ; qui « n'est pas un esprit, parce qu'elle est sans intelligence, incapable de possé- » der Dieu et d'être heureuse.
» Ils résoudront par le même principe l'objection de l'immortalité. Car » encore que l'âme des bêtes soit distincte du corps, il n'y a point d'appa- » rence qu'elle puisse être conservée séparément, parce qu'elle n''a point » d'opération qui ne soit absorbée totalement par la matière. »
(2) Opinion de quelques philosophes physiciens, Empédocle {Annot. Jahnii ad Greg. Nyss., de Anima, p. 288) et Anaximandre.
« Les descendants de l'ancien Hellen sacrifient à Neptune Patrogénien, » c'est-à-dire progéniteur, ayant opinion que l'homme était né d'une » substance humide. Et c'est pourquoy ils adorent le poisson, comme estant » de mesme génération et de mesme nourriture qu'eux, philosophants en » cela avec plus d'apparence et de raison que ne fait Anaximander, lequel
• n'aflerme pas que les hommes et les poissons ayent été nez en mesmes » lieux, ains dit que les hommes ont premièrement été nez dedans les pois- » sons mesmes, et nourris comme les petitz, et puis quand ils furent devenus » suffisants de s'aider, alors ils en furent jettez dehors, et se prirent à la
• terre. » (Plutarque, Des Propos de table, viii, 8. Trad. d'Amijof.)
466 ' HEXAMÉRON.
mais je ne crains pas d'affirmer que dans leurs écrits ils montrent moins de raison que ces animaux.
Que la terre produise une âme vivante Beaucoup
d'entre vous se demandent peut-être pourquoi ce court silence au milieu du rapide élan de mon discours. Les plus studieux de mes auditeurs n'en ignorent pas le motif. Comment ? Ne les ai-je pas vus s'entre-regarder, se faire des signes en tournant les yeux vers moi, et me rappeler ce que nous avons passé. Nous avons oublié une partie de la création, et une des plus considérables : mon discours s'est terminé avant de l'avoir abordée. Que les eaux produisent des reptiles animés selon leur espèce, et des oiseaux qui volent sur la terre dans le firmament du ciel. Nous avons parlé des poissons pendant toute la soirée : aujourd'hui, nous sommes passés à l'examen des animaux terrestres; entre les deux, les oiseaux nous ont échappé. Semblables à ces voyageurs sans mémoire qui, pour avoir oublié un objet important, sont obligés, quoiqu ils aient fait beaucoup de chemin, de revenir sur leurs pas, bien punis de leur négligence par la fatigue de la roule , il nous faut aussi retourner en arrière. Ce que nous avons laissé n'est pas à mépriser. C'est la troisième partie du règne animal, de ce règne qui embrasse les habitants de la terre, des airs et des eaux.
Que les eaux, esi-\\-dii, produisent des reptiles vivants, selon leur espèce, et des oiseaux qui volent sur la terre dans le firmament du ciel. Pourquoi les eaux donnentelles aussi naissance aux oiseaux ? Parce qu'il y a comme un lien de famille entre les animaux qui volent et ceux qui nagent. De même que les poissons fendent les eaux, en se
servant de leurs nageoires pour se portei' en avant et de leur queue pour diriger leurs différenles évolutions ; ainsi nous voyons les oiseaux nager dans les airs à l'aide de leurs ailes. Doués, les uns et les autres, de la propriété de nager, leur naissance du sein des ondes en a fait une même famille (1). Toutefois, il n'est pas un oiseau sans pattes, parce que trouvant tous leur nourriture sur la terre, ils ne peuvent se passer de leur ministère. Ceux qui vivent de proie ont des ongles pointus pour pouvoir serrer leur prise ; les autres reçuient Tindispeiisable usage des pieds pour chercher leur nourriture et pourvoir aux autres besoins de la vie. 11 en est peu qui marchent mal, et dont les pattes ne soient propres ni à la marche, ni à la chasse. De ce nombre sont les hirondelles aussi incapables de marcher que de chasser, et les oiseaux appelés /awc/?,eî«r5, qui vivent de petits insectes emportés dans les airs. Quant à Thirondelle,son vol,qui rase la terre, lui remplit l'oflice des pattes. 111. Il y a aussi des milliers d'espèces parmi les oiseaux. Si on les passait toutes en revue, comme nous avons fait en partie pour les poissons, on trouverait que, sous un seul nom, les êtres qui volent diffèrent à l'infini de grandeur, de formes et de couleurs ; que dans leur vie, leurs actions et leurs mœurs, ils présentent une variété non moins inexprimable. Aussi a-t-on essayé de leur imaginer des noms,
(1) « Qui a donné aux oiseaux et aux poissons ces rames naturelles, qui • leur font fendre les eaux et les airs ? Ce qui peut-être a donné lieu à leur » Créateur de les produire ensemble, comme animaux d'un dessin à peu » près semblable ; le vol des oiseaux semblant être une espèce de faculté de . nager dans une liqueur plus subtile, comme la faculté de nager dans les » poissons est une espèce de vol dans une liqueur plus épaisse, »
(Bossuet, V Élév. H""" Sem.)
à6H HEXAMÉRON.
dont la singularité et l'étrangeté fassent comme des marques distinctives pour faire connaître le caractère de chaque espèce. Ceux-ci, comme les aigles, furent appelés Schizoptères ; ceux-là, comme les chauves-souris, Dermoptères ; d'autres Plilotes, comme les guêpes; d'autres Coléoptères, comme les scarabées et tous les insectes qui , nés dans des étuis et des enveloppes, brisent leur prison pour voler en liberté (1). Mais nous, pour caractériser chaque espèce, nous avons assez des mots d'un usage commun et des distinctions que l'Ecriture établit entre les oiseaux purs et les oiseaux impurs. Ainsi, autre est l'espèce des carnivores et l'organisation qui convient à leur manière de vivre : des serres acérées, un bec recourbé, des ailes rapides, qui leur permettent de fondre facilement sur leur proie et de la déchirer après l'avoir saisie (^). Autre est l'organisation de ceux qui ramassent des graines, ou encore de ceux qui vivent de tout ce qu'ils rencontrent. Quelles différences dans tous ces animaux ! Les uns vivent en troupes, excepté pourtant les oiseaux de proie qui ne connaissent d'autre société que l'union conjugale ; mais mille espèces, les colombes, les grues, les étourneaux, les geais, aiment la vie commune (3). Parmi elles, il en est qui vivent sans chef et
(i) 2;^tÇ67rT£p£S, Schizoptères, ayant les ailes composées de plumes séparées ; û£p//ônT£p£ç, dermoptères, ayant les ailes membraneuses ; tttiIco- TOt, ptilotes, ayant les ailes à membrane sèche; xou^sÔTrrspes, coléoptères, ajant les ailes renfermées dans un étui. C'est la division d'Aristote {Hist. ànim. i, 5). On voit que saint Basile ne définit pas exactement la classe des coléoptères.
(2) « Tous les oiseaux qui ont les serres recourbées sont carnivores. » (Aristote, Hist. anim. viii, 3.)
(3) « Le semblable cherche son semblable ; le geai vole auprès du geai. » (Aristote, Morale à Nicom, viii, 1.)
dans une sorte d'indépendance ; d'antres, comme les grues, ne refusent pas de se soumettre à la conduite d'un chef. Nouvelle différence entre elles : celles-ci sont sédentaires et ne quittent point leur pays : celles-là entreprennent de longs voyages et, pour la plupart, émigrent à l'approche de l'hiver. Presque tous les oiseaux s'apprivoisent et sont capahles d'éducation, excepté les plus faibles, qui , par crainte et par timidité, ne peuvent supporter le perpétuel et importun contact de la main humaine. Les uns aiment la société de l'homme et habitent nos demeures ; d'autres se plaisent sur les montagnes et dans les lieux déserts. Quelle différence encore si nous passons à la voix ! Les uns babillent et gazouillent, d'autres sont silencieux ; ceux-ci ont une voix mélodieuse et sonore , ceux-là sont incapables de moduler des sons et de chanter ; il en est qui imitent la voix de l'homme, il en est d'autres qui font entendre un cri monotone et toujours le même. Le coq est fier ; le paon se complaît dans sa beauté ; les colombes et les poules sont voluptueuses, s'abandonnant partout à leur passion. La perdrix est trompeuse et jalouse, prêtant un perfide secours aux chasseurs pour saisir leur proie (1).
IV. Quelle variété, avons-nous dit, dans les actions et la vie des oiseaux! Il est même de ces êtres privés de raison qui ont un gouvernement, si le propre d'un gouvernement est de faire concourir l'activité de tous les indi-
(I) « La perdrix est un oiseau malicieux et rusé Les perdrix appri-
» voisées ne peuvent supporter, repoussent et maltraitent les perdrix sau- » vages. Celle qui mène la bande sauvage s'élance sur la perdrix chassc-
• resse, comme pour engager le combat. Elle n'est pas plutôt prise dans le
• piège, qu'une autre s'avance de la même manière. » (Arist. Hist. anim. IX, 10.)
470 HEXAMÉRON.
vidus à un but commun. C'est le spectacle que présentent les abeilles. Elles ont une commune demeure; ensemble elles se répandent dans les airs, ensemble elles s'occupent d'un même travail ; et, ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est qu elles se livrent à ces travaux sous la conduite d'un roi ; c'est qu elles ne se permettraient pas d'aller dans les prairies, sans voir ce roi voler à leur tète. Ce roi, ce n'est pas l'élection qui lui confie son pouvoir : rignorance du peuple l'expose habituellement aux plus mauvais choix; ce nest pas le sort : les aveugles décisions du sort donnent souvent la puissance au plus indigne. Ce n'est pas non plus l'hérédité qui le place sur le trône : il n'est que trop ordinaire de voir les enfants des rois, corrompus par la mollesse et la flatterie, vivre dans l'ignorance de toute vertu. C'est la nature qui fait le roi des abeilles en lui donnant la force, la beauté et la douceur du caractère. 11 a un aiguillon comme les aulres, mais il ne s'en sert point pour se venger (1). C'est un principe de loi naturelle et non écrite, que ceux qui sont élevés à de hauts emplois, doivent être lents à punir. Les abeilles mêmes qui ne suivent pas l'exemple de leur roi, ne tardent pas à se repentir de cette imprudence, puisqu'elles perdent la vie avec leur aiguillon. Écoutez, chré-
(1) « Les abeilles ont un aiguillon. Les rois et les chefs l'ont aussi, mais » ne s'en servent pas : ce qui a fait croire à quelques-uns qu'ils en sont . privés. » (Arist. Hist. anim. v, 21.) Elien (ii, 60) et Pline (ii, 17), rapportent les deux opinions. Voici ce que dit Pline : « Non constat inter » auctores re\ nullumne solus habeat aculeum, majestate tantum armatus : » an dederit eum quideni natura, sed usum ejus illi tantum negaverit. lUud » constat, imperatorem aculeo non uli. »
Naturellement saint Basile croyait avec toute l'antiquité que les abeilles avaient un roi et non une reine.
HUITIEME HOMELIE. 471
liens, vous à qui il est défendu de rendre le mal pour le mal, et commandé de vaincre le mal par le bien (1). Modelez-vous sur l'abeille, qui forme ses rayons sans nuire à personne et sans attenter au bien d'autrui. Elle va recueillir ouvertement la cire sur les fleurs, et, pompant avec sa trompe le miel répandu, comme une rosée, sur leur calice, elle le dépose dans le creux de ses rayons. Aussi, d'abord, est-il liquide : c'est le temps qui Tépaissil et lui donne sa douceur C^).
Le livre des Proverbes a donné à l'abeille la plus belle louange et la plus honorable, en l'appelant sage et laborieuse (3). Autant elle met d'activité à ramasser ce précieux aliment, où rois et particuliers trouvent un salu-
(1) Rom. XII, 17, 21.
(2) C'était une croyance générale chez les anciens que le miel n'était point formé du suc des fleurs, mais qu'il tombait du ciel comme une rosée, roscida mella, et que les abeilles n'avaient qu'à le recueillir. C'était la cire qu'elles tiraient des fleurs. « Les abeilles construisent leurs rayons avec » des fleurs, forment la cire des pleurs des arbres, et recueillent le miel, qui
» tombe de l'air Le miel, en se cuisant, s'épaissit avec le temps : car,
» dans le principe, il est comme de l'eau. » (Arist. Hist. anim. v, 22.)
Protinus aerii mellis cœlestia dona...
Pars intra sœpta domorum
Narcissi lacrimam, et lentum de cortice gluten, Prima favis ponunt fundamina, deinde tenaces Suspendunt ceras ; aliae purissima mella Stipanl, et liquido distendunt nectare cellas.
Verum ipsae e foliis natos et suavibus herhis Ore legunt. (Virgile, Georg. iv, passim.)
(3) Proverbes, vi, 6. Après le sixième verset de la Vulgnle, Va à la fourmi, paresseux.., les Septante ajoutent ces mots, qui ne se trouvent pas non plus dans l'hébreu : Ou hien va à Cabeille, et apprends comme elle est laborieuse, et combien est vénérable son travail dont 1rs fruits procurent la santé aux rois et aux particuliers.
472 HEXAMÉRON.
taire remède; autant elle déploie d'art et d'adresse dans la construction des cellules qui doivent recevoir le miel. Après avoir étendu la cire sous forme d'une membrane légère, elle la distribue en compartiments serrés et contigus, qui, si faibles qu'ils soient, par leur nombre et leur ensemble soutiennent tout l'édifice. Chaque case, en effet, tient à celle qui l'avoisine et s'en sépare par une légère cloison, et l'on voit ainsi deux ou trois étages d'alvéoles bâtis l'un sur l'autre. L'abeille se garderait bien de ne faire qu'une vaste cavité, de peur que, rompant sous le poids de la précieuse liqueur, elle ne la laissât couler dehors. Vois comme les découvertes de la géométrie coûtent peu à la sage abeille (1) : les cellules des rayons, toutes hexagones et à côlés égaux, ne portent pas les unes sur les autres en lignes droites, pour ne point fatiguer les côtés non soutenus. Mais les angles des hexagones inférieurs servent de fondements et de bases à ceux qui s'élèvent par-dessus, afin de présenter un sûr appui à la masse supérieure, et que chaque cellule garde fidèlement le liquide trésor (2).
(1) '< Les abeilles connaissent la géométrie, la beauté des figures, l'élé- » gance de la construction, sans instruction, sans règles, sans compas, » quand elles forment leurs liexagones à côtés égaux. » (Elien, v, 13.)
(2) Saint Ambroise, en écrivant sur les abeilles, avait dans la mémoire les vers de Virgile et sous les yeux l'bomélie de saint Basile.
« Nunc âge, quae aves velut quamdam rempublicam curare videantur ex- » pediam, atque vitae hujus ailatem agere sub legibus. Hic enim reipublicœ » usus est, leges omnibus esse communes, atque observari eas devotione » commun! : uno omnes teneri vinculo ; non alteri jus esse, quod alius sibi » intolligat non licerc ; sed quod liceat, licere omnibus; et quod non liceat, » omnibus non licere. Esse etiam communem reverentiam patrum, quorum V consilio respublica gubernetur, commune omnibus urbis domicilium, com-
V. Comment faire une exacte revue de toutes les particularités que présente la vie des oiseaux? Pendant la nuit les grues se tiennent en sentinelle à tour de rôle; les unes dorment, les autres font la ronde et procurent à leurs
» mune conversationis officium, unuin prsescriptum omnibus, unum esse con- > silium.
» Magna hoec, sed quanto in apibus prœstantiora, quae solac in omni génère » animanlium oommunom omnil)us sobolem habent, unam omnes incolunl » mansionem, unius palria; clauduntur limine ; in commune omnibus labor, » commiinis cibus, communis operalio, communis usus et fructus est, com- » munis volatus,. .
•• Ipsae sibi regem ordinant, ipsae sibi populos créant ; et, licet posîtœ sub » rege, sunt tamen liberae. Rex autem non sorte ducitur ; quia in sorte even- » tus est, non judicium, et saepe irralionabili casu sortis melioribus ultimus » quisque prœfertur ; neque iniperitae multiludinis vulgari clamore signatur, » quae non mérita virlutis expendit, nec publicae ulilitatis emolumenta rlma- » tur, sed mobiiitatis nutat incerto; neque privilegio successionis et generis » regalibus thronis insidet : siquidem ignarus publicae conversationis, cau- » lus alque eruditus esse non polcrit. Adde adulationes atque delicias, quae, » teneris inolila; setalibus, vel acre ingenium enervare consueverunt. Apibus » autem rex uaturae claris formatur insignibus : ut magnitudine corporis » praistet et specie ; tum, quod in rege praecipuum est, morum mansuetu- » dine. Nam etsi babet aculeum, tamen eo non utilur ad vindicandum...
» Processus autem est per rura redolentia, ubi inhalantes horti floribus, » ubi fugiens rivus per gramina, ubi amaena riparum... Opus ipsum suave : » de floribus, de berbis dulcibus fundamina castrorum prima ponuntur... » Quis architeclus eas docuit hexagonia ilJa cellularum indiscreta laterum » aiqualitate componere, ac tenues inter domorum septa ceras suspendere, ). stipare mella, et inlexta floribus horrea nectare quodam distendere ? Cer- » nas omnes cerlare de munere : alias iuvigilare quaerendo viclum, alias de >. floribus ceras fingere, alias rorem infusum floribus ore colligere...
» Merito quasi bonam operariam Scriptura apem prœdicat, dicens : Vade » ad apem, et vide quomodo operaria est. Operationem quoque quant « venerabilem mi.rcatur, cujus lahorem regfs et médiocres ad salutem » sumunt. Appetibilis enim est omnibus et clara. Audis quid dicat pro- » phela? Miltit ulique te ut apiculœ illius sequaris exemplum, imileris ope- » rationem. Vides quam laboriosa, quam grata sit. Fructus ejus ab omnibus » desideralur et quatritur, nec pro personarum diversitate discernitur; sed » indiscreta sui gratia regibus pariter ac mediocribus sequali suavitate dul- » cessit. » [Hexaemeron, v, 21.)
474 HEXÂMERON.
compagnes un tranquille sommeil. Après avoir fait son temps de faction, la sentinelle pousse un cri et s'endort ; et celle qui la relève, lui procure à son tour la sécurité qu'elle en a reçue (1). Dans leur vol, tu verras régner le même ordre: cest maintenant à celle-ci d'ouvrir le chemin ; quand elle a guidé le vol de la bande pendant un temps déterminé, elle passe par derrière, laissant à celle qui vient après elle le soin de diriger la marche.
Qui ne croirait les cigognes douées d'une intelligence raisonnable? La même saison les voit toutes émigrer en ces régions ; il ne faut qu'un signe pour les en faire toutes partir. Et nos corneilles, leur servant d'escorte, vont, ce me semble, les reconduire et leur prêter secours contre les attaques d'oiseaux ennemis. La preuve, c'est qu'en cette saison il ne paraît pas une corneille et qu'elles reviennent avec des blessures, marques évidentes de l'aide et du secours qu'elles ont porté. Qui leur a expliqué les lois de l'hospitalité? Qui les a menacées des peines de la désertion, pour qu'aucune ne manque au cortège? Écoutez, cœurs inhospitaliers, vous qui fermez vos portes, vous dont la maison, ni l'hiver, ni la nuit, ne s'ouvre jamais aux voyageurs. La sollicitude des jeunes cigognes pour les vieilles suffirait, si nos enfants voulaient y réfléchir, pour leur faire aimer leurs parents; car il n'est personne qui manque assez de bon sens, pour ne pas juger
(1) « Les grues ont un guide et des sentinelles^qui, placées à l'extrémité » de la bande, crient de manière à faire entendre leur voix. Quand elles se » posent à terre, toutes dorment sur un pied et la tête cachée sous une » aile, excepté le guide, qui^ la tête découverte^ jette au loin ses regards » et, au moindre péril, donne l'alarme en poussant un cri. » (Arist. Hist. anim. ix, 10.)
SIXIEME HOMELIE. 475
digne de honte d'être surpassé en vertu par des oiseaux dépourvus de raison. Les cigognes entourent leur père, quand la vieillesse fait tomber ses plumes, le réchaufl'ent de leurs ailes, pourvoient abondamment à sa nourriture, et même, dans leur vol, le secourent de tout leur pouvoir, en le soulevant doucement de chaque côté sur leurs ailes, conduite si vantée qu'elle a fait donner à la reconnaissance le nom de la cigogne (1).
Qui se plaindrait de sa pauvrelé et, quand il ne resterait pas chez lui une obole, désespérerait de la vie, après avoir vu l'industrie de l'hirondelle ? Pour bâtir son nid, elle apporte des brins de paille dans son bec, cl, comme elle ne peut enlever la boue avec ses pattes, elle mouille le bout de ses ailes dans l'eau, puis elle se roule dans une poussière très-fine et se procure ainsi de la l)Oue (^). Après avoir
(1) « Tout le monde sait que les cigognes rendent à leurs parents, de- » venus -vieux, la nourriture qu'elles en ont reçue. » (Arislote, Hisl. anim. IX, 13.) « Les cigognes nourrissent et soignent leurs parents, devenus • vieux : ce qui les y pousse, ce n'est pas une loi, comme celles des hom- » mes, mais l'excellence de leur nature. » (Elien m, 24..) Pline dit la même chose (x, 32), et Buffon parle de cette vertu de la cigogne comme les anciens :
« On attribue à la cigogne des vertus morales dont l'image est toujours » respectable : la tompérance, la fidélité conjugale, la piété filiale et pater- » nelle... On a souvent vu des cigognes jeunes et vigoureuses apporter de » la nourriture à d'autres, qui, se tenant sur le bord du nid, paraissent » languissantes et afl'aiblies, soit par quelque accident passager, soit que » réellement la cigogne, comme l'ont dit les anciens, ait lo touchant instinct » de soulager la vieillesse, et que la nature, en plaçant jusque dans des » cœurs bruts ces pieux sqptiments auxquels les cœurs humains ne sont que » trop souvent infidèles, ait voulu nous en donner Texemple. La loi de nour- » rir ses parents fut faite en leur honneur, et nommée de leur nom chez les » Grecs. Aristophane en fait une ironie amère contre l'homme. - (Buffon, La Cigogne.)
(2) « On voit dans la vie des animaux de nombreuses imitations de Tin-
476 HEXAMÉRON.
uni peu à peu les brins de paille avec cette boue, comme avec une colle, elle nourrit ses petits; et, si quelqu'un leur crève les yeux, elle a un remède naturel pour guérir la vue de ses enfants (1). Ce spectacle doit l'avertir de ne pas tourner au mal par pauvreté, et, fusses-tu réduit à la dernière extrémité, de ne pas perdre toute espérance, de ne pas l'abandonner à l'inaction et à l'inertie, mais d'avoir recours à Dieu. S'il est si prodigue pour une hirondelle, que ne fera-t-il pas pour ceux qui l'invoquent de tout leur
cœur ? \
L'alcyon est un oiseau de mer, qui pond le long des rivages, où il dépose ses œufs dans le sable. Et il pond au milieu de l'hiver, lorsque la violence des vents brise la mer contre la terre. Mais tout à coup les vents s'apaisent et les flots de la mer deviennent tranquilles pendant les sept jours que l'alcyon met à couver (2). Car il ne met que sept jours
» dustrie humaine... L'hirondelle possède l'art de construire avec de la boue » et de la paille. Elle unit la boue avec des brins de paille. Manque-t-elle » de boue, elle se mouille et roule ses ailes dans la poussière. » (Arist. Hist. anim. ix, 7.) Voyez aussi Elien (m, 23) et Pline (x, 4.9.)
{\) « Les petites hirondelles sont longtemps à voir. La mère se sert d'une » herbe pour leur donner la vue... Malgré leur désir de s'approprier cette » plante, les hommes n'ont pas encore pu en venir à bout. » (Elien, m, 25.) Cette dernière assertion est démentie par Pline (vni, 4.1) : « Les hirondelles » ont fait connaître la propriété curative de la chélidoine, en guérissant » avec cette herbe les yeux malades de leurs enfants. »
•(2J Emprunt fait à Plutarque. Dans notre Elude, p. 189, note 2, nous avons mis en regard le passage de Plutarque et celui de saint Basile. « Pendant que » l'alcyon fait ses petits, les mers se calment, la paix et l'amitié régnent parmi » les vents. Et, bien que ce soit au milieu de l'hiver, le calme de l'air pro- » tége la couvée : c'est en cette saison que nous célébrons les jours de l'al- » cyon. » (Elien, i, 56.) Pline parle de l'alcyon comme les Grecs : « L'alcyon » pond au solstice d'hiver, pendant les jours appelés alcyoniens, époque où la » mer est calme et navigable. >» {Hist. nat.^ x, 47.)
pour faire éclore ses petits. Puis, comme ils ont besoin de nourriture, pour qu'ils puissent croître. Dieu, dans sa munificence, accorde encore sept jours à un être si faible. C'est ce que savent tous les marins qui appellent ces jours les Jours de l'alcyon. Si la providence divine a établi ces lois merveilleuses en faveur d'êtres privés de laison, c'est pour t'engager à demander ton salut à Dieu. Est-il un prodige qu'il ne fasse pour loi, qui as élé fait à son image, quand, pour un si petit oiseau, la grande, la redoutable mer se voit encbaînée, et, en plein hiver, reçoit l'ordre de rester calme et tranquille ?
VI. On dit que la tourterelle, une fois séparée de son époux, ne contracte pas de nouvelle union, mais reste dans le veuvage, en souvenir desa première alliance (l).Enlendez, ô femmes : quelle vénération pour le veuvage, même dans ces élres privés de raison, et comme ils le préfèrent à l'indécence de ces mariages multipliés ! L'aigle montre la plus grande injustice dans les soins qu'il donne à ses petits. Quand il a fait éclore deux petits, il en précipite un à terre, en le poussant à coups d'ailes, et ne reconnaît que celui qui reste. C'est la difficulté de trouver de la nourriture qui lui fait repousser l'enfant qu'il a engendré. Mais l'orfraie, diton, ne le laisse pas périr; elle l'emporte et l'élève avec ses petilsp). Tels sont les parents qui, sous prétexte de pauvreté,
(1) • La tourterelle se contente d'un mâle et n'en prend point d'autre. » (Arist., Hist. anim., ix, 7.) « On vante la chasteté des ramiers. Ils punissent » l'adultère de mort. Los tourterelles et les colombes blanches ne tuent que le » mâle ; touchées de compassion pour la femelle, elles laissent sa faute impunie, » en lui permettant de vivre dans In veuvage. » (Elien, m, 44.)
(2) Tout ce que saint Basile dit ici de l'aigle et de l'orfraie est tiré d'Aristote. « L^orfraie est féconde et se procure aisément sa nourriture. Hospitalière
478 HEXAMÉRON.
exposent leurs enfants; tels sont encore ceux qui , dans la distribution de leur héritage, font des parts inégales. Puisqu'ils ont également donné l'être à chacun de leurs enfants, il est juste qu'ils leur fournissent avec égalité et sans préférence les nfioyens de vivre. Garde-toi d'imiter les oiseaux aux serres recourbées. Lorsqu'ils voient leurs petits désormais capables d'affronter les airs de leur vol, ils les jettent hors du nid, en les frappant et en les poussant à coups d'ailes, et n'en prennent plus le moindresoin. Que d'éloges mérite l'amour de la corneille pour ses petits! Lorsqu'ils commencent à voler, elle les suit, leur donne à manger et
» et d'un caractère facile, elle nourrit ses petits et ceux de l'aigle. En effet, » quand celui-ci rejette les siens^ l'orfraie les enlève pour les élever ; car l'aigle » les repousse quand ils ont encore besoin d'èire nourris et avant qu'ils » puissent voler. Cet oiseau est naturellement envieux et affamé, et sa chasse » est loin d'être assez abondante, quoiqu'il fasse des prises considéra- » rables. (1 porte donc envie à ses petits, devenus grands, parce qu'ils ont trop » d'appétit, et les chasse à coups de serres. En tombant ils poussent des cris » et c'est alors que l'orfraie vient les enlever. » (Arist., Hist. anim., ix, 34.)
« L'aigle, dit encore Aristote en citant un vers du vieux poëte Musée, en- » faute trois petits, en repousse deux et en élève un. C'est ce qu'il fait le plus » souvent; cependant on lui a vu quelquefois jusqu'à trois petits. C'est l'ennui » de chercher de la nourriture qui lui en fait rejeter un. Mais l'orfraie reçoit » celui qu'il a rejeté et l'élève. Toutes les espèces d'aigles ne se conapor- » tent pas ainsi envers leurs petits. « flbid., vi, 6 )
Pline, qui suit Aristote, dit que Vaigle noir, seul de tous les aigles, nourrit et élève tous ses petits. [Hist. nat. x, 3.)
Elien contredit ouvertement Aristote et étend à tous les aigles cette affection pour leurs petits : « De tous les animaux, l'aigle est celui qui montre Tamour » le plus jaloux pour ses petits. Aussi poursuit-il vivement tout ce qu'il voit » s''approcher de son nid. » {Hist. anim. ii, 40.)
De même qu'Elien s'écarte d'Aristote, saint Ambroise s'éloigne de saint Basile, en s'appuyant sur un passage du Deuléronome : « Aquila quoque plu- » rimo sermone usurpalur, quod suos abdicet fœtus, sed non ulrumque, ve- » rum unum ex duobus : quod aliqui putaverunt geminandorum alimentorum » fastidio. Sed id non arbitrer facile credendum, quum Moyses tantum testimo- » nium pietatis in pullos suos huic dederit avi, ut diceret, sicut aquila pro- » tegit nidum suum, et super pullos suos concupivit. »
pourvoit très-longtemps à leur nourriture. Beaucoup d'espèces d'oiseaux n'ont pas besoin pour concevoir de l'union avec les mâles. Mais leurs œufs sont inféconds, excepté pourtant ceux des vautours, qui le plus souvent, dit-on, produisent sans s'être accouplés (1) ; et cela quoiqu'ils aient une vie très-longue, qui souvent atteint sa centième année. Note et retiens, je t'en prie, ce point de l'histoire des oiseaux; et, si jamais tu vois rire de nos mystères, comme s'il était impossible et contraire à la nature qu'une vierge devînt mère sans perdre la pureté de la virginité, pense que celui qui a voulu sauver les croyants par la folie de la prédication, nous a présenté d'avance dans la nature mille raisons de croire à ses incroyables récits (2).
(1) « On prétend qu'on n'a jamais vu petit ou nid de vautour : c'est ce » qui a fait dire à Hérodote, père du sophiste Bryson, qu'ils viennent d'une » terre supérieure... La raison, c'est que cet oiseau niche dans des rochers » inaccessibles et qu'on le trouve en peu de contrées. » (Arist. Hist. anim. IX, H.)
C'est le langage de la raison; Elien se fait l'écho des récits populaires. « On dit qu'il n'y a pas de vautour mâle et que tous sont femelles. Ces oi- » seaux le savent, et, craignant d'être privés de petits, voici ce qu'ils font • pour engendrer. Ils volent en sens contraire del'Auster, et, si l'Auster ne » souffle pas, ils ouvrent le bec du côté de l'Eurus. Le souffle du vent y » coule et les remplit. » (Elien, ii, 46.)
(2) Saint Basile avait déjà dit dans le Commentaire sur Isaïe : « Le second » Adam, pour renouveler le premier après sa corruption, prit un corps dans » le sein d'une vierge, afin d'avoir une chair semblable à celle du péché. » Mais, de peur que ceux qui admettent difficilement la divine incarnation » ne refusent de croire à cette miraculeuse naissance, le Créateur a fait des » animaux qui peuvent se reproduire sans que la femelle s'accouple avec le » mâle. C'est ce que ceux qui ont écrit sur les animaux racontent des vau- » tours. » (Sancti Basilii op. t. i, p. 529.)
Saint Ambroise reproduit saint Basile.
• Impossibile putatur in Dei matre, quod in vulturibus possibile non ne- » galur ? Avis sine masculo parit, et nullus refellit : et quia virgo Maria » peperil, pudori cjus faciunt quœslionem. » (Saint Ambroise, Hexaméion, v, 20.)
^80 HEXAMÉRON.
VII. Que les eaux produisent des reptiles animés, et des oiseaux qui volent sur la terre, dans le firmament du ciel. Ils reçoivent l'ordre de voler sur la terre, parce que la terre leur donne à tous leur nourriture ; dans le firmament du ciel, c'est-à-dire, comme nous l'avons dit, plus haut, dans celte partie de l'air appelée ovpavoç, ciel (1), du mot opdaSoci, qui signifie voir; appelée firmament, parce que l'air qui s'étend sur nos têtes, comparé à Télher, a plus de densité, et s'épaissit encore des vapeurs qui s'exhalent de terre. Voilà le ciel orné, la terre parée , la mer peuplée d'êtres sortis de son sein, l'air rempli d'oiseaux qui le par" courent en tous sens. Auditeur studieux, pense à toutes ces créations que Dieu a tirées du néant, pense à toutes celles qu'a négligées notre parole pour éviter les longueurs et ne pas excéder les bornes; reconnais partout la sagesse de Dieu, ne sors jamais de ton enthousiasme, et que chaque créature te laisse glorifier son auteur.
Tuas des espèces d'oiseaux qui vivent la nuit, au milieu des ténèbres ; d'autres qui volent le jour, en pleine lumière. Les chauves-souris, les chouettes, les hiboux, sont des oiseaux de nuit ; s'il l'arrivé parfois de ne pouvoir dormir, réfléchis à ces êtres nocturnes et à leurs propriétés. Cette étude te suffira pour exaller le Créateur. Comment se faitil que le rossignol soit toujours éveillé lorsqu'il couve, pas-
(1) Voyez plus haut, hom. m, 8, page 370. « Oùpavhg autem àivo toù » ôpàaOat, jd est a videndo ; ideo quod aer perspicuus sit, et ad videndum » purior, in aère volitantia gênera dixit animantium. » (Saint Ambroise, Hexam. v, 22.) Cette désignation vulgaire de l'air par le mot ciel n'était pas inconnue dans l'antiquité. A l'autorité de saint Basile et de saint Ambroise on peut joindre celle d'IIippocrate, d'après Galien.
sanl la nuit dans une continuelle mélodie (1) ? Comment se fait-il que le même animal, la chauve-souris, soit à la fois quadrupède et ailé, qu'il soit le seul des oiseaux à avoir des dénis, qu'il soit vivipare comme les quadrupèdes, et parcoure les airs, en se soulevant, non sur des ailes, mais sur des membranes de peau ? Quel amour naturel les chauves-souris ont entre elles ! Comme elles s'enlacent en forme de chaîne et se suspendent l'une à l'autre ! Spectacle bien rare parmi les hommes, qui, pour la plupart, préfèrent la vie individuelle et privée à l'union de la vie commune. N'ont-ils pas les yeux de la chouette, ceux qui se livrent à la vaine science? La vue de la chouette, perçante pendant la nuit, est éblouie de l'éclat du soleil; ainsi leur intelligence, si perçante pour contempler des vanités, est aveugle en présence de la vraie lumière.
Pendant le jour aussi, comme il t'est facile d'admirer partout le Créateur! Vois comme le coq, le commensal de l'homme, t'appelle au travail de sa voix perçante ! Avantcoureur du soleil encore éloigné, et aussi matinal que le voyageur, vois comme il envoie les laboureurs à la moisson ! Quelle vigilance dans les oies! Avec quelle sagacité devinent-elles les secrets périls! N'ont- elles pas jadis sauvé la ville impériale? Quand des ennemis, s'avançant par des conduits souterrains, allaient s'emparer de la citadelle de Rome, n'ont-elles pas annoncé le danger (^) ? Est-il une
(1) « Quid de luscinia dicam, quae, pervigil cuslos, quum ova quodan» sinu » corporis et gremio fovet, insomnem longac noctis laborem canlilenai suavi- » taie solalur. » (Saint Ambroise, Hex. y, 24.)
{"i) « L'oie aussi lait une garde vigilante; nous en avons pour preuve le
482 HEXAiMERON.
espèce d'oiseaux dans laquelle la nature ne présente rien à noire admiration ? Qui annonce aux vautours qu'il y aura un carnage, quand des armées se rangent en bataille? Tu verrais alors des nuées de ces oiseaux suivre les armées et conjecturer le résultat de tous ces préparatifs (1) : calcul bien proche des raisonnements humains. Comment le décrire les redoutables invasions des sauterelles, qui s'élancent toutes à un signal donné, dressent leur camp dans toute l'étendue d'une contrée et n'attaquent les fruits qu'après en avoir reçu l'ordre de Dieu? Comment le remède de ce fléau, la grive, s'élance-t-elle sur leur^ traces, avec cet insatiable appétit et cette nature dévorante que Dieu, l'ami des hommes, lui a donnée dans sa sollicitude pour eux (^) ? Comment la cigale module-t-elle ses chants? Pourquoi, à midi, sont-ils plus harmonieux, produits par l'air qu'elle respire en se dilatant la poitrine (3) ?
1» Capitule, sauvé dans un moment où la chose publique était trahie par les » chiens. » (Pline, x, 16.)
Ici saint Basile ne suit pas la tradition romaine, conservée par Tite-Live (1. v), Plutarque [Vie de Camille) et Diodore de Sicile (xiv). Atque hic auratis volitans argenleus anser Porticibus, Gallos in limine adesse canebat : Galli per dumos aderant arcemque tenebant, Defensi tenebris et dono noctis opacae.
(Virgile, VIII, v. 655.) Mais le récit décorateur de Césarée est confirmé parle commentaire de Serviussur ces vers :« Suivant les uns, dit-il, les Gaulois seraient montés à tra- » vers des buissons et des rochers escarpés, suivant d'autres par des mines.»
(1) " Les vautours suivent la marche des armées. Ils devinent qu'elles » vont à la guerre, et ils savent qu'il n')» a pas de combat sans cadavres. » (Elien, Anini. ii, 4.6.)
(2) « Ces oiseaux auxquels nous donnons en Asie le nom de grives, man- » gent des sauterelles toute la journée, sans jamais se rassasier, et les évacuent » immédiatement. » (Galien, vi, 3).
(3) Et cantu querulae rumpent arbusta cicadœ.
HUITIÈME HOMÉLIE. 'i85
Mais il me semble qu'en voulant décrire les merveilles des êtres ailés, je reste plus en arrière que si mes pieds voulaient atteindre la rapidité de leur vol. Quand tu vois des abeilles, des guêpes, enfin tous les volatiles appelés insectes, parce qu'ils montrent partout des incisions, pense qu'ils n'ont ni respiration, ni poumon, et qu'ils se nourris-
Ce vers de Virgile suffit pour nous apprendre que les Latins , comme nous , ne trouvaient rien de mélodieux dans le chant de la cigale. Il n''en fut pas de même chez les Grecs, qui, à toutes les époques de leur littérature, firent de cet insecte criard un chantre harmonieux. « Que tu es heureuse, ô cigale, quand » sur la cime des arbres, abreuvée d'une goutte de rosée, tu chantes, contente
» comme un roi ! Tu es l'amie des laboureurs , toi qui ne nuis à rien ; tu es
» honorée des mortels, doux prophète de l'été. Tu es aimée des Muses ; tu es • aimée de Phébus lui-même et tu en as reçu une voix mélodieuse. La vieil- » lesse ne te consume pas, sai?e fille de la terre, amie des hymnes, in>sensible à » la douleur^ qui n'as ni chair ni sang. Tu es presque semblable aux dieux. » (Anacréon.)
Pour Platon ces êtres aériens, presque immatériels, sont des amants des Muses et leurs ministres sur la terre. « On dit que les cigales étaient des » hommes avant la naissance des Muses. Quand le chant naquit avec les Muses, » plusieurs des hommes de ce temps furent si transportés de plaisir que la pas- » sion de chanter leur fit oublier le boire et le manger, et qu'ils moururent » sans même s'en apercevoir. C'est d'eux que naquit ensuite la race des ci- » gales, qui a reçu des Muses le privilège de n'avoir aucun besoin de nourri- » ture. Du moment qu'elles viennent au monde, elles chantent sans boire ni » manger jusqu'au terme de leur existence; puis elles vont trouver les Muses, » et leur font connaître ceux par qui elles sont honorées sur la terre." (Platon, Phèdre, trad. de M. Cousin, t. vi. p. 7 8.
Plularque ne doute pas que les cigales ne soient des êtres « sacrés et musiciens. " [Propos de Table, viir, 7.) Dans Elien (i^ 20), elles sont de laborieux chanteurs, qui charment les oreilles des moissonneurs et des bergers. Leurs fabuleuses qualités survivent à la religion qui les avait pour ainsi dire consacrées; elles pussent, avec les Pères, dans l'Église chrétienne; elles revivent, accueillies par nos poètes. Qui ne connaît les vers de noire André Chénier, un autre grec ?
0 sauterelle, à toi, rossignol des fougères, A toi, verte cigale, amante des bruyères, Myrto de cette louïbe éleva les honneurs.
sent d'air partout leur corps (1). Aussi périssent-ils, si on les couvre d'huile, parce qu elle bouche leurs pores. Les arrose-t-on avec du vinaigre, les pores se rouvrent et l'animal revient à la vie. Notre Dieu n'a rien créé sans nécessité, n'a rien omis de nécessaire. Si maintenant tu jettes les yeux sur les oiseaux qui se plaisent dans l'eau, lu leur trouveras une organisation différente. Leurs pattes ne sont pas fendues comme celles de la corneille, ni recourbées comme celles des carnivores, mais larges et membraneuses : ils peuvent ainsi facilement nager, en poussant Leau avec les membranes de leurs pattes, comme avec des rames. Remarque comme le cygne plonge son cou dans les profondeurs de l'eau pour en retirer sa nourriture, et tu comprendras la sagesse du Créateur qui a donné à cet animal un cou plus long que ses pattes, afin qu'il le jette comme une ligne et prenne sa nourriture cachée au fond des eaux (^).
Vlll. Si on lit simplement les paroles de l'Écriture, on n'y voit que de courtes syllabes : Que les eaux produi-
(1) « Plusieurs auteurs nient que les insectes respirent : la raison qu'ils en » donnent, c'est qu'on ne trouve pas dans leurs viscères le conduit de la respi- » ration. Us disent donc que ces animaux vivent comme les plantes et les » arbres ; mais que respirer et vivre sont deux choses très - différentes. » Pour moi, une élude approfondie de la nature m'a convaincu que rien ne lui » est impossible. Je ne vois pas pourquoi les animaux de ce genre pourraient » plutôt vivre sans respirer que respirer sans poumons. Peut-on se résoudre » à croire que des animaux qui volent, ne respirent pas l'air au sein duquel ils » vivent? » (Pline, xi, 2.)
« Le corps de l'insecte est en quelque sorte tout entier un poumon. » (G. Cuvier.)
(2) « Quelques oiseaux aquatiques ont le bec et le cou allongés, parce qu'ils
• prennent leur nourriture au fond de l'eau Leur cou ost comme une ligne
» et leur bec leur tient lieu d'hameçon. • {Ar\st.,De partibus anim. iv, 12.)
HUITIE.ME HOMELIE. ^80
setit des oiseaux qui volent sur la terre, dans le firmameyit du ciel ; mais si l'on sonde le sens des paroles, alors apparaît la grande merveille de la sagesse du Créateur. Que de différences il a prévues parmi les êtres ailés ! Comme il les a divisés par espèces ! Comme il a caractérisé chacune d'elles par des propriétés distinctes ! Mais le jour ne me suffirait pas pour vous raconter les merveilles aériennes, et la terre m'invite à exposer les bêtes sauvages, les reptiles et les troupeaux, s'apprêtant à nous montrer à son tour des spectacles dignes de rivaliser avec les plantes, les poissons et les oiseaux : Que la terre produise Came vivante des animaux domestiques, des bêtes sauvages et des reptiles, selon leur espèce. Qu'avez-vous à dire, vous qui ne croyez pas au changement que Paul vous promet dans la résurrection, quand vous voyez tant de métamorphoses parmi les êtres aériens ? Que ne raconte-t-on pas du ver cornu des Indes ? D'abord, il se change en chenille, puis devient un insecte bourdonnant, et, non content de ces métamorphoses, il revêt, au lieu d'ailes, des feuilles larges et molles. Ainsi, ô femmes, lorsque vous êtes assises, occupées à filer leur travail, je veux dire la soie que vous envoient les Sères pour confectionner vos molles étoffes (1), en vous souvenant des métamorphoses de cet animal, faites-vous une idée bien claire de la résurrection
(1) Plusieurs écrivains de l'antiquité croyaient que la soie était le produit, non d'un ver que nourrissait l'arbre, mais de l'arbre lui-même. C'était l'opinion de Pline : « Seres, lanificio silvarum nobiles^ perfusam aqua depeelen- » tes frondium canitiem : unde geminus feminis nostris labor, redordiendi » fila, rursumque texendi. » {Hist. nat. vi , 17.) C'était celle d'Ammien Marcellin, livre vi : « Apud Seras sublucidae silvae, in quibus arborum fœtus » aquarum asperginibus crebris velut quaedam vellera mollientes^ ex lanugine
*ié
480 III^XAMKHON.
et ne refusez pas de croire au changement que Paul annonce à tous les hommes.
Mais je m'aperçois que mon discours dépasse les hornes accoutumées : oui, si je considère l'abondance des matières dont je viens de vous entretenir ; mais, quand je réfléchis à l'inépuisable sagesse qui éclate dans les ouvrages de la création, je crois être encore au début de mon récit. Aussi bien je ne vous aurai pas retenus si longtemps sans profit. Car qu'auriez-vous fait jusqu'au soir ? Vous n'êtes pas pressés par des convives, ou attendus par des banquets. Laissez-moi donc profiler de ce jeûne corporel pour réjouir vos âmes. Souvent la volupté vous a asservis à la chair ; continuez aujourd'hui de servir vos âmes. Réjouis -toi dans le Seigneur, et il exaucera les demandes de ton cœur (1). Aimes-tu les richesses : voici des richesses spirituelles : Les jugements du Seigneur sont vrais^ justifiés par euxmêmes, beaucoup plus désirables que l'or et les pierres précieuses (^). Aimes-tu les jouissances et les plaisirs : voici les oracles du Seigneur qui, pour une âme saine, sont plus doux quun rayon de miel (3). Si je vous laisse aller et si je congédie l'assemblée, il en est qui courront aux tables de jeu, théâtre de jurements, de fâcheuses
» et liquore mixtam subtilitatem tenerrimam pectunt, » C'était aussi celle de Virgile pour qui, dans ces vers des Géorgiques, la soie est évidemment, comme le coton, qu'il décrit en même temps, un produit lanugineux des arbres :
Quid nemora ^Ethiopum, molli canentia lana, Velleraque ut foliis depectant tenuia Seres? Aristole, cependant, avait dit depuis longtemps que la soie, que lilaient et tissaient les femmes, était le produit d'un animal. {Hist. anim, v, 19.)
(1) Ps. XXXVI, i.
(2) Ps. xviii, 10. — (3) Ibid.
(jUPielles cl des tourments de ravarice. Là règne le démon, enflammant la fureur des joueurs avec des os marqués de points, promenant les mêmes sommes d'un côté de la table à l'autre, lanlôt donnant la victoire à l'un et jetant l'autre dans la tristesse ; tantôt enflant ce dernier de jaclance et couvrant son rival de confusion. Que sert de s'abstenir d'aliments corporels, et de remplir son âme de maux sans nombre ? Celui qui ne joue pas porte ailleurs ses loisirs. Que de frivolités sortent de sa bouche ! Que de sottises frappent ses oreilles ! Les loisirs sans la crainte du Seigneur, sont pour ceux qui ne connaissent pas le prix du temps une école de vice (1). J'espère que ces paroles porteront leur profit : du moins, en vous occupant ici, elles vous ont empêchés de pécher. Ainsi plus je vous retiens, plus je vous écarte du mal.
Un juge équitable trouvera que j'en ai assez dit, non s'il considère les richesses de la création, mais s'il pense à noîre faiblesse et à la mesure qu'on doit garder dans ce (jui tend au plaisir. La terre vous a accueillis avec les plantes, l'eau avec les poissons, l'air avec les oiseaux ; le continent s'apprête à vous offrir à son tour d'aussi riches trésors. Mais mettons un terme à ce banquet matinal, de peur que la satiété n'émousse votre goût pour celui du soir. Que celui (jui a tout rempli de ses créations et nous a laissé partout des monuments visibles de ses merveilles, remplisse vos cœurs de toutes les joies spirituelles en Jésus-Christ Notre Seigneur, à qui appurtioiiucnt la gloire et la puissance, dans les siècles des siècîes. Ainsi soit-il.
(1) Olia SI lollaîi, periitrc Cii|(i(Jiiiis firli-s.
(OM(i(;.J
NEUVIEME HOMELIE.