‹ Etude historique et littéraire sur saint BasileChapitre 9 sur 44 · U2 ÉTUDE IIISTOHIQUE ET LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

U2 ÉTUDE IIISTOHIQUE ET LITTÉRAIRE

» soudre à ne pas reconnaître Mélèce, à oublier son église, » ou à regarder comme insignifiantes les questions (1) qui » ont amené la dissension. Car, non-seulement si un homme » s'exalte pour avoir reçu une lettre des hommes, je ne » me laisserai pas entraîner ; mais, quand cette lettre » viendrait du Ciel , si cet homme n'est pas dans la saine » doctrine, je ne puis l'admettre à la communion des » saints (2). »

Ainsi l'Occident avait fait défaut à Basile. Il lui avait demandé un concile : ce concile ne s'était point réuni. Il lui avait demandé une députation d'évêques : cette députation n'était point venue. Obligé de traiter avec Rome seule, il l'avait trouvée froissée, défiante, pleine de hauteur, semblant ne répondre à ses demandes que pour les contrarier. Elle n'avait réellement tranché qu'une question, celle d'Antioche, par une décision des plus regrettables, si l'on songe qu'elle condamna un docteur de l'Eglise, un confesseur de la foi, un saint qui avait tout l'Orient pour lui (3), celui qui depuis a présidé le second concile général.

Mais ces froissements, cette défiance, cette hauteur ne furent-ils pas provoqués par l'esprit disputeur et indiscipliné des Grecs, par la raideur, les emportements et les révoltes ouvertes de Basile ? Était-ce à l'archevêque qui

et les catholiques Mélèce et l^aulin. Paulin, le dernier ordonné, était soutenu par la communion de Rome ; Mélèce par celle de tous les orthodoxes d'Orient. Si Paulin avait pour lui le suffrage de Damase, Mélèce eut depuis celui du concile de Constantinople, qu'il présida, et même de l'Eglise entière qui le mit au nombre des saints.

(1) Question des hypostases. Voy. Chap. vin.

(2) Sancti Basilii, ep. 214.. — (3) Ibid., ep. 62.

faisait si vigoureusement respecter son autorité dans sa province, de ne pas reconnaître la première autorité du monde chrétien ? Était-ce à celui qui, pour le bien de l'Église, faisait tout plier devant son impérieuse volonté, de ne pas plier à son tour devant le suprême modérateur de l'Église ? S'il ne voyait qu'un égal dans celui qu'il appelait dédaigneusement le coryphée des Occidentaux, pourquoi, chaque année, se croyait-il obligé de lui envoyer des messages, de lui dénoncer les erreurs qui divisaient rOrient, de lui demander des condamnations? Si la décision du pape était souveraine quand il s'agissait d'Eustathe et d'Apollinaire, n'avait-elle plus la même autorité quand elle prononçait contre Mélèce ? Pourquoi trouver que le concile de Tyane avait du s'in,cliner devant un arrêt de Libère (1) et ne pas s'incliner soi-même devant un arrêt de Damase ? Etrange contradiction dans un esprit si droit et si éclairé ! 11 serait injuste, cependant, de faire retomber sur Basile ou sur Damase toute la faute de ces regrettables malentendus. Si aujourd'hui que les communications sont si faciles, si promptes, et, pour ainsi dire, instantanées, des intérêts opposés laissent les questions les plus claires si difficiles à résoudre, pensons combien d'obstacles empêchaient d'arriver à la vérité et de s'entendre deux hommes placés si loin l'un de l'autre et dans des mondes si dilTérents, ne parlant pas la même langue

(1) « Nous ne savons pas ce que le bienheureux évêque Libère lui a pro- • posé (à Eustalhe) , ni à quoi il a consenti : nous savons seulement qu'il a » apporté une lettre qui le rétablissait, et il a été replacé sur son siège aus- » sitôt qu'il eut présenté sa lettre au synode de Tyane. ■» Sancti Basilii, ep. 263, 3.

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et ne pouvant qu'une fois par an communiquer ensemble. Encore étaient-ils moins séparés par les mers, qui, chaque année, transportaient leurs lettres, que par les soupçons, les jalousies, les rivalités, les ambitions, qui, de toutes parts, venaient se jeter à la traverse et empêcher ces deux défenseurs de la même cause de se prêter un mutuel concours.

Aussi Bossuet s'emportait-il contre ceux qui osaient reprocher à saint Basile ses récriminations et ses révoltes. C'étaient, disait-il, des cas extraordinaires, dont il ne voulait pas qu'on s'autorisât ; ces temps d'ailleurs ressemblaient si peu aux nôtres. « Qui ne mépriserait donc » ceux qui semblent monter sur un trépied pour prononcer » contre un si grand homme? Qui oserait l'accuser d'avoir » porté atteinte à l'autorité du siège apostolique (1)? » Ajoutons : qui oserait tenir compte à cet autre Cyprien de ses résistances consciencieuses, en pensant aux immenses services qu'il a rendus à TÉglise ?

(1) « Nos vero de tanto viro decernentem Lupum facile contemnimus : » quid, fatente Lupo, Basilius senserit parvi facere non licet. Nequc nunc » ad rem pertinet , meritosne an immeritos Basilius reprehenderit. Hic certe » constitit, duobus Pontificiis de fide decretis ab eodem Basilio (ep, 239), » nulla excusatione, interpretatione nulla, rotunde ac simpliciter stabilitam » hseresim imputatum.... Miseros vero nos, qui ad ea tempora devenimus, » quibus cuique liceat sanctos Patres Basiliumque ipsum etiam maledictis » incessere, ac morum insectari gravitatem !

» Quis tanto viro succensuit ? Quis ejus rei gratia incusavit,

» tanquam de sede Apostolica maie meritus esset, aut ejus principatus, » quem summopere coluit, infregerit auctoritatem? Ha;c quidem ad exem- » plum vulgo trahi nolumus, et extraordinariis casibus accensemus ; et » tamen certo argumento est, procul abfuisse illa tempora ab iis , in quibus » nunc summam tidei constitutam putant, » Galliœ orthodoxœ prœvia » disstrtaiio, lxv, lxvi.

En effet, si l'archevêque n'avail rien obtenu de l'Occident, du moins, par la réunion de tous les orthodoxes d'Orient en une vaste communion, par ses conquêtes sur l'hérésie, il avait relevé la foi de Nicée, au milieu même de la persécution, arrêté les progrès des nouvelles sectes, condamnées à périr avec leurs fondateurs, et préparé la chute de l'arianisme. Il ne lui eût fallu vivre que quelques jours de plus pour diriger le concile de Constantinople, inspirer le nouveau Constantin et mettre la dernière main à l'œuvre d'Athanase.

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