‹ Étude historique (volume 2)Chapitre 13 sur 26 · C.B. De BoucnERviLLE · texte numérisé non relu

C.B. De BoucnERviLLE

11 faudrait méconnaître le caractère sérieux et réfléchi de M. Letellier pour croire qu'une décision aussi grave dans ses conséquences pour le pays et pour lui-même, n'ait pas été prise après une mûre réflexion de sa part, et après en avoir pesé attentivement les motifs. Nul doute qu'avec ses connaissances de la pratique et de la théorie du gouvernement constitutionnel, il n'ait compris toute la responsabilité de la démarche importante qu'il prenait. Il voyait clairement qu'il mettait en jeu tout son avenir, sans retour possible sur ses pas. Laissé à lui-même, n'ayant, vu sa position, personne qu'il pût consulter; aidé uniquement des lumières de quelques précédents, il prit seul sa détermination, en vue du bien public, et sans s'inquiéter de sa propre personne, quitte ù résigner sa charge si le peuple ne justifiait pas son acte, ou mênrj si aucun ministre ne voulait en assumer la responsabilité.

Plus tard, on a voulu l'accuser d'avoir été inspiré, dans cette démarche, par les ministres d'Ottawa, et l'on a prétendu que ceux-ci l'avaient même nommé dans ce

but, et qu'ils avaient comploté avec lui le renversement du ministère local pour y substituer leurs amis, afin d'exercer une plus grande influence à l'époque des prochaines élections fédérales.

Cette accusation est dénuée de tout fondement ; elle a été niée personellement par tous et chacun des ministres d'Ottawa, et n'a jamais été appuyée de la moindre preuve.

Sans vouloir anticiper sur les événements, nous désirons de suite affirmer qu'un tel complot n'a jamais existé. M. Letellier n'a jamais été mis en jugement sur cette accusation ; il a subi une condamnation, mais il n'a jamais subi un procès.

Nous exposerons en temps et lieu, et dans tous leurs détails, les circonstances qui ont engagé le gouvernement d'Ottawa à soumettre la question Letellier au gouvernement impérial. Pour le moment, nous ne voulons pas laisser ceux qui vont lire l'histoire de M. Letellier, depuis le mois do mars 1878 jusqu'à sa destitution, sous la fausse impression qu'il a été reconnu coupable, parce qu'il a été condamné. Nous avons dit condamné, nous avons tort; il n'a pas été condamna, il a été révoqué sans condamnation.

Les défenseurs de M. Letellier défient ses adversaires de citer un seul jugement qui le condamne. Ses adversaires eux-mêmes n'oni pas osé. passer un jugement

pour le CDiidamncr; de plus le gouvernement imjxîrial lui a donné gain de cause.

En effet, la question constitutionnelle a été décidée en Angleterre en sa faveur. Le secrétaire des Coloiie^, Sir Michael Hicks Beach, dans sa dépêche du 3 juilbt IS79, aiïinne le droit constitutionnel du Lieutenant-Gouverneur de renvoyer ses ministre.'3, si, pour uns ciuse ou pour une autre, il croit de son devoir de le faire.

Les ennemis de M. Leteilier ne p3iivent pas récuser le juge qu'ils ont eux-mêmes choisi ; ils admettent que le gouvernement impérial a décidé la question oinitutionneîle contre eux.

Mais alors pourquoi M. Leteilier a-t-il été leslitué ? La raison donnée par le gmvernement fédéral, qie son utilité comme Lieutenant-Gouverneur avait cîssl*, tkit his iisefalness ivas gone, n'en est pas une.

A-t-il été destitué pournvoir con-piré avec les di.'fs libéraux d'Ottawa contre le minist rc conservateur de Québec? Pourquoi ne pas le dire, si c'était là le vrai motif de sa destitution ? Mais pour donner cj motif, il aurait fallu déclarer que l'on prenait comme admises, sans enquête, sans preuve, ni de la part des accusateurs, ni de celle de l'accusé, les imputations faites contre lui par Sir John A. Macdonald, dans son mémoire du 14 avril 1879 au gouvernement impérial.

Lorsque M. Joly se rendit en Angleterre, en mai 1879, le gouvernement impérial refusa, de la manière la,

plus positive, d'entrer dans la question de la culpabilité ou de l'innocence de M. Letellier. Il déclara formellement qu'il ne voulait rien entendre, soit pour justifier, soit pour blâmer l'acte de M. Letellier.

La dernière lettre de M. Joly à Sir Michael Hicks, la veille de son départ de Londres pour retourner au Canada, résume clairement toits les points sur lesquels le gouvernement impérial considérait qu'il était appelé à se prononcer. On nous permettra de donner ici la traduction de cette lettre :

« Londres, 27 mai 1879.

u Au très Honorable

" Sir M. H Beach, Bart. et M. P.

" Secrétaire d'Etat pour les Colonies.

« Monsieur,

" Avant que je quitte l'Angleterre, permettez-moi d'exprimer ma " reconnaissance pour la cordialité et la courtoisie avec lesquelles '* vous m'avez reçu chaque fois que j'ai eu l'honneur de communiquer ( avec vous, 6oit personnellement, soit par lettre, au sujet de la ques. " tion Letellier.

" Lorsque j'ai sollicité hier la permission d'entrer dans le mérite de " la cause, et d'établir la vérité de ce que j'ai toujours soutenu et de u ce que je soutiens encore : u que le renvoi de ses ministres par le Lieuteu nant-gouverneur était un acte pleinement justifiable, et qu'il ri avait commit u aucun tort (wrong) en les renvoyant? vous m'avez arrêté, en déclarant " que vous ne vouliez pas entrer dans le mérite de la cause, mais que " vous vous borneriez à considérer comme questions purement abu straites, indépendamment des personnes et des faits, les deux points " suivants :

u \o Quelle est l'autorité qui a le pouvoir de destituer le Lieute- " nant-gouverneur d'une des provinces du Dominion ?

•' <J° Le Lieutenant-gouverneur d'une Province peut-il être destiu tué pour un acte officiel qui affecte seulement sa Province."

u Votre promesse que vous ne permettriez pas qu'aucune accusa- " iion portée contre le Lieutenant-gouverneur de la province de

•' Québec pèserait contre lui dans la balance, et que vous ne prendriez i* nullement en considération soit le mérite, soit le démérite de w n <( acte, était stiietement en accord arec ce que j avais le droit d'atli tendre de votre sentiment de justice, puisque vous ne rouliez pas u me permettre de réfuter les accusations portées contre lui, ni d'éta- 11 blir mon assertion (répétée dans mu lettre du ',s2 courant), que le " Lieutenant-gouverneu.- ne s'était rendu coupable d'aucune faute.

44 Dans cette même lettre, sur laquelle je prends la libeité d'attirer 11 de nouveau votre attention, j'ai donné les raisons pour lesquelles u la cause devrait ûtre décidée ici et non renvoyée au gouvernement "fédéral, qui a admis être l'une des parties intéressées dans l'issue «* du procès ; et j'ose espérer que ces raisons auront quelque poids " auprès de vous.

" Je retourne maintenant au Canada, avec une entière confiance " dans votre désir de rendre justice, et de plus, certain que vous M appréciez à 6a juste valeur l'importance de cette question, dont le " règlement influera si puissamment sur les rapports entre le gouver- " ment fédéral et les gouvernements provinciaux, et sur la stabilité « du système de gouvernement {self-government) que l'Acte de l'Améri- " que Britannique du Nord de 1.^(57 a pour but d'assurer h chacune << des provinces du Dominion.

" J'ai l'honneur d'être,

u Votre obéissant serviteur,

"H.-G. Joly." Si cette lettre eût contenu quelque interprétation erronnée des promesses du secrétaire des Colonies, il aurait certainement protesté, lorsqu'il en a accusé réception par sa lettre du 28 mai 1879.

Il est donc évident que M. Letellier n'a jamais été appelé à se défendre de l'accusation d'avoir conspiré avec les chefs libéraux d'Ottawa contre le ministère de Boucherville. Au reste, il y a des faits bien connus de tous ceux qui suivaient alors de près les affaires publiques, qui doivent faire écarter tout soupçon de conspiration.

S'il y avait eu conspiration entre M. Letellier et les chefs libéraux d'Ottawa pour le renvoi de M. de Boucherville, ceux-ci n'en auraient-ils pas reçu la nouvelle comme chose attendue, et avec satisfaction ? Tout au contraire, il est généralement connu qu'il l'ont reçue avec un profond étonnement, et n'ont pas hésité à qualifier l'acte de M. Letellier d'imprudence, " coup de tête," etc., etc.

La froideur glaciale avec laquelle l'envoyé de M. Joly, M. Marchand, fut reçu lorsqu'il alla à Ottawa, où le Parlement siégeait alors, pour offrir le portefeuille des finauces à M. Holton, le surprit péniblement, et il revint sans le moindre encouragement.

S'il y avait eu conspiration, les chefs libéraux ne se seraient-ils pas mis à l'ouvrage avec vigueur pour compléter l'œuvre de M. Letellier, en aidant de toutes leurs forces le nouveau gouvernement libéral de la Province de Québec à remporter les élections générales ? Car ces élections eussent été uue conséquence inévitable de la conspiration, s'il y en avait eu une, et tout aurait dépendu de leur succès. Au lieu d'agir, les chefs libéraux d'Ottawa n'ont rien fait, et leur attitude froide et indifférente a beaucoup nui au parti libéral, lors de sa lutte dans la province de Québec.

De plus, ceux qui connaissent les vues de Thon. M. Mackenzie peuvent affirmer que la détermination de M. Letellier de refuser la sanction au bill du Québec

268 LETELLIEE DE SÀINT-JUST

Montréal, Ottawa et Occidental, aurait été désapprouvée par M. Mackenzie, s'il eût été consulté d'avance. Le fait est qu'à la nouvelle de l'acte du 2 mars, M. Mackenzie exprima son étonnement, et parut considérer que c'était pour le moins une imprudence que M. Letellier avait commise. Ce ne fut qu'après les explications données par celui-ci au Gouverneur-Général que M. Mackenzie changea son opinion, et la maintint hautement lorsqu'il la vit confirmée par le résultat des élections locales.

Pour notre part, nous n'hésitons pas à affirmer que M. Letellier a conçu et exécuté seul sa résolution, dans l'intérêt de l'Etat, et sans s'occuper du sien propre. Qu'il ait prévu qu'on le soupçonnerait de partisannerie, et qu'on l'accuserait d'avoir voulu servir par ce moyen ses amis politiques, nul doute : il avait trop de perspicacité et d'expérience pour ne pas le prévoir. Personnellement, il n'avait plus rien à gagner alors ; au contraire il risquait tout, s'attendant à résigner sa position si le peuple ne ratifiait pas cet acte autoritaire. Quel motif pouvait donc l'engager à sortir du dolce farniente, dont il jouissait en paix dans les frais bocages de Spencer- Wood ? Les devoirs de la charge de Lieutenant-Gouverneur sont si faciles quand on s'abrite derrière des ministres responsables. Il n'avait qu'à se laisser aller au courant d'une vie douce et tranquille, d'autant meilleure à goûter qu'elle succédait à un quart

de siècle d'orages. Mais, tout en respectant profondément le système du gouvernement responsable, M. Letellier n'envisageait pas sa charge comme une sinécure ; et, pour nous servir de l'expression de Lord Elgin, il ne voulait pas tomber dans le néant d'une ridicule représentation de la Couronne. Il crut qu'une occasion grave et solennelle l'obligeait de recourir à un moyen extrême. Il n'hésita pas à exercer l'autorité qui lui était confiée pour sauver les intérêts de sa province.

Le peuple, pensait-il, avait besoin de lui : il voulut le servir en se. jetant dans ses bras. De plus il le fit son juge, en suivant la voie constitutionnelle, et en usant de son dioit indiscutable de dissoudre l'Assemblée Législative, après avoir destitué ses ministres.

Suivant le sentiment d'un certain nombre, M. Letellier aurait mieux fait de lâcher complètement la bride à ses ministres, et de les laisser courir d'euxmêmes à leur perte; c'eût été suivre l'opinion d'un conservateur anglais, qui disait : " He ought to hâve ' " given them more rope, they would hâve hung them- " selves." Mais à ses yeux cette conduite eût été une lâcheté et une trahison de son devoir.

On ne peut guère douter qu'en attaquant les municipalités pour les forcer à payer ce qui n'était pas légalement exigible d'elles, et qu'en imposant la taxe des timbres, le ministère de Boucherville n'eût pu survivre longtemps à son impopularité.

Quoi qu'il en soit, l'effet produit par le coup d'Etat fut immense dans tout le Dominion. Discuté avec un acharnement incroyable, il fut violemment blâmé par les uns, et approuvé avec non moins de vigueur par les autres.

M. de Boucherville, au moment de son renvoi, avait, comme on Ta vu, décliné de suggérer le nom de son successeur. M. Lctellier jeta les yeux alors sur M. Joly, chef de l'opposition, et le chargea de former un ministère. L'attitude des partis ne lui laissait pas d'ailleurs d'autre choix. La tâche était difficile ; néanmoins M. Joly y réussit au bout d'une semaine, en s'adjoignant les collègues suivants :

L'Hon. M. Bachand, Trésorier ;

" " Langelier, Commissaire des Terres ;

" •« M. D.-A. Ross, Procureur Général ;

« " M. Marchand, Secrétaire Provincial ;

« " M. Starnes, Président du Conseil ;

« « M. A. Chauveau, Solliciteur Général.

L'Honorable Henri-Gustave Joly mérite une mention spéciale, à cause du rôle qu'il a rempli à cette époque.

M. Joly est le type le plus parfait du gentilhomme canadien que nous connaissions dans la Province. Son père, d'origine française, s'était allié à la famille de Lotbiuière, l'une des plus anciennes et des plus honorables

de no'io pays. Doué d'un caractère généreux et élevé, d'une nature franche et chevaleresque, il a eu l'avantage d'une éducation et d'une instruction supérieures. On se plaît à reconnaître en lui une honorabilité à toute épreuve, et une délicatesse exquise de sentiments et de procédés ; avec ces qualités, il n'est pas surprenant que M. Joly ait le don de se faire respecter et aimer de tous ceux qui l'entourent. Son nom est devenu des plus populaires par tout le Dominion, et il s'est fait remarquer, dans sa Province, par l'initiative qu'il prend, et par l'encouragement qu'il est toujours prêt à donner à toutes les œuvres patriotiques ou nationales. Possédant également bien les deux langues, il parle l'une ou l'autre avec une Ogale facilité, et avec un accent si pur qu'il est impossible de découvrir quelle est sa langue maternelle. Orateur agréable, toujours vrai, sincère et convaincu, il a parfois des mouvements oratoires entraînants. Ses saillies spirituelles et piquantes ne sont jamais blessantes.

Les nouveaux ministres prêtèrent le serment d'office le 8 mars, et l'annonce en fut faite à la Chambre le même joui par M. Lafraubroise.

Il ne restait plus, après la vacance des sièges des nouveaux ministres, que treize libéraux sur les bancs ministériels, où ils venaient de s'asseoir.

Aussitôt après, M. Angers se leva pour donner des explications sur le renvoi d'office du ministère. Le

Lieutenant-Gouverneur l'accusa dans la suite d'avoir

donné d'autres explications que celles convenues, et

d'avoir précédemment annoncé le renvoi du ministère

avant d'y être autorisé. Voici la déclaration que M.

Angers lut en Chambre :

" Monsieur l'Orateur,

u L'honorable M. de Boucherville avait obtenu permission du Lieutenant-Gouverneur de donner des explications relatives à son renvoi d'office, à la séance de lundi, 4 mars courant. Entre une heure et demie et deux heures de ce jour, 4 mars, il reçut de Son Excellence, une signification de ne point donner d'explications avant que le nouveau cabinet fût formé. Cet événement ayant été annoncé, l'ex-cabinet de Boucherville est en droit, en vertu de la permission obtenue, de donner à la Chambre et au pays des explications.

" Mon devoir est d'annoncer à la Chambre que le cabinet de Boucherville n'a point résigné. Un gouvernement possédant la confiance de la grande majorité de l'Assemblée représentative et de la presque totalité du Conseil législatif, n'a pas le droit de résigner s'il a à cœur les intérêts du pays et le respect de son devoir. Ce gouvernement a reçu du Lieutenant-Gouverneur un renvoi d'office. Les faits qui ont précédé et suivi cet événement sont consignés dans un journal tenu de jour en jour et d'heure en heure, sous la dictée de l'ex-premier ministre, et en voici le récit exact et fidèle :

*■' Le •>*.) février \67ï, vers quatre heures et demie de l'après-midi» le premier ministre reçut du Lieutenant-Gouverneur, par l'entremise de son aide-de-camp, la lettre suivante."

(Suit cette lettre que nous avons rapportée plus haut, ainsi que la réponse de M. de Boucherville du 27 février, p. 253).

« Après conversation, le Lieutenant-Gouverneur ayant entendu les explications de M. de Boucherville, a reconnu que, s'il y avait eu malentendu, il y avait bonne foi de sa part en autorisant ses collègues à se dire autorisés à soumettre la législation relative aux questions d'argent. Il lui dit ensuite, sur sa demande, que la seule difficulté qui restait était la question du chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental, et qu'il lui donnerait une réponse le lendemain "J8 février.

« Le *>S février, vers sept heures et demie du soir, M. de Boucherville fut à S;>eneer-Wood, porter au Lieutenant-Gouverneur les documents demandés dans sa lettre du \!.~> (documents préparés par l'honorable secrétaire provincial avec un sommaire). Il lui demanda s'il «allait bientôt lui donner sa réponse. Le Lieutcn int-Gouverneur lui dit qu'il examinerait les documente, et la lui donnerait probablement le lendemain, 1er mars. En partant, M. de Bouchcrville lui dit : « Si je comprends bien, vous hésitez pour savoir ni vous sonctionnorez le bill du chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental, ou le réserverez." Il lui dit: "C'est cela." Le 2 mars, à un i heure moins cinq minutes] de l'après-midi, l'aide-decamp du Lieutenant-Gouverneur remit à M. de Bouehcrv.ile la lettre qui va suivre. Avant le départ de IV ide-de-camp, il lui demanda comment était Son Excellence. L'aide-de camp lui répondit qu'il n'était pas aussi bien, puis demanda « quand nous pensions finir la session." M de Boucherville lui répondit qu'il ne pouvait le dire, qu'il y avait plusieurs choses en retard.

" Voici lalettre en question. (Cette lettre est citée plus haut, p. 257).

" Le *> mars, vers deux heures de l'après-midi, M. de Bouchcrville so rendit à Spencer- VVood. En arrivant, il fut introduit auprès du Lieutenant-Gouverneur, et lui dit " que, d'après le mémoire reçu de lui ce jour-là même, il comprenait qu'il le démettait de sa position de premier ministre " Le Lieutenant-gouverneur lui dit que c'était à lui d'interpréter la lettre. Sur ce, M. de Bouchcrville lui renit la lettre qui va suivre, comme étant sa réponse. Sans l'ouvrir devant lui, le Lieutenant-gouverneur lui fit des observations sur les difficultés où la législation le mettait. M. de Bouchcrville lui répondit que, dans sa position actuelle, il croyait ne pas devoir se prononcer sur le sujet. Il le salua et partit. Rendu à une petite distance de la maison, il fit retourner la voiture, ayant oublié de demander au Lieutenant-gouverneur la permission de donner des explications en Chambre. Admis de nouveau en présence du Lieutenant-gouverneur, il demanda la permission de donner des explications, et de faire connaître les mémoires du Lieutenant-gouverneur et les réponses qu'il y avait faites. Le Lieutenant-gouverneur lui dit qu'il n'avait aucune objection, et lui demanda alors s'il voulait l'aviser sur le choix de celui qu'il devait appeler. M de Bouchcrville lui répondit qu'il se pensait, -ayant été démis—, dans une position différente de celle d'un ministre qui, battu dans la Chambre, conservait encore la confiance du souverain ; qu'il avait eu une majorité de ving-cinq voix dans un des derniers votes \

que, dans ces circonstances, il ne pensait pas pouvoir l'aviser sur ce sujet.

" Il le quitta alors. Rendu dans l'antichambre le Lieu(enant-gou- Yerneur le fit rappeler et lui dit :

u Veuille» retarder les explications jusqu'à lundi.

« Voici copie de la lettre que M. de Boucherville avait remise entre les mains du Lieutenant-gouverneur, lorpquc ce dernier lui dit que c'était à lui d'interpréter son mémoire."

" Québec, '2 mars 18:8.

* À Son Excellence

u Le Lieutenant-gouverneur de la province de Québec.

* Excellence.— J'ai l'honneur d'nccuser réception de votre même ne u dans lequel vous concluez ne pouvoir me maintenir dans ma l'esiu tion de premier ministre. Il ne me reste d'autre devoir ù remplir u que de me soumettre au renvoi d'tfficc que Votre Excellence ma a signifié, tout en pretestant de men prefend respect peur les droits " et privilèges de la Couionnc, et de mon dévouement aux intérêts u de notre province."

M. Angers continua, en rapportant l'entrevue de M.

de Boucherville avec le Lieutenant-Gouverneur, telle

qu'elle est relatée ci-dessus, et en citant la lettre de M.

de Boucherville que nous avons vue, en date du 2 mars.

Fuis il ajouta :

a Le ÎW janvier 1*78, M. de Boucherville avait envoyé » Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur, alors ù la Rivièiv-Ouclle, la dépêche télégraphique suivante :

" Pouvcz-vous m'envoyer autorisation — résolution concernant finance ? "

« Le Lieutenant-Gouverneur, lo lendemain, *J1», télégraphia à M. de Boucherville :

u Blank maiUd to-day. If présence necessary. — Return Friday.

u Les résolutions concernant le chemin de fer du Nord ne furent présentées à la Chambre que le •>[) janvier, après réception dn télégramme du Lieutenant-Gouverneur disant qu'un blanc- sein:; avait été envoyé a M. de Boucherville, en réponse à sa dépêche télégraphique de la veille, demandant : *' Pouvez-vous m'envoyer autorisation— résolution concernant finance?"

11 Le ::o janvier, la première résolution fut rapportée du comité général à la Chambra. Le :t1, clic fut adoptée par la Chambre. Le 1er février, la Chambre se forma de nouveau en comité général, lequel rapporta les autres résolutions sur le même Bujet. Mais ce fut seulera ;nt le ."> que l'adoption du rapport du comité fut votée, la Chambre repoussant un vote de non-confiance à ce sujet par 28 contre -jJ

M L.* ."> février, un bill basé sur ces résolutions fut introduit, la seconde lecture en fut retardée jusqu'au 1^ février. La troisième lecture eut lieu le II). Pendant tout ce temps, le Lieutenant-Gouverneur auquel, chaque jour les votes et délibérations étaient envoyé*, resta silencieux.

u Le li> février, M. de Bouchervillc rencontra le Lieutenant-Gouverneur, et dans l'entretien qu'ils eurent au sujot de cette mesure, crut l'avoir satisfait sur sa légal it 5 et l'urgjnso qu'il y avait de l'adopter. Le Lieutenant-Gouverneur fut si pou explicite sur son intention, qu'il laissa partir M. de B^ucherville sous l'impression qu'il était autorisé.

" Le Lieutenant-Gouverneur ne prétend pas, dans son mémoire du 1er mars l.-C-, qu'il donna l'ordre de suspendre cette législation. Transmise au Conseil Législatif, elle y subit se3 trois lectures avant la réception de la première lettre du Lieutenant-Gouverneur datée du -*:* février, mais parvenu.? seulement le *J(5, à 4.:i0 p. m. Aussi le Lieutenant-Gouverneur, dan h sa lettre du 1er mars, reconnait-il qu'il n'a enaujune façon, dans son mémoire du \i."> février, exprimé l'opinion qu il croyait que AI. le Premier ait jamais eu l'intention de s'arroger le droit de faire passer des mesures sans avoir son approbation, ni de méconnaître les prérogatives du représentant de la Couronne.

•' Le Lieutenant-Gouverneur constatant qu'il y avait malentendu sur l'interprétation de l'autorisation demandée par dépêche télégraphique, le -«.8 janvier, et à laquelle il répondit qu'il envoyait un blans-seing, et sur l'impression sous laquelle la conversation du 19 février laissa M. de Bouehjrville, le Lieutenant-Gouverneur devaitil attendre, pour faire connaître pour la première fois l'existence de ce malcntcnJu, au ->\\ février, époque à laquelle toute la législation dont il se plaint avait été discutée et votée dans l'affirmative par les deux chambres ?

« La marque de confiance exprimée par le Lieutenant-Gouverneur le *2'J janvier à M. du Bouchcrvilie en lui transmettant le blanc-ssing, était bien proprj à lui faire interpréter le silence du Lieutenant- Gouverneur, au moins comme ne signifiant pas un dissentiment.

" Après leur entrevue du 11) février, le silence gardé jurqu'au *J6 était encore de nature à lui faire croire qu'il avait l'autorixation générale de soumettre ù la Chambre toutes les mesures que nécessitait le service public.

u Le :ïï janvier, vingt-six jours avant le premier mémoire du Lieutenant-Gouverneur, l'honorable trésorier fit son discours du budget, dans lequel il annonçait les nouveaux impôts qu'il serait nécessaire d'établir pour faire lace aux obligations de la Province, obligations contractées il y a plusieurs années, et résultant de la politique inau- ■ guréc alors au sujet des chemins de fer, et qui reçut le concours de plusieurs des> membres du parti opposé au gouvernement.

•* Ce discours, publié in extenso dans toute la presse du pays, a-t-il pu échapper à l'attention du Lieutenant-Gouverneur?

" Le VJ février, les résolutions demandant de» impôts, mais a un taux moins élevé que celui dont le trésorier avait fait mention dans son discours, furent présentées, et le 2(>, elles furent adoptées par un vote do "9 contre *J\J.

" Le Lieutenant Gouverneur, dans son mémoire du 1er mars, se plaint que M. de Bouchcrville ne lui a pas fait connaître que le gouvernement était dans un état de pénurie qui nécessitait une législalation spéciale, pour augmenter les impôts publics.

" Le premier ministre aurait erronément apprécié la position s'il eût ainsi qualifié l'embarras temporaire occasionné par le mauvais vouloir des municipalités qui ont souscrit à la construction du chemin de fer provincial, en négligeant d'accomplir fidèlement leurs obligations. Il eût mal apprécié la situation, en présence des résultats obtenus jusqu'aujourd'hui sans qu'aucune charge ait été imposée pour les obtenir.

" Le '22 février, avis des résolutions concernant les chemins de fer des townships de l'Est et de la rive sud du Saint- Laurent, fut donné.

" Le 2:> du même mois, les résolutions furent présentées, et subséquemment adoptées par un vote de 11 contre h».

" Ces résolu lions n augmentent en rien la dette actuelle de la Pro- Tince.

" Le Lieutenant-Gouverneur dit, dans le même n émoire, " que la construction du chemin de fur de Québec à Ottawa doit primer la construction des autres."

" La législation faite depuis plusieurs années sur ce sujet n'établit aucune priorité en faveur du chemin de fer provincial, au détriment des chemins de for des townships de l'Est et de la rive Sud. Il y

aurait eu violation de la loi si le gouvernement de Bouehcrvillc eût adopté une autre manière de voir.

" Dans ce même mémoire, le Lieutenant-gouverneur déclare qu'il ne peut accepter l'avis de M. le premier ministre au sujet de la sanetion ù donner au bill du chemin de fer intitulé : — " Acte concernant le chemin de fer Québec- Montréal-Ottawa-ct-Oecidcntal. " Cette déclaration est hâtive, le premier ministre n'ayant jamais (té appelé à avher sur la sanction à être donnée, et l'eût-il été, il eût, dans ces circonstances, recommandé qu'elle fût réservée pour la décision du Gouverneur-général, dans le doute où il se trouve que le Lieutenantgouverneur ait, de son chef, ex projtrio motu} droit d'exorcer la prérogative du veto, et ainsi, tic décider finalement du sort d'une mesuro adoptée par les Chambres, quand l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord de l£G7 semble laisser ce pouvoir au Gouverneur-général.

« Le mémoire de Son Excellence fait allusion ù dus requêtes de plusieurs corporations et de citoyens de divers endroits, adressées au Lieutenant-Gouverneur à rencontre des résolutions et du projet de loi du gouvernement, au sujet du chemin de fer Québec Moutréal- Ottawa-et-Occidental.

" Il suffit de considérer que ces requêtes émanent des débiteurs que la loi a en vue de contraindre à payer, pour arriver ù la saine conclusion que l'opinion des chambres doit primer celle exprimée dans ces requêtes.

" Le Lieutcnant-Gouveineur, dans ce même mémoire, mentionne des actes d'administration antérieurs à la session, et auxquels il a donné son assentiment. Comme il s'agit de faits pour lesquels le gouvernement est responsable envers les chambres, comme aviseur de la Couronne, et comme ces faits sont étrangers à la question de prérogative soulevée par le Lieutenant-gouverneur, il- ne peuvent se trouver dans son mémoire pour motiver la conclusion prise par Son Excellente, de ne pouvoir continuer à maintenir M. de Boucherville dans sa position, ù rencontre des droits et des privilèges de la Couronne-, partant, pour ne pas subir l'entraînement de ce hors-d'œuvre, il n'y a pas lieu de les discuter.

" Le Lieutenant-gouverneur exprime aussi l'opinion " que l'état de nos finances nous forçait à des emprunts disproportionnés avec nos revenus."

" Il est regrettable d'être forcé de répéter ici cette phrase ; mais le crédit de la Province cxigi^ qu'elle soit contredite ; la simple letuire du discours du budget suilira pour rassurer les alarmistes.

278 LETELLIER DE SAIST-JTST

" Il résulte il'S faits ci-haut. d^R a 1 missions contcn'i?s d jn< le dernier mémoire du Lieutenant-gouverneur, de la trausmîssi. ndub!an> Bciiiî; envoyé par lui-même sur la dcmanuYdeM.de B«m :h.:rviUc fiollicitant l'autorisation d'introduire '• Résolution* coiu-emint les fumrr;i\s/: et du silence du Lieutenant-Gouverneur jusqu'au '2 \ février dernier, qu'aucunes mesure» n'ont été introduites cnChaml»re en violation des prérogatives du représentant du souverain.

" Il ne reste plus maintenant qu'à terminer par la déclaration faite nu commencement de ces explicitions: \* cabinet dj BoiuherviUc n'a pas résigné ; il a reçu un renvoi d'office du Lieutenant-gouverneur.

" Le p'irti conservateur n'est plus au pouvoir, mais il est dans cette chambre le pouvoir, le pouvoir qualifié, la majorité dans l'opposition, la majorité ici, la majorité dans le conseil, la majorité dans le pays.

'• Le parti conservateur a i\ïçu un renvoi d'offi:*e, mais il reste noncoinpromis, suu compromis sans division, dévoué à la Constitution et aux intérêts du pays.

" A.-R. Angers,

li Ex-Procurem-Général, M. comté de Montmorency." Après ces explications, M. Laframboise ayant propose la seconde lecture du bill des subsides, M. Loranger, député de Laval, proposa une adresse au Gouverneur- Général, exposant que, d'après les explicitions données, le cabinet de M. de Boucherville avait agi de bonne foi dans IVxerciee de ses devoirs ; que le Lieutenantgouverneur avait permis de discuter et voter, sans contre-ordre de sa part, les mesures du cabinet, taut devant l'As semblée que devant le Conseil Législatif, et que le renvoi d'oiliee ayant eu lieu sans raison, était un abus de pouvoir et une violation des droits et des libertés du peuple. Cette adresse fut adoptée par 34 voix outre 12, ain^i que deux autre3 vote* d» nonconfuucj daus le nouveau miuUtère.

Le Conseil Législatif passa de son côté une adresse semblable à celle de l'Assemblée; tous deux devançaient ainsi le verdict que le peuple allait être appelé à rendre.

Le même soir, au sortir de la séance, la foule qui avait encombré les galeries delà Chambre pour entendre les explications, fit une ovation à M. Joly.

Le lendemain, le Lieutenant-gouverneur se rendit en grande pompe pour clore la session, et annoncer la dissolution prochaine du parlement. La garde d'honneur avec son brillant état-major, les sommités ecclésiastiques et civiles, les nouveaux ministres et une foule nombreuse, rehaussaient l'éclat et l'importance plus qu'ordinaire de la cérémonie. Cette dissolution avait pris les proportions d'un événement ; elle était un sujet d'espoir pour les uns et d'alarmes pour les autres.

Lorsque le message du Lieutenant-gouverneur paivint à l'Assemblée Législative, celle-ci était engagée dans la discussion d'une adresse à présenter, cette fois, au Lieutenant-gouverneur lui-même, pour Je prier de ne pas dissoudre le parlement. Le vote, qui allait l'emporter, était sur le point d'être compté par le greffier, lorsque l'huissier de la verge-noire frappa à la porte. L'Orateur hésita un moment, et était à demi levé pour donner Tordre d'admettre le messager, quand M. Angers se hâta de demander la conclusion du vote, insistant sur le droit de la Chambre de procéder sans interruption

sur une question de privilège. En ce moment l'huissier fit son apparition, et livra son message, qui requérait la présence immédiate de la Chambre auprès du Lieutenant-gouverneur dans la salle du Conseil-Législatif. Une voix venant des rangs de l'opposition cria : non ! non ! L'Orateur obéit, et se rendit à la salle du Conseil, précédé de la masse, et suivi des députés libéraux. M. Angers et ses amis, à l'exception de M. Mathieu, de Sorel, refusèrent de suivre l'Orateur, et restèrent sur le parquet de la Chambre.

La législation de la session fut sanctionnée, sauf le bill du chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental, qui fut réservé pour la sanction du Gouverneur-Général, * et sauf le bill d'impôt de timbres, que les ministres venaient de retirer.

Le Lieutenant-Gouverneur annonça sa détermination de dissoudre le Parlement pour connaître d'une manière constitutionnelle le sentiment du peuple sur l'état des affaires du pays, et sur les changements ministériels qui venaient d'avoir lieu.

En sortant, il fut salué par les acclamations de la foule qui encombrait les abords du palais législatif, faible dédommagement pour la responsabilité qu'il venait d'assumer.

La dissolution du Parlement fut publiée le 22 mars,

• Au lL'u de réserver ce bill, le Lieutenant Gouverneur aurait dû refuser de le eanctionuer. 11 eu avait le pouvoir.

et les brefs délections émis le lendemain pour procéder au plus tôt. M. Joly lança son programme aux électeurs, approuvant l'acte d'autorité du Lieutenant-Gouverneur, et en assumant toute la responsabilité. Il abandonna le projet des taxes, se proposant de suppléer par l'économie à l'imposition de nouveaux fardeaux.

Les élections qui allaient avoir lieu étaient d'une importance qu'on n'avait pas encore vue depuis la Confédération. Le parti conservateur était fort et nombreux, et comptait toujours sur l'influence du clergé. Chaque parti se disposa à faire la lutte chaudement. La constitutionnalité du renvoi des ministres partageait l'opinion en deux camps tranchés, et la presse la discutait à deux points de vue directement opposés, et avec une acrimonie qui ne contribuait pas à élucider la question. Chaque parti s'essayait plutôt à étayer d'autorités une opinion préconçue, qu'à rechercher la vérité.

Le Lieutenant-Gouverneur, quoique à couvert derrière ses ministres, était l'objet des attaques les plus acerbes et des diatribes les plus violentes des journaux conservateurs. Cependant, il y avait un point délicat sur le.quel ils n'osèrent pas l'attaquer publiquement, c'était sur le choix qu'il avait fait d'un protestant dans la personne de M. Joly. Mais un certain nombre de conservateurs employèrent sourdement cette arme contre lui. Toutefois il n'en fut guère question dans la polémique et sur les hmting.% parce qu'on ne voulait pas froisser les électeurs protestants.

Parmi les polémistes qui prirent une part active et raisonnée en faveur de l'acte administratif de M. Letellier, on remarque Sir Francis Hincks, un de nos hommes publics les mieux versés dans Té tu de de la constitution anglaise, et mûri par une longue expérience parlementaire, ayant été publiciste, premier ministre sous Lord Elgin, ministre dans divers cabinets, et ensuite Lieutenant-gouverneur des Barbades. Sans se prononcer sur l'opportunité de l'acte en lui-même, il le discuta et le défendit au point de vue constitutionnel. *

Son opinion fut confirmée plus tard par celle des autorités impériales.

M. Todd, bibliothécaire au Parlement Fédéral, fît paraître en même temps une brochure, A Constitutional Oovernory où les droits et les devoirs des gouverneurs sont développés avec une science et une clarté qui lui attirèrent les suffrages des deux partis ; si bien que l'un et l'autre s'efforcèrent d'en revendiquer l'application chacun dans son sens.

Un publiciste canadien, M. Ernest Tremblay, publia aussi un opuscule pour démontrer que le gouvernement fédéral n'avait ni le droit, -ni le pouvoir de destituer le Lieutenant-gouverneur à raison de l'acte du 2 mars.

Plusieurs autres écrits et brochures furent également publiés dans le sens opposé. On pourrait faire

• Journal of Commerce, vol. 6. p. 103-142-174 270-305-392-550.

des volumes avec tout ce qui a été publié sur cette

questiou.

Cependant M*. Lstellier ne voulait pas laisser passer

sous silence les explications données en Chambre par

M. Angers, non plus que la plainte adressée par les

deux chambres de la législature locale contre lui à

Ottawa, plainte qui était fondée sur les faits contenus

dans ces explications. Il adressa en conséquence au

Gouverneur-Général, Lord Dufferin, la lettre et le

mémoire qui suivent :

" Hôtel du Gouvernement, Québec, i 9 mars 1878.

tt A Son Excellence le très honorable comte de Dufferin, C.P. C.C B. G C.M.G., Gouverneur-général du Canada, Ottawa.

" Milord, — Le factum d'explications ci-annexé, que j'adresse à Votre Excellence aujourd'hui, aura l'effet, j'en suis persuadé, de démontrer que j'ai toujours agi avec bienveillance et avec un sentiment d'assistance loyale envers l'honorable M. de Boucherville et ses collègues, durant leur tenurc d'office.

" Ce qui aurait pu produire des conflits regrettables entre moi et mon cabinet, a été invariablement aplani par le bon vouloir que j'ai constamment mis à passer par-dessus des actes irréguliers, que je signale dans ce mémoire.

u J'espère, milord, que la position difficile qui m'a été faite ne sera pas justifiée seulement parce qu'elle est constitutionnelle, mais aussi parce que la conduite de mon cabinet mettait en péril, non seulement les prérogatives de la Couronne, mais les intérêts les plus sérieux du peuple de cette province.

J'ai l'honneur d'être, milord, Votre très obéissant serviteur,

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