CHAPITRE X
Troubles de la Ligue — Coiiressioii royale ilc fermeture eu faveur du bourg de Chouilly. — Aliénation du domaine d'Epernay, en ir>87. — Droits réservés. — Henry IV k Chouilly.
Aux dégâts des reîtres et des lansquenets allemands du prince de Condé s'ajoutèrent les alarmes des Ligueurs, faction politique qui, sous une apparence de zèle pour les intérêts religieux, briguait pour elle-même le sceptre du faible Henry III.
Victimes de ces spoliations, plusieurs bourgs se mirent en mesure de se fortifier, principalemenl dans le diocèse de Reims.
Gomme légitime compensation du sac de leur château, les habitants de Chouilly sollicitèrent et obtinrent, en septembre 1576, des lettres du Roi, conçues en ces termes :
(( Henry, par la grâce de Dieu , Roy de France et
de Polongne', à tous pns (présents) et à venir, salut, savoir faisons que veu par nous l'acte de rass(;inblée de la plus grande et saine partie des habitants du bourg de Chouilly, et consentement par eulx preste cy attaché, inclinant libéralement à la supplicaon et requeste qui faicte nous a esté en leur faveur, et aftin qu'ils ayent moïen de se préserver des incurtions de plusieurs gens de guerre vivant licentieusement et sans adveu partout lîre (notre) royaulme à nre très grand regret. A iceulx pour ces causes et aussy à ce nous mouvant, avons de nre grâce spécial, plaine puissance et authorité royal, promis et accordé, prometons et accordons par ces pntes, voulons et nous plaît, qu'ils puissent et leur soit loisible faire clorre, fermer et environner led. bourg de Chouilly, de murailles, tours, tournelles, portes, ponts-levis et fossés, en lieux et endroicts les plus commodes pour la décoraon dud. lieu que faire se
» Henry, duc d'Angoulême , frère de Charles IX, avait été élu roi par les Polonais, le 9 mai 1573. A la nouvelle de la mort du roi de France, 30 mai 1574, il s'enfuit secrètement pour aller recueillir l'héritage d'une couronne qui devait lui coûter la vie, le 1" août 1589. En lui s'éteignit la maison de Valois, qui occupait le trône depuis 261 ans. Le titre de «; roy de Polongne » qu'il conserva était purement honorifique.
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poura. El pour satisfaire aux frais et despences qu'il conviendra faire pour icelles clostures, nous leur avons aussy promis et prometons qu'ils puissent asseoir, lever et imposer sur eulx, pendant deux ans prochains, la somme de quatre mil livres tournois, ou telle autre moindre somme qu'ils adviseront, jusques à l'entier parachèvement desdictes clostures, le fort portant le foyble, le plus justement et esgallement et à la moindre foulle et charge d'iceulx habitans que faire se poura, selon le devis et estât du marcliô qui en a esté ou sera faict cy après. Et faire recevoir lesdicts deniers par ung des plus notables habitans dud. bourg pour les distribuer aux maçons, charpentiers et maneuvres qui y travailleront, et non aultres, par les ordonnances du maïeur et deux des principaux habitans dud. bourg. A la charge d'en rendre bon compte par devant le bailly d'Esparnay ou son lieutenant, nostre procureur présent et appelé, affîn qu'il n'y soit abbusé, pourveu touteffois que à l'occasion de ce, nos désirs n'en soient relardés ne diminués, et que la plus grande et meilleure partie des habitans ayent à ce consenty et consentent, comme desia il en appcil pai- ledicl consentement.
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n Si donnons en mandement audict bailly d'Esparnay ou son lieutenanl, et à tons nos aultres justiciers qu'il appartiendra, que de nos présens permission, vouloir et intention, et de tout le contenu cy dessus, ils fassent, souffrent et laissent jouyr et user plainement et paisiblement lesdicts habitans, cessans et faisant cesser tous troubles et empêcbemens ; en outre, contraignant à ce soutfrir et obeyr tous ceulx qu'il appartiendra, mesmes lesdicts habitans cottisés à païer leur cotte part et portion, par toutes voies deues et l'aisonnables, nonobstant oppositions et appellations quelconques par lesquelles et sans préjudices d'icelles ne voulons estre différé. Car tel est nostre plaisir. Et affin que ce soit chose ferme et stable à tousiours, nous avons faict mettre notre scel à ces dictes pntes, sauf en aultres choses nli-e droict...
» Donné à Paris au mois de septembre, l'an de grâce mil cinq cens soixante seize, et de nre règne le trois""".
» Par le Roy en son conseil , De l'Aubespine. Visa : Poussepin. Et plus bas : Legra, tabellion. »
L'original sur parchemin de cette concession royale de fermeture, scelle en double queue de cire
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brune, est conservé dans les archives communales.
Dès lors, la partie haute du bourg, à savoir, la plus maltrailée en 1567, déserta ses funestes quartiers pour se rapprocher du centre, aux abords de la rivière. Un triple cercle de fossés, de remparts et de murailles, avec portes et tourelles, ce qu'on appelait une chemise, enveloppa le pays, ne laissant au dehors que la nouvelle maison seigneuriale bâtie à l'ouest et suffisamment protégée par un système spécial de fossés et de ponts-levis ; à l'est, l'église meurtrie et les ruines fumantes de l'antique château, premier et glorieux abri d'une famille de gentilshommes, dont on peut dire, dès à présent, que la fortune n'égala jamais le mérite et la bravoure.
Nous en raconterons bientôt la filiation et les exploits'.
La chàtellenie d'Epernay, distraite de la couronne en faveur du premier duc de Guise, en 1536; du maréchal de France, Pierre Strozzi, en 1551 ; de Philippe Strozzi, son fils, en 1558; puis rachetée
1 Le souvenir des fortifications de Chouilly se traduit, chez ses habitants, par les locutions usuelles de : porte de Châlons, porte d'Epernay. derrière les remparts, derrière la ville. Il y avait aussi la tour de Jean, au sud; la porte et la rue de l'Huisselot. on face de l'ahreuvoir. au nord.
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par Henry II , pour être donnée en mariage à sa bâtarde Diane, légitimée de France, duchesse de Castro, fut également olierte en douaire à l'infortunée reine de France et d'Ecosse, Marie Sluart.
A peine sa mort tragique fut-elle connue en France, que le roi Henry III donna ordre d'aliéner son domaine d'Epernay ; ce qui eut lieu le 5 juillet 1587 \ par le commissaire délégué à cet effet, Adrien de Pétremol, sieur de Rozières, conseiller du roi, président du bureau des finances de Champagne.
Voici l'article de cette adjudication « à faculté de rachat perpétuel » concernant Chouilly :
« Auroienl semblablement esté mis à prix tous et chacun les droicts que ledict sieur Roy a au lieu et bourg de Chouilly, consistant en mairie, prez cl avoine, sans auculne chose réserver ne retenir, par Raoul Copillon, demeurant à Reims, à la somme de 100 escus. Par M" Pierre Aubelin, conseiller aud. Espernay, à 1 1 0 escus. Par Nicolas Roulet, demeurant
' Berlin du Roclieret, cité dans la Ctironique de Champagne, se trompe, lorsqu'il reporte cette vente à l'année 1569, et lui assigne pour but la délivrance de Marie Stuart des mains de sa bonne cousine Elisabetli. L'acte est daté de 1587, et parle nommément de la v. feue Royne d'Escusse. » Ms. de la Bibl. d'Epernay.
à Reims, à 6 vingt dix escus. Par ledit Aubeliii, à 8 vingt escus. Par ledict Copillon, à 8 vingt dix escus. Par Jacques de Monspoix, à 9 vingt escus ; et par led. Copillon, à 9 vingt dix escus. Et après plusieurs publications faicteset réitérées, nous, aud. Copillon, comme plus oiïrant et dernier enchérisseur, au troisième et dernier coup de baguette, en la manière accoutumée, avons vendu, délivré et adjugé, délivrons et adjugeons, tous et un chacun, les droicts cy dessus déclarés, moyennant la somme de 9 vingt dix escus, pour le sort principal, et 9 escus et demy pour les 3 sous par escus, pour les frais de publications , vente et délivrance; qui est en somme totale : neuf vingt dix neuf escus et demy, pour en jouyr, ainsy qu'il est porté par ledict édict, et aux réservations y contenues ; à la charge que les appellations du juge de Chouilly ressortiront par devant le bailly d'Espernay ou son lieutenant ; lequel messire Copillon a déclaré que lad. adjudication présentement à lui faicte, est pour et au profTit du sieur de Berrieux , seigneur en partie dud. Chouilly, suivant le mandement par escript, signé de sa main, à luy baillé à ces tins, dont nous lui avons donné acte. '^
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Ainsi aliénée « moyennant neuf vingt dix neuf escus solz \ » il semblerait assez naturel que « la partie appartenant au Roy de la terre et seigneurie deChouilly ne « put désormais « estre faict estât certain, d'aultant que Tacquéreur y jouit par les mains. Néantmoings portera pour la part des usages à raison d'un solz pour escu du prix de ladicte vente-. »
En d'autres termes, la cession réelle et absolue de « tous et chacun les droicts que ledict sieur Roy avoit au lieu et bourg de Chouilly, sans aulcune chose réserver ne retenir » , n'empêchera pas la jouissance et revendication des droits de suzeraineté, et le îîsc de consigner soigneusement, le 6 octobre 1619, dans le « Registre des recongnoissances faictes par les habitans d'Espernay des censives deubes au Roy nostre sire, au jour Sainct-Martin d'hiver » une déclaration « soubzsignée », en vertu de laquelle Nicolas Fourché le Jeune, procureur syndicq des habitans de Chouilly, ayant charge desdictz habitans, a recongnu debvoir au Roy la somme
* L'écu au soleil ou écu sol, remplaçant depuis Louis XI l'écu d'or à la couronne, tirait son nom du soleil gravé audessus de la couronne.
^Ms. intitulé: Redevances au domaine et seigneurie d'Epernuy, U iiiay 1602 - Bilil. d Rpcrnay.
de cinquante sols de cens, à cause de leurs usages, qu'ils tiennent de Sa 3Iajesté, payable au jour de Sainct Remy ; laquelle au nom desdictz habitans, il promet ^ayer et continuer. » C'était l'essentiel.
Le 9 juillet 1592, dans une reconnaissance de Damery à Dizy, le roi Henry IV avait vu périr à ses côtés le meilleur de ses amis, le maréchal de Biron.
Epcrnay, tenu par le comte de Rosne, pour les Ligueurs, fut assiégé quinze jours après, capitula le 10 août, et se rendit le lendemain, après dixsept jours de tranchée ouverte.
Le 16, Henry IV établissait son quartier-général à Chouilly, d'où il nomma pour gouverneur d'Epernay le huguenot Bertrand d'Arricault, baron de Vignolles, avec exprès commandement de lever au plus tôt des hommes de guerre, pour assurer sa nouvelle conquête contre les entreprises du dehors '.
Le 25, Henry IV et ses gens étaient déjà sous les murs de Provins.
' La plupart des historiens répètent , après Berlin du Rocheret : 1° que le maréchal de Biron fut tué le 4 août, durant le siège d'Epcriiay ; 2" que dès les premiers travaux de ce siège, c'est à-dire depuis le 24 juillet, le roi avait dressé son camp à Chouilly. Ces deux assertions sont également fausses. Pour les rectifier, il suflit de parcourir le Recueil des LeUrcs-Missives de Henry IV, par M. Berger de Xivrey, édition ministérielle.
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