CHAPITRE XII
Nouvelles factions. — Incendie ;i Cliouilly, en 16^>:î. — Ordonnance de dégrèvement. — Cordon sanitaire contre la peste. — Commencement des guerres de la Fronde. — Funestes accidents. — Famille des Brunetot.
Le poignard de Ravaillac replongea la France dans le désordre et l'anarchie des guerres civiles.
Mécontent de la régente Marie de Médicis , le prince de Condé s'empara d'Epernay, le 6 octobre 1615, tandis que les Huguenots appelaient, comme une menace, le comte de Mansfeld à leur aide.
Pour comble, en 1623, un ennemi non moins implacable, le feu, dévora en quelques heures cent quarante-six maisons du bourg de Chouilly, y compris la maison seigneuriale, avec le fruit de toute une année de labeurs; catastrophe affreuse qui éclata dans la nuit du 17 au 18 juillet, huit jours après la rentrée des récoltes.
142 ETUDE HISTORIQI R
La moitié de la population se trouva sans pain, sans asile et sans ressources !
En présence d'un tel désastre , lautorité s'émut de pitié, et rendit l'ordonnance de dégrèvement suivante :
« Les présidens, trésoriers de France généraux des finances en la généralité de Champagne, aux présidens, lieutenans, conirolleurs et autres officiers en l'élection d'Esparnay, salut. Veu la requeste à nous présentée par les habitans du bourg de Chouilly, contenant les pertes par eulx souffertes, à cause de l'incendye du feu advenue audict bourg, la nuit du dix-sept au dix-huitiesme du mois de juillet dernier, qui auroit esté si véhément qu'il auroit bruslé sept vingtz six maisons, outre les granges et estables, avec leurs meubles, grains el foins qu'ils avoient engrangez huit jours auparavant ladicte incendye. Ainsy qu'il nous est apparu par votre procès verbal du dix-huit dudici mois, contenant les noms de ceux qui ont souffert desdictes pertes, et les sommes auxquelles chacun d'eulx étoit cottizé pour les tailles de la présente année. Veu aussy le procès verbal du sieur de Lorme, l'un de nous, qui se scroit transporté sur les lieux avec
SIR CHOUILLY. 14H
aucuns de vous, le neufiesme aoust dernier, pailequel appert desdictes ruines et incendye, Testât dellivré de son ordonnance par deux de vous et maistre Claude Yary, recouvreur des tailles en ladicte Election, par lequel appert des noms et sommes que portoient ceux qui ont souffert lesdictes pertes, montant par quartier à cent dix neuf livres douze solz. L'advis par vous donné aussy de son ordonnance en date du dix-septiesme du présent mois, contenant que ledict bourg estoit cottizé pour les tailles à la somme de neuf cens trente deux livres, de laquelle ceulx qui ont faict lesdictes pertes portoient ladicte somme de cent dix-neuf livres douze solz par quartier, et qu'au suject des grands frais qu'il leur convenoit faire pour obtenir descharge du Roy de ladicte somme, et icelle faire vérifier ou besoing seroit, à quoy ils ne pouvoient satisfaire, pour leur misère et pauvreté ; et que pour leur donner moien de se restablir audit bourg, vous jugiez estre à propos qu'en païant par eulx ce qu'ils doivent de reste lesdites tailles et grèves de la présente année, pour éviter auxdicts frais qu'ils fussent modérés durant quinze années, poui' toutes tailles, taillon et grèves, à la somme de quinze
livres, qui sera regallée par chacun an sur cenlx qui ont souffert lesdictes pertes, ainsy qu'il est plus au long contenu et déckré par vostre dicl advis.
» Tout considéré, et sans tirer à conséquence, ordonnons que doresnavant, et durant quinze années, à commencer de l'année prochaine, proceddant par vous aux départemens des tailles, taillon, grèves des garnisons et aultres qui pourroient arriver durant le cours desdictes années suivantes, vous ayez à cottizer les habitans qui ont souffert lesdictes pertes et incendye de feu contenues en vostre dict procès verbal, à la somme de quinze livres par chacun an, qui sera regallée sur eulx par les alloueurs (répartiteurs) desdictes tailles, le fort portant le foible, en la manière accoustumée. Et pour le surplus des habitans qui n'ont souffert aucune perte, seront par vous cottizés selon leurs facultez et moiens de ce faire. Vous donnons pouvoir, commission et mandement. Fait au bureau des finances en Champagne, à Chaalons, le vingt-troisiesme jour d'octobre mil six cent vingt-trois.
» Delon, Bailly, Boulet, Françoys, Cuissotte. Et plus bas : Par mesdicts sieurs, Cuissotte'. »
> Papiers de faiaille de M. le comte de Sainte-Suzanne.
SLR CHOUILLY. 145
Au printemps de 1635, la peste décima la ville de Reims. La crainte, pour les Sparnaciens, de voir le fléau s'étendre jusqu'à eux leur fil interdire, par ordonnance du 22 juin, tout rapport avec la cité atteinte. Il y eut même, du 23 juillet au 7 août, des punitions exemplaires contre les infracteurs, lesquels furent chassés hors des faubourgs, « amendés de 30 ", » leurs meubles et autres achats brûlés sur la place publique.
Grâce à la sévérité de ces mesures, Epernay et ses environs en furent quittes pour la peur.
Puis arrivent les guerres de la Fronde, singulière cabale où le ridicule marcha de pair avec l'esprit d'indépendance et d'irritation vaniteuse.
Chouilly aura, comme toujours, sa large part de désolation et de misères.
« Le trentiesme dudict mois et an, jour de S'- André (30 novembre 1648), François Fourché fust homicide et tué d'un coup de pistolet qu'il reçust à la teste, environ les cinq heures du soir, duquel coup il mourut environ le minuit; et quatre aultres habitantz furent tués à la teste de pareilles armes par des soldats, deux desquels estoient de pies, les deux aultres de cheval, tous se disant des gardes de
Monsieur le prince de Condé », principal chef de la révolte contre l'influence du cardinal de Mazarin.
Qu'on juge de la terreur des populations sous la menace de tout mettre à feu et à sang en cas de résistance ! Les troupes royales n'étaient guère mieux disciplinées.
En 1G50, lorsque le marquis de La Ferté, rentré dans Clermont, en Argonne, se vit contraint, par le manque absolu de vivres, de rétrograder vers Epernay, le passage à Ghouilly de son régiment, dit de LaFerté-Sénéchal, ne laissa d'autre souvenir que la mort violente de deux de ses cavaliers qui s'étaient pris de querelle, et dont l'un « nommé Laforest. avoit esté tué audict Ghouilly, le onziesme de septembre»; le second, « nommé Sanson Lapil, blessé à pareille occasion », expira trois jours après.
Durant le siège de Sainte -Meneliould par les Frondeurs, des bandes de Lorrains, leurs auxiliaires, rôdaient chaque jour en fourrageurs jusque sur les bords de la Marne. Il importait de les empêcher de passer outre; et pour cela, il fallait être en force. M. de Lellrée se chargea, dans l'intérêt des seigneurs riverains, d'exposer leur demande à l'assemblée d'Epernay. Mais le 21 septembre 1650.
SUR CHOUILLY. 11"
au grand déplaisir el mécontentemenl de tous, il fut « respondu à 3Iessicurs de Chouilly et d'Atiiys, que la ville n'a pas trop » de monde « pour se garder elle-même. »
Les registres paroissiaux ' d'où nous lirons ces récits, mentionnent, dans le cours de l'année précédente, un accident d'un autre genre :
« Le mercredy quatriesme aoust mil six cent quarante neuf, environ les sept heures du matin, survint une nuée orageuse d'éclairés et de tonerres, pluyes et quelques gresles, qui tua une lille unique, âgée de quinze ou seize ans, nommée Jeanne Brez, retournant du champ au bourg de Chouilly, pour se sauver de ladicte nuée, fust tuée du tonerre à deux jets de pierredeChouilly, sur le chemin de Longe-Fontaine, où il y a une croix pour marquer l'endroict. »
Comme complication d'épreuves, se joignit l'épidémie de 1651, qui, dans l'espace de quelques semaines, emporta dix-huit habitants de Chouilly ^
» Le plus ancien remonte au 15 mars 1642.
M7 septembre, Anne la Guérine ; 19, Simon Fourché; 20, Anne Fourché ; 21 , le fils à la Guérine ; 22, Nicaise Legra; 23, Pierre Marc; 24, la mère à Barthélémy Guérin ; Id., François Milla; 29, Garnessou; ;jO, Jacques Milta; 1" octobre, Louis Renaudin ; 2, Marc Fourché; 5, Martin
Il est temps de faire connaître la noble maison des Brunetot, dont l'un des membres, Louis de Brunetot', apparaît vers le milieu du xviie siècle comme le type de la valeur militaire.
« Damoyselle Catherine de La Chapelle, dame pour la tiers part de la terre seigneuriale de Chouilly, » avait eu du sieur de Monspoix, son mari, deux fils : Jacques de Monspoix, écuyer, seigneur de Courjan et de Chouilly, en partie; Antoine de Monspoix, aussi écuyer, vicomte de Chouilly, en partie; et quatre filles : Claude de Monspoix , mariée à Hector de Hanecoq, écuyer, seigneur de Champagne, en partie; Charlette de Monspoix, mariée à François Briffault, seigneur du Mont-Saint-Remy, demeurant à Châlons-sur-Vesle ; Marguerite de Monspoix, mariée à Valérien de Bourgeois, écuyer, seigneur de La Fosse; et Jeanne de Monspoix, qui épousa, en 1550, le fils d'un gentilhomme de Normandie, Antoine de Brunetot, maréchal-des-logis d'une compagnie d'or-
Richon; il, Claudine Baudoin; 14, Jacqueline Pienne; 21, la femme à Claude Despresl; 26, la mère à Philippe Lhermite; 27, Estienne Marion. — Registres paroissimix.
' On écrit maintenant : de Bruneteau. La première forme ortbographique étant la seule que portent les plus anciens litres, nous nous faisons un devoir de l;i reproduire.
SUR OHUL'ILLY. 149
donnance, homme d'armes de la compagnie de M. le marquis du Ponl.
A partir de celte époque, et bien avant la mort de Catherine de La Chapelle, sa belle-mère, décédée vers 1580, Antoine de Brunetot prit le titre « d'escuier, seigneur de Daulcourt et de Chouilly, en partie », comme il appert d'un dénombrement par lui rendu, le 20 mars 1551, de la terre et seigneurie de Chouilly à Madame la comtesse d'Angoulême, Louise de Savoie, chargée, comme on Ta vu, de la garde-noble de W le duc de Valois, son fils.
La succession de Catherine de La Chapelle était assez modeste. L'acte de partage, en date du 25 février 1582, assigne préalablement à Jacques de Monpoix, comme droit d'aînesse et de préciput «la maison seigneurialle, consistant en un pavillon couvert de thuilles, coulombier, granges et estables, tenant d'hun costé, devers soleil levant, aux fossés de la maison, et d'autre, à un grand pingnon de pierre-, d'hune part au dmetière, et d'autre aux fossés de ladite maison, o
On reconnaît à ces détails l'emplacement de l'ancien château-fort, que tant d'épreuves successives réduisirent à la fin aux humbles proportions d'une maison de fermage.
150 ETUDE HISTORlglE
Au sieur de Brunelot échut le premier lot de la maison « d'en bas », (jui, par voie d'échange ou ilo rachat, lui revint bientôt toute entière.
C'est aux deux 31onspoix, vaillamment secondés par leur beau-frère, Antoine de Brunelot, que doit appartenir, croyons -nous, la gloire, chèrement payée, d'avoir fait mordre la poussière à bon nombre des Huguenots de 1567, gisants sous la croix de la Haute-Borne.
Antoine mourut en 1598. L'aîné de ses quatre enfants, Pierre de Brunetol, seigneur de Chouilly, de la Borde et de Spilly, avait épousé, vers l'an 1593, Magdeleine Le Dieu ', dont il eut : Anne et le célèbre Louis.
Le 16 novembre 1619, Pierre épousa en secondes noces Suzanne de Poix, dont il n'eut pas d'enfants.
Naïf exposé des coutumes locales, ses dispositions testamentaires, du 30 décembre 1627, retracent plus encore la touchante piété du testateur :
« Je recommande mon âme à Dieu, à la glorieuse Vierge Marie et à toute la Cour céleste, et veux que
' Le Dieu porte : d'azur au chevron d'argent, accompagné de trois glands dor. dont deux en chef, et un à la pointe de l'écu. {V. pi XXX. lig. 1".)
SUK CHOLILLY. 151
toutes mes debtcs soient payées , et tous les torts que j'ay fait amendés autant que faire se pourra.
» Item, je veux , advenant mon trépas, que mon rorps soit inhumé dans l'église dud. Chouilly, au lieu et place où madamoiselle ma mère (Jeanne de Monspoix)a esté enterrée; et au bout de l'an, qu'on pose sur le lieu de ma sépulture une pierre longue de cinq à six piedz, et large de deux piedz et demi ou trois piedz, sur laquelle sera escrit mon nom, mes qualités et mes armes gravées.
» Item, je veux, le jour de mon enterrement, qu'on célèbre quattre messes avec les vigiles et recommandises.
» Item, je veux qu'il y ayt douze torches et quattre douzaines de cierges , tant pour mettre sur l'autel (jue sur la chapelle ardente.
» Item, je veux qu'on distribue aux pauvres le pain de quattre boisseaux de bled.
» Item, je veux qu'on prie mes amys à mon enterrement, auxquels sera donné la réfection.
» Item^ je veux que quarante jours après mon décès on fasse mes services et prières accoutumés, par trois jours consécutifs, et entends qu'il y ayt chacun jour quattre prestres pour célébrer quattre
messes avec les vigiles et recommandises, el que l'on distribue aux pauvres le pain de quattre boisseaux de bled, et la réfection à mes amys.
» Item,ie veux aussy Tan durant, que tous les jours qu'on dira les vespres, le magister dud. Chouilly dise sur ma fosse le respons Ne recorderis en nottes, et pour son salaire il luy soit donné soixante solz.
» Item, je veux l'an durant, qu'à l'élévation de la sainte Eucharistie on allume un cierge sur ma tombe . . »
Suivent quelques libéralités en faveur de l'église et la fondation à perpétuité d'un service anniversaire pour le repos de son âme.
Pierre avait encore cinq années à vivre, et ce fut, non à Chouilly, mais à Chaumuzy* que sonna sa dernière heure.
La pensée d'être inhumé à Chouilly ne l'avait pas quitté, témoin le codicille dressé le 4 mai 1633, sur son lit de mort, et dans lequel sont attribuées « au curé de céans quattre livres pour accompagner le corps du deffunct jusqu'au lieu de sa sépulture.
» Item, est délaissé à NicoUe Josse, sa servante, un manteau gris, en récompense des bons services
' Canton do Ville-en-Tardenois.
-l K CHOIILLY. lâS
qu'elle lui a rendus, tant en santé qu'en maladie, et en oultre les gaiges qui lui pourroient estre deus. »
L'exécuteur testamentaire désigné était Honoré Régnier, son beau-frère', et, à son défaut, noble homme Georges de Brunetot, son frère, seigneur de Mutry, demeurant à Beauregard, paroisse de Fleury, et noble homme Louis de Brunetot, son fils.
Celui-ci, escuier, seigneur de ChouiUy, en partie^, et de Spilly, débuta de bonne heure dans la carrière des armes.
Le 18 février 1626, il recevait du roi Louis XIII un brevet de capitaine d'une compagnie de gens de pied, au régiment du baron d'Annevous, sous l'autorité du duc d'Epernon, pair de France, colonel général de l'infanterie.
Une commission de major au régiment de Sainl-
' Honoré Régnier, seigneur de Sompuis, avait épousé Elisabeth de Brunetot, liile d'Antoine, et pour cela se qualifiait « escuier, seigneur de Chouilly, en partie. »
* C'est en cette qualité quïl prêta, le 11 avril 1634, l'acte de foi et hommage « au Roy nostre sire, à cause de sa chastellenie d'Espernay , de laquelle ladicle terre de Chouilly est tenue en fief immédiatement. > Dans un certificat de convocation de Tarrière-ban des gentilshonmies de Vitry. à la date du -1 août 1G39. Louis est qualifié ; « seigneur (le Chouilly, en partie, et du lief de Partelaine sis audict lieu. >
Etienne lui est octroyée, le 27 août 1635, par le duc de la Valette , colonel général de France , gouverneur et lieutenant général pour le roi en Guienne.
Trois années après, le 20 août 1638, de par le sieur de Fontenay, commandant de Lorraine, il est ordonné que cinquante mousquetaires partiront de Nancy, sous la conduite du sieur de Ghouilly, major au régiment de Saint-Etienne, pour aller se jeter dans « la place d'Espinalle (EpinaJ) d quelque prix que ce soit. » L'intrépidité toute chevaleresque avec laquelle cette périlleuse mission fut accomplie excita les applaudissements unanimes de l'armée.
Le 3 novembre 1642, le vicomte de Ghouilly est chargé par le roi de former une compagnie de chevau-légers, qu'il devra commander, dans le régiment de Mépas.
Parvenu au brillant grade de lieutenant-colonel du régiment de Mépas-cavalcrie, Louis de Brunelot, sous le feu de l'ennemi, cueillait une ample moisson de lauriers, lorsque la gravité de ses blessures l'obligea, en février 1647, « de retourner en France se faire panser. «
11 saura bien un jour retrouver son courage, et reprendre son épée poui' la défense du sol natal.
sru CMOriLi>Y. 155
CHAPITHE Xlll
Louis de Brunetot à la tète de la noblesse d'Epernay. — Georges, son (ils, dans le camp des Frondeurs. — Les Lorrains à Chouilly. — Manoir des Brunetot dévasté. — Georges amnistié. — Deux notaires royaux en résidence à Chouilly.
L'année 1652 s'ouvrit sous de sombres auspices.
Une armée de Lorrains \ conduite par leur duc dépossédé, se rua sur la France, au secours des princes rebelles.
Epernay, fatigué de toutes ces intrigues, fut d'avis de se conserver au service du roi. En conséquence, le 9 mai, il est arrêté :
« 1" Que les ponts de Tours-sur-Marne, Bisseuil et Mareuil seront rompeus.
" 2" Oultre 400 habitans d'Esparnay en estât de porter les armes, suivant la revue, en sera faict entrer 600 des villages circonvoisins.
' Environ 9,000 hommes.
156 ETUDE HISTOlUyLE
» 3° De ces mille hommes seront composées neuf compagnies.
» 4° Que la noblesse fera un corps de cavallerie pour tenir la campagne.
» b° Que la ville pourvoira aux vivres.
» 6" Que le commandement, en ce qui est des armes, sera dévolu à la noblesse, tant dedans que dehors la ville.
» 7° Que la noblesse nomme pour commandant dans la ville M. de Chouilly, et à la campagne M. le baron de Mouslins (Moslins).
» 8° Que M. le maréchal de Lhospital, gouverneuide Champagne, sera prié de faire agréer par le roy ce résultat.
» 9° Que Ton se joindra aux autres bailliages de la province pour faire diverses remontrances au roy contre les excès des gens de guerre, qui mettent les habitans et les païsans au désespoir.
» 10" Que la noblesse courra sus à tous les déserteurs et soldats débandez, ou qui feront dégâts'. »
Un second délibéré complétait ces énergiques résolutions :
' Registres du conseil de In ville et comininutulê d'Es pnrnay. — Bihl. il'K|ioriiay.
SUR CHOLJLLY. 157
« Gejourd'huy, neufviesme jour du mois de may, mil six cent cinquante deux, par-devant nous, Pierre de Poix, conseiller du roy, nostre sire, président au bailliage et prévoslé d'Esparnay,
» Sont comparus les habitans d'Esparnay par le conseil de ladicte ville. Entre autres choses a esté arresté que messieurs de la noblesse nommeront d'entre eulxdeux commandans, l'un dans la ville et l'autre à la campagne. Suivant quoy a esté nommé pour commander en la ville la personne de Monsieur de Chouilly, et pour la campagne, Monsieur le baron de Mouslins. Et pour chefs en la ville, sous ledict sieur de Chouilly, ont esté nommés de la part de la noblesse , la personne de Monsieur de la Tour (d'Athis), Monsieur de la Bassie, Monsieur des Conardins de Fleury, Monsieur de Bussy (Lettrée), Monsieur de la Place, Monsieur Soulin*, Monsieur de Romond. Monsieur de la Ruelle, Monsieur de Cramant et Favresse, Monsieur Piquart, Monsieur du Portail, Monsieur de la Grandmaison , Monsieur des Conardins de Pierry, Monsieur de la Croix, Monsieur de la Carlottie, Monsieur de la Tour de Bury. Et de la part
1 Seigneur de Violaiiies. demeurant à Saint-Martin d'Atnblois (Ablois).
ir)8 KTIOE HISTOUIQIE
des habitans sera nommé pareille nombre en l'assemblée (le lailicle, qui se fera pour cela incessamment. Donné audict Esparnay le jour et an que dessus. » Signé : Lépreux , greffier. »
Dans ces délicates conjonctures, le gouvernement de la régente Anne d'Autriclie écrivit à la noblesse du bailliage d'Epernay pour stimuler son zèle et son patriotisme contre les ennemis de l'Etat.
La pièce rédigée en réponse à cet appel honore ses auteurs non moins que celui des gentilshommes qui en a été l'objet :
a La noblesse du bailliage d'Esparnay et autres voisins de la rivière de Marne s'estant assemblés pour les ordres du roy à eulx envoyés , donnés à Saint-Germain-en-Laye, dalle du dixiesme may mil six cent cinquante deux. Par lesquelz, après avoir considéré les choses plus nécessaires pour satisfaire audict ordre, suivant l'intention de Sa Majesté, tant pour empescher les ennemys d'entreprendre sur aucun passage de la rivière de Marne, que pour la conservation du pays. Auroient advisez ensemble de nommer ung d'entre eulx pour entrer dans Esparnay et prendre le commandement dans icelle ville, tant sur les habitans que sur les Irouppes qui
SUR CHOriLLY. 1.")!)
lui seront données, pour la conservation et deflensc tant de ladicte ville que communaultez pour le service du roy. Pour cet effect, toutes icelles noblesses auroient de commung accord faitz choix du sieur de Ghouilly, duquel les cognoissancea, la fidélité et expéricnee au sitject de In guerre sont recongnues ; et l'auroient tous priez d'en adopter la charge, voulant qu'ainsy soit obey. Faict cejourdhuy seiziesnie may rail six cens cinquante deux.
» Signé : Estoges, S'-Ouen, Labrosse, Lavaucelle, Ghenevrier. »
Par une bizarre coïncidence qui peint à elle seule la cohue des passions politiques, alors que Técuyer Louis de Brunetot portait si haut et si flèreraent la bannière de la royauté, son jeune fils, Georges, combattait dans les rangs du parti adverse, comme le prouve une sauvegarde donnée le 26 juillet 1652, par l'un des principaux factieux, Gaston d'Orléans, <( Fils de France, oncle du roy, lieutenant général de Sa Majesté, dans l'estendue du royaume de France, terres et seigneuries de son obéissance, tant que le cardinal Mazarin sera en France.
» A tous lieutenants généraux, maréchaux, maréchaux-de-camp, coUonnelz, capitaines, chefs et con-
]()0 KTCDK HIvruRlQI K
ducteurs de gens de guerre, tant de cheval que de pied, de quelque nation qu'ils soient, maréchauxdes-logis, fourriers, chevalliers, officiers qu'il appartiendra, salut. Voulant favorablement traicter le sieur de Chouilly, père du sieur de Chouilly, cappitaine dans le régiment d'infanterie de notre trèscher cousin, le prince de Condé; tant pour l'estime que nous faisons de leurs personnes, que à la recommandation de personnes que nous affectionnons, nous recommandons de ne loger, ny soufrir estre logez aucun desd. gens de guerre, dans sa maison et bourg de Chouilly, seize près Ghaalons en Champagne, ny d'y prendre, fourrager ou enlever aucune chose, sous peine aux contrevenants d'estre punis selon la rigueur des ordonnances, ayant pris et mis led. bourg, maison et dépendances en la protection et sauvegarde spéciale de Sa Majesté (vraiment !i et la nostre, et permis d'y faire mettre nos armes et pannonceaux, à ce que nul n'y prétende cause d'ignorance K »
• Le sceau apposé sur cette pièce porte les armes des ducs d'Orléans ; d'azur aux trois fleurs de lis d'or, brisé d'un lambel de trois pendants d'argent. — C'est l'écu déjà figuré au fronti^ice de l'atlas des propriétés seigneuriales do Chouilly iV. pi. Ilj, et qui couronna les portes du bourp
SI R CHOUILLY. 161
Nous verrons si les Lorrains respectent la sauvegarde de leurs alliés.
L'armée du duc montra d'abord quelque hésitation dans ses mouvements. Enfin, reprenant l'ofTensive, elle franchit la Marne et se porta en avant sur la route de Paris.
Une de ses ailes atteignait Ghouilly, le 21 août.
Le bourg fut livré au pillage, et quatre de ses habitants, savoir : la femme de Claude Jeoffroy, Jean Lilbert, Antoine Lebel et Jean Lucas, brutalement massacrés.
Le nommé Nicolas Lebour , de Plivot , perdit également la vie dans les rues de Ghouilly.
Envalii en l'absence de ses maîtres, le manoir des Brunetot fut de nouveau saccagé et livré aux flammes.
Les circonstances de ce douloureux événement sont relatées dans le procès-verbal d'enquête de la justice du lieu :
<■<■ Cejourdhuy vingt deuxiesme jour d'aoust mil six cent cinquante deulz, nous, Simon Randonnet,
jusqu'à l'époque de leur démolition. Un privilège d'origine aussi suspecte méritait bien d'expirer entre les mains d'un nouveau Gaston, Philippe-Egalité, ri-devant duc d'Orléans, et titulaire de 1788 à 1702.
lieutenant en la justice de Ghouilly, assisté de Henry Collanche^, procureur fiscal en ladictte justice, Claude Crouot, greffier en icelle justice, sommes transportés suivant les réquisitions qui nous ont esté faict, au logis de Louys de Brunetot, escuier, seigneur vicomte de Ghouilly, en partye, dans lequel logis avons trouvé quelques meubles et coffres en iceluy rompeust et brisé, et plusieurs papiers lassérés et mis en piesses, et d'autres espart, mesme deulx. combles despandant dudict logis, ardé et brullé par le feu et l'incendy, arrivé et causé par quelques gens de gaire (sic), armée lorraine. Dont et de quoy avons dressé le présent procès-verbal pour servir et valloir audict sieur de Brunetot et autres ce que d'raison, lequel a esté affirmé véritable par maistre Bemy de la Coste, prestre curé d'Ghouilly; maistre Daniel Lambert, prestre curé d'Oury (Oiry); Glande GoUet, Barthélémy Gudin, Jehan Fourché lesné (l'aîné), Adrien GoUet, Nivard-Hilaire Bret, demeurant audict Ghouilly ; Jehan Lebègue , laboureur, demeurant à Plivost; Pierre Briignart, Hilaire
1 Un manuscril que nous avons sous les yeux, porte que le grand Turenne, au retour de ses campagnes, se détournait exprès pour aller voir à Ghouilly le procureur iiscal Henry Collanche. ou Collange. C'était une illustre amitié 1
SI K CHOUILLY. 163
Gallant, Nicolas Lambert, laboureurs, demeurant à Oury, témoingtz. Donné d'nous, juge susdict et témoingtz d'quoy nous avons faict signer cette présente par notre greffier ordinaire, le jour et an que dessus.
» Signé : Crouot^ »
L'année 1653 fut encore attristée par le meurtre d'un pauvre jeune homme de Chouilly, marié depuis six semaines, Honoré Fourché, « lequel a esté tué le dixhuitiesme de mars, par des cavaliers de la garnison du régiment de Gontery. Le mesme jour, un cavalier dudict régiment a esté tué. »
Les alarmes se renouvelèrent à l'approche de l'armée du prince de Condé.
Ne se trouvant plus en sûreté dans leurs demeures, les habitants des campagnes s'enfuirent à Epernay; encore pensèrent-ils en être repoussés. Heureusement, un conseil plus humain prévalut dans l'assemblée, laquelle décida, lo 17 avril, « qu'on ne peut empescher les habitans des villages circonvoisins de se réfugier dans la ville, par conséquent ceux de Chouilly ^ «
1 Communication de M. le comte de Sainte-Suzanne, Arch. de la famille.
* Registre desi délibérations de la ville d'Esparna/y.
IGl ETUDE HISTORIQUE
Telle fut la Fronde pour notre infortunée Champagne.
A quelque temps de là (1" décembre 1654), le frondeur Georges de Brunetot comparaissait par devant le président lieutenant général et commissaire examinateur au bailliage et siège présidial de Chàlons , sous la qualification préventive de cidevant capitaine au régiment de Condé, et muni de lettres-patentes de Sa Majesté, obtenues le 24 novembre dernier.
Lecture faite de Tédit royal du mois d'octobre 1652, portant amnistie de tout ce qui s'était passé, Georges fut admis à bénéficier de ladite amnistie, en prêtant foi , hommage et lidèle obéissance à Sa Majesté : (( à la charge, disait le roi, de ne point venir en nostre bonne ville de Paris, ny à dix lieues à la ronde d'icelle, ny aux lieux où nous serons en personne , sans nostre permission et ordre exprès , signé de nous, et contresigné de nostre secrétaire d'Estat'.»
Dans ces conditions assez désagréables, quoique méritées, il lui fut permis, en 1656, de reprendre
» Papiers de fanùUo de M. le comte de Sainte-Suzanne.
SUR CHOUILLY. 165
(.lu service, avec le grade de lieutenant de chevaulégers au régiment d'Epence.
Son illustre père, le féal Louis de Brunelot, « trespassa de vie à mort » le 3 mai 1659, à peine âgé de soixante ans, mais usé par les fatigues de ses travaux militaires.
Magdeleine d'Averton, sa femme, lui avait donné quatre fils : Charles, Georges, Louis et Robert*.
Devenu veuf, en 1638, après douze années seulement de mariage, il avait épousé en secondes noces Marie d'Arnoult, dont il n'eut point d'enfants ^
En vertu du droit coulumier, la maison patrimoniale revint à l'aîné des quatre, Charles, marié en premières noces à Edith de Varimont, qui mourut très-jeune, après lui avoir donné un fllS; en 1666; et en secondes noces, à Glaire de Forest, dont il eut deux fdles : la première, en 1668, Elisabeth, ainsi nommée par sa « marine, madamoyselle Elisabeth de VignoUes», la seconde, en 1673, sans indication de nom.
' D'Averton porte : de gueules à trois jumelles d'argent (V. pi. XXX, lig. 2).
2 D'Arnoult porte : d'argent au chevron de gueules accompagné de trois lœurs de même (fig. 3). Orig. de Champagne.
Un « estât au vray des notaires du bailliage et prévosté d'Esparnay » , nous apprend qu'en Tannée 1655 il y avait deux études de notaire à Chouilly.
« M"" Hilaire Tergas, notaire en la résidence de Chouilly, y demeurant, a esté reçu à lad^ charge, le 6 janvier 1655, au lieu de Pierre Debas, qui ravoil acquise du sieur Leclert, qui en estoit pourvu et luy avoit esté vendue par adjudication dud. sieur Roussat, commissionnaire, du 20 octobre 1598.
« M'' François Vallois, notaire en lade résidence de Chouilly, y demeurant, a esté reçu à lad'= charge, le 12 novembre 1650, par le décès de Pierre Christien, qui l'avoit acquise par adjudication à luy faicte, en 1640, au mois de novembre, par messieurs les commissaires assemblés en conseil ' . »
Déjà un demi-siècle auparavant, le contrat de partage entre les héritiers de « damoyselle Catherine de la Chapelle », avait été « soubs singné » par M*' Milliart et Galois, notaires « royaulx » en résidence à Chouilly ^
* Ms. de la Bibl. d'Epernay.
2 Papiers de la famille de M. le comte de Sainte-Suzanne.
SUR CHOUILLV. ltJ7