‹ Étude historique sur ChouillyChapitre 23 sur 44 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Thomas de Doramangeville, seigneur. — Atlas de ses propriétés. — Sa mort. — Droit de ravage converti. — Dangé-Dorçay succède à M™» de Mony. — Difficulté au sujet des tailles. — Le duc d'Orléans achète. — Election d'un maire et d'un procureur. — Déclaration des forains. — Le curé Dureteste refuse de prêter le serment civique. — Il est remplacé par le constitutionnel Guérin. — Retour de Varennes. — Fuite du curé Dureteste.

liant de Beaurepaire avait fait place à Jeaii- Baptiste-Nicolas-Thomas de Dommangeville, chevalier, seigneur baron de Mareuil, vicomte d'Ay, seigneur de Cliouilly et autres lieux, maréchal des camps et armées du roi.

L'atlas de sa terre de Chouilly, dressé par le géomètre royal Claude Férat ', en 17G7, figure le plan

Ms. in-4" relié en maroquin rouge, avec armoiries.

SUR CHOUILI.V.

lopograpliique de 332 pièces, d'une superficie totale de 308 arpents 16 verges 7 dixièmes K

L'emplacement du château et de ses dépendances (V. pi. XVI) occupe à lui seul 14 arpents 42 verges 1 dixième, ou 6 hectares 28 ares 28 centiares.

Il était facile de prévoir que messire de Dommangeville, qui venait de s'édifier un assez joli château à Mareuil, ne s'occuperait guère de celui de Ghouilly.

Aussi, la chapelle, dépourvue de chapelain, resta comme abandonnée ^ jusqu'à ce que des temps plus funestes l'eussent transformée en un ignoble fournil.

A vrai dire, elle n'avait rien de monumental, ni quant à ses proportions, ni quant à son genre d'ar-

1 L'arpent valait 100 verges, ou 43 ares 27 centiares ; la verge, 20 pieds 3 pouces de roi; la danrée, 12 verges et demie; le boisseau. 6 verges un quart ; la fauchée de pré, 75 verges, ou 32 ares 45 centiares 25 millièmes. La perche pertoise était inusitée ici.

* Le compte-rendu paroissial de 1774 le dit positivement: « Il y a une chapelle dans un château, mais abaiidonnée, depuis que le seigneur (de Beaurepaire) a vendu sa portion de terre. » — Arch. de la Marne. — Le pouillé de Reims, renouvelé en 1776 par le chanoine Bauni, secrétaire de l'archevêché, ne peut donc rien signilier de plus , et suppose même qu'il est mal renseigné , lorsqu'il mentionne encore une chapelle castrale au château de Chouilly.

chitecture. La seule curiosité qu'elle otïilt était une suite de colonnettes engagées , dont l'un des chapiteaux llgurait le double écusson du fondateur. (V. pi. XVI, fig. 2 et 3).

L'un porte : de à la croix ancrée de

L'autre est parti de la première moitié de à

la demi-croix ancrée de , et de la seconde

moitié de au lion contourné de , la tète

à dextre. L'absence des hachures rend impossible l'indication des couleurs et des métaux, et prouve l'antériorité de ces pièces au système de Christophe Butsken. Selon toute probabilité, elles appartiennent à la famille alliée des Monspoix et des Lachapelle '.

Thomas de Dommangeville, décédé le 24 août 1774, fut inhumé dans l'église de MareuiJ, au pied de l'autel de la Sainte-Vierge.

Sa veuve, Marie-Pauline de Rochemonteix de la Rochevervassal, le suivit de près dans la tombe. Elle mourut le 13 décembre suivant, et repose à côté de lui, sous une large pierre qui ne porte, non plus que la sienne, aucune inscription.

' Il est désirable (jue cet intôressant morceau de l'art héraldique, échappé aux vandales de 93, trouve quelque part une hospitalité plus décente que la bergerie d'où nous lavons extrait pour le dessiner.

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Leur épilaphe se lit sur une dalle de marbre blanc scellée en face, dans le mur de la chapelle.

La fièvre d'indépendance et de révolte qui travaillait la société cherchait les occasions d'éclater au dehors.

Le premier essai qu'en firent les habitants de Chouilly n'aboutit qu'à un mécompte.

De toutes les servitudes féodales que le temps eût consacrées, la plus agaçante, à leurs yeux, était le droit de libre parcours dans l'étendue de la prairie, ce que l'esprit satirique des manans et des vilains flétrissait de l'odieuse appellation de droit de ravage.

S'en voir affranchis tenta leur ambition, et devint l'objet de pourparlers jusque-là sans succès.

Enfin, le 30 octobre 1775, par acte passé entre les seigneurs et les habitants, le fameux droit de ravage fut converti en cinq arpents du Pré de Binse, outre la cession irrévocable des deux seuls abreuvoirs et lessivoirs que possédât le pays.

C'était tomber de Charybde en Scylla : on le vit bien ensuite.

Peu après cette singulière transaction, mourut à Paris, dans la quatre-vingt-cinquième année de

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son âge, l'une des parties intéressées, Marie-Ursule- Elisabetli Charpentier, dame de Ghouilly.

Ayant perdu son mari , Jacques Cliaruel , en 1737, et son fils unique, en 1746, elle s'était remariée l'année suivante, 1747, à l'écuyer Jean-Louis Blondel de Mony, auquel elle survécut.

L'héritier de ses biens fut son neveu Balthazar- Gonstance Dangé-Dorçay, un de ces joueurs incorrigibles qui livreraient leur tête avec leur dernier écu au hasard d'un coup de carte. Quelle fortune tiendrait en pareilles mains? M. Dangé-Dorçay en a su quelque chose ^

1 On cite de lui des choses comiques. En 181-1. il habitait le château de Boursault. Comme il faisait un soir sa partie de piquet habituelle, on vint lui dire qu'un colonel bavarois, à la recherche d'un corps de partisans cachés dans la forêt voisine, demandait à lui parler sans retard. — « Qu'il aille au diable, » cria le comte. Cette réponse, naïvement reportée par un domestique, ne plut point au chef des pandours, qui piqua des deux et entra brutalement à cheval dans le salon. Le comte se leva tenant ses cartes. Il prit, avec un sang-froid merveilleux, la bride du cheval de la main qui restait libre, le ramena vers la porte et lui dit, en lui frappant sur la croupe : « Tu te trompes, imbécile, mène ton maître à l'écurie. » — Pour ce motif, le château fut mis à sac et pillé. Ce qui n'empêcha pas le comte de dire par la suite ïi qui voulait l'entendre, « qu'il avait fait un colonel bavarois pic, repic et capot. » La misère le réduisit à jouer du violon sur les tréteaux de l'Opéra.

SUR CHOUILLY. '2W

Un autre indice du temps est la réclamation , adressée le 25 septembre 1784, par la communauté de Ghouilly, au sujet d'une décharge de 600 livres à opérer sur ses tailles.

Les pétitionnaires demandent que ceux de leurs concitoyens qui afferment les dîmes n'aient point à bénéticier de cet allégement fiscal. La raison, c'est que « les décimateurs ni leurs fermiers ne contribuent en aucune manière aux charges publiques, non plus qu'aux réparations de la nef de l'église ou du presbytère, ni même aux corvées, attendu qu'ils n'ont pas besoin de chevaux pour l'exploitation des dixmes. »

Entrant dans ces vues, le subdélégué Pierrot, d'Epernay, répond : « qu'à son égard, il estime déjà assez avantageuse la condition des décimateurs, sans que leurs fermiers participent encore à la répartition des deniers communs. Cette prérogative, qui ne paroit s'appliquer qu'aux fermiers, rejailliroit par contre-coup sur eux-mêmes, en leur procurant le moyen de louer à plus haut prix. D'ailleurs, poursuit ce magistrat, il me paroit très -vrai, qu'excepté les réparations des chœur et cancel, et les portions congrues, les décimateurs, ni par eux,

ni par leurs fermiers, ne contribuent en aucune charge publique. En conséquence, il y auroit lieu d'ordonner que les fermiers des dixmes de Chouilly ne participent point à la répartition des 600 livres dont s'agit'. »

Le Tiers-Etat de 1789 n'eût pas mieux raisonné!

On sent l'esprit d'hostilité et de dénigrement contre les privilèges de l'ancien régime, percer à travers les expressions du subdélégué Pierrot. L'amour des nouveautés conduisait à des abîmes.

Par un singulier concours de circonstances, l'instigateur juré du crime et de la débauche, l'homme qui ne devait pas rougir de traîner à l'échafaud son plus proche parent et son roi, Louis-Philippe-Joseph, duc d'Orléans, premier prince du sang, ajoutait à tous ces titres ceux de baron de Mareuil, vicomte d'Ay et d'Avenay, seigneur de Chouilly, par sentence d'adjudication sur licitation rendue au Ghâtelet de Paris, le 17 mai 1788, à la requête des héritiers de Thomas de Domraangeville, précédent propriétaire desdits biens.

Durant l'automne de cette même année, le duc

' Arch. de la Marne. — Liasse concernant le doyenné d Epernay.

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d'Orléans, accompagné de sa famille, fit une apparition de quelques semaines dans son château de Ghouilly.

Les jeunes princes ses fils, dont le dernier, le duc de Beaujolais, n'avait qu'une dizaine d'années', se plaisaient d'associer à leurs ébats les enfants du village.

Mais il fallut promptement regagner Paris. Les factieux avaient besoin du duc d'Orléans ; et luimême avait besoin de ses orgies du Palais-Royal.

Tout allait se précipitant.

Les Etats-Généraux furent convoqués, en 1789, pour sauver la France : le remède devint pire que le mal. En se proclamant nationale, l'Assemblée se crut toute puissante, même contre le roi, son mandataire très-humble.

Et puis, tomba comme une avalanche de décrets : décret du 6 octobre, imposant aux citoyens une contribution patriotique ; décret du 1 2 novembre instituant les municipalités sur la base du sutïrage direct; décret du 13 novembre, sanctionné le 18,

1 L'aîné, duc de Valois, puis de Chartres, et futur roi Louis-Philippe, né le 16 octobre 1773, était encore d'âge à se divertir. Le duc de Montpensier venait ensuite.

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par le roi, prescrivant la déclaration des biens et redevances possédés sur chaque territoire respectif.

Au premier de ces décrets, la réponse fut simple : on fit la sourde oreille. Le patriotisme des habitants de Chouilly n'était pas de ceux qui s'empressent de délier les cordons de leur bourse. Gela viendra plus tard.

Le second décret, moins coûteux, trouva aussi les gens plus dociles. Le 25 janvier 1790, Pierre Nivelle fut élu maire, à la majorité des suffrages ; et Pierre-Louis Lambert, procureur de la commune.

Restait le troisième décret, dont l'exécution devait livrer les dépouilles opimes des vaincus à la rapacité de leurs insolents vainqueurs.

L'abbaye royale d'Argensolles déclare posséder à Chouilly : douze arpenls vingt -quatre boisseaux de terre labourable, deux arpents cinquante boisseaux de vigne, quatorze fauchées de pré, une grange et un jardin , une rente foncière de vingt livres sur une maison sise audit village.

Cette déclaration, datée du 16 janvier 1790, est signée par sœur de la Mock, abbesse.

Les bénédictins d'Hautvillers déclarent posséder

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à titre de revenus : le quart des dîmes aux champs ; les deux tiers de la dîme des foins ; la dîme des agneaux et des oies ; trois arpents de terre labourable : le tout loué douze cent cinquante livres.

L'abbé de Gaye : moitié de la dîme dans les champs, louée mille livres.

La congrégation de Reims : quatre-vingts arpents de terre, dont vingt sur le terroir d'Oiry, et neuf arpents de pré, loués neuf cents livres.

L'hôtel-Dieu de Reims : quarante - liuit arpents de terre , et neuf arpents douze boisseaux de pré, loués cinquante livres.

Le commandeur de Châlons : dix-huit arpents de terre, loués trois cent-cinquante livres.

Les pères minimes d'Epernay, représentés par frère Barthélémy, supérieur, et frère Lequin, procureur : vingt-sept arpents de terre, et deux fauchées de pré, produisant un revenu de cent quatrevingt-cinq septiers quatre boisseaux d'avoine, vingt-cinq bottes de foin, vingt-cinq bottes de paille. Lesdits religieux possèdent encore, sur le même terroir, douze boisseaux de vigne qu'ils récoltent eux-mêmes.

Les chanoines réguliers de l'abbaye de Tous-

saints-en-rile, de Châlons : un reddet en grains sur les dîmes de Chouilly, dépendant de Tabbé de Gaye, et consistant en cinquante-deux boisseaux de seigle et cinquante-deux boisseaux d'aveine, mesure d'Epernay, payables à la Saint-Martin de chaque année.

La manse abbatiale d'Orbais : la portion des dîmes dites le canton ou trait d'Orbais, loué centvingt livres.

Les chanoines de Notre -Dame -en -Vaux, de Châlons : vingt-deux boisseaux de vigne, quatorze boisseaux de pré, loués par bail emphytéotique de quatre-vingt-dix-neuf ans, à partir du 17 mars 1729, moyennant vingt-deux livres, et dix livres de cari té, en cas de mutation. Les prés ont été donnés en 1507, par Jean de la Grange, chanoine de Saint-Etienne, pour Vaugmentation (la plus grande solennité) de son obit. Les vignes proviennent d'un don de Jean Leclerc, chanoine de Notre- Dame, en 1547.

La prestimonie * d'Avenay, desservie par le cha-

• Prestimonie : de h prœstatione quolidianâ, espèce de bénéfice qu'un prêtre desservait. Sa vraie signification paraît être, la desserte d'une cliapelle sans titre ni collation, comme étaient la plupart de celles des châteaux où l'on disait la messe, et qui n'étaient que de simples oratoires non dotés.

si;r ciiouilly H^

noinc Auhert Baudier : vingl-deux arpents vingl-dcuv verges de terre; cinquante-cinq boisseaux et demi de pré ; non compris quatorze boisseaux que l'on prétend avoir été entraînés par la rivière de Marne.

L'abbaye royale d'Avenay : un arpent de pré.

L'écolage d'Avenay : irente-et-un arpents quinze verges de terre; trois arpents sept boisseaux et demi de pré.

Les dames religieuses ursulines d'Epernay, représentées par sœur de Perthes de Sainte-Scolaslique, supérieure, et sœur Jouetle de Sainte-Sophie, dépositaire du couvent : une maison, grange, écurie et jardin ; soixante-quinze arpents de terre labourable; douze fauchées de pré.

La cathédrale de Reims : huit fauchées de pré.

La chapelle des Saints- Apôtres de Ghâlons : dixhuit boisseaux de terre labourable et cent boisseaux de pré.

Les bénédictins de Saint-Sauveur, de Vertus : quatre arpents et demi de pré, et deux arpents un quart de terre, loués quatorze livres.

Les jacobins de Reims : un arpent et demi de pré loué vingt livres.

La fabrique de Saint-Alpin de Ghâlons : vingt-trois

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arpents de terre; quatre arpents de pré et quatre boisseaux de vigne, loués soixante-douze livres. L'Université de Reims : une fauchée de pré.

Enfin, Nicolas-Remy Dureteste, curé de Chouilly : cent-trois verges dix-huit pieds de terre , valant deux cent-soixante livres' ; un cellier situé dans la rue de T Abreuvoir ou de l'Huisselot, valant cinq cents livres; et un petit jardin d'environ une verge, dans la rue des Gobins ^

Le clergé, privé de ses biens, le fut bientôt de son indépendance. L'Assemblée nationale lui imposa de sa seule autorité une Constitution civile qui outrageait le dogme et rompait les lois de la hiérarchie : source fatale de persécutions. Elles commencèrent avec l'année 1791.

Sommé de prêter le serment du schisme, Nicolas- Remy Dureteste refusa net.

Honneur au digne curé de Chouilly ! Mais c'était l'heure aussi des ténèbres et des défections.

(c Le 29 mai, le sieur Jean-Baptiste Guérin, natif de Châtillon-sur-Marne, exhibait son acte à'élection

1 C'était un héritage acquis de M. Langlois, curé de Plivol, par contrat passé devant M' Héloin. notaire à Epernay. le 26 décembre 1782.

2 Déclaration des forains. — Arcti. commun.

SUR CHOUILLY. 227

en date du ?5 mars dernier, et le visa de Nicolas Diot, évêque métropolitain de la Marne, par lequel il appert que lui seul peut remplir dorénavant les fonctions curiales à Chouilly '. »

La cérémonie d'installation fut lixée au dimanche 5 juin. Reçu à l'entrée de l'église par la municipalité, et complimenté par le maire, X intrus prononça en réponse un discours que le compte-rendu officiel dit avoir été « rempli de piété et de patriotisme *, jurant d'être fidèle à la Loi et au Roi, et de maintenir de tout son pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale.» Un feu de joie suivit la messe et le Te Deum; le tout « au grand applaudissement delà paroisse. » Cet enthousiasme irréfléchi explique bien des fautes, mais ne les justifie pas.

Tout-à-coup, dans la journée du jeudi 23 juin, le bruit se répand que le roi, en fuite, vient d'être arrêté à Varennes, et qu'il est ramené vers sa bonne ville de Paris, par la route de Ghâlons à Epernay.

La population de Chouilly se précipite à cette nouvelle. En effet, un peu avant quatre heures, on

1 Registre des délibérations. — Arch. commun.

* De patriotisme, soit, si l'on entend par là tontes sortes d'emportements. De piété!... c'est autre chose.

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vit la berline royale descendre la rampe de la Haule- Borne, et faire halle à l'entrée du village, vis-à-vis la rue du Grès. La ciialeur était accablante : voyageurs et équipage faisaient pitié.

Tandis que les gardes nationales formant escorte» se rafraîchissaient dans une auberge voisine, il fut loisible à la foule d'examiner, de plaindre, ou d'insulter cette royauté avilie, qui suivait son propre convoi.

Quelques misérables, disons-le, poussèrent l'impudence à l'égard de l'infortuné Louis XVI jusqu'à lui cracher à la figure et lui montrer le poing avec menace'. Nul n'osa protester contre ces infamies; la reine et Madame Elisabeth paraissaient émues d'indignation.^

A quatre heures et demie, la famille royale marchait à de nouveaux outrages. Chaque pas de ce long calvaire était un supplice.

Deux jours après, par l'organe du procureur syndic, Vintrus Guérin, cette rare figure de traître,

' Nous tenons ces détails de témoins oculaires.

2 Les commissaires Barnave, Pétion cl Latour-Maubourg, envoyés de Paris en toute hâte, ne rejoignirent les augustes captifs qu'à la hauteur du village de Vauciennes, k 5 kilomètres au-delà dEpernay.

SUR CHOUILLï.

« l'âme du conseil général' », et le promoteur de toutes les mesures violentes qui signaleront sa présence à Chouilly, fait observer qu'il existe dans la paroisse « un désordre auquel il importe de remédier ; que les menées sourdes de l'ex-curé Dureleste ne tendent à rien moins qu'à la subversion de la Constitution française, soufflant le feu de la discorde, et cherchant à éloigner des offices les paroissiens, publiant que tous les pasteurs nommés par la nation sont hérétiques et schismatiques. (Il disait vrai !) » Le dénonciateur conclut à l'arrestation immédiate du sieur Dureteste « pour être conduit au district d'Epernay », c'est-à-dire à l'échafaud.

En conséquence, les braves municipaux de Chouilly, transformés en autant de sbires, vont traquer, à six heures du matin, dans sa maison de refuge, l'ancien doyen rural d'Epernay, celui qui avait été douze ans leur modèle et leur père.

Mais, prévenu à temps, le vénérable Remy Dureteste s'était enfui, et toutes les perquisitions de nos »t zélés patriotes » n'eurent d'autre résultat que celui d'avoir accompli un assez liunteux ollice.

' Registres des de'libéralions Arcb. fomiii

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