CHAPITRE XX
Le curé constitutionnel Fissier, suivi du curé constitutionnel Simon.— Rachat du presbytère. — L'abb(^ Félix, — l'abbé de La Pierre, curés successifs. — Refonte de la cloche. — Passage de l'Empereur, en 1806,
— De l'Impératrice, en 1809 — L'abbé Henry remplace l'abbé de La Pierre. — Acquisition d'une seconde cloche. — Invasions de 1811 et de 181.0. — Disparition du curé AITort-Rivierre. — M. Lundy lui succède.
— Il part. — Pénibles débuts de M. Pamelle.
Tant de frénésie ne pouvait durer. La chute de Robespierre lit respirer la France. Sans doute les ilécrets de moi't pesaient toujours sur le clergé fidèle ; mais déjà le champ devenait libre pour les prêtres assermentés ; leur ministère , à défaut d'autre, était reçu comme un pis-aller.
Le 6 fructidor an III (23 août 1795), à la demande d'une partie des notables de Chouilly ', comparaît
' La députation se composait des citoyens Joseph et Noël Gobiii, François Maugin , Jean-Baptiste Hiimbert, Louis Lambert et plusieurs autres.
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devant le conseil général, le citoyen François Fissier (le pauvre curé de Saint-Imoges), «qui déclare se proposer d'exercer le ministère du culte catholique et apostolique, dans l'étendue de cette commune, et requiert qu'il lui soit donné acte de soumission aux. lois de la République'. »
Par malheur, en voulant fêter son arrivée, on cassa la cloche, l'unique cloche de l'église ! Le conseil, touché jusqu'aux larmes d'un pareil accident, fut d'avis d'envoyer immédiatement à Metz, le citoyen Darvogne, pour y traiter de l'échange de cette cloche contre une neuve ^.
Six mois après, et toute réflexion faite, l'abbé Fissier résignait spontanément sa charge.
Un successeur lui vint dans la personne d'un
' Registre des délibérations. — Arcli. commun. 2 L'état de la dépense, réglé le 13 brumaire an iv (3 novembre 1795), offre un aperçu de l'incroyable et calamiteuse dépréciation du papier-monnaie :
« Payé pour le transport de la cloche 5,400'
D° pour la refonte 850
D° pour 25' de métal ajouté 1,500
D" pour la charpente du beffroi 5,500
D° pour le montage 2.100
Total en assignats 15,350'.»
— Àrch. commun. Dans un autre compte, du 15 pluviôse an IX (3 février 1801), une somme de 5 livres en assignats se solde par 25 centimes en numéraire !
SUR CHOUILLY.
ci - devant religieux franciscain , natif de TonI en Lorraine, le citoyen Nicolas Simon, dernier représentant du schisme constitutionnel à Ghouilly.
A peine installé, il se fait inscrire comme dtoijen de la commune, « privilège — observent les graves magistrats du lieu, — que nous lui avons accordé, et ce, avec justice ' . »
Mais, si glorieux t[u'ait élé pour le récipiendaire, ce magnifique privilège de citoyen de Ghouilly, il ne le séduisit pas longtemps ; car, survenu le 20 février 1796, Nicolas Simon était déménagé au mois de mai suivant.
L'heureuse conclusion du Concordat de 1801 permit enfin à un prêtre catholique, l'abbé Jean- Nicolas Robert, de Mareuil, de desservir Ghouilly jusqu'au 11 messidor an xi (30 juin 1803), que M»"" Louis -Mathias de Barrai, évêque de Meaux, Reims et Ghâlons. commit pour curé de cette paroisse l'abbé Félix.
L'ancien presbytère, rétrocédé à la commune, au prix d'achat, 3,200 livres, par l'acquéreur ficlif. put rerevoir le nouveau pasteur.
' Registre des d/' liber atio ns . — Arch commun.
•2f)H ÉTUDE HISTORIQUE
Après un séjour de sept mois et demi, l'abbé Félix fut appelé à la desserte de Saint-Memmie,
Sept autres mois d'intérim s'écoulèrent avant la prise de possession de Jean-Baptiste de La Pierre, ci-devant chanoine régulier de la Congrégation de France et prieur de Favresse, commis par le même prélat, le 26 fructidor an xii (12 septembre 1804), pour « desservir en chef {sic) » l'église de Ghouilly.
Plus que jamais, le triste état de la cloche fêlée exigeait une nouvelle refonte. Il parut avantageux de l'emmener à Monthelon, et de la jeter au même creuset que celle de cette paroisse.
L'opération, accomplie au mois de juin 1805, en présence des deux municipalités intéressées, fut des plus malheureuses.
On achevait le Te Deum, lorsqu'on s'aperçut de la fuite du bronze à travers les fissures des moules. Le cloche destinée à Monthelon était manquée ; celle de Ghouilly n'avait pas toutes ses anses et réclamait un difficile burinage. Encore les habitants de xAIonthelon, désappointés, voulaient-ils à tout prix s'en rendre maîtres. Sans l'intervention du clergé , témoin éperdu de cette malencontreuse affaire, il est certain que l'exaspération des partis
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eût dégénéré en un véritable pugilat. Force resta au bon droit, et la cloche à ses légitimes prétendants ; mais les sons peu harmonieux qu'elle donne n'accusent que trop les disgrâces de son origine. Elle porte cette inscription :
« L'an 1805, j'ai été bénite par M. J.-B. de La Pierre, curé de Ghouilly, et été nommée MARIE- FRANÇOISE, par Adrien Rogé, fds d'Ardrien (sic), maire et parrain, et Marie Lelong, marraine, en présence de J. Humbert, adjoint, et de J.-B. Humbert, Edme Moineaux, J.-B. Fourny, L. Siret, F. Humbert, J. Hostomme, P.-L. Lambert, A. Lilbert, J.-B. Balourdet et P. Clouet." »
Plus bas on lit :
a Lescuyer de Châlons m'a fait (sic.) — Journé Fois. . .ecrétaire. »
Une somme de 1 ,480 francs fut comptée au fondeur, tant pour sa main-d'œuvre que pour les quatre quintaux et demi (225 kilogrammes) de métal qu'il avait ajoutés.
D'éblouissants faits d'armes tenaient alors l'Europe en suspens. Une campagne de soixante-dix jours, couronnée par la victoire d'Austerlitz, com-