‹ Étude historique sur ChouillyChapitre 28 sur 44 · F.TIDE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

F.TIDE HISTORIQUE

mandait à TEmpereur Napoléon de reparaître en France pour jouir de sa gloire.

Sur toute la route, ordre fut donné de rendre à Sa Majesté Impériale et Royale les honneurs prescrits par la loi du 24 messidor an xii.

Le 20 janvier 1806, à peine les commissaires Pierre-Charles de Moncuy et Jean-François Camiat. nommés la veille, sont-ils arrivés à Chouilly, que les maisons se pavoisent, des arcs de triomphe se dressent comme par enchantement à chaque extrémité du village. D'autre part, le maire élabore son plus beau compliment, et tous les cœurs tressaillent à la pensée de contempler ce héros qui remplit l'univers du bruit de ses exploits.

Il passa, en effet, quelques jours après ; mais sa voiture, emportée par huit chevaux, courait avec une telle rapidité, qu'impossible fut d'y voir autre chose que les deux mameluks, en costume oriental, perchés sur l'avant -train.

Le grand homme (Mait toujours si pressé !

Donc, nos bons municipaux et leurs administrés en furent pour leurs frais d'exhibition et de guirlandes. Seulement, leur amour-propre un peu mystifié, se promit, le cas échéant, d'avoir sa revanche.

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Lors du passage de Sa Majesté l'Impéralrice Joséphine (27 août 1809), on dépensa tout juste un napoléon, vingt francs « pour grever la rue *. »

L'honneur était sauf !

Encore curé de Chouilly à cette époque, l'abbé de La Pierre eut l'affliction de perdre la vue, le 12 février 1810.

Incapable désormais d'exercer ses fonctions, il se retira d'abord chez M. Conibet de La Reine, curédoyen d'Epernay, puis à Reims, sur la paroisse Saint-Maurice, où s'écoulèrent assez tristement les dernières années de sa vie.

L'héritier de son poste, l'abbé Henry, sortait du département de l'Aisne, et si pauvre, qu'une subvention de 137 francs, volée d'urgence par la commune, servit à couvrir les frais de transport de son humble mobilier. Sa pénurie, du reste, n'avait d'égale que sa vertu. Il succomba de mort subite dans la soirée du premier jour d'octobre 1813.

Le seul acte qui marquât son trop court ministère à Chouilly, fut l'acquisition, en 1811, d'une seconde cloche d'environ 512 kilogrammes, et coû-

' Registre des délibéralions . — Arcli. tominuu'.

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tant 2,600 francs, pour remplacer celle que la République avait transformée en foudres de guerre.

En rappelant inopinément à lui ce digne prêtre, Dieu lui épargnait le douloureux spectacle de la patrie foulée par l'étranger en armes.

L'heure des grands désastres a sonné. Un million de combattants s'apprêtent à frapper ce colosse impérial déjà affaibli par deux années de terribles revers. Ainsi va s'ouvrir l'année 1814. En quelques semaines, la Champagne est inondée d'ennemis.

Ce fut le 7 février, au matin, que les 36,000 Prussiens du premier corps de l'armée de Silésie, sous les ordres du général York, traversèrent Chouilly en colonnes serrées et sans s'arrêter. Ils avaient hâte de se faire battre à Montmirail. L'avantgarde du général Katzler, qui les précédait, ayant surpris, au détour d'une ruelle, un traîneur du corps de Macdonald passé la veille, lui ouvrit la tête d'un coup de lance.

Bientôt le grondement de la canonnade de Champaubert (10 février), apprit à la population consternée, que le théâtre de la guerre se rapprochait.

Alliés et Français se succédèrent vingt fois dans leurs marches et contre-marches.

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L'un des bivouacs les plus désaslreux. lui celui de 45,000 Bavarois et Prussiens, campés à l'ouest du village. Un fois les provisions de bois épuisées, les soldats, pour alimenter leurs feux, enlevèrent indistinctement les échalas des vignes , les meubles et jusqu'aux portes des maisons. Les ormes qui bordaient la route et le contour de la place, n'eurent pas un meilleur sort.

On conçoit après cela que le pillage, le vol et les autres désordres que traîne à sa suite le^fléau de la guerre, n'aient point été épargnés à la commune de Gliouilly.

L'invasion de 1815 ne lui fut guère moins funeste.

Outre les approvisionnements de places fortes, livrés en avril pour une valeur de 3,150 francs, les habitants eurent à subir en réquisitions de toutes sortes, destinées au camp de Vertus, une perte dont le mininum atteint 13,964 francs 37 centimes ^ Sacrifices énormes, à la veille d'une effroyable disette.

1 Ce chiffre, mis sous les yeux de la commission départementale, en 1816, paraîtra bien modéré, si l'on songe que le boisseau de blé y est évalué 3 fr. ; celui de seigle, 2 fr. ; d'avoine, 1 fr. ; le cent de foin, 25 fr.; de paille, 10 fr. ; un mouton. 7 fr. ; une vacbe, RO fr.

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Ce qu'était devenu, depuis le mois de juillet 1814, le curé de Ghouilly, Affort-Rivierre, nul ne le savait. A tort ou à raison, ses paroissiens supposèrent que, trouvant les Cosaques de son goût, il aurait eu la singulière fantaisie de les aller rejoindre au pays des Ta r tares.

Quoi qu'il en soit de ce mystérieux départ, il eut, en novembre suivant, pour successeur, M. l'abbé Lundy, qui, après une année de résidence, fut chargé des paroisses de Thillois et de Caurel, puis de l'Hôtel-Dieu de Reims, comme chapelain, en attendant que des lettres de chanoine honoraire de la métropole vinssent récompenser son mérite.

L'intérim de trois mois fut rempli par M. Laurent, curé de Plivot.

Un enfant de Louvois, précédemment curé do Courgivaux, M. l'abbé Siméon Pamelle, fut appelé, en mars 1816, à recueillir l'héritage spirituel de M. Lundy.

Il arrivait dans des conjonctures peu favorables. L'éducation républicaine de 93 produisait ses fruits, et l'on sait qu'elle n'avait pas eu précisément pour objet de fournir de bons chrétiens à la patrie. L'absence d'hal)itudes religieuses éloignait les gens

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(Je l'église, et leur faisait trop souvent préférer à la célébration de roffîce divin, la licence tumultueuse de la rue ou les orgies du cabaret.

S'inspirant de l'esprit de la loi du 18 novembre 1814, les sages édiles prirent un arrêté en vertu duquel, « à partir du dimanche 19 mai de la présente année 1816, garde serait faite, comme par le passé, durant la messe et les vêpres, par deux hommes âgés d'au moins vingt ans ; et tout contrevenant aux ordonnances de police serait traduit pour être jugé selon la loi. «

Le nouveau curé fit mieux encore. Il sut compatir à toutes les misères, soulager autant qu'il se pouvait la détresse des indigents, et supporter comme eux les cruelles étreintes de la faim, avec ce calme, cette résignation que la foi seule peut donner.

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