‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 10 sur 188 · Chapitre truisictiie Si · texte numérisé non relu

Chapitre truisictiie Si

c( et nuit pour le Seigneur avec beaucoup de zèle et de piété, sous la ilireclion du « saint évêquo, et par ces bonnes œuvres, comme nous avons lieu de le croire, ils « obtinrent le royaume de Dieu qui leur accorde la vie éternelle.

« Ils vivent avec le Christ et ses saints dans la gloire des élus : nous qui « sommes en cette vie, puissions-nous avec l'aide de leurs prières, obtenir aussi (c du Seigneur la grâce de vivre dans l'éternilé. Ainsi soil-il (1) <k

Tel est dans sa pieuse naiveté le récit de l'auteur des Gestes de saint Iladoitin. — Le caractère légendaire qu'il olïre au premier alionl ne permettant [las de l'accepter sans contrôle, il reste maintenant à discuter le fait en lui-même, et à dégager le fond de la forme. Il est en elTet d'autant plus indispensable d'appliquer ici les procédés sévères de la critique, que nous sommes en présence d'un événement qui doit servir de base à cette étude et de ijoint de dép;irt à toute l'histoire de Douillet.

La discussion peut se ramener d'ailleurs à l'examen de trois questions : 1" L'existence d'un domaine agricole sur l'emplacement actuel du village de Douillet, au commencement du VII« siècle, est-elle admissible au point de vue historique? 2" Le fait rapporté par les Gestes de saint Iladoitin, considéré en lui même, indépendamment de la forme, est-il vraisemblable'? — • 3° Enfin, étant données l'existence d'un domaine à Douillet et l'authenticité du récit, ce récit doit-il s'appliquer au domaine de Douillet ?

Au point de vue de l'histoire générale de la contrée, la première question est déjà résolue. De l'exposé même des faits il résulte, connne nous l'avijns dit précédennnent, que les barbares envahisseurs tendaient de plus en plus à devenir agricidteurs, et que la célébrité du monastère de Yendœuvre attirait sur les rives de la Sartlie un certain nombre d'habitants qui ne puuvaienl larder à se grouper autour des riches propriétaires. — Au point de vue de la situaliun particulière de Douillet, la croupe sur laquelle s'étagent aujourd'hui les maisons du village, située au confluent de la rivière d'Orthe et de l'un de ses affluents, resserrée ainsi entre la vallée et un ravin étroit, pi'ésentait plusieurs avantages pour l'établissement d'un domaine. En premier lieu, la profondeur relative de la vallée et du ravin, sorte de fossés naturels, l'escarpement des flancs, et les bois épais qui couvraient à l'Ouest le seul coté abordable, rendaient ce prumunluire 1res facile à défendre en cas d'attaque soudaine. C'étaient les sites de ce genre, analogues à celui de la cité du Mans, et en général à ceux des aggloméi'ations les plus anciennes, que les barbares devaient chercher de préférence après les invasions, alors que la né-

(i) Mss. n» 224, de la bibl. du Mans. — Traduction de l'abbé Voisin. Polijpliqudn de l'Egline du Mans, mi, in-8, p. 3D7.

i>? DouiUet-Je-Johj avant ilSO

cessité de tenir en respect les dernières bandes errantes ne leur permettait plus de choisir exclusivement des positions agi'éables, comme jadis les seigneurs gallo-romains. En second lieu la forêt environnante formait uae chasse magnifique, et la constitution géologique du sol se prêtait particulièrement à la culture des céréales ; de telle sorte que tout se trouvait réuni dans le paysage de Douillet pour frapper l'esprit d'un barbare. Il se pourrait donc qu'un de ces Alains qui s'étaient disséminés sur les frontières armoricaines ait songé à s'établir sur ce point (1) ; le nom donné au propriétaire du domaine de Doliacus par les Gestes de saint Hadouw fait naitre au moins cette hypothèse. Dans tous les cas il faut reconnaître que l'existence d'un domaine agricole au VU"= siècle, sur l'emplacement actuel du village de Douillet s'accorde sans peine avec les données historiques et l'aspect topographique du site.

Quant à l'authenticité du fait raconté par les Gestes de saint Hadouin, la question se lie intimement à l'authenticité même du texte célèbre appelé : Acta Pontipcum Cenomannis in urhe degentium. Ce texte ayant été depuis longtemps l'objet de savantes études, nous les résumerons ici en une seule phrase. — Rédigée dès le IX^ siècle par un clerc de la cathédrale, la première partie reproduit exactement les plus anciennes traditions de l'Eglise du Mans, et au dire des meilleurs critiques elle présente un fond d'authenticité incontestable. Les erreurs qui ont été signalées proviennent seulement du désir qu'éprouvait l'auteur de rendre plus respectables les droits de l'église cathédrale, préoccupation qui lui a fait commettre plusieurs attributions fautives. — Or, une semblable erreur est peu à craindre pour la donation du domaine de Doliacus h saint Hadouin ; au IX» siècle les souvenirs du YII", recueillis avec un soin tout particulier par saint Hadouin, étaient encore vivants, et plus exacts assurément que ceux des temps apostoliques ; d'autre part ils ne pouvaient être dénaturés par une confusion de noms, comme il est arrivé parfois, puisque saint Hadouin fut le seul évêque du Mans de ce nom ; aussi reconnait-on généralement, qu'à part deux chartes suspectes et un passage concernant saint Longis, les dictes de ce prélat méritent la confiance (2).

Nous nous hâtons d'ajouter qu'il s'agit seulement ici du fond du récit, les formes dont il a plu à l'auteur de le revêtir n'ayant qu'une importance très secon-

(1) Vers 4i7 entre autres, la confédération armoricaine fat attaquée, à finstigation d'Aetius, par Eocharich, chef des Alains établis sur les territoires d'Auxerre et de Xevers. Dom Piolin. Hist. de l'Église du Mans I, p. 334.

('2) Dom Rivet. Hist. liltéraire de la France III, p. t44, 151. — Dom Brial, ibid, X, p. 53 et XIV' p. 410-il'2. — Tûlemont. Mémoires pour servit' à l'histoire ecclésiastique IV, p. 731. Dom Piolin* HUt. de l'Église du Mans I, introduction p. xsxviii.

Page 1