‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 106 sur 188 · Chapitre treizième · texte numérisé non relu

Chapitre treizième

iHis du p;iy.s cûîniiie Antuine Guérin maître cliaulTeur en 1737, Franchis cl Lconanl Le Moine, platineurs, engagés pour neuf ans en 1747 moyennant 15 li\Tes par millier de platines à faire des poêles ou couvercles de marmites, ce qui rejjrésentait un salaire d'environ 200 livres par an ; les autres, étrangers au Maine, comme Pierre Bouillon, valet raffineur de Ranes en Normandie, engagé pour deux ans et demi en 1736 moyennant une somme de 24 livres, une poêle, un chaudron et une marmite valant le tout 7 livres, en plus du salaire ordinaire des raffineurs (1).

Après kl forge de l'Aune il faut citer au nombre des usines : le moulin à foulon du bourg de Douillet loué 75 liv. en 1753, puis vendu la même année par M. de Montesson à la famille Galpin moyennant 1500 livres de principal et 30 liv. de vin de marché payées comptant. Le moulin à papier, situé également au bas du bourg, exploité en 1723 par Antoine Colombu dont un parent, Mathurin Colombu, avait été procureur-syndic en 1694, par Jean Besnard en 1742, par Louis Métayer en 1746, par Mathurin Dagnet en 1753 ; à cette date le fermage est de 150 liv. par an, plus une rame de papier connnun. L'année suivante M. de Montesson consent à vendre ce moulin pour 3500 liv. (2). Vers la fin du siècle il fut détruit « parce c{ue la rouille de l'eau provenant du voisinage de la forge ne » permettait pas d'obtenir du papier assez clair ». Les moulins blarets de Douillet et de More loués en 1751, le premier 320 liv., le second 190 liv., soit 510 liv. au total, plus 50 sols pour les réparations et 3 liv. pour le déchet des meules ; en 1779 six cents livres. Le moulin de Bernay loué en 1747 deux cent six livres. Celui de Courtoussaint n'existe plus à l'époque ou nous sommes arrivés.

Quant au commerce, nous avons peu de choses à en dire ; entravé par le mauvais état des chemins ou les droits de péage, il ne peut être très considérable. Cependant on trouve encore un certain nombre d'habitants qualifiés marchands, et à leur tête se place un sieur Dorisse, que ses affaires appellent à plusieurs reprises à Paris. Douillet possédait d'ailleurs un drapier Michel Graffin , un boucher Louis Roger, et en général des représentants de la plupart des corps d'état. Mais la vente des grains ou des bestiaux aux foires de Fresnay était toujours le principal genre de commerce.

(1) Jliii. Martineau.

(2) Jlin. Martineau. — La province du Maine occupait un des premiers rangs, aux XVi« et XVII'-' siècles, dans l'industrie de la fabrication du papier ; les papeteries y étaient très nombreuses et le papier à la roue, fabriiiué au Mans., très rcpandn. Or nous avons dit que dans le principe « la

papeterye de Douillet était réputée une des meilleures du Maine ».

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iO. Instniclion puiiZi^Me.

Il n'existait pas à Douillet avant la Révolution , comme dans plusieurs villages voisins , d'école régulièrement constituée par une fondation. Néanmoins d'après le nombre de signatures relevées sur les Registres de l'Étatcivil et les procès-verbaux des assemblées de paroisse, il est impossible de ne pas reconnaître que beaucoup de cultivateurs savaient déjà lire et écrire. Ainsi au XVIII" siècle, sur le groupe d'habitants qui forment la plupart des assemblées, la moitié au moins sait signer ; la proportion est la même sur les comptes de fabrique. Bien plus il n'est pas rare de rencontrer des actes revêtus de 26, 30 et 36 signatures. On a démontré récemment d'ailleurs, au moyen d'un relevé général pour le Maine, dans quelles larges proportions l'instruction primaire était répandue avant 1789 dans les moindres paroisses (1). Or Douillet ne pouvait faire exception. D'une part dans les environs se trouvaient de nombreuses écoles, entre autres à Fi'esnay dès le XVI" siècle, à Assé antérieurement à 1536, à Sougé depuis 1631, à Saint-Georges depuis 1650 etc. D'autre part les curés ou vicaires faisaient alors la classe aux enfants en même temps que le catéchisme, et les archidiacres inspectaient ces écoles avec soin dans leurs tournées. Il en était ainsi à Mont-Saint-Jean et sans aucun doute à Douillet, car il n'est pas admissible que le curé Derouez, qui fonda par son testament en 1696 une école gratuite à Crannes son pays natal, ait négligé, dans la paroisse qui lui était confiée, cette grave question de l'enseignement à laquelle il attachait à juste titre une si grande importance. Nous dirons donc sans hésitation que tous les paroissiens qui le désiraient étaient à même à Douillet de recevoir une instruction gratuite, essentiellement morale et parfaitement suffisante pour leur condition. La paroisse n'avait rien à envier sur ce point à la commune actuelle : elle ne payait pas un denier d'impôt pour l'instruction publique, et les pères de famille n'étaient pas passibles de la prison si les travaux des champs les obligeaient à garder leurs enfants auprès d'eux.

il. Aisance publique.

Sans entrer ici dans de longs détails nous voudrions montrer en quelques mots quels étaient au XVIII" siècle le genre de vie des habitants de Douillet et le degré qu'avait atteint l'aisance publique (2).

Et d'abord les habitations se distinguent en trois catégories : les manoirs qui forment l'exception par leurs dimensions, leur plan ou le soin apporté à leur

(1) X. Bellée. Recherches sur V Instruction publique Le Mans 1875, 1 vol. in-12.

(2) Tous les documents cités dans ce paragraphe proviennent des minutes de M* Martineau.

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eonstruclion, el donl nous avons décrit plusieurs ; les maisons des fermiers ou des habitants du bourg construites en pierres, avec ouvertures en roussard plus ou moins larges , garnies de barreaux de fer , et couvertes en tuiles ; les « maisonnais » des petits bordagers et les bâtiments d'exploitation de peu d'importance, construits en torchis et couverts en chaume.

Le mobilier, très peu luxueux, ne différait guère de celui que l'on voyait il y a quelques années encore dans les métairies. On jugera de sa simplicité par les exemples suivants. En 1748 le salon du presbytère de Douillet était meublé de huit fauteuils en tapisserie, de trois tabourets en tapisserie, d'un mauvais écran, d'une table à jouer, d'une table ovale, de sept mauvaises chaises paillées et d'une armoire à deux battants contenant six compotiers de cristal, dont quatre sans couvercles ; on y voyait en outre une pendule , six petits tableaux encadrés de bois recouvert de papier doré , un miroir en bois doré dont la glace était cassée , et une fontaine à laver avec sa cuvette de fayence. Dans les chambres ^les rideaux de lit étaient en droguet vert, et dans le vestibule on signalait comme objet important une tète à perruque avec son pied. En 1753 le mobilier vendu par U" Louis-Pierre- Joseph de Montesson n'est pas beaucoup plus riche : il compi-end deux métiers à tapisserie, des fauteuils de paille, une commode, une table à miroir avec un tapis vert, un lit de repos, des bois, de lit à tombeau, des armoires à deux battants, un tableau représentant sainte Margtierite, deux tambours, une tapisserie d'indienne etc. Le principal luxe consistait en literie, en linge et surtout en argenterie ; il est impossible d'énumérer la grande quantité de matelas , de couettes en plume d'oies, de serviettes, de nappes, de draps, que possèdent MM. Pek'rd et de Montesson. De même l'argenterie est devenue plus usuelle et forme en quelque sorte un fonds de réserve destiné par les familles à récompenser les services rendus ou à faire face aux nécessités pressantes. En 1737 Urbain Deshais, ancien notaire royal, déclare dans son testament que ses affaires l'ont obligé à vendre six cuillères, six foiu'chettes et un goblet d'argent. En 1748 le curé Pelard distribue à ses nièces « une écuelle d'argent avec le couvercle, des salières, un goblet, deux cuillères et fourchettes, une tasse d'argent», en reconnaissance du bon gouvernement qu'il en avait reçu. En 1756 M" Jean-Thomas de Montesson voulant donner une preuve particulière de son affection à l'ainée de ses petites filles, Marguerite-Louise, (jui était en même temps sa filleule, lui lègue « une paire de flambeaux d'argent qui lui sont venus de sa dernière femme et sont marqués aux armes de MM. de Chiffreville et de Tessé » ; puis il destine à son exécuteur testamentaire, le curé de Saint-Aubindu-Désert, une cuillère h ragoût en argent, et au nombre de son argenterie se

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trouve même un plat à barbe en argent. Bien mieux encore en 1761 une femme du tiers-état, Marie Le Roy, lègue à son exécuteur testamentaire Joseph-Urbain Deshais, une cuillère et une fourchette d'argent.

Le costume se composait pour les hommes d'une culotte, d'un habit de gros drap noir ou gris à larges boutons ; pour les femmes d'un jupon de peluche, « de calmande rayée », de toile de coton rouge ou jaune, d'une robe de droguet, de serge ou de futaine, d'un « corps » ou corsage de couleur différente de la jupe, d'un tablier ou « devantiau » quelquefois en drap violet, enfin de la coiffe blanche d'un usage si général dans le Bas-Maine qu'elle faisait donner aux femmes le sm*nom de « têtes blanches ».

Des liens d'affection d'une pai't, de dévouement de l'autre, unissaient en général les maîtres et les domestiques qui avaient toujours leur petite part dans les testaments. En 1725 M" Claude Guyon veut qu'il soit déli\Té à ses domestiques, en sus de l'année courante payée en entier, une année de gages sous forme de gratification, « afin de les engager à prier Dieu pour lui ». En 1748 M® Nicolas Pelard laisse une pistole de gratification à chacun. En 1756 M. de Montesson lègue à son valet de chambre sa garde-robe et cent li\Tes de gi-atification en plus de ses gages, qui étaient, pour lui et sa femme, de 125 livres par an. Enfin des dispositions analogues se retrouvent dans la plupart des testaments des gens aisés de toute classe.

Cette simplicité de mœurs ne permettait pas, à la vérité, aux hommes d'affaires d'amasser d'aussi gi'osses fortunes qu'aujourd'hui. Urbain Deshais, notaire royal et personnage influent à Douillet vers 1730, donne 500 liv. de dot à chacune de ses cinq filles, et encore est-il obligé de vendre son argenterie pour payer ses dettes, « ou les nécessités de son ménage » !

Les voyages se font à cheval ou à pied, le plus souvent à cheval. En 1748 le curé possède trois chevaux et plusieurs selles ; à la même époque tous les fermiers se rendent à cheval aux foires, portant leurs femmes en croupe.

En général le caractère est froid, un peu porté à la chicane, mais rarement violent. Un des adversaires les plus acharnés à refuser la dîme au curé Hiron se contente de signifier à l'huissier qui vient le saisir : « qu'il n'entend pas le voir écrire chez lui » et de le forcer ainsi à rédiger son procès-verbal au milieu d'un champ, sous une pluie battante (1). Lorsqu'il s'est produit quelque rixe dans une taverne, tous n'ont qu'une pensée, c'est d'éviter l'intenention de la justice en réglant à l'amiable les dommages et intérêts. Par acte du 3 août 1767 passé devant M« Martineau, deux bordagers et une femme s'engagent ainsi envers le fermier

(!) .\rcli. paroissiales.

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