‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 116 sur 188 · Chapitre premier · texte numérisé non relu

Chapitre premier

procureur-syndic, Anselme Clément de Marlgné, se réunit dans le cimetière, à la gi'ande porte de l'église, au son de la cloche, pour élire les membres de la municipalité nouvelle. Anselme Clément de Marigné présidait, ayant pour secrétaire le notaire Brousset, pour assesseurs Antoine Galpin, François Cochet, et le curé M« Jean-Georges Hiron. Sur 113 électeurs inscrits, 102 prirent part au vote. Antoine Galpin fut élu maire ; Joseph BouriUon, Pierre Langlais, René Bozo, Jean Georges Hiron et Jacques Mordefroid officiers municipaux ; François Cochet, procureur de la commune; Michel Briére, Michel Le Roy, Pierre Rave, Marin Champion, Malhurin Beschc, Michel Blanchard, Noël Hervé prêtre, Jean Chatelais, Jules Clément Marigné, René Bouvier, Antoine Livache et René Provot notables. Tous acceptèrent, promettant « de se comporter avec fidélité et en honnêtes gens » ; le 21 février il prêtèrent les uns devant les autres serment de fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi (1).

Dès lors la Paroisse cédait le pas à la Commune ; mais celle-ci, comme l'indique cette transmission de pouvoirs qui lui était faite par l'assemblée de paroisse de l'ancien régime, n'était en réalité que le développement logique de l'organisation paroissiale jadis crée par l'Eglise. Il faut bien le reconnaître ; c'est l'Eglise qui organisa au moyen-âge l'assemblée de fabrique, laquelle était devenue ensuite l'assemblée de paroisse, laquelle à son tour devenait sans effort et tout naturellement pour ainsi dire Vassemblde municipale. De telle sorte que pour être juste on arrive h cette conclusion que la Commune est la fille majeure de la Paroisse, et qu'elles ont toutes deux pour premières origines les institutions adminitratives de l'Eglise. Une telle conclusion heurtera sans doute bien des idées admises aujourd'hui. Il n'en est pas moins évident que les habitants de Douillet proclamaient eux-mêmes en 1790 cette alliance intime de la Paroisse et de la Commune en nommant leur curé oflicier municipal et un autre ecclésiastique notable ; ajoutons que ce n'est pas là une exception isolée, car leurs voisins de Saint-Georges-le-Gaultier vont encore plus loin et élisent maire le curé lui-même.

Un peu plus tard la situation administrative de la nouvelle Commune était définitivement fixée. Détachée sur sa demande du district de Sillé-le-Guillaume, auquel l'avait rattachée l'assemblée provinciale de 1787, elle était comprise dans le canton et le district de Fresnay, département de la Sarthe (2).

On procède ensuite à la nomination des électeurs du District ; Antoine Galpin fut un des cinq élus, le 20 mai, par l'assemblée primaire de Fresnay, Douillet et

(1) Arch. de la Surtlie, L. li : 7; (,2) Arch. de la Sarthe, L. 14 : 7.

9?^ Douillet-le-Johj depuis 1789

Saint-Aubin, réunie dans l'église de Fresnay au nombre de 226 citoyens, dont 84 de Douillet ayant cette fois encore leur curé à leur tête (1).

Néanmoins M" Jean Georges Hiron, comme la plupart de ses confrères, commençait à être très inquiet de l'avenir, et la vivacité de son caractère ne lui permettait pas toujours de garder une réserve suffisante. Un déplorable hasard voulut qu'il se rendit sur ces entrefaites à la foire de la Pentecôte au Mans, et qu'il apprit à l'auberge même où il était descendu la confiscation des biens du clergé remplacés par un traitement de 1200 livres pour chaque curé. Oubliant l'endroit où il se trouve, il s'écrie dans le premier moment d'indignation : « Mais « ce n'est pas avec quoi nourrir mes chiens ! ». Cette malheureuse parole vole aussitôt de bouche en bouche ; la populace s'ameute et menace le pauvre curé, si bien qu'il n'a que le temps de monter en voiture et de revenir à Douillet en toute hâte. Le lendemain il prenait son lit, et le 41 juin il était mort.

Comme il n'avait point eu le temps de résigner sa cure, l'évêque du Mans en sa qualité de présentateur la mit au concours. Elle fut obtenue par un vicaire de la Bigottière près Vire, natif du Bas-Maine et nommé Pierre Chardin, ecclésiastique instruit, très pieux et très énergique, qui prit possession le 23 juillet. Ce fut une grande déception pour le vicaire M. Amiard. Fixé à Douillet depuis longtemps ce prêtre avait su conquérir les sympathies de la population, et il comptait sur la cure que M. Hiron avait eu effectivement l'intention de lui résigner. Il en résulta que dès les premiers moments M. Pierre Chardin ne fut pas bien accueilli par les nombreux amis de M. Amiard. On le trouva bizarre « avec^n costume breton, « son grand chapeau de toile cirée à larges bords, ses cheveux longs tombant sur « les épaules » ; on le proclama trop austère ; en un mot on chercha par tous les moyens à établir un contraste, désavantageux pour lui, avec le caractère, doux, faible et insinuant de M. Amiard. Cette disposition des esprits devait avoir l'année suivante de funestes conséquences (2).

Toutefois l'année 1790 s'acheva paisiblement encore à Douillet. Elle ne fut signalée que par la fête de la Fédération, les mesures préparatoires de la vente des biens nationaux, et une série d'élections plus ou moins importantes. Le 18 juin, élection à Fresnay, après une messe du Saint-Esprit célébrée au son des cloches et en présence de la garde nationale, de l'administration du District par les électeurs désignés dans l'assemblée primaire du 20 may, et au nombre desquels se trouve le maire de Douillet Antoine Galpin ; le 21 novembre à 8 heures du matin, après la messe, assemblée dans l'église de Douillet pour le renouvellement

(1) Arch. de la Sarthe, Ibid.

(2) Chroniques, f» 41.

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