Chapitre premier
des membres sorlants de lu miiiiicipàlilé ; le 13 décembre, élection d'un juge de paix à Fresnay par l'assemblée primaire : le citoyen Mouton est élu par '230 voix, Antoine Galpin arrive second avec 165 suffrages, et pour la première fuis Douillet prend audacieusement dans cette assemblée le nom de Douillel-le-Gentil ; le iJ janvier 1791, élection des assesseurs du nouveau juge de paix etc. (1).
Dès les premiers jours, l'année 1791 s'annonce mal. Tout d'abord, le 18 janvier, Douillet s'attire un blâme énergique pour n'avoir pas envoyé « le rôle de supplément des ci-devant privilégiés », et le procureur-syndic du district après avoir menacé la municipalité des poursuites du receveur, termine ainsi, afin de ranimer le zèle patriotique : « Epargnez-moi je vous prie, Messieurs, le désagrément de » parler de vous au Département d'une manière qui déplairait infiniment à mon » cœur et à mes sentiments (2) ». Puis arrive le carême. M. Chardin n'écoutant que son devoir déploie une énergie extrême, attaquant ouvertement les doctrines révolutionnaires, démasquant sans crainte l'hypocrisie, bravant tous les dangers. Il s'attire du même coup l'estime de ceux qui sont ennemis de la persécution religieuse et l'inimitié profonde des partisans de la constitution civile. Au mois de mars il refuse catégoriquement le serment, et pour bien accentuer son opinion signe désormais tous ses actes : « Chardin, prêtre, curé de Douillet, catholique, apostolique et romain ». A partir de ce moment la guerre religieuse est déclarée (3).
Le 29 mai, les électeurs du district réunis dans la salle d'audience de Fresnay acclament M. Amiard cui'é constitutionnel de Douillet ; cette élection, œuvi-e d'un ami personnel de l'ancien vicaire, est annoncée par un coup de canon, et on expédie immédiatement un gendarme h cheval à Douillet pour l'annoncer. Le lendemain 30 mai, pendant l'élection du curé de Rouessé-Fontaine, M. Amiard arrive à Fresnay escorté d'un détachement de garde nationale. Il se rend au milieu de l'assemblée, lui témoigne sa reconnaissance, et promet de faire tout ce qui sera en son pouvoir pour répondre au choix qu'on a fait de lui. Le président lui réplique : «. Monsieur, » ce sont vos vertus, vos talents et votre patriotisme qui vous ont mérité cette » place ; d'après cela nous sommes persuadés que nous n'aurons point lieu de « nous repentir de notre choix (-4). Le 31 mai, messe solennelle et Te Deuin dans l'église de Fresnay pour la proclamation des curés élus, en présence de toutes les autorités, de la garde nationale, de la gendarmerie, musique et tambours en tête.
(1) Arch. de la Sartlie, L. 14 : 7.
(2) Arch. de la Sarthe, L. 5: 8.
(3) Chroniques, f° 42.
(4) Arch. de la Sarthe, L. 14 : 7.
2S8 Douillet-k-Johj depuis il89
M. Amianl, aveuglé par le désir de recouvrer à tout prix la cure de Douillet, poussé d'ailleurs par ses amis, prête serment sans difficultés le \" juin, et se fait installer quelques jours plus tard par un vicaire de Fresnay qu'accompagne toute la garde nationale de cette ville ! Après la messe et plusieurs discours de circonstance, grand banquet dans la cour du presbytère, nombreuses libations , chants patriotiques etc (1).
Mis par là-même à la porte du presbytère, M. Chardin s'était retiré dans le bourg, chez M™" veuve Guérin qui lui avait offert courageusement l'hospitalité. Le premier dimanche qu'il se présenta à l'église pour célébrer la messe du matin, il trouva les portes fermées et occupées par les partisans de M. Amiard ; un homme se tenait dans le clocher prêt à sonner le tocsin. Comme M. Chardin comptait lui aussi des partisans dévoués, un combat fut sur le point de s'engager dans le cimetière, mais le bon curé se jetant à genoux entre les adversaires parvint à les calmer, et alla dire sa messe à la chapelle de Grateil. Depuis ce moment il ne se montra plus en public : un soir même qu'il était allé voir un malade il dut se cacher dans un champ de blé, pour éviter une troupe de furieux qui voulaient l'assassiner. Peu après il était obligé de quitter l'habit ecclésiastique et de partir de Douillet ; il est juste de dire que M. Amiard se fit un devoir de l'accompagner dans ce moment critique jusqu'aux limites de la paroisse, afin de le mettre à l'abri d'une agi'ession. Le pauvre curé n'en fut pas moins reconnu et injurié en traversant Fresnay, mais enfin il parvint à gagner Jersey, d'où il écrivit souvent à ses paroissiens pour les préserver du schisme.
Exciter au plus haut degré les passions populaires, transformer en furieux des gens jusqu'alors inoffensifs, déconsidérer les ministres du culte, jeter une irrémédiable division dans la commune, telles avaient donc été à Douillet, comme partout, les déplorables conséquences de la constitution civile du clergé. Désormais tout respect de l'autorité avait disparu ; il ne subsistait plus dans les esprits que la crainte du gendarme et de profondes rancunes. La suite des événements montrera toute la gravité de cette situation, suscitée à Douillet par la persécution contre M. Chardin, provoquée d'un côté par l'intolérance législative, de l'autre par l'ambition humaine. M. Amiard n'était au fond ni méchant ni corrompu ; c'était plutôt un instrument qu'un chef de parti, et pour le gagner si facilement au schisme il avait fallu la cruelle déception que lui avait causée l'arrivée de M. Chardin. Au reste, à dater du départ de celui-ci, il fit de sérieux efforts pour calmer les esprits et accomplit avec régularité toutes les fonctions sacerdotales.
(1) Clivonicjties, f» 43.