Chapitre premier
3" Régiment, dit Piémont, en garnison à Strasbourg (1) ; puis on procéda en toute hâte à l'organisation des gardes nationales. Les grenadiers des communes de Saint-Aubin, Montreuil et Saint-Georges, qui formaient avec celle de Douillet le ■4<^ bataillon du district de Fresnay, se réunirent à Douillet le 5 mai pour élire leurs officiers (2). Quelques jours plus tard le Département commençait la formation d'un bataillon de volontaires. — Ces craintes patriotiques ne furent pas assez fortes, hélas, pour empêcher les habitants de Douillet de commettre vers le même temps un acte de vandalisme déplorable : le dimanclie 20 juin, à l'issue des vêpres, ils entassèrent dans le cimetière le chartrier du château et les archives des anciens fiefs ; ils en firent un feu de joie et se livrèrent autour du brasier aux plus folles démonstrations (3). — Leur joie, il est vrai, ne fut pas de longue durée ; bientôt la Patrie était déclarée en danger, et le 3 aoîit le district donnait ordre aux procureurs des communes de faire lire en public, en présence de la force armée, la proclamation de l'Assemblée, puis de hûter les enrôlements par tous les moyens possibles (4).
A la première heure il se produisit quelque enthousiasme. Pour 120 volontaires que le district de Fresnay devait fournir, il y en avait 122 enrôlés le 15 août, et 173 le 2i (5). Aussi, le 8 septembre, les administrateurs écrivent-ils au Département en lui annonçant le départ d'une nouvelle compagnie de quatre-vingts hommes : « Ce nombre, joint à celui de plus de deux-cents que nous avons envoyé » précédemment, nous permet MM. de nous applaudir d'être coopérateurs et » témoins de cet élan courageux qui dénote d'une manière si sensible que le » Français est aujourd'hui iiiit pour la liberté, comme il l'a toujours été pour la » gloire (6) ». Mais cet élan diminua tout à coup lorsqu'il fallut recourir aux levée.s forcées pour compléter l'armée de ligne. L'idée du tirage au sort, si impopulaire, souleva les campagnes ; des rumeurs de toute sorte se répandirent, et le district dut ajourner par mesure de prudence la réunion des gardes nationales convoquées aux cliefs-lieux de canton pour la désignation des recrues (7). Il sufiit du reste de jeter les yeux sur les rapports officiels des autorités pour se convaincre du peu de valeur militaire de ces gardes nationales, qui occupent une si
(1) Arch. de la Sarthe, L. 15 : 3.
(2) Arch. de la Sarthe, L. 5 : 9 et 15 .■ 1.
(3) Chroniques, 1» 6.
(i) Arch. de la Sarthe, L. 5 : 9.
(5) Arch. de la Sarthe. Ibiii.
(0) .\rch. de la Saithe. Ibid.
(7) Arch. de la Sarthe, L. 5 : 1 p. 231.
232 Douillet-le-Jobj depuis 1189
grande place dans l'histoire de la Révolution : « En général, avoue le district de » Fresnay à la fin de -1792, il y a peu d'activité dans le semce. Ces gardes natio- » nales, souvent délibérantes sur les réquisitions qui leur sont adressées, ont » démontré par des résultats contraires que leur volonté n'est pas toujours » d'accord avec leurs obligations , avec l'amour de la République. Elles n'en » montrent pas assez les vertus. Un alliage incompatible de liberté, de lueurs de » courage et de faiblesse, forme leur principal caractère (1) ». Ajoutons que la compagnie de Fresnay forte de trois cents hommes n'avait pas un seul fusil de calibre, mais quelques fusils de chasse seulement, et pour artillerie deux pièces, dont une couleuvrine et un canon de campagne « peu propre au service ».
II n'est pas étonnant d'après cela que les autorités aient été impuissantes à maintenir l'ordre le 4 novembre, lorsqu'un attroupement d'émeutiers se porta sur Fresnay pour fixer le prix des grains : « Partout, écrit à ce sujet le procureur- » syndic, une lâcheté avalisante a fait céder les municipalités et les gardes
» nationales à l'impulsion d'une crainte pusillanime La révolte a été générale
» parce qu'il ne s'est trouvé personne assez coui-ageux parmi les citoyens armés » pour montrer de l'opposition à un acte qui cependant avait beaucoup d'impro- » bateurs (2) ». L'indignation dut être grande en effet de la part des patriotes, car ce premier soulèvement coïncidait précisément avec la proclamation de la République et l'avènement de l'ère de la hberté ! — Au milieu de cette effervescence, il restait peu de temps pour les affaires. Cependant, comme Antoine Galpin continuait à jouir d'un réel crédit, au point d'être élu membre du conseil du district et suppléant du tribunal, la commune de Douillet ne fut pas complètement oubliée. Le curé Amiard fut autorisé à faire, aux frais de la commune, quelques réparations au presbytère, et à toucher les rentes jadis léguées à la fabrique par Jacques de Cocherel et par la dame de Corbon. M. Louis-Pierre-Joseph de Montesson lui même, qui n'avait pas quitté le royaume et habitait toujours Paris, fut maintenu provisoirement en jouissance de ses propriétés de Douillet. Enfin, un atelier de charité fut organisé sur le chemin de Douillet à Saint- Georges (3).
Sur ces entrefaites, la triste année 1793 vient aggraver encore la situation
(1) Arch. de la Sarthe, Ibid. p. 266.
(2) Arch. de la Sarthe, L. 5 : 9.
(3) Arch. de la Sarthe, L. 5 : 9 et 5 : 1.