‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 120 sur 188 · Chapitre premier · texte numérisé non relu

Chapitre premier

politique et militaire. Le crime du 21 janvier, la levée de 300,000 hommes, provoquent d'une part des mesui-es extrêmes de violence, d'autre part une aversion de plus en plus grande contre le gouvernement révolutionnaire. En vain le commissaire chargé du recrutement dans le district de Fresnay envoie-t-il aux municipalités une proclamation dans laquelle il leur dit : « Que les rois tremblent sur » leurs trônes mal assurés ! Pourdisperser les troupes d'esclaves qui les défendent » les soldats de la lilierté n'ont (lu'à jiaraitre. La Patrie les appelle ; sa voix se fit- » elle jamais entendre infructueusement lors même qu'elle parlait par la voix du » traître qu'elle a puni? Maintenant que cette mère tendre s'adresse directement à » ses enfants, que ne doit-elle pas attendre de leur dévouement? ». En vain leur aflirme-t-il « que le triomphe prochain de la liberté du peuple va foire dispa- » raitre le terrible fléau de la guerre et cimenter une paix d'autant plus durable » qu'elle ne sera plus troublée par la tirannie (4) » ; trois communes se montrent récalcitrantes et refusent sous différents prétextes de compléter leur contingent. La commune de Douillet taxée à 18 hommes est du nombre de celles-ci, et répond à toutes les exhortations par une inertie de mauvais augure (2). Bien mieux, certains jeunes gens s'empressent de s'assurer des remplaçants et les paient jusqu'à 300 livres pour servir la patrie à leur place (3) !

Peu de jours après, le 21 mars, on apprend les premières insurrections de la Vendée, et les gardes nationales du pays sont invitées en toute hâte à envoyer des secours à Angers (4). Les proclamations du district se multiplient. Les habitants de Saint-Léonard-des-Bois y répondent par un soulèvement ; ils s'opposent nettement au départ des onze jeunes gens requis dans leur commune, et promènent dans leur village un âne qu'ils veulent faire embrasser au maire (5). — Plus patriote, la garde nationale de Montreuil arrête dans vme auberge deux caisses adressées de la Lucazière à M""» de La Roche Lambert aux Andelys, et les amène pompeusement au district sous escorte ; on les ouvre avec de grandes précautions ; on y trouve

de vieilles serviettes et du papier à tapisserie (6). Aussitôt les mécontents de

rire et de tourner en ridicule le zèle patriotique des citoyens de Montreuil ! Les réquisitions de fusils de chasse et le désarmement des gardes nationales rurales,

(1) Ai'ch. de la Sarthe, L. 5 : 9.

(2) Arch. de la Sarthe, L. 5 ; 2. p. 99.

(3) Minutes de Jacq. Brousset.

(4) V. pour toute cette époque le très-intéressant ouvrage de M. H. Chardon : Les Vendéens dans la Sarthe. Le Mans, 1873, 3 vol.

(5) Arch. de la Saithe, L. 12 : 10.

(.0) Arch. de la Sarthe L. ô : 2, ii. 153.

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opéré sous prétexte d'envoyer des armes aux frères d'Angers, achève d'irriter les campagnes (1).

Puis on reçoit la nouvelle de l'entrée des brigands à Saumur, et le 23 juin le bruit se répand que La Flèche est en leur pouvoir. Il en résulte une effroyable panique. Le district de Fresnay perd la tête, et envoie à toutes les communes, le 24 juin, ce cri d'alarme suprême: « Aux armes, citoyens, l'ennemi est aux » portes du Mans ; des hommes, de la bonne volonté, des armes, amis de la » Liberté ! levons-nous et repoussons les viles satellites des despotes qui ont » l'insolence de venir nous offrir des fers ! Le rendez-vous est au Mans ; le salut » de la Patrie vous y appelle (2) ». Peu empressés, hélas, d'aller combattre « les viles satellites », les habitants de Douillet se gardent bien de se rendre au rendezvous ; suivant leur habitude ils observent une réserve prudente, assez disposés peut-être à accepter l'autorité du plus fort. L'heure de l'invasion n'était pas venue, il est vrai, pour le département, et c'était une fausse alerte ; mais le zèle n'en était pas moins considérablement refroidi par la perspective déplorable de la guerre civile. Aussi un mois plus tard, lorsqu'on lui demanda de nouveau cinq hommes pour renforcer l'armée du général Duhoux (3), la commune de Douillet, comme la plupart des communes voisines, ne put retenir l'expression de son mécontentement. « Partout, écrit le district à la date du 24 juillet, le recrutement nous cause » les plus grandes inquiétudes ; partout les rassemblements ont été tumultueux, » les autorités méconnues, avilies et menacées, sans autre résultat que la mani- » festation des plus mauvaises dispositions (4) ». En d'autres termes les illusions de la première heure sont en partie dissipées, et les populations commencent à protester contre un despotisme révolutionnaire de plus en plus odieux.

Au moment de la récolte la grosse question des subsistances A-ient donner de nouveaux motifs de mécontentement. Les paysans, effrayés par la loi du maximum, gardent leurs grains et cessent d'approvisionner les marchés ; ils produisent ainsi une disette fort alarmante bien que factice. Dès le 19 août le district est obligé de leur adresser une proclamation suppliante : « Déjà , leur dit-il en terminant, les » ennemis de l'ordre et de la République semblent se réjouir de voir le peuple » s'agiter et s'inquiéter. Faites voir à ces satires de l'ancien régime que les inquié- » tudes des peuples ne sont pas fondées. Amenez des grains aux marchés. » Prouvez, citoyens cultivateurs, que le laboureur a une âme républicaine, et

(1) Arch. de la Sarthe, L. 5 : 9, p. 1962.

(2) Arch. de la Sarthe. Ibid.

(3) Arch. de la Sarthe, L. 5 : 3. p. 43.

(4) Arch. de la Sarthe, L. 5 : 9.

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