‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 121 sur 188 · Chapitre premier · texte numérisé non relu

Chapitre premier

» qu'aucun sacrifice ne lui coûte quand il s'agit de secourir ses frères et de » terrasser ses ennemis ! (1) ». Bientôt les âmes n'étant pas assez républicaines, il fallut avoir recours aux menaces, puis aux réquisitions forcées par l'intermédiaire des municipalités, mesure qui produisit le plus mauvais effet.

Néanmoins ce serait une erreur de croire que ces différentes causes de mécontentement aient rendu les populations du district de Fresnay sympathiques aux Vendéens. Ces derniers leur avaient été dépeints en effet sous des couleurs absolument fausses, et n'étaient à leurs yeux que des hordes de brigands semblables à celles cjue l'on avait v^ues sur certains points en 1789. Les habitants de Douillet particulièrement, qui n'avaient de rapports qu'avec les villes très patriotes de Fresnay et de Sillé, ne pouvaient connaître ni l'origine, ni le but, ni la composition de la « grande armée catholique et royale ». Bien mieux, la persécution religieuse ne pouvait jusqu'ici leur expliquer l'insurrection, puisque leur curé M. Amiard, si connu et si aimé parmi eux, avait toujours continué d'exercer les fonctions du culte ; en août 1793 il faisait encore travailler à la chapelle de la Vierge et acheter des ornements par le procureur de fabrique Michel Le Roy (2) ; en septembre et même jusqu'à la fin de l'année il prétendra encore célébrer les mariages « en face de la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine » ; en un mot, à la difTérence de beaucoup d' « intrus » qui s'étaient empressés d'abjurer, il s'efforçait d'une part de maintenir dans son intégrité l'exercice du culte, d'autre part de se faire accepter comme pasteur légitime. Cela lui était plus facile qu'à bien d'autres, puisqu'il n'était pas déconsidéré par une mauvaise conduite, qu'il avait fait preuve longtemps d'une véritable attachement à la religion catholique, et qu'il était soutenu par des amis influents. Les électeurs de Fresnay, en n'imposant pas à la population de Douillet un prêtre étranger, en lui donnant pour ainsi dire un curé de son choix, avaient trouvé moyen de lui faire accepter le culte constitutionnel. — Ce culte, en conservant les mêmes apparences que le culte orthodoxe, satisfaisait au sentiment religieux de la masse, et M. Amiard n'avait contre lui que le groupe moins nombreux des catholiques véritablement éclairés.

Ce fut donc avec une terreur profonde que le district entier apprit le 2i octobre, par l'entremise du citoyen Le Tourneur représentant du peuple en mission dans le département de l'Orne, la prise de Laval par les Brigands. Le même jour les administrateurs d'Evron arrivaient à Sillé avec leur caisse et leurs papiers, fuyant en toute hâte devant l'ennemi « dont l'avant-garde avait paru à

(i) Arch. de la Sarthe, L. 5 : 3 p. 8i. (2) .^jch. paroissiales.

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Argentré (1) » ; les administrateurs de Sillé eux-mêmes faisaient leurs préparatifs de départ et la consternation devenait générale. Toute résistance semblait inutile : une étape de plus et l'armée vendéenne était maîtresse de notre contrée. Mais la marche sur Granville sauva les patriotes de Fresnay ; elle leur rendit l'audace et quelques jours de répit, qu'ils employèrent courageusement à faire estimer les biens nationaux et vendre le mobilier du ci-devant château de Douillet. Il fallut ensuite, ce qui était déjà moins agréable, envoyer à Mayenne un détachement de 400 hommes pour observer les mouvements de l'ennemi, puis fournir à l'armée, dite de la Mayenne, cinq cents quintaux de seigle ; la commune de Douillet dut en expédier pour sa part -1500 liv. au magasin d'Alençon. Peu après, les Vendéens étant rentrés dans la Mayenne, les alertes recommencèrent de plus belle à Fresnay et à Sillé ; les administrateurs de cette dernière -ville prirent même l'habitude de déménager périodiquement, « bien que l'armée de Fougères eut donné aux trai- » nards et aux malades de l'armée brigantine des passeports pour aller au » diable (2) ». Le 11 décembre, à la nouvelle de la prise du Mans, ils jetèrent leurs cloches dans un puits, et expédièrent leurs archives au milieu de la forêt de Sillé (3). Quant au district de Fresnay, il engageait les municipalités à veiller attentivement et à faire charger leurs grains sur des voitures, afin de pouvoir partir plus vite, tout en leur affirmant d'ailleurs « que la République française ne » périrait jamais (4) ». — Enfin le 15, la grande armée vendéenne était anéantie dans les rues du Mans, et les intrépides patriotes de Sillé, sortant de leur forêt, se hâtaient d'acheter aux citoyens de Parennes, en guise de trophées, des fusils piis aux Brigands dans leur déroute (5). En même temps, pour qu'elle puisse sans doute mieux apprécier les bienfaits de la victoire, la commune de Douillet recevait l'ordre d'approvisionner le marché de Fresnay dans un délai de vingt-quatre heures, sauf à mourir de faim elle-même.

La défaite de la Vendée fut le signal du commencement de la terreur dans le district de Fresnay. Le 9 janvier 1794 les municipalités reçurent une circulaire menaçant avec la dernière violence les fonctionnaires publics. « Qu'ils tremblent » s'ils sont négligents, disait cette circulaire ; le glaive est suspendu sur toutes les » têtes coupables. La loi qui les condamne est sous vos yeux ; pénétrez vous bien » de son esprit. Elle commande surtout de la célérité dans l'exécution. Elle veut

(1) .\rch. de la Sarthe. L. 18 : 2't.

(2) .\i-ch. de la Sartbe. Ibid.

(3) Arch. de la Sarthe. Ibid.

(4) .Vrch. de la Sarthe, L. 5 : 9.

15) XTch. de la Sarthe, L. 9 : 2.

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