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» que tous les fonctionnaires publics soient passés au scrutin de l'épuration. C'est » le premier acte que vous avez à faire ; recensez votre agent national et tous les » membres. Enfin l'incorruptible patriote voit avec plaisir l'œil de ses compatriotes » s'attacher sur lui etc. (1) ». — Malgré ces menaces heureusement les habitants de Douillet eurent le bon sens de conserver leurs anciens administrateurs ; Jean Chatelais maire, François Blanchard procureur et agent national de la commune, Jacques Brousset secrétaire. Ces hommes , modérés par tempérament et par opinion, se gardèrent bien d'imiter les Jacobins dans leurs excès, et surtout ils eurent le bon esprit de faire parler d'eux le moins possible. L'époque terrible de la Terreur s'écoula donc dans un calme relatif pour la commune de Douillet, où le sang ne fut jamais versé et où on se borna à exécuter mollement les mesures qu'il était impossible d'éluder.
Ainsi un décret du 10 novembre 4793 ayant aboli la religion catholique, le curé constitutionnel Amiard fut contraint de suspendre l'exercice public du culte. Toutefois il ne cessa ses fonctions qu'à la lin de janvier 1794, c'est-à-dire après les menaces de la circulaire que nous venons de citer, car le 7 janvier le notaire Jacques Brousset, secrétaire de la commune, insérait encore dans un contrat de mariage la formule ancienne : « .... lesquels futurs se sont promis la foy » de mariage, et icelui soleinniser en face d'église à la première réquisition que » l'une des parties fera à l'autre ». Le 28 février seulement, dans un autre contrat, il écrivait : « lesquels futurs se sont promis la foy de mariage, et icelui solemniser » suivanl la loij. ». Quelques jours plus tard la municipalité recevait l'ordre d'envoyer à Fresnay, après les avoir inventoriés, l'argenterie, les cloches, le linge et les ornements de la fabrique. Tous ces objets furent inventoriés de nouveau par le district le IC juillet, puis vendus aux enchères ou distribués aux hôpitaux (2) ; les habitants de Douillet ne purent cacher qu'une cloche, et quelques-uns des ornements les plus indispensables à un culte qu'ils espéraient voir bientôt renaître.
Le séquestre fut également mis sur les biens de M. de Montesson, sous prétexte que ses enfants avaient émigré ; le mobilier du château fut vendu et l'immeuble lui-même confisqué pour « le service de la République ». Enfin il fallut obéir à de nouvelles réquisitions de grains , de fourrages , de fusils , de cendres pour la fabrication de la poudre, même d'ouvriers pour la forge de l'Aune !
Au mois de mars la disette était telle que la commune de Saint-Léonard entre
(1) .\rch. lie la Sarthe, L. 5 : 10.
(-2) Arch. de la Sarthe, L. 18 : 17 — 3 :
238 Douillet-le-Joly depuis i180
autres « était tout entière debout pour se répandre dans les communes voisines ». Au mois d'avril le district écrivait que « vingt communes étaient réduites à la » plus affi'euse misère, restant un jour entier sans pain, et que beaucoup de » citoyens se nourrissaient de choux bouillis. Le seul moyen de végéter tous » ensemble pendant quelques jours, ajoute le document officiel, étant de » partager entre les communes le peu de grains qui nous reste, le conseil général, » pénétré de la plus cruelle douleur, ordonne qu'un nouveau recensement sera » fait par les municipalités entre elles : Douillet sera recensé par Assé, Sougé par î Douillet etc(l) ». Cette situation terrible, les mesures d'intolérance ou d'inquisition qu'elle entrainait , enfin les cruautés monstrueuses du parti jacobin , devaient user la patience des populations qui avaient conservé encore quelques traces d'énergie.
Dès le mois de mai, le district de Sablé, suivant l'exemple du Bas-Maine pour la seconde fois, était en insurrection. Le 27, les administrateurs de Sillé annonçaient à leurs collègues de Fresnay que « de nouveaux brigands, appelés Chouans, » occupaient un bois des environs de Sablé sans qu'on puisse en connaître le » nombre (2) ». Le 15 juin le soulèvement était devenu si inquiétant que le général de brigade Lebley, chargé de le combattre, envoyait à Sillé pour défendre la ville une compagnie du bataillon des Ardennes, et mettait en réquisition non-seulement les gardes nationales de Sillé, mais encore 400 hommes « des plus zélés et des plus républicains » du district de Fresnay (3). De leur côté les administrateurs de ce dernier ordonnaient aux municipalités « de rechercher avec le plus grand » soin et d'arrêter plusieurs religieuses, femmes h/rbu/enfes quiavaient choisi leur » retraite sur leur territoire (4) ». Dans l'état des esprits ces événements ne pouvaient manquer de surexciter encore les populations voisines de Douillet. Il y eut des murmures, des protestations contre les réquisitions du général, à tel point que les autorités effrayées durent atténuer ses instructions et apporter dans l'exécution une prudence extrême (5).
Mais le mal était désormais irrémédiable, et lorsqu'arriva le 9 thermidor la Chouannerie était trop forte déjà pour que la réaction qui suivit la mort de Robespierre put arrêter son développement. Le régime de la terreur, en disparaissant sous des flots de sang, léguait au département de la Sarthe une guerre civile de sept années.
(1) Arch. de la Sarthe, L. 5 : 4.
(2) .\rch. de la Sarthe, L. 9 : 6.
(3) .\rch. de la Sarthe, L. 5 : 10 — 22 ; 47 — 9 : 6.
(4) .Vrch. de la Sarthe. L. 22 : 43.
<5) .^rch. de la Sarthe, L. 21 : 47.