‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 124 sur 188 · Chapitre premier 24i · texte numérisé non relu

Chapitre premier 24i

officiers municipaux de Douillet et le malheureux agent fut réduit à en référer au comité révolutionnaire, le suppliant de mettre un terme à l'insouciance coupable des fonctionnaires publics, réclamant des mesures de répression aussi promptes que terribles. Mais les Chouans approchaient toujours, et le comité de Fresnay, absorbé par de sérieuses préoccupations, ne jugea pas le moment opportun de mettre une commune en accusation pour avoir laissé maigrir deux cochons. Les habitants de Douillet étaient vengés. Il est vrai que de leur côté ils ne crurent pas prudent de renouveler une opposition aussi dangereuse ; ne voulant pas toutefois céder de bonne grâce, ils prétendirent ne posséder que des voitures attelées de bœufs, de peur sans doute de satisfaire avec trop rapidité aux désirs du district.

De tels faits sont, pourra-t-on dire, le côté infiniment petit de l'histoire ; ils n'en sont pas moins utiles à signaler car ils ont eu de véritables conséquences au point de vue du développement de la Chouannerie dans cette partie du Maine. Aux yeux d'un paysan l'enlèvement brutal d'un cochon, qu'il a nourri avec soin pendant plusieurs mois, dont il attend le prix pour payer sa ferme, est un événement plus grave que le vote d'une loi qu'il ne comprend pas ; et il est incontestable que ces réquisitions perpétuelles, dont les communes étaient alors écrasées, contribuèrent puissamment à faire haïr le système révolutionnaire. Bien plus, ce furent, croyons-nous, ces réquisitions et la suppression totale du culte qui rendirent possible l'insurrection dans les environs de Fresnay. Seules ces deux causes agirent directement sur l'esprit des paysans, en les blessant tout à la fois dans leurs sentiments et dans leurs intérêts.

La meilleure preuve, c'est que la Chouannerie s'étendait sans cesse malgré les efforts de nombreux généraux, et qu'elle désolait une partie considérable du département de la Sarthe à la fin de 1794. Au mois de décembre Sillé était investi ; les administrateurs aux abois réclamaient à grands cris du général Watrin, commandant le département, un secours de 500 hommes, et adressaient à la Convention elle-même un appel désespéré, lui dépeignant les communes abandonnées par leurs autorités, infectées d'un mal pestitentiel dont le germe existe partout, les troupes impuisantes, les citoyens entre la vie et la mort etc. Au mois de janvier 1795 la ville de Fresnay était menacée à son tour ; des brigands s'étaient portés nuitamment dans plusieurs communes voisines, violant l'asile des habitants et leur enlevant leurs armes. Dans la nuit du 14 au 15 janvier pour la première fois il fallut envoyer une patrouille à Douillet. Parti de Fresnay à 8 heures du soir, le détachement qui comprenait huit volontaires et douze gardes nationaux, sous les ordres du citoyen Lami et du citoyen Lemeunier commissaire spécial, se rendit

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d'abord à Moitron et Saint-Christophe par les bois du Guéhant ; il traversa ensuite les landes des Berçons, gagna Montreuil et de là Douillet ; il revint au point du jour à Fresnay, après avoir marché toute la nuit et sans avoir rencontré aucun perturbateur (1). Le 17, dans son rapport au général Herbin, commandant la place d'Alençon, le district ajoutait « que des rassemblements considérables se formaient » dans les communes de Chérancé et de Grandchamps, protégeant des prêtres » insermentés ; que des monstres gorgés de sang, non contents d'outrager la » République, encensaient la royauté et provoquaient le meurtre ; en un mot que » l'esprit de révolte faisait de tous côtés de rapides progrès (2) ». Le général répondit en dirigeant 50 hommes de l'armée de Sambre et Meuse sur Fresnay, 150 sur Beaumont, 150 sur Sillé (3) ; puis il combina avec le district toute une série de mouvements dans les communes les plus menacées, au nombre desquelles était alors la commune de Douillet.

Le 31 janvier, le citoyen Dily est ainsi chargé avec 25 hommes de maintenir l'ordre dans les communes de Douillet, Saint-Georges et Saint-Paul, et « d'en » imposer aux malveillants ou aux scélérats qui les parcourent». Cette mesure ayant paru bientôt insuffisante et les communes persistant à refuser les réquisitions par crainte des représailles (4), on en arrive h organiser de véritables expéditions nocturnes. Le 16 février par exemple, à 7 heures du soir, les troupes de la garnison de Fresnay, conduites par des commissaires du district et des guides sûrs, partent en grand silence pour Douillet, Saint-Georges et Saint-Paul. Jusqu'à ce dernier village elles ne font pas de rencontre suspecte ; mais en arrivant à Saint-Paul à 2 heures du matin, elles trouvent les habitants dans la consternation, le maire, la tète perdue, caché chez un boulanger et à peine capable de reconnaître les commissaires, les officiers municipaux refusant d'accomplir leur fonctions, à tel point que le chef du détachement doit faire lui-même le billet de logement et solliciter longtemps avant d'obtenir une simple signature. Enfin une citoyenne patriote explique l'énigme en communiquant à l'officier stupéfait la copie d'une lettre jetée le matin même sous la porte du temple de la Raison. Cette lettre conçue en termes ti'ès énergiques, mais trop incorrecte pour être citée textuellement, menaçait de mort l'agent national « qui donnait des » billets à ceux de Fresnay pour venir prendre des grains chez les habitants de la » commune », l'adjudant de la garde nationale « scélérat insigne », et plusieurs

(1) Arch. de la Sarthe, L. 5 : C.

(2) Arch. de la Sarthe, L. 5 : 10.

(3) Arch. de la Sarthe, L. 22 : 47.

(4) Arch. de la Saithe, L. 5 : 6, p. E8.

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