Chapitre deuxième
faire une excursion (1). Le 4 fé\Tior, « sept brigands armés, avec ruban et « cocarde blanche », désarment l'adjoint de Saint-Georges, lui font crier vive le Roi, puis mettent à contribution le notaire et le fermier d'un bien national (2). Le 4 mars un habitant de Saint-Léonard-des-Bois est atteint de deux coups de fusil (3). En d'autres termes pendant tout l'hiver les actes de brigandage alternent avec les faits de guerre proprement dits ; il est d'autant plus difficile de les distinguer les uns des autres que la police s'efforce en toutes circonstances de confondre les royalistes avec les voleurs de grand chemin.
Il faut croire cependant que les populations savaient bien faire cette distinction, et qu'elles étaient fatiguées des procédés peu honnêtes du gouvernement, car il se produisit peu à peu dans tout le pays une réaction anti-démocratique, et les élections du 25 mars furent à Fresnay, comme en beaucoup d'endroits, franchement royalistes. M. Contencin fut élu président de l'administration municipale : M. Chatelais remplaça Charles Le Sage comme agent de Douillet, en conservant Michel Resche pour adjoint. (4). Ce résultat mit en fureur tous les patriotes de Fresnay qui ne se fu'ent pas défaut d'invectiver les électeurs. Ils traitèrent M. Chatelais de « sot dont les instructions absurdes sont toujours adressées à des » hommes ignares ou superstitieux » (5) ; et môme, le 26 mars, le commissaire du canton écrit au commissaire du département: « Citoien, l'assemblée primaire a » fini hier ses fonctions, ou pour parler vray, elle a mis en acte public le tripotage » de cinq à six individus, qui, aux assemblées de l'an IV, vociféraient et débitaient » que l'Assemblée nationale était une masse de scélérats... Soijez discret comme » je suis confiant : Ze.s électeurs ne valent rien. Ils n'ont pas seulement l'opinion » politique mauvaise, ils sont des fanatiques à rage contre-révohctionnaire » (6).
Quelques jours plus tard les habitants de Conlie faisaient encore mieux. Le dimanche des Rameaux, 9 avril 1797, ils plantaient en grande pompe un calvaire sur la route du Mans, et ils le gardaient « aussi bien qu'un drapeau au milieu » d'un combat », dit le chef de brigade commandant par intérim le département de la Sarlhe. Nuit et jour un détachement d'hommes armés, soutenus par une foule d'hommes et de temmes sans armes, entoure cette croix, prêt à repousser par la force toute tentative de la police. La manifestation est si imposante que
(1) Arch. de la Sarthe. Ibid. — En nov. 1797, Picard fut condamné à 2i ans de fers, par le tribunal criminel de l'Orne.
(2) Arch. de la Sarthe. L. 21 : 21.
(3) Arch. de la Sarthe. Ibid.
(4) Arch. de la Sarthe, L. 14 : 27.
(5) Arch. de la Sarthe, L. 20 : 21.
(6) Arch. de la Sarthe, L. 21 : 21.
ê52 DoniUct-Ie-Jolu depuis '1789
l'autorité militaire et l'autorité civile, se rejetant réciproquement la responsabilité, restent quelque temps sans oser agir (1).
A Douillet, le curé constitutionnel Amiartl, devenu propriétaire de l'église, s'empresse de la rouM'ir au culte et de reprendre les fonctions de son ministère, à la grande satisfaction des habitants. Comme il avait fait le serment requis par la loi et qu'il était réputé « un ami reconnu de l'ordre et de la tranquillité », la police ne l'inquiéta pas ; de telle sorte que le culte, constitutionnel il est vrai, fut suspendu trois ans à peine à Douillet, et que c'est à Douillet qu'il fut réorganisé tout d'abord, bien avant son rétablissement dans les autres paroisses du canton. Ce fait prouve incontestablement que M. Amiard, malgré ses erreurs, avait conservé de la foi ; en outre que la majorité des habitants de Douillet était restée très attachée à ses sentiments religieux. Bien mieux, dès le i" août 1797 « trois ou » quatre individus, notés par leur incivisme et leur fanatisme religieux, colpor- » talent de maison en maison une pétition tendante à obtenir du Corps législatif » dispense aux pi'êtres insermentés de faire leur soumission aux lois de la Répu- » blique » (2). Enfin l'acquéreur de la chapelle Saint ]\Iichcl de la Courbe, vendue nationalement, ayant voulu la faire démolir, la population de Douillet, qui continuait de s'y rendre en pèlerinage pour obtenir la guérison des fièvres, murmura si fort que ledit acquéreur, « pour éviter la honte et le mépris » , dut faire reconstruire sur le champ un petit oratoire (3).
Il est difficile de prévoir jusqu'oii serait allée cette réaction politique et religieuse si le coup d'état du 18 fructidor (4 septembre 1797) n'avait rendu le pouvoir aux « patriotes », qui eurent aussitôt recours aux moyens révolutionnaires. Le 9 octobre, l'adjoint municipal de Fresnay ouvi-e le feu dans notre contrée en adressant à l'administration centrale du département une dénonciation aussi odieuse que précise. Il accuse le citoyen Contencm, ancien président de la municipalité, et le citoyen Rigault-Beauvais, qui l'a remplacé dans ses fonctions, d'avoir entretenu des relations suivies avec les chefs de Chouans et particulièrement avec l'illustre Berlmbiret (4), avec le royaliste Perrochel, et en général avec tous les
(1) Arch. de la Sarthe, L. 22 : 48.
(2) Arch. de la Sarthe, L. 21 : 21.
(3) Chroniques, f» 58.
(4) Berlinbiret ouBertin-Biret, que les administrateurs de la Sarthe essayèrent de faire passer